On entend parler beaucoup de laïcité et de religions au Québec. Les conversions sont aussi un drôle de phénomène qui semble susciter la haine ou la fascination des gens.  C’est comme ça depuis longtemps, mais les dernières années davantage. Avec ce texte, je vais tenté de démystifier la religion. Si vous voulez en savoir plus, consultez le document sur Les conversions religieuses survol du phénomène. Il s’agit du thème que j’ai abordé en janvier dernier dans la première conférence.

Qu’est-ce que les religions ?

L’origine du mot n’est pas définie en tant que telle. Par contre, on sait qu’en français, le mot est d’origine latine et provient de deux verbes : ligare (lier) et religare (relier). Grâce à ces verbes, on peut donc composer le mot religio. Il est donc aussi possible de définir la religion comme étant une liaison entre un croyant et une divinité. Selon le Larousse, trois définitions sont possibles. On pourrait résumer les différents emplois de ce mot comme suit : une adhésion à une doctrine religieuse déterminant les croyances, dogmes, pratiques et rites de l’homme par rapport à ce qu’il considère comme sacré.
Pour Angelo Brelich, historien des religions et anthropologue hongrois, le concept de la religion passe par un certain contrôle d’une réalité abstraite où les capacités de l’être humain sont inutiles. On peut donc en conclure que pour Brelich, la croyance est une manière pour l’homme d’avoir un pouvoir sur ce qui ne peut contrôler. Pour Clifford Geertz, anthropologue américain, la religion est perçue comme un symbole permettant l’expression tangible de ce qui ne l’est pas. Cela permet d’expliquer, en quelque sorte, l’inexplicable et donne un sens à ce qui semble ne pas en avoir. Toujours selon Geertz, la religion permet de voir le monde autrement, soit en le régularisant et en le configurant de manière à ce que notre morale ait une concordance avec notre vécu.

Quelles sont les religions les plus importante dans le monde ?

Cartographie des religions (c) Wikipédia

Selon Wikipédia, les 5 religions suivantes sont les plus importantes dans le monde, ici placées en ordre alphabétique et non par importance.

  • Animisme ;

Il s’agit d’une croyance selon laquelle les êtres vivants ou les objets sont animés par un esprit ayant une force importante. Ces esprits peuvent être des défunts ou des manifestations animales.

  • Bouddhisme ;

Selon les points de vue, il peut s’agir d’une religion, d’une philosophie ou un mélange des deux. Ses origines sont indiennes et sa naissance est dû à l’éveil et aux enseignements de Siddhartha Gautama 500 ans avant notre ère.

  • Christianisme ;

Deuxième religion abrahamique de trois, juste après le judaïsme et avant l’islam, le Christianisme est basé sur l’enseignement et la vie de Jésus que l’on croit comme étant le Messie annoncé dans les textes sacrés de l’Ancien Testament. La croyance en sa résurrection est importante et est au cœur des pratiques chrétiennes, car elle est le synonyme de la libération du mal. Il existe trois branches chrétiennes : le catholicisme (51%), le christianisme orthodoxe (11%) et le protestantisme (38%).

  • Hindouisme ;

L’une des religions les plus anciennes dans le monde. Elle n’a ni fondateur ni lieux de culte et est pratiquée actuellement dans 85 pays, mais elle demeure principalement dans le secteur de l’Inde, pays l’ayant vu naître. Les hindous croient en l’autorité de Veda qui est apparu aux Rishi par l’intermédiaire de Brahma selon un aspect non humain. L’hindouisme est basé sur des concepts philosophiques de traditions orales indiennes, proche de l’animisme. L’hindouisme préenvahissement islamique et colonial avait un poids énorme en matière de savoir.

  • Islam

L’Islam est la dernière religion abrahamique basée sur le monothéisme. L’Islam signifie être soumis à Dieu et est de la même racine que le mot paix (salam). Le Coran est le livre sacré et a été révélé à Mohammed par Allah grâce à l’intermédiaire de l’archange Gabriel.

Par contre, selon le site The Big Religion Facts, le nombre de religions et de croyances dans le monde est estimé à plus d’une quarantaine. Il y a évidemment des sectes dans la liste, mais il en manque beaucoup. Dans les religions susmentionnées, plusieurs ont des mouvements qui en découlent pour diverses raisons. Ces mouvements peuvent être perçus comme des sectes ou ne pas l’être. Selon Gilbert Klein, auteur de Les sectes et l’ordre public, cela dépend si le comportement sectaire porte atteinte aux droits de l’être humain et à son équilibre social. Par contre, l’utilisation du terme « mouvement religieux » influence les sectes à être plus dangereuses déforment la réalité en se donnant une image positive de leur groupe.

