En lisant le texte Diversité, inclusion et propagande de Nadia El Mabrouk dans la Presse + du 14 mars 2018, je n’ai pu m’empêcher de grincer des dents. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle associe hijab et valeurs canadiennes. En plus de faire un amalgame avec les costumes de Trudeau lors de son passage en Inde et la neutralité de l’État. Étant une Québécoise convertie à l’Islam et portant le Jilbab, j’étudie à la maîtrise en médiation interculturelle à l’Université de Sherbrooke. Oui, vous avez bien lu, je porte le jilbab et je vais à l’Université. Ce n’est pas ce qui m’empêche de faire quoi que soit d’autres, d’ailleurs.

Le Hijab

Mais revenons au hijab. Mentionner dans le Coran, chacune y va de son interprétation. Pour certaines, il est obligatoire et c’est sans équivoque. Pour d’autres, ce ne l’est pas. Le port du voile est un choix personnel et n’est en aucun cas une valeur canadienne. Je ne peux pas parler pour toutes les femmes musulmanes, mais la pudeur est plus importante que le fait de porter le voile. Chacune a sa manière de l’exprimer. Pour moi, son expression passe par le port du Jilbab, mais il y a autant de façons de l’exprimer qu’il y a de femmes. Et ce n’est pas parce qu’une femme décide de porter le voile qu’elle est meilleure qu’une autre.

Chaque femme a son histoire par rapport au voile. Je connais des femmes qui ont grandi au Maghreb et ne le portent pas. Des converties, qui, comme moi, l’ont porté très tôt dans leur cheminement spirituel. Et l’inverse est aussi vrai. Chacune d’entre elles a des raisons spécifiques au fait de le porter ou non. Une chose est sûre. En islam, personne ne peut obliger qui que ce soit des autres, notamment pour la femme et le port du voile. Entre musulman·e·s, le mieux à faire est de conseiller respectueusement celui que l’on croit être dans le tort.

Les publicités avec le Hijab

Personnellement, lorsque j’ai vu les publicités citées dans le texte d’El-Mabrouk, j’ai compris qu’au Canada, qu’importe notre apparence, nous avons la possibilité de faire ce que nous voulons Qu’au Canada il n’y a aucune barrière comparativement à d’autres endroits dans le monde. J’ai versé une larme en regardant celle de Procter & Gamble.

Ce qui me déplaît dans l’opinion d’El-Mabrouk, c’est qu’en voulant faire en sorte que les femmes musulmanes ne soient plus visibles, elle leur nuit. Parce qu’une femme musulmane porte le voile, elle n’est pas utile à la société ? Il est préférable pour elle, d’être à la maison ? À cause de ce voile ? Comme le projet de charte de Parti Québécois en 2013 le proposait ? Pour beaucoup de Québécois, les termes « laïcité » et « neutralité » sont confondus. La laïcité est déjà présente au Québec. Depuis longtemps. C’est la séparation entre la religion et l’État. La neutralité est le fait de ne pas émettre d’opinion par rapport à une situation donnée. Le fait de porter ou non le voile a-t-il un effet avec la neutralité ? Non.

Je suis d’accord, mais…

Le seul point avec lequel je suis d’accord, c’est le fait que Trudeau s’est ridiculisé lors de son voyage en Inde. Non seulement lui, mais tout le Canada. Par contre, il est vrai lorsqu’on travaille avec le public, qu’importe la culture, s’y intéresser est la moindre des choses. En fait, c’est la base. Par contre, il faut savoir doser en la matière. Trudeau et sa famille, n’étant pas Indiens, n’avaient pas à porter des costumes traditionnels, habituellement mis dans un contexte particulier. Bien qu’extrêmement boiteuse, son intention ne soit sûrement pas de mal faire, mais de montrer son intérêt aux Indiens. Mais, comme un peu partout ailleurs, l’Inde est un pays ayant des subtilités qui ont peut-être été négligées. Dans ce cas-ci, la neutralité aurait eu sa place ! Tout en respectant certains points importants de la culture indienne.

