Publié dans Femmes, Islam

Les femmes et la tradition islamique

Dans l’islam comme dans beaucoup de religions traditionnelles, les rôles sont distribués selon le genre. Dans la tradition islamique, les femmes se trouvent souvent associées aux tâches ménagères ou à l’éducation des enfants. Les hommes le sont à tout ce qui se passe à l’extérieur de la maison, comme le travail, la mosquée et les cafés. Asma Lamrabet parle d’une discrimination sexuelle universelle en défaveur des femmes, et ce, depuis le début de l’humanité (2011, 35). Notamment par l’instauration d’institution savante majoritairement masculine qui écrivait des lois au nom de Dieu. De nos jours, en ce qui a trait à la place des femmes dans l’islam, les choses commencent tranquillement à bouger. Mais est-ce vraiment le cas ?

Grâce aux deux livres de Lamrabet (2007 et 2011) et de celui de Maryam Atiya (2013), un survol de la réalité des femmes dans l’islam sera fait en trois parties. Tout d’abord, autant dans la société occidentale que les sociétés musulmanes, les femmes semblent être un problème important. Et qui dérange. Surtout si elles sont musulmanes et pratiquantes. Lamrabet en parle dans son livre Femmes, islam et occident, chemins vers l’universel (2011). Il sera aussi pertinent d’aborder le féministe islamique et la question de la place des femmes au sein de l’islam. C’est ce qui sera abordé en deuxième partie.

En terminant, Atiya aborde la question des faux hadiths qui touchent directement les femmes. Elle y parle des raisons qui poussent les hommes à avoir inventé de faux hadiths ou à véhiculer ces derniers, qu’ils peuvent croire véridiques, sans chercher à comprendre les conséquences de leurs actes. En complément, Lamrabet invite à une relecture féminine du Coran qui se veut davantage libératrice pour les femmes musulmanes.

La place des femmes musulmanes en société

Dans son livre Femmes, islam, occident : chemins vers l’universel (2011) Asma Lamrabet parle de la place des femmes musulmanes au sein des sociétés occidentales et musulmanes. Le premier constat qu’elle en fait c’est que ces deux types de sociétés ont de gros problèmes avec la représentation qu’elles se font des femmes musulmanes.

Chez les Occidentaux

D’une part, chez les Occidentaux, la paranoïa est très présente (2011, 14). Il en est souvent question dans les médias. Et l’islam serait incompatible avec la modernité occidentale, car les femmes musulmanes ne sont pas émancipées (2011, 13). En effet, pour beaucoup d’Occidentaux, les femmes musulmanes sont soumises à la fois aux hommes, aux coutumes tribales et aux lois intransigeantes de l’islam. Par le fait même, les femmes sont donc des victimes d’une religion machisme, totalitaire et tyrannique envers elles. Il s’agirait, pour Lamrabet, d’une vision ethnocentrisme de la réalité des femmes musulmanes (2011, 14). Pourtant, et Lamrabet le mentionne, le traitement que la société occidentale offre à la religion musulmane n’est pas offert aux autres religions. Les médias parlent peu de la violence faite aux femmes, sauf si elles sont musulmanes. Idem pour la question du voile. Le voile islamique dérange beaucoup plus que celui des autres religions. (2011,15-16).

Chez les musulmans

Si l’on s’attarde aux communautés musulmanes, Lamrabet parle de contradictions et de schizophrénie. Par exemple, certains hommes se disent conscients de la problématique concernant les femmes musulmanes. Ils disent les défendre, mais ce qu’ils font c’est davantage défendre l’image de l’islam, car ils se foutent complètement de ce que les femmes de leur communauté vivent. Actuellement, le message qui est envoyé par les hommes musulmans est que les deux genres sont égaux dans l’islam. Mais en pratique, les femmes sont toujours sous la tutelle des hommes. Elles peuvent être actives, mais selon certaines restrictions, comme le fait d’être exclusivement entre femmes à papoter tout en cuisinant et en s’occupant des enfants. Elles se trouvent même absentes des décisions qui les concernent. (2011, 17-18) Lamrabet conclut avec le fait que ce qui est le plus enseigné est ce qui est interdit au sein de l’islam. Pas ce qui est permis.