Étymologie de la conversion

Comme beaucoup de mots français, le mot conversion vient du latin. Le mot latin est similaire, soit conversio, mot inspiré du grec épistrophé. La signification de ce mot ? Il peut en avoir plusieurs, mais on s’entend majoritairement pour dire qu’il y en a trois. Tout d’abord, c’est un retour sur ses pas. On peut aussi l’utiliser comme un changement d’attitude, surtout liée à une vision positive de valeurs millénaires. En dernier lieu, on peut désigner la conversion comme étant un choix entre deux systèmes de pensées. Il faut donc comprendre qu’à la base, une conversion consiste à un choix délibéré vers des valeurs positives qui perdurent dans le temps.

Selon différents dictionnaires, la conversion peut se traduire par une action menant à une adhésion ou à l’adoption de nouvelles croyances, idées ou pratiques qui s’opère par un changement d’opinion ou un retour vers une morale que l’on souhaite observer. Si l’on se fie au dictionnaire Littré, publié à la fin du 19e siècle, il s’agit de l’ « action de tirer les âmes hors d’une religion qu’on croit fausse pour les faire entrer dans une religion qu’on croit vraie. » C’est dit crûment, mais c’est tout de même vrai. Cela peut être, toujours selon Littré, un retour aux pratiques de religieuse qu’on négligeait.

Conclusion étymologique

Si l’on analyse le tout, on peut conclure qu’il y a deux types de conversion religieuse. La première est le fait de quitter une religion que l’on juge fausse vers une religion que l’on croit véridique. La deuxième est le fait de revenir sur les enseignements religieux que l’on a reçus enfant. Dans un cas comme dans l’autre, cela a un impact sur nos idées, opinions, pratiques et comportements.

Par contre, certaines personnes n’aiment pas utiliser le terme converti. C’est le cas d’Éva de Vitray Meyerovitch, convertie à l’islam en 1950. Certains parlent de transition, de transformation, voire de réorientation ou même de réforme. Plusieurs manières de nommer la conversion, mais qui restent toujours dans le domaine du personnel ou du spirituel.

La conversion religieuse, ça toujours existé ?

Oui, ça a toujours existé, et ce, partout dans le monde. Ici, le phénomène est relativement nouveau et associé à l’immigration. De nombreux projets de Maîtrise et de Doctorat portent d’ailleurs sur le sujet.  C’est le cas de Juliette Galonier, qui a fait sa thèse de doctorat sur les conversions à l’Islam en France et aux États-Unis. Selon elle, la fascination pour les conversions remonte au 16e siècle. D’après ses recherches, entre 1500 et 1750, des centaines de milliers d’Européens se sont convertis à l’Islam. Pour l’Église chrétienne, ils étaient des renégats, car ils avaient renié leur foi. Il faut dire qu’à cette époque l’Empire ottoman était beaucoup plus puissant que l’Europe et que cela a un impact sur les conversions. Il existe aussi plusieurs types de conversions : par amour, par conviction, par affaire ou en raison de la force.

Processus de conversion

On peut aussi prendre l’exemple de Géraldine Mossière, anthropologue et professeure adjointe à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, qui, dans son livre Converties à l’islam. Parcours de femmes au Québec et en France, parle du processus de conversion des femmes vers l’Islam. Selon ses recherches, le processus de conversion s’étale sur 9 étapes qui peuvent s’étirer dans le temps et selon ou non un ordre précis. Cela dépend de chaque personne et de son évolution dans le processus.