Bref, si l’on veut faire en sorte de représenter un groupe quelconque, il faut s’assurer de parler adéquatement en fonction des nuances. Ce qui n’est pas le cas, pour moi, mais sûrement pour d’autres femmes, avec les propos tenus dans ce texte d’El-Mabrouk. Par contre, je constate qu’El Mabrouk a des partisan-e-s.

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théme de la journée internationale des femmes 2018 au Québec

Le 8 mars, journée internationale des femmes.

Mais pourquoi ?

La journée internationale des femmes existe, premièrement, parce que les hommes ont 364 journées pour eux. Ils en gagnent même une aux quatre ans. Deuxièmement, il est important de parler des conditions des femmes partout dans le monde actuel. D’ailleurs le thème de la journée internationale des femmes de cette année, au Québec, est le suivant :

Le thème 2018 pour la journée des femmes au Québec (c) Fédération des femmes du Québec

Le thème 2018 pour la journée des femmes au Québec (c) Fédération des femmes du Québec

Oui, bien des femmes défendront la cause de l’égalité des sexes, car il y a trop d’iniquité et de violences qui leur sont destinées, notamment pour les femmes racisées ou ayant un handicap.

L’origine de cette journée

Elle a été officialisée par l’ONU en 1977. Cette Journée Internationale des Femmes trouve son origine dans les luttes des ouvrières et suffragettes du début du XXe siècle. Ces dernières ont milité pour de meilleures conditions de travail et le droit de vote.

Les buts de la journée internationale des femmes

Il s’agit, entre autres, d’une journée dédiée aux différentes manifestations des femmes dans le monde. De plus, c’est le moment de faire un bilan de ce qui s’est passé par rapport aux diverses situations des femmes : réussites, échecs, progrès ou recul. C’est aussi une journée pour se faire entendre. Les femmes font des revendications dans le but précis d’améliorer leurs situations. Tant que ces situations ne seront pas résolues, cette journée existera.

L’épellation de cette journée

Vous verrez plusieurs épellations pour cette journée. Journée internationale de la femme.  Journée des droits des femmes. Journée de lutte pour les droits des femmes. Ce qu’il faut dire ? Idéalement, on devrait utiliser l’expression Journée des femmes. Pourquoi ? Parce qu’il y a plusieurs modèles féminins et qu’elles n’ont pas le même combat. En focalisant sur la diversité féminine, on sous-sous-entend que les voix qui s’élèvent sont multiples et plurielles. D’ailleurs, en anglais, le mot « femme » est pluriel. Il n’y a pas de divergences comme en français.

Mais chaque mot compte

Bien que l’expression idéale soit « la journée des femmes », tous les mots comptent. Car malgré tout, il s’agit tout de même d’une journée internationale consacrée aux luttes pour les droits des femmes. Même si ce n’est qu’une seule journée, il est important de se mobiliser pour la cause des femmes, car, localement ou à l‘international, des femmes subissent des persécutions de toutes sortes. L’histoire des luttes féminines en matière de droits est longue, il faut donc continuer afin de remédier à la situation.

Les chiffres de 2016

Saviez-vous qu’en Inde, il est fréquent de pratiquer l’avortement sélectif ? Oui ! Dès que la mère sait qu’elle attend une fille, elle se fait avorter. La raison ? Dans ce pays, les filles sont considérées comme des fardeaux, principalement financiers, toutes leurs vies. Donc, avant même la naissance, certaines femmes sont victimes de discriminations. Dans d’autres pays, les femmes ne sont pas en mesure de contrôler par elles-mêmes les naissances. Les avortements clandestins sont courants et ont de graves conséquences. Aussi, dans une trentaine de pays, les mutilations sexuelles sont fréquentes. 200 millions de filles en ont subi d’une façon ou d’une autre. Cela cause des infections et parfois même la mort.

