Publié dans médiation interculturelle, Réflexion

Les différents modèles de laïcité

Au Québec, nous sommes encore en pleine tourmente au sujet de la laïcité. Comme il  y a différents types de laïcité, je vous en présente quelques-un.

Les sources

Je me suis basé en grande partie d’un texte d’ Élisabeth Garant, directrice du Centre justice et foi. Elle aborde le sujet dans son texte Différents modèles de laïcité publié en novembre 2013 chez reli-femme. Le travail de Micheline Millot a été mis à contribution pour la rédaction du texte de Garant. Notamment les pages 42-65 de son livre La laïcité en 25 questions (2008). La collaboration entre Jean Beaubérot et Micheline Milot, Laïcités sans frontières (2011), a trouvé son utilité. Principalement les pages 87 à 116.

J’ai aussi fait une recherche sur internet et trouver un article sur la laïcité ouverte. Il s’agit du site À bâbord. Je suis partie du livre La fonctionnaire et le hijab de Bertrand Lavoie afin de parler de ce type de laïcité.

Les types de Laïcité

Pour Garant, il y a 6 modèles de laïcité. Mais j’en ai rajouté un avec la laïcité ouverte…

Les trois premiers modèles

Tout d’abord, il y a la laïcité séparatiste. Ce modèle instaure une division importante entre deux mondes : le privé et le public. Pour les adeptes de cette laïcité, la liberté de conscience se vit donc en privé et l’appartenance citoyenne et religieuse est incompatible. Si quelqu’un aborde un signe religieux, il tente d’imposer ses convictions religieuses. Les symboles comme les crucifix sont des objets patrimoniaux. Ce sont des arguments que l’on entend souvent dans les discours prônant la laïcité.

En deuxième lieu, la laïcité anticléricale. Tout comme la laïcité séparatiste, il y a une séparation entre le clergé et le profane. La liberté de conscience s’individualise. Il ne combat pas que le christianisme dans l’espace public, mais la présence de toutes religions.

Dans la laïcité autoritaire, l’État a un rôle important à jouer dans ce qui est acceptable dans la définition de la laïcité dans l’espace public. Cette dernière tente de limiter la liberté d’expression de certains groupes religieux. L’État se fait aussi l’interprète des symboles religieux présents sur son territoire tout en hiérarchisant les droits en lien avec la liberté de religion.

Les trois premiers modèles, un petit résumé

Ces trois modèles sont basés sur la domination passé des institutions religieuses sur la société. L’État ne veut pas que ce pouvoir détruise davantage la société. Ce qui peut être légitime. Évidemment, ces modèles ne sont pas parfaits. Certains adeptes de ces modèles font preuve d’intolérance en adoptant des comportements antidémocratiques. Le but ? Une imposition de leurs points de vue. Soit exactement ce qu’ils reprochent à la religion.

Trois autres modèles selon Garant

Autre modèle, la laïcité de foi civique. Les valeurs politiques compétitionnent avec celles des traditions religieuses. Pourquoi ? Parce que les adeptes pensent, souvent à tort, qu’il y a une incompatibilité entre ces valeurs. Le fait de ne pas porter de signes religieux est vu comme étant positif. Cela est vu comme une parfaite intégration de la part des croyants.

Vient ensuite la laïcité de reconnaissance. Cette dernière reconnaît le fait que les droits de tous les citoyens sont importants et doivent être égaux par rapport aux autres. Chaque personne est autonome dans les décisions qui la concernent. Le respect des autres est primordial. L’égalité et la liberté de conscience sont considérées comme des droits fondamentaux que l’État doit préserver. C’est ce dernier qui gère les conflits existant dans la diversité sociétale. Par contre, le côté rassembleur est moins présent. La réciprocité se veut importante, mais semble sélective.

Le dernier modèle proposé par Garant est la laïcité de collaboration. En fait, l’État entretien des liens avec les différents groupes qui compose sa société. Cela comporte des risques, comme l’inégalité avec certains groupes.

Et la laïcité ouverte dans tout ça ?

Dans son livre, La fonctionnaire et le hijab, Bertrand Lavoie aborde la laïcité dans un chapitre. Il y parle notamment de la laïcité ouverte. Malheureusement, je ne trouve pas l’endroit exact où il en parle dans le livre. Par contre, suite à une recherche sur internet, je suis tombée sur un texte de la revue à bâbord. Dans Le pari de la laïcité ouverte, la définition de la laïcité ouverte est bien décrite.  Cette dernière insiste sur le fait que se sont les institutions, et non les personnes qui y travaillent, qui sont laïcs. Elle différencie aussi les institutions de la société. Je trouve que c’est ce qui est le plus proche de la définition de la neutralité.

Quelle suggestion pour le Québec ?

Bref, d’après ce que je comprends des différents modèles, la laïcité ouverte semble le mieux pour le Québec. Mais c’est loin d’être gagné. Ce que je crois, c’est que l’État devrait encourager les rencontres interculturelles ou interreligieuses. Les médiateurs interculturels sont formés pour ça, gérer les conflits entre les différentes cultures. Je ne sais pas combien nous sommes de médiateurs interculturels au Québec, mais la formation se donne depuis plus de 10 ans à l’Université de Sherbrooke… Ce n’est pas ce qui manque. Je suis sûre et certaine que si le Gouvernement veut réellement régler la problématique liée aux différentes religions dans la fonction publique, sans trop se mettre de bâtons dans les roues, il doit travailler avec des spécialistes dans le domaine.