Les 9 étapes de conversion

  1. « Rencontre avec une personne-clé ou un agent de conversation musulman de naissance, pratiquant ou non
  2. Cheminement personnel et de recherche d’information sur l’islam à l’aide d’outil Internet, la lecture du Coran et apparition progressive de la conviction de l’existence de Dieu et de la véracité de l’Islam.
  3. Craintes et hésitation devant les changements éventuellement induits par la conversion dans le quotidien, dans les relations sociales et dans la vie personnelle, recul temporaire.
  4. Création de nouveaux liens sociaux avec des musulmans pratiquants, de naissance ou converti
  5. Adoption progressive de pratiques de valeurs musulmanes
  6. Décision d’entrer dans l’Islam et profession de foi prononcées dans des circonstances inattendues
  7. Socialisation dans l’islam via un apprentissage intensif de corpus de croyances et de pratiques, construction d’une appartenance à la communauté musulmane via un mode de sociabilité plus ou moins exclusif avec des sœurs musulmanes, changement graduel du comportements et incorporation de pratiques sociales, rituelles, vestimentaires et alimentaires
  8. Annonce plus ou moins explicite de la conversion dans le cercle non musulman
  9. Gestion éventuelle des conflits et négociation identitaire avec l’environnement d’origine et l’adoption, le cas échéant, du port du voile.[1] »

Nouveautés

On peut donc en conclure que pour la personne qui se convertit à une nouvelle religion, le processus implique donc plusieurs nouveautés : le langage, les idées, le discours, le comportement, etc. Pour beaucoup de gens, la religion est une source de force et de certitude. Elle leur procure un sentiment d’appartenance, de l’espoir et une conviction plus forte. Elle est aussi source d’implication sociale et de régénération personnelle.

Contexte

Mais dans un autre document, La conversion religieuse : approches épistémologiques et polysémie d’un concept, Mossière explique que « chacune des religions et spiritualités évoquées est singulière et s’inscrit dans le contexte social, historique, géographique et démographique dont elle est le produit.[2] » Dans les exemples cités dans ce document, on peut constater que l’aspect religieux et l’aspect socioculturel peuvent être, dans certains cas, intimement liés l’un à l’autre, mais ce n’est pas le cas des religions dites universelles. Ces dernières focalisent davantage sur les rites religieux que sur les rites culturels. Par contre, il y a une nuance à apporter.

Type de conversion ?

C’est ce que proposent Kirby et Blanky en différenciant la conversion culturelle et la conversion religieuse. En Afrique, les conversions religieuses ne changent rien à l’identité culturelle des gens. Par contre, dans ailleurs dans le monde, ce n’est pas forcément le cas. Krammer donnait, en 1990, l’exemple de la Birmanie ou de la Thaïlande. Par exemple, chez les Akha, la culture et le religieux ne font qu’un. Tant et aussi longtemps que le groupe est socialement solidaire, les conversions n’auront pas lieu. Par contre, l’inverse est aussi vrai.

Références des citations

[1] Mossière Géraldine (2013) Converties à l’islam. Parcours de femmes au Québec et en France, Presses de l’Université de Montréal, p. 74

[2]  Mossière, Géraldine (2007) La conversion religieuse : approches épistémologiques et polysémie d’un concept, Université de Montréal, p. 4A

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Depuis quelque temps, je vous présente différentes notions concernant la construction identitaire. Tout d’abord, les notions plus générales et dernièrement, la notion identitaire chez les adolescents. Aujourd’hui, je vais vous parler de l’impact de la religion sur la construction identitaire. Et ici, je sais de quoi je parle. Après ma conversion, j’ai eu droit à toutes sortes de commentaires, positifs comme négatifs, sur les changements qu’elle m’a apportés.

Mais qu’est-ce que la religion ?

Selon Patrick Banon, dans son livre Guide du mieux vivre ensemble ma laïcité, ma religion, mon identité, il n’y a pas de définition précise. Ce que l’on sait, par contre, c’est qu’il y a plusieurs systèmes religieux croyant tous qu’ils détiennent la vérité. Pour Banon, aucune religion n’est condamnable, ce n’est que les pratiquants qui peuvent avoir des dérives comportementales. Cicéron a dit de la religion quel « est le fait de se soucier d’une certaine nature supérieure qu’on appelle divine et de lui rendre un culte. » Pour Émile Durkhien, la religion est un système de solidarités lié à la croyance et à la pratique spirituelle qui fait qu’une communauté se rassemble autour d’un même Dieu et y adhère.

Mais on peut dire que la religion est un phénomène culturel ayant une perception personnelle et des normes collectives. On peut définir une personne religieuse comme étant une personne faisant partie d’une communauté de croyants pratiquant des rites qui nous connecte à plus grand que soi tout en ayant des conduites concrètes dans le monde réel.

Schématisation d'une communauté de croyant

La communauté de croyants est connectée à l’au-delà et au monde réel par des rites et des conduites.