On parle aussi de la scolarisation des fillettes. Seulement en Afghanistan, 10% des femmes savent lire et écrire. Dans beaucoup de régions du monde, l’éducation des filles se résume à l’apprentissage des tâches ménagères. Mondialement, 63 millions de jeunes filles ne reçoivent pas d’éducation scolaire. Il est aussi question des mariages forcés, car bien avant l’âge adulte plusieurs fillettes sont mariées à des hommes d’âge mûr sans consentements. Ce qui les amène parfois à subir de la violence au sein même de leurs foyers. Dans un pays comme la France, une femme meurt tous les deux jours et demi à cause de la violence domestique.

Intersectionnalité

Comme je l’ai mentionné dans d’autres articles sur le féminisme, l’intersectionnalité est présent dans les luttes des femmes. Aucune femme n’a le même combat, et ce, malgré qu’il y ait des similitudes entre nous. Si on me prend en exemple, en tant que convertie, je n’ai pas le même combat qu’une Québécoise non musulmane, car même si je suis québécoise, je suis aussi musulmane voilée. Mais je n’ai pas le même combat qu’une Maghrébine musulmane portant le voile, car je suis québécoise.  C’est parfois subtil, mais c’est ce qui fait la différence dans les combats. Je vous invite à relire les textes sur le sujet :

L’INTERSECTIONNALITÉ AU SEIN DU FÉMINISME

Le féministe a-t-il toujours sa place ?

Femmes et féminismes en dialogue: lettre ouverte

« Femmes et féminismes en dialogue », approches de médiation interculturelles et intersectionnelles

Quelles sont les manifestations à faire lors de la journée internationales des femmes ?

Hommes

Si vous êtes, un homme, ce n’est pas une journée pour offrir des fleurs. Non ! La journée des femmes n’est pas une fête, mais une journée de revendications. Au contraire, manifestez-vous et soutenez les femmes dans leurs combats en portant un ruban blanc. Ce ruban fait en sorte que vous vous opposez à toutes formes de violences faites par les hommes et subies par les femmes.

Parité salariale/ménagère

Exiger la parité salariale. Dans beaucoup de pays, même à compétences égales, les femmes gagnent moins que les hommes. En France, c’est 25% de moins. Au Québec, en 2010, les chiffres sont similaires. Pour ce qui est de la parité ménagère, on peut dire qu’elle est inexistante. 80% des tâches ménagères sont faites par les femmes. Vous voulez la parité à ce niveau ? Mettez un balai à la porte… symboliquement on s’entend. S’il est encore utile, offrez-lui une journée de congé en le plaçant à côté de la porte de la maison. S’il n’est plus d’aucune utilité, une visite des poubelles fait l’affaire.

Misogynie

Vous entendez des blagues misogynes. Donnez des « points » à ces farceurs. Ou jouez au bingo… Sur Internet, des grilles télégarchables peuvent être cocher à chaque commentaire sexiste que vous entendez… Sinon, prenez congé et ne vous connectez pas à Internet… Profitez-en pour vous reposer et prendre soin de vous. On a bien assez d’autres jours pour entendre des commentaires désobligeants concernant les femmes.

Autres idées

Pussy hat day

Le pussy hat est née à la suite de l’assermentation de Trump aux États-Unis

  • Ne pas encourager les marques sexistes ;
  • Faire des dons à des associations venant en aide aux femmes ;
  • Affirmez-vous sur les médias sociaux ;
  • Tricotez-vous un Pussy hat, ce chapeau rose aux oreilles de chat ;
  • Organisez des événements entre femmes ;
  • Créez une nouvelle idée.

En terminant

Dans certains pays, le 8 mars est une journée fériée ! Donc, pas de travail pour personne ! C’est le cas de la Russie, de l’Ukraine, de la Biélorussie, du Cambodge, du Laos, du Burkina Faso et de l’Algérie. Aucun pays des Amériques n’est dans la liste. Pourtant, qu’importe le pays d’origine, aucune femme n’a le mérite d’être discréditée par rapport à l’homme. Selon la Déclaration des droits de l’homme, l’être humain, femme ou homme, né égal à l’autre. Mais est-ce vraiment le cas.