Mais au moment de la révélation, du vivant du prophète, les deux genres étaient réellement égaux. Les femmes étaient beaucoup plus actives en public, allant parler aux hommes et pouvant même leur dire leurs quatre vérités en toute normalité. Lorsque l’on parle de tradition islamique, selon Lamrabet, elles étaient vraiment soumises à Dieu et non aux hommes. Aujourd’hui, elles le seraient davantage aux hommes. (2011, 19) Lamrabet mentionne aussi que le langage religieux arabe est très masculin. Ce qui aurait provoqué une sorte d’amnésie collective en ce qui a trait à la présence des femmes savantes de l’islam. Pourtant, le prophète recommandait parfois des gens à Aïcha, car elle connaissait pratiquement tout de l’islam (2011, 20). Lamrabet conclut en affirmant que l’islam a bel et bien élevé les conditions de vie des êtres humains, mais pas entre les hommes et les femmes.

Le féministe et la tradition islamique

Toujours dans son livre Femmes, islam, occident : chemins vers l’universel, Lamrabet mentionne trois types de courants féministes au sein même de l’islam (2011, 50-51). Mais pourquoi parler de féministe dans une religion qui semble patriarcale ?

Les femmes dans le Coran

Parce que dans le Coran, de nombreux exemples de femmes fortes y sont démontrés. Des femmes qui sont présentes dans plusieurs aspects de la sphère publique et que l’exégèse coranique classique a oublié de mentionner. Coran, qui, pourtant, se veut être un lieu de savoir qui ouvre vers le monde. Mais l’analphabétisme des femmes musulmanes les a empêchés d’avoir accès à ce savoir. Par exemple, certains versets sortis de leurs contextes défavorisent les femmes. Notamment ceux qui parlent d’obéissance au mari, la polygamie et le divorce (2011, 52). Une lecture réformiste est donc nécessaire, car elle permet un changement partiel et graduel. De plus, une revendication de l’identité des femmes musulmanes (2011, 53)

Les types de féminismes dans l’islam

Lamrabet parle de trois courants féministes dans l’islam (2011, 50-51). Le premier est appelé laïc radical par l’autrice. C’est un modèle assez actif qui se veut en être un d’émancipation inspirée de l’occident. Le but est de libérer la femme de l’islam. Le deuxième courant se veut plus traditionaliste. Présent dans les sociétés musulmanes, il préconise une lecture coranique traditionnelle et un retour à l’islam qui ne favorise pas l’évolution de la place des femmes dans la société. Le dernier courant est ce que Lamrabet appelle le féminisme islamique. En fait, c’est une alternative entre les deux premiers courants. Il se veut plus approprié à la réalité des femmes musulmanes, contrairement au modèle laïque radicale, et ne s’enferme pas dans les traditions religieuses afin d’aider les femmes à s’en sortir.

Mais l’important, c’est…

Lorsqu’il est question du féministe islamique, Lamrabet rappelle l’importance que les revendications viennent de l’intérieur. Donc, que les femmes musulmanes prennent leur place dans une société qui possède des contractions sociales désuètes tout en s’ouvrant à l’universalité humaine (2011, 102). D’où la nécessité d’une relecture des textes sacrés islamiques.

Les femmes et la tradition islamique dans le discours musulman

Lorsque l’on parle de discours islamique, cela implique deux sources importantes : les hadiths et le Coran. Ces derniers servent de guide aux musulmans, femmes et hommes, et ce, dans plusieurs aspects de leurs vies. Ces sources enseignent donc aux croyants comment vivre islamiquement parlant, mais aussi par rapport à la vie sociale, conjugale, culturelle, politique, etc. Le message a été envoyé à tous de façon égalitaire.

Dans les hadiths

 Par contre, plusieurs raisons ont fait en sorte que ce même message soit perçu comme discriminatoire envers les femmes musulmanes. Tariq Ramadan a écrit l’une des préfaces du livre de Atiya, Faux Hadiths au sujet de la Femme (2013, 13-14). Pour lui, l’autrice aurait classifié ces faux hadiths cinq catégories distingues qui discréditent, de façon négative, les femmes. Ce qui est contraire aux enseignements de l’islam.