Mais qu’est-ce qui fait que l’on pratique ?

Il y a trois principales raisons : la transmission, la socialisation ou la conversion. Forcément, il y a une interrelation entre les trois. La transmission est le fait de communiquer, d’une manière ou d’une autre, un sujet ou un intérêt particulier, dans ce cas-ci, la religion. Donc automatiquement, cela a un impact sur la socialisation et une possible conversion. Car en côtoyant un type de personnes, forcément on socialise et cela a un impact sur notre vie. Du moins, une réflexion s’opère.

Pour ce qui est de la socialisation, il y en a deux types : primaire (la famille ou les amis) et secondaire (via les institutions, la société). La socialisation est donc, pour Brown et Gary (1991) un processus ou non seulement, on apprend sur tout ce qui entoure la religion, mais on intériorise ce que la concerne. Dans la socialisation primaire, c’est là que l’on acquiert les comportements liés à la religion et ses croyances. Au contact de notre environnement immédiat, notre vision du monde évolue et fait en sorte de renforcer notre relation avec la religion pratiquée à la maison. À long terme, il est possible de voir qu’il y a une corrélation entre la relation que nous avons avec la religion que pratique nos parents et l’éducation religieuse que nous avons eue enfant.

Évidemment, lorsque l’on vieillit, on prend conscience de ce qu’il y a dans le monde. Que ce que nos parents nous ont transmis est validé ou non. Si cela est validé, la personne continue son petit bonhomme de chemin. Mais il se peut, comme c’est le cas pour moi, que l’éducation religieuse des parents n’ait pas fonctionné. Ce n’est pas parce que parents avaient de mauvaises intentions, mais pour moi, le christianisme n’avait aucun sens. Je me suis considérée comme athée pendant longtemps avant de connaître l’islam. Même si je me suis mariée à l’église, je n’y croyais pas. Ce n’est qu’après mon premier divorce que j’ai commencé à fréquenter des Arabes et que j’ai su qu’on pouvait s’apostasier de l’Église. Ce que j’ai fait en 2010. Pendant tout ce temps, ma socialisation auprès des Arabes continuait et j’en apprenais graduellement. Je me suis mise à lire sur le sujet jusqu’à je me décide, en 2012, de me convertir.

Lors d’une conversion, beaucoup de choses changent. On se reconstruit tout en restant la même personne. Notre réseau change, nos habitudes aussi. Je suis moins d’accord avec le fait que, quand on se convertit, on devient radical et qu’on se coupe de la réalité. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Oui, on devient vulnérable, car tout le monde veut nous aider et nous guider selon ce qu’il connaît, mais il fait savoir prendre du recul par rapport à ce changement, y aller à son propre rythme. La conversion n’est pas une coupure d’avec notre réalité, mais une transition. Le principal message qui est dicté aux nouveaux convertis à l’Islam, je ne sais pas pour les autres religions, c’est de prendre son temps. Ce n’est pas tout le monde qui est de cet avis, mais honnêtement, il est préférable de comprendre ce que l’on doit faire avant de l’appliquer.

Ce qui est parfois difficile lorsqu’on effectue des changements dans notre vie, soit une conversion ou une immigration, il y a beaucoup de répercussions dans la vie des gens. On en parlera dans un prochain texte.

À bientôt!

Les top 5 du lundi

On le sait, quand on vit des changements, qu’importe lequel, il y a des réactions qui viennent avec. Si la transformation touche la santé, forcément vous aurez des compliments et des félicitations. Si vous changez de religion, comme je l’ai fait, il y a des incompréhensions et des questionnements. Voici une petite liste de ce que l’on peut vivre quand on se convertit à l’Islam.

L’éloignement de certains membres de la famille ou d’amis

On dit que quand on fait certains changements, on trouve nos vrais amis. Je vous confirme que le dicton n’est pas faux ! Il y a des gens que je croyais sincères ou relativement proches de moi qui se sont éloignés. Je n’ai plus de contacts avec depuis que je suis devenue musulmane. Ce qui est triste d’une certaine manière, surtout quand c’est de la famille.  Lorsqu’on les questionne sur le sujet, on nous mentionne qu’on a changé… sur Facebook. Hé oui ! c’est un fait ! Il y a des trucs que j’y partage qui ne cadrent peut-être pas avec la vision actuelle du monde. Mais la personne ne se fie qu’à une publication parmi tant d’autres. Elle ne cherche pas à savoir le pourquoi d’une telle publication ou interprète mal un propos. La meilleure solution, lorsque l’on ne comprend pas quelque chose, c’est d’interroger et d’effacer l’incompréhension de notre tête ! Mine de rien, cela évite beaucoup de disputes inutiles et des chicanes de famille. Par contre, il faut le bon vouloir de tous pour que cela fonctionne. S’il y en a un qui est fermé comme une huître, on oublie ça ! Aucune chance de réconciliation à court terme n’est possible.