Aujourd’hui, je vous partage un livre sur l’émancipation par la lecture. Il s’agit d’une thèse de Vivane Albenca, S’émanciper par la lecture. Genre, classe et usages sociaux des livre, parue aux Presse Universitaire de Rennes en 2017 dans la collection Liens sociaux. J’avais écrit ce texte pour un site Français, Liens Socio, mais il n’a pas été retenu. Ce que je retiens de cette expérience ? La manière de rendre un compte-rendue différent d’une culture à l’autre… En France, l’exercice est plus rigoureux qu’au Québec… Ici, c’est beaucoup plus simple de faire un compte rendue. En plus, il fallait calculer en caractères avec espace, alors que je suis habituée à calculer aux mots. Je me sentais un peu brimer dans l’exercice, car je ne pouvais pas tout dire dans le texte. C’est d’ailleurs une raison pour laquelle le texte n’a pas été retenu. par contre, j’ai appris beaucoup sur l’émancipation par la lecture.

Livre S'émanciper par la lecture, Genre, classe et usages sociaux des livres

Livre S’émanciper par la lecture, Genre, classe et usages sociaux des livres (c) Myrianne Lemay

Mais, honnêtement, je suis contente d’avoir fait l’expérience et c’est vous qui en bénéficiez. Espèces de chanceux•ses. 😝 Vous verrez, le style n’est pas comme à l’habitude. Je n’ai rien changé ou presque au texte, car je n’en voyais pas l’intérêt de le faire. Donc, voici le texte en question. Il est un peu long, mais je crois qu’il vaut la peine d’être lu.

Texte intégral sur l’émancipation par la lecture

La lecture est « une conversation silencieuse et feutrée entre le lecteur ou la lectrice et son livre. » C’est ce que mentionne Christine Détrez, professeure de sociologie à l’ENS de Lyon, dès la préface. La thèse de Viviane Albenca réalisée au courant de la dernière décennie et publiée en 2009 nous le confirme. Mais la lecture est beaucoup plus qu’une simple discussion. Elle est aussi le lieu d’émancipation sociale, de genre, de classe et d’identité. L’auteure se base sur des observations et des entretiens avec des lecteur·trice·s. Elle en fait un parallèle avec Pierre Bourdieu avec une sélection de livres anglo-saxons (Toril Moi, Leslie McCail, Beverley Skeggs et Lisa Adkins) centrée sur le genre et les Cultural Studies.

Bourdieu et l’émancipation par la lecture

Dans Appropriating Bourdieu : Feminist Theory and Pierre Bourdieu’s Sociology of Culture (1991) Toril Moi explique que le genre et la classe sociale ont la même importance comme capitale dans la vie des femmes. Skeggs va dans la même veine avec son texte Feminism after Bourdieu où elle aborde le capital culturel. Ces auteures sont à la base de livre d’Albenca. L’observation a duré un peu plus de deux ans dans trois cercles de lectures lyonnais. Le but de cette enquête était de comprendre les effets du genre et de la classe sociale sur la pratique de lecture. Quarante-deux personnes, hommes et femmes confondus, ont participé à l’étude qui concernait, de prime abord, les grand·e·s lecteur·trice·s. Les deux tiers des quarante-deux entrevues réalisées sont féminins.

Phénomène de l’émancipation par la lecture

Phénomène que l’on voir aussi dans les cercles. En effet, un changement s’est fait en 1989 en faveur des femmes en matière de pratique littéraire. Une association est à faire entre le parcours de vie et les choix de lecture, comme le propose Janice A. Radway. Lire est une évasion et une contestation de l’ordre social. Bourdieu mentionne que « le consommateur contribue à produire le produit qu’il consomme au prix d’un travail de repérage et de déchiffrement qui, dans le cas de l’œuvre d’art, peut constituer le tout de la consommation et des satisfactions qu’elle procure. »

Comme mentionner plutôt, Albenca fait un parallèle entre les concepts de Bourdieu et les trajectoires sociales que la lecture engendre comme émancipation socio-économique et de genre. Selon Bereni, dans l’Introduction aux études sur le genre (2012), il existe quatre concepts. Il s’agit de considérer le genre comme une construction sociale et un processus relationnel qui engendre un rapport de pouvoir pouvant être varié.