Les raisons de la création de ces hadiths

Dans la première catégorie, les hadiths servent, selon la tradition islamique, à isoler les femmes musulmanes de la société. Dans le deuxième cas, les hadiths revoient une image des femmes négative. Selon ces derniers, les femmes seraient des tentatrices et des êtres dotés d’une ruse efficace. Pourtant, le Coran ne décrit aucunement les femmes comme des personnes à mépriser. Mais toujours selon certains hadiths, notamment ceux de la troisième catégorie, les femmes seraient des êtres stupides dont il faut se méfier de l’opinion. Évidemment, la soumission totale de la femme à l’homme (père, frères, époux, etc.) est présente. C’est d’ailleurs la quatrième catégorie qu’Atiya propose. En dernier lieu, la cinquième catégorie proposée par l’autrice regroupe des hadiths qui posent préjudice de façon générale à la femme.

Les vagues de créations des hadiths dans la tradition islamique

Selon Ramadan, l’utilisation de ces faux hadiths touche autant la politique que la vie sociale et culturelle des femmes. Mais en se questionnant sur les raisons de se fier à de faux hadiths pour discriminer les femmes, ce sont les mêmes facteurs qui ressortent le plus. Mais celui qui apparaît le plus influent sur cette discrimination est l’aspect culturel. Atiya mentionne trois grandes vagues qui ont pu influencer la création et/ou la propagation de faux hadiths (2013, 29-31). Tout d’abord, dès le début, vers l’an 41 de l’hégire, lors de la conquête islamique, des gens haïssant l’islam ont tenté de le corrompre en créant de faux hadiths. Cela coïncidait aussi avec l’apparition de sectes et autres groupes au sein même de l’islam.

La deuxième vague, lors de la période des Omeyyades et Abbassides, des gens peu pratiquants tentèrent de se rapprocher des gouvernements en fabriquant, à leur avantage, de faux hadiths. Plusieurs problématiques sont présentes durant cette période. Comme le fait, par exemple les débats sur la création réelle du Coran, la présence du nationalisme ou la création de clans basés sur la race, la langue ou le lieu de naissance. De faux hadiths sur la vie des compagnons du Prophète furent aussi inventés durant cette période pour en favoriser un au détriment de l’autre.

La dernière vague de faux hadiths, contrairement aux deux premières, proviendrait des savants eux-mêmes. Les trois causes principales de la création de faux hadiths lors de cette période concernent premièrement l’ascétisme. Les savants qui le sont davantage ont oublié l’importance de la mémorisation. Ils se sont mis à parler davantage de leur propre opinion au lieu de ce qui s’était déjà dit dans le passé. D’autres avaient perdu leurs livres où étaient inscrits les vrais hadiths. Ils les ont donc cités de mémoire en faisant des erreurs. Sinon, c’est la mémoire qui défaillait tout simplement lorsque le savant était âgé et en fin de vie. Le manque de foi et à mémoriser les hadiths ont aussi leur importance.

Et le nombre ?

            Atayia cite As-Sâghâni de cette manière :

« Les faux hadiths sont devenus nombreux à notre époque : ils sont rapportés par les prédicateurs-conteurs devant les chaires et dans les assemblées, et répétés par les ascètes et les juristes dans les rues et dans les écoles, ils circulent dans les réunions comme dans les tribus, parce que les gens connaissent mal la Sunna et s’en sont détournés. » (2013, 31)

Ce qui explique très clairement pourquoi, aujourd’hui, il y a tant de faux hadiths. Notamment à propos des femmes. Mais Atyia mentionne aussi le fait que ce n’est pas tous les créateurs de faux hadiths qui ont de mauvaises intentions. Certains ont de bonnes intentions, mais si prennent mal (2013, 32).

Les rapporteurs issus de la tradition islamique sont-ils tous fiables?

