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Le nationalisme identitaire et les femmes immigrantes

Dernièrement, je vous ai parlé de nationalisme identitaire. Peu de temps après, j’ai acheté le livre Ne sommes-nous pas Québécoises? de Rosa Pires. Ce livre abonde sensiblement dans le même sens. L’autrice a pris l’opinion de 10 femmes issues de la 2ème génération d’immigrants. Elles sont nées ici ou ont immigré à jeune âge. Leur éducation scolaire a été faite au Québec.

Publié aux Éditions du remue-ménage en 2019, il comprend un peu plus de 140 pages. À l’origine, il s’agissait d’un mémoire de maîtrise à l’UQAM. Son titre original est Les féministes de deuxième génération issues de l’immigration face à la citoyenneté et l’identité nationale au Québec : ne sommes-nous pas Québécoise ?

Mais qui est Rosa Pires ?

Pires est née au Québec de parents portugais. Elle va à l’école en français, milite pour la souveraineté du Québec. Tout d’abord avec le Parti Québécois comme attachée de presse ou dans des comités de femmes ou lié à l’immigration. Après le référendum de 1995, elle déchante du PQ. Pourquoi ? Le fameux vote ethnique de Jacques Parizeau. Elle s’est sentie trahie, car elle s’est toujours défini québécoise. Depuis, elle est devenue membre de Québec Solidaire et s’est déjà présentée comme candidate aux élections provinciales.

Mais elle est aussi une maman. Dont une grande fille, de troisième génération. Cette dernière a de la difficulté à s’identifier comme Québécoise. Il faut dire que sa fille est métissée. Son père vient de la Mozambie. Donc, la couleur d’une personne passe avant son lieu de naissance.

Pourquoi un livre sur le nationalisme identitaire ?

Pour valider ce qu’elle voyait sur le terrain. Le livre est teinté des réflexions personnelles de Pires. Son vécu est présent tout au long de la lecture.

Le témoignage des 10 femmes, qui ont gardé l’anonymat, le rend très bien. Bien qu’elles soient peu nombreuses à avoir été interrogées, leur témoignage sert bien l’ouvrage de Pires. Et le portrait de ces femmes est quand même diversifié. Certaines sont nées au Québec, d’autres non. Le lieu de résidence est aussi varié : la ville tout comme les régions sont représentées. Tout comme l’origine ethnique des répondantes.

Lors d’une entrevue au Devoir en mai dernier, Pires mentionnait qu’elle voulait

« […] avec elles [les 10 femmes] les expériences terrain que j’avais vécues. »

Pires mentionne aussi que

« Toutes les filles […] interrogées reçoivent des courriels de haine parce qu’elles critiquent le Québec et ce nationalisme identitaire. C’est parfois très direct, on leur dit de rentrer chez elles. »

Qu’est-ce que le nationalisme identitaire ?

On le sait, les Québécois·es ont de la difficulté à se définir. On est minoritaire au milieu d’anglophones. Mais on est majoritaire par rapport aux immigrants du Québec. Mais qu’en est-il lorsque l’on est membre d’une communauté ethnoculturelle du Québec?

Les 10 femmes y répondent selon leur expérience. Elles critiquent le Québec d’aujourd’hui sans compromis. La grande majorité d’entre elles disent se faire violence par moment, car elles ne sentent pas comprises d’une part comme de l’autre. Pour certains québécois·es, elles demeurent étrangères. Pour les membres de leurs communautés, ce sont des Québécoises. Pourtant, elles sont les deux.

Mais pour Rosa Pires le mouvement qu’est le nationalisme identitaire se trouve être de droite. Il est présent au Québec, mais partout ailleurs dans le monde. Je suis d’accord avec ça. Il me semble entendre de plus en plus, suite à diverses élections, que les partis de droite se trouvent au pouvoir de leur pays.

Une idée des sujets ?

Il est beaucoup question de citoyenneté et d’identité transculturelle. C’est ce qui est au centre du livre. Mais la politique est aussi très importante. Au moment où le livre a été publié, la loi 21 était encore qu’un projet. Donc, il en est question que brièvement. Mais la Charte des valeurs a été abordée abondamment. D’ailleurs, j’avais un peu l’impression que l’on faisait le procès du PQ. On a peu parlé de ce que le Parti Libéral a proposé au cours des dernières années.

Oui, il a été question de Bouchard/Taylor, né sous le règne de Charest. Le rapport reste encore une référence aujourd’hui. Mais même les 2 commissaires sont revenus sur leurs propositions. Et en plus de 10 ans, les choses ont évolué. Pour relire sur le sujet, c’est par ici.

Il y a de plus en plus de racisme, même envers les Québécois·es. Depuis que le projet de loi 21 est devenu loi, j’en vie davantage. Je n’ai qu’à enlever mon voile pour que cela arrête. Mais la couleur de peau ou un accent ça ne s’enlève pas. Je n’ose même pas imaginer ce que peuvent vivre tous les Québécois·es issu·es de l’immigration. Que la personne soit née au Québec ou non, le racisme n’a pas sa place dans une société qui se dit ouverte d’esprit.

Et vous, si vous issus de l’immigration, quelle est votre réalité au Québec ?

P. Le livre a été acheté chez les libraires.