Par contre, je constate que ces personnes ne sont habituellement pas capables de me dire directement la raison de leur aversion soudaine envers moi. Il faut absolument qu’ils passent par quelqu’un d’autre pour me le dire. Je suis devenue musulmane, pas invisible. J’ai seulement changé de religion. Je n’ai pas perdu mes compétences à communiquer!

Les musulmans veulent convertir tout le monde ou qu’on s’est fait brainwashé

Désolée de vous apprendre que ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. Je vous sens un peu déçu que je brise ce préjugé. On ne peut pas forcer quelqu’un à se convertir. Le mieux que l’on puisse faire, c’est de répondre aux questions, s’il y en a.  Oui, il y a des musulmans qui sont peut-être plus incitants que d’autres sur le fait de rejoindre les rangs de l’islam. Personnellement, je ne suis pas capable. Je ne suis pas à l’aise avec cette manière d’agir. Je parle rarement de l’Islam outre quand il y a des questions ou lorsque le sujet s’impose. Je préfère sensibiliser à l’Islam plutôt que de forcer la conversion de quelqu’un. On m’a déjà accusée de vouloir convertir un bébé de trois mois. Hé non! Pour qu’une personne se convertisse, elle doit être consciente de ses propos. Quelqu’un qui le fait de force sans rien comprendre, sa conversion ne peut pas être acceptée. Que dire d’un bébé qui n’a aucune conscience de ce qui se passe autour de lui ! Un peu absurde. Dans l’Islam, on croit qu’un enfant est conscient naturellement qu’il y a plus grand que lui, que c’est l’éducation reçue qui change tout. Comme quoi tout est relatif!

Personnellement, si je me suis convertie, c’est à la suite de rencontres et de lectures. Il n’y a personne qui m’a obligé à le faire. Le processus a duré plus ou moins deux ans. Une fois qu’on est décidé, on a qu’à prononcer notre attestation de foi et c’est tout. Le reste coule de source. Une conversion est un choix personnel, même si cela ne plaît pas aux autres. Forcer quelqu’un à faire l’inverse de ses convictions n’est pas correct, même si l’on a de bonnes intentions et qu’on lui veut du bien. Et ce, qu’importe qui l’on est. Question de bon gros sens.

Le comportement des inconnus

On le sait, comme toute chose, les inconnus en savent beaucoup plus sur nous que nous-mêmes ! Quoi de plus logique ? Ce qui fait que certaines personnes que l’on ne connaît pas du tout ont des comportements qui sont parfois louches, parfois comiques avec nous. Dans un court laps de temps, on peut passer à « Vous avez dont un beau costume. Vous venez de quel pays ? » à « Retourne dans ton pays ! » Donc, même en étant né ici, on ne vient pas d’ici. Le monde se fie au fait de voir un voile sur la tête de quelqu’un et fait automatiquement l’association avec l’ailleurs. Mais cette situation est universelle. J’en ai déjà parlé dans un autre texte, l’été passé. Si vous l’avez lu, vous vous souvenez donc que même en Algérie, je me faisais dire que j’étais étrangère. Si je parlais français, le monde ne comprenait pas que je venais d’ailleurs… jusqu’à tant que je leur dise ou qu’ils voient mes souliers.

Évidemment, il y a tous ceux qui te dictent comment vivre ta religion, alors qu’eux-mêmes la renient ou n’y connaissent rien. Nombre de fois que je me suis fait dire d’enlever mon voile, incalculable. On m’a même demandé de mentir de dessus en disant qu’il fait froid, alors qu’il fait plus de 30 degrés à l’extérieur. Dans certaines régions du monde peut-être, mais pas au Québec ! Je me suis fait aussi dire, lors de mon dernier divorce, que si mon ex-mari mourait pendant notre mariage, sa famille devait me brûler vive