Aussi, Atyia aborde la fiabilité des rapporteurs. Elle constate que les femmes qui ont rapporté des hadiths sont connues pour leurs mémoires phénoménales et leurs précisions dans leurs propos. Elles ont d’ailleurs été plus utiles aux différentes chaînes de transmission en ce qui a trait aux hadiths. De plus, le statut de la transmission peut varier selon la situation. Par exemple, démontrer la fausseté d’un hadith ou le fait de ne pas savoir qu’un hadith est faux.

L’appropriation des sources islamiques dans tout ça?

D’où l’importance, en tant que femmes, de bien s’approprier les sources islamiques. Lamrabet se questionne, dans Le Coran et les femmes une lecture de libération (2007, 123-125), sur le langage du Coran. Oui, il est question des femmes et de son identité. La révélation coranique permet une nouvelle vision de la femme. Il faut comprendre qu’avant l’arrivée de l’islam, la société patriarcale de l’époque maltraitait la femme de différentes façons. Pourtant, même dans cette collectivité misogyne, des femmes fortes y ont vécues et ressortes dans le Coran. Malgré tout, bien que le Coran parle de ces femmes parle-t-il réellement aux femmes ?

Le Coran écrit que pour les hommes ?

Lamrabet mentionne le fait que plusieurs savants musulmans de la tradition islamique affirment que le discours coranique, bien qu’écrit au masculin, parle autant aux hommes qu’aux femmes (2007, 124). Le masculin se voit donc utilisé comme un genre neutre qui se veut universel. Le terme arabe risal (hommes) est un terme qui se veut polysémique qui englobe les deux genres. L’équivalent se trouve d’ailleurs dans plusieurs langues. Par contre, il arrive parfois que Dieu s’adresse directement aux femmes. C’est d’ailleurs le cas avec le verset suivant (sourate Al-Ahzab, verset 35) :

« Les musulmans et musulmanes, les croyants et les croyantes, les hommes pieux et les femmes pieuses, les hommes sincères et les femmes sincères, les hommes patients et les femmes patientes, ceux qui craignent Dieu, ceux et celles qui donnent aux pauvres, ceux et celles qui jeûnent, ceux et celles qui sont chastes, ceux et celles qui vivent dans le rappel constant de Dieu, à tous et à toutes Dieu a réservé Son pardon et une grande récompense. » (2007, 125)

Des revendications féminines depuis la tradition islamique ?

Le contexte entourant la révélation de ce verset est imprécis, mais il est certain que des femmes ont questionné le Prophète sur le fait que Dieu semblait parlé davantage aux hommes qu’aux femmes (2007, 127). Pourquoi cette revendication féminine ? Lamrabet mentionne le fait que les musulmanes présents au moment de la révélation, étaient très engagées dans leur foi. Plus que les musulmans pouvaient l’être. Mais aussi les révélations coraniques qui avaient déjà eu lieu ont un impact sur les revendications féminines de l’époque. L’enseignement du Coran démontre que tout le monde est égal devant Dieu, qu’importe son genre ou sa condition. Que personne ne peut être soumis à un être humain, mais uniquement au Créateur. D’où le souci d’équité qui teinte le récit coranique (2007, 127-128).

En terminant, Lamrabet critique le fait, aujourd’hui, il est plus difficile de critiquer et de remettre en question la religion. Selon elle, la meilleure façon d’acquérir la science religieuse est d’avoir des discussions qui se veulent sereines, critiques et constructives. Pour elle, il est donc primordial, en tant qu’adepte de l’islam, femme ou homme, de contester la complexité qui ressort des différents discours en lien avec la religion. Ces débats permettre d’affermir, ou non, sa foi en islam (2007, 129).

Ouvrages consultés

  • Atiya Mariam. 2013. Faux Hadiths au sujet de la Femme. Lyon : Tawhid.
  • Lamrabet, Asma. 2007. Le Coran et les femmes une lecture de libération. Lyon : Tawhid.
  • ———. 2011. Femmes, islam, occident : chemins vers l’universel. Biarritz : Casablanca : Séguier ; La Croisée des chemins.

Pour en connaître plus sur les femmes musulmanes, consultez les Portraits de femmes musulmanes du site.