Publié dans Femmes, Portrait de musulmanes

Les femmes musulmanes et le voile

Le voile, ce symbole

Dans son livre Le monologue du voile, des Québécoises se racontent, Kenza Bennis mentionne que le quart des musulmanes sont nées au Québec et que 75% y ont immigré.  Et pour diverses raisons, elles sont souvent la cible de politiques et de préjugés qui font des amalgames douteux sur le sujet. Surtout si elles portent le voile. Comme Dalila Awada le mentionne dans son texte sur le sujet dans le collectif Dictionnaire critique du sexiste linguistique la musulmane est à protéger des hommes qui la dominent et elle doit être tenue à l’écart de la population, car elle menacerait ce que les Québécoises ont acquis jusqu’à présent. Toujours dans son livre, Bennis rapporte les propos de Djemila Benhabib à l’émission Tout le monde en parle. Pour cette dernière, le voile est, non seulement un « symbole sexiste », mais il en est un taché de sang, du fait que des femmes ont été assassinées parce qu’elles n’avaient pas le choix de le porter. Un lourd fardeau pour les épaules des femmes musulmanes. Mais est-ce que la femme musulmane se résume qu’à son voile ?

Le voile, ce mal aimé

Selon l’article Qui sont les musulmans du Québec ? du Journal de Montréal, lors du recensement de 2016, au Québec, seulement 10% des femmes musulmanes portent le voile d’une manière ou d’une autre. De ce nombre, 60% d’entre elles sont des femmes qui se sont converties à l’islam. Donc, des femmes, comme moi, qui ont changé de religion : des Québécoises, mais aussi beaucoup de femmes d’origine latine, française ou haïtienne, par exemple. Sur les quelques milliers de femmes portant le voile, il y a une poignée de femmes qui portent le niqab. Frédéric Castel estime qu’il y en a entre 50 et 100 au Québec. Donc, très peu.

Le voile qui dérange

Même s’il est très marginal, il est vrai que le voile islamique peut déranger. Pour plusieurs, il renvoie à plusieurs problématiques : la violence, le sexisme, la misogynie et le patriarcat. C’est le cas de Dalila Awada. Selon elle, le débat actuel ne fait que déplacer le problème en stigmatisant la femme dans ce qu’elle appelle « le caractère sexué de l’islamophobie. » Elle réfère au livre Islamophobie, comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman » de Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed, publié en 2013. Cette islamophobie sexuée est présente sous différentes formes, notamment le langage du quotidien. Un langage récurrent qui se veut, sans forcément le vouloir, sexiste et réducteur. Il faut dire que pour bon nombre de concitoyens, si une femme porte le voile, c’est qu’elle est soit soumise à un homme, soit opprimée ou soit intégriste. Ou comme Janette Bertrand le croit, « manipulée pour être l’objet d’une religion. »

Le voile et les mots…

Fait à remarquer, les mots utilisés sont importants. Lorsque l’on parle du voile, il est souvent abordé comme étant un signe ostentatoire. Selon le dictionnaire, un signe est un élément qui permet de reconnaître quelqu’un ou quelque chose. C’est un marqueur identitaire qui permet de se distinguer des autres. Ce qui est vrai dans le cas du voile, mais pas comme tente de faire les médias. Ibnouzahir mentionne que le mot « signe » réfère à du prosélytisme passif du type je marque mon identité musulmane pour me différencier du reste de la société. Alors que pour bien des femmes, le message qu’elle tente de lancer est totalement l’inverse.

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Femme voilée (c) Pixabay 6335159

Le voile, un choix ?