Positionnement

Pour les répondants, un jeu de positionnement en matière de lecture se fait au niveau de la culture ou de l’identité. Pour Mauger, Poliak et Pudal, il s’agit d’une lecture de salut ayant pour but de bien faire et de mieux-être. Une dimension éthique est aussi liée à la reconstruction identitaire et culturelle. Combinées à la classe sociale, les trajectoires de mobilité sont diversifiées, ce qui fait bouger les frontières et les gens s’y trouvant. Cela varie en fonction du capital scolaire et du positionnement social. Dans la classe moyenne, les femmes sont très présentes. Ce qui se reflète dans les cercles de lectures observés par Albenca.

Les cercles littéraires

Les cercles observés fonctionnent différemment les uns des autres. Le but étant la socialisation des membres. Albenca a participé aux cercles avec une bonne volonté culturelle et joue parfois un rôle. Elle feuilletait les livres suggérés par les participants pour les analyser et prouver sa participation aux cercles. Mais less choix littéraires ne correspondent pas aux siens. Les compétences culturelles ont un impact sur les lecteurs. On parle de choix de lectures ou de capacités à lire en groupe. Albenca parle d’un classement sociologique lié à la reconnaissance d’autrui. Les gens la sollicitaient afin de légitimer leurs places dans le cercle. Être doctorante peut être un signe de bonne volonté scolaire et culturelle, mais peut aussi nuire. Ses perceptions pouvaient être perçues négativement par les participants, notamment les femmes, qui se jugeaient déjà défavorablement. Malgré tout, la participation aux cercles littéraires a pour but de favoriser deux rencontres : une avec les livres, l’autre avec les gens.

Socialisation familiale

Les trajectoires littéraires sont liées à la mémoire et la famille. Beaucoup de grand·e·s lecteur·trice·s ont un cahier de lectures où ils notent leurs réflexions. Cela permet la connaissance de soi pour bon nombre d’entre eux. Il ne faut pas oublier que la lecture est une deuxième peau et un privilège : celui de s’occuper de soi, mais le·la lecteur·trice équilibre sa vie grâce à la pratique de sports ou de loisirs culturels. De plus, la socialisation primaire a son importance, car la famille et l’école stimulent le désir de lire. La famille a un impact sur ce qui distingue un lecteur d’un autre. Par exemple, il y a une distinction sexuelle liée à la lecture causant une double contrainte pour la femme : prendre soin d’elle sans oublier sa famille. Malgré tout, le goût de la lecture vient de la mère. La socialisation littéraire passe par trois principaux facteurs familiaux soit la présence de livres et d’un·e lecteur·trice à la maison et les interdictions littéraires. L’élément crucial est la présence d’un·e lecteur·trice dans la famille.

Socialisation scolaire

L’école est importante dans la socialisation littéraire. Les lectures d’enfance font une distinction de genre, sauf pour l’héroïne féminine des romans d’aventures qui attirent tou·te·s les lecteur·trice·s. Par contre, les lectures obligatoires ont mauvaise presse. Principalement dans la liberté de choix et l’appropriation de la lecture qui causent des sentiments négatifs. L’idée est que le·la lecteur·trice soit un individu libre de choix, acteur de sa propre vie et indépendant de la famille et des institutions scolaires. Les lectures scolaires forment de bons souvenirs et ouvrent l’esprit, malgré le côté classique de l’apprentissage. Cela a un impact sur la trajectoire sociale individuelle.