Pourtant, ce n’est le cas pour bon nombre d’entre elles. Pour plusieurs femmes, le port du voile est un choix délibéré. Et les raisons de le faire sont nombreuses. Bennis mentionne entre autres le fait de se rapprocher de Dieu, parce que cela fait partie de la tradition musulmane ou bien une manière d’exprimer ses convictions religieuses, identitaires ou féministes. Ce qui confirme ce que j’entends dans les conversations que j’ai avec les femmes musulmanes. Cela peut s’ajouter la pudeur ou des raisons politiques. Les trajectoires menant au port du voile sont très variées et individuelles. Ce qui est confirmé par Géraldine Mossière dans son livre Converties à l’islam, Parcours de femmes au Québec et en France avec le commentaire de Juliette :

 « Comme justement, j’avais trouvé une hygiène de vie et que je respectais mon corps, je ne voulais pas avoir des sales regards… Tu sais bien les hommes comment ils sont. Certains regards sont assez “vas-y que je te drague”. Je savais qu’en mettant le foulard, j’allais avoir des sales regards, mais je savais aussi que quelque part j’allais être respectée. »

Mossière, Géraldine. 2013. « Des trajectoires d’entrée dans l’islam : herméneutique du soi et sujet de piété ». Dans Converties à l’islam Parcours de femmes au Québec et en France. Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal. Page 113.

Mossière parle aussi du fait qu’au moment de mener sa recherche, les femmes converties à l’islam portaient en grande majorité le voile sous différentes formes : hijab, bandeau, tchador ou djellaba.

Le voile, une imposition ?

Mais cela ne signifie pas que le voile peut être imposé par un mari. Dans Les monologues du voile, Bennis interroge Cécile Rousseau sur le sujet. Cette dernière mentionne que c’est exceptionnel et que cela entre dans un cadre de violence conjugale similaire à n’importe quel homme jaloux de sa femme et qui ne veut pas qu’elle s’habille comme elle veut. En ce qui a trait à la pression familiale, Homa Hoodfar et Rousseau abondent dans le même sens : il n’y en a pas. Par contre, il y a une pression qui se fait du côté des imams, qui eux, transmettre l’interprétation majoritaire qui ressort des livres sacrés. Pour ces derniers, le voile est une obligation religieuse.

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Femme voilée (c) Pixabay CristiYor

Le voile et la femme dans tout ça ?

Le port du voile peut prendre différentes formes. Certaines le porte très simplement, d’autres avec un peu plus de créativité. Et puis, plusieurs préfèrent ne pas le porter. De par mes rencontres, mes discussions et mes lectures sur le sujet, je comprends donc qu’il y a énormément de place à l’interprétation sur ce point. Il y a les catégoriques qui disent que le voile est une obligation absolue. Et il y a l’opposée : les catégoriques qui affirment que ce n’est pas une obligation. Mais lorsque je réfléchis sur le voile, ce que je comprends, c’est que la personne doit le faire pour elle-même, de son propre chef. Le choix de porter le voile doit se faire en connaissance de cause et doit être assumé. J’ai connu des femmes qui ont porté le voile parce que les autres autour d’elles le faisaient. Elles ont fini par l’enlever. La raison était qu’elles n’étaient pas confortables avec ce bout de tissus sur leur tête.

Le voile en résumé

En bref, le sujet des femmes musulmanes en est un qui soulève beaucoup de débats. On ne peut pas le nier. Et ils divisent beaucoup le Québec, encore et toujours, car la religion est un sujet sensible. Idem pour l’égalité entre femmes et hommes. Pour beaucoup, il y a incompatibilité, mais est-ce vraiment le cas ?

Surveillez le blogue dans les prochains mois. D’autres textes sur le sujet suivront.

Références

Bennis, Kenza (2017) Les monologues du voile, des Québécoises se racontent. Paris : Éditions Robert Laffont.  Page 85. Awada, Dalila (2017). « Voile ». Dans Dictionnaire critique du sexisme linguistique., 216-222 (version epud). Montréal : Éditions Somme toute Follana, Charlotte (2017) « Qui sont les musulmans du Québec ? » Journal de Montréal, 4 février 2017, sect. Société. https://www.journaldemontreal.com/2017/02/04/qui-sont-les-musulmans-du-quebec, vu le 11/09/2018 Le Nouveau Petit Robert de la langue française édition 2009. XLII p. et 2837 p., 25 cm Ibnouzahir, Asmaa (2015) Chronique d’une musulmane indignée. Montréal : Groupe Fides inc.  Page 259