Parcours de genre

Ces parcours sont différents selon le genre. Les femmes ont un parcours discontinu en raison de la maternité et du travail. Dans les premières années de vie des enfants, la mère se consacre à eux. Lorsqu’ils vieillissent, la lecture reprend sa place dans la vie des femmes, car elles se permettent un moment personnel. Les hommes sont plus axés sur la vie professionnelle. Mais il y a des similitudes entre les deux sexes : les événements marquants de la vie ont un impact sur les choix. Ce qui prouve que la socialisation primaire a des effets sur l’identité du lecteur et sa réaffiliation sociale. Jean-Claude Pompougnac parlait, en 2000, d’un schème discursif qui provoque des découvertes en raison de la bonne volonté culturelle des lecteurs.

Légitimité culturelle de l’émancipation par la lecture

Bourdieu parle de légitimité culturelle, car le genre permet une appropriation personnelle des lectures. Ce rapport à la culture est imposé inéquitablement par les classes supérieures en raison des contextes existants. Jean-Claude Passeron et Claude Grignon (1989) parlaient de l’importance de se défaire de la domination symbolique liée à la société. Bernard Lahire causait en 2004 de domino-centrisme, soit le regard que porte le groupe dominant sur le monde. Richard Peterson (1996) faisait une distinction entre omnivore et univore, le premier étant un·e consommateur·trice éclectique, le second plus restreint·e.

On constate que le genre categorise de lectures et de ses enjeux. Les choix littéraires féminins sont critiqués en raison de cet aspect. En 1991, Moi spécifiait qu’il existe une hiérarchie causée par la classe sociale et le genre. Ce qui permet de créer un soi particulier. Selon le contexte, le genre féminin évolue et peut véhiculer un capital négatif de la situation. Le féminisme influence aussi les choix de lectures. Ces décisions littéraires permettent aux frontières d’être mobiles au sujet du genre et de la classe. Ce qui signifie que la lecture ouvre plusieurs possibilités et exprime une réaffiliation sociale qui se vit à l’intérieur les cercles de lecture. Les lecteur·trice·s s’identifient aux figures littéraires présentes dans les livres. Il est question d’appropriation des textes liés au champ d’intérêt du sujet des livres divisible en trois catégories : sympathique, admirative et cathartique. Chacun ayant sa définition propre expliquée par Albenca.

Appropriation littéraire

L’appropriation littéraire situe « ces effets dans des trajectoires sociales et des contextes variables » comme le mentionne l’exemple de Janice Radway. Ses recherches (1984) ont pu démontrer que les livres à l’eau de rose permettent des moments intimes aux femmes des classes populaires, mais ont d’autres avantages. Dans le cas de la thèse d’Albenca, les participant·e·s sont de classe moyenne et ont un champ littéraire plus large que dans le cas de Radway. Ce qui a un impact sur la légitimité de la lecture. Mais le souci de soi par la lecture est un point commun entre les deux études et la femme se retrouve au centre de ce concept. Par contre, les trajectoires de genre se différencient avant tout à cause de l’âge et l’appartenance sexuelle.

Mais l’influence de la femme en matière de lecture a toujours été présente. Certaines utilisent leur profession, d’autres de leurs liens amicaux et familiaux. Ce qui mène à la question de la place des femmes dans l’éducation sociale féminine. Bourdieu a écrit sur le sujet dans La domination masculine. La lecture est une émancipation sociale ou féminine, car elles permettent l’apprentissage de compétences variées.

Conclusion

À la lecture de ce livre, il est possible de comprendre l’importance de la lecture sur la vie des femmes en particulier. La socialisation et la prise de temps pour soi sont deux facteurs importants de l’émancipation sociale féminine. Au moment de la lecture, la domination masculine et les occupations quotidiennes sont loin de la lectrice. On peut donc dire que l’émancipation par la lecture est présente en tout temps.

Vous ne serez peut-être pas surpris par cette révélation, mais les Canadien·ne·s, selon un sondage Ipsos Mori publié en décembre 2016, auraient tendance à surévaluer la présence des musulman·e·s en sol canadien. Phénomène rependu un peu partout dans le monde, d’ailleurs. Mais pour en revenir à la situation du Canada, beaucoup de nos concitoyen·ne·s pensaient, qu’en 2016, 17% de la population était musulmane. On est loin de la réalité, car le chiffre tourne vraisemblablement autour de 3,2%. Cela représente un écart de 14%. Mais bon, sur les 40 pays faisant partie de l’étude d’Ipsos Mori, 38 pays surestimaient eux aussi la présence de musulmans sur leurs terres. La France en tête de liste !

D’ailleurs, c’est probablement le mythe le plus persistant concernant les musulman·e·s. Plusieurs croient qu’une personne sur cinq est musulmans. Comme on vient de le voir, ce n’est pas le cas. Mais les chiffres parlent pour le Canada. Qu’en est-il au Québec ? Les chiffres sont similaires, soit 3,1% de la population. Cela représente 300 000 personnes sur une possibilité de 8 millions… Évidemment, ce n’est qu’une moyenne, la concentration est plus forte à Montréal qu’en région (environ 1%).

Autre mythe, le fait que les musulman·e·s ne s’intègrent pas à la société québécoise. D’ailleurs, Frédéric Castel les qualifie « d’élite professionnelle », car 45% d’entre eux ont un diplôme universitaire et veulent travailler. Ce qui les empêche souvent de travailler, ce sont les préjugés véhiculés contre ce groupe en particulier. Un autre préjugé est que les musulman·e·s sont très pratiquants. En fait, 62% des musulman·e·s ne vont pas à la mosquée comparativement à 36% de la population canadienne qui ne fréquente pas un lieu de culte. En d’autres mots, les Canadien·ne·s sont davantage pratiquant·e·s que les musulman·e·s.

Pour continuer dans cette veine, on peut dire que la grande majorité des femmes musulmanes ne portent pas le voile. Pour bon nombre d’entre elles, l’identité féminine passe avant l’identité religieuse. Il ne faut pas oublier que l’identité se construit grâce à un savant mélange d’aspect socioculturel, ethnico-linguistique, de scolarité et de travail. De plus, aucune femme musulmane n’a les mêmes repères culturels. Le voile, bien que mentionner dans le Coran, reste un choix personnel. Idem pour la manière de le porter. On a l’impression que les femmes voilées sont partout, car elles sont plus visibles que la moyenne. Pourtant, ce n’est pas le cas. Surtout si l’on parle du niqab. Pour Castel, il s’agit d’un phénomène « hyper marginal. On ne se trompe pas en disant [qu’elles sont] entre 50 et 100 sur une population d’environ 150 000 femmes. »

Ce qui me désole le plus dans cette situation, c’est le fait qu’au nom de l’égalité entre femmes et hommes, certaines personnes ont des réactions inappropriées par rapport aux femmes voilées. Personnellement, le moment où je me suis faite le plus insultée par rapport à mon choix de vie, c’est lors du débat concernant la Charte des valeurs québécoises en 2013. Je me suis fait dire plusieurs noms désobligeants, mais beaucoup de femmes ont connu pires. On parle de crachats, de voiles retirés de force ou de bousculades. Pour être honnête, je ne connais aucune femme musulmane qui porte le voile ou le niqab de force. Elles l’ont toute faite par choix. Ce qui va dans le même sens que les gens disant que la femme est libre de s’habiller comme elle le souhaite. Le fait de retirer le voile de sur la tête d’une femme est une atteinte à ses droits à la liberté de choix et de conscience. C’est une violation et non une façon de lui dire qu’elle est l’égale à l’homme. C’est une grosse erreur.

La meilleure façon pour une prise de conscience efficace concernant la femme musulmane, qu’importe son origine ou sa culture, reste de discuter avec elle, de lui poser des questions sur son quotidien. Sinon, je vous propose de consulter les documents suivants pour en apprendre davantage sur la population musulmane au Québec.

À écouter :

À lire :

[Collaboration]

Ce texte a été écrit en collaboration avec des étudiantes de deuxième année à la maîtrise en médiation interculturelle offert par l’Université de Sherbrooke dans le cadre du cours Projet Intégrateurs 3.

Du Nord au Sud, des femmes luttent encore pour faire face à l’injustice, l’exclusion et l’oppression. Ces dernières mènent une lutte permanente pour faire reconnaître leurs droits, obtenir la place qui leur revient dans la société ou « simplement » contribuer au bien-être de leurs congénères. Certes, « elles ont obtenu des gains, mais il reste beaucoup à faire ». C’est l’idée dans laquelle s’est inscrit le forum et le colloque Femmes et féminismes en dialogue. Cette rencontre a été menée en s’appuyant sur deux cadres théoriques : la médiation interculturelle et l’intersectionnalité. C’est dans une ambiance conviviale que les participantes ont présenté et échangé leurs idées et expériences grâce à un processus de recherche action-médiation qui avait été mis en place dans leurs pays respectifs.

Chacun de ces pays a des enjeux qui lui sont propres. Il est certain que la réalité des femmes est différente selon l’endroit d’où elles viennent. On note des éléments de différenciation entre ces femmes qui ont une influence sur leur perception de ce que sont les enjeux.  En effet, en référence à ce que l’on a entendu durant ces quatre jours, il apparaît que des faits tels que l’âge, le statut social, l’éducation, la religion, l’ethnie, la couleur de peau, l’accès aux ressources, le handicap, la colonisation, etc., ont un impact important sur les problématiques vécues par les femmes. Et de toute évidence, ces éléments ont aussi un impact sur leur perception des stratégies à adopter afin d’adresser les problèmes. La définition que l’on donne du féminisme peut varier en fonction de ces éléments de différenciation et, dans certains cas, le féminisme peut devenir un terme controversé tout en permettant l’inclusion ou l’exclusion d’autres femmes.

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Mini synthèse de ce que l’équipe a retenu de cet événement! Crédit: une membre de l’équipe!

Malgré tout, il est possible de trouver des similitudes dans les revendications communes à l’ensemble de ces femmes. On pense à l’accès à l’éducation, à la lutte contre la violence qui leur est faite, au besoin de solidarité entre elles ou à la nécessaire participation des femmes à différents niveaux de la société. Lors du forum, à travers différents ateliers (de conte, d’écriture et de théâtre), ces femmes ont pu s’exprimer et échanger au sujet de leurs préoccupations. Par ce dialogue autour de la question des femmes et les luttes qu’elles ont menées, il s’est avéré possible de favoriser une compréhension commune, de se rapprocher, de « sortir de la zone du féminisme et trouver une place normale dans tout ce qui se passe dans le monde », selon les dires d’une femme présente lors du colloque. La convivialité, qui a teinté les divers échanges, a permis de construire des ponts et de créer des zones de rapprochement. Au point où, vers la fin, ces femmes se sont vues comme étant militantes, alliées, motivées, fortes, humaines, bâtisseuses, courageuses, chercheuses de solutions, sensibles, ouvertes, etc. Elles ont trouvé un consensus et avancé le souhait que, quelles que soient leurs revendications, il serait important de développer un « bled » (probablement virtuel), où il serait possible de travailler pour une construction collective et la capitalisation des acquis. Aussi, ce qui semble important n’est plus d’arriver à une définition commune du féminisme, mais d’être à même de communiquer sur nos différences, de les accepter et de favoriser leur compréhension et la prise en considération des perceptions qu’elles génèrent.

Dans ce contexte, il est bon de se rappeler l’Article 3 de la Déclaration des Nations Unies sur l’élimination sur la discrimination à l’égard des femmes disant que « toutes mesures appropriées doivent être prises pour éduquer l’opinion publique et inspirer dans tous les pays le désir d’abolir les préjugés et de supprimer toutes les pratiques, coutumières, et autres, qui sont fondées sur l’idée de l’infériorité de la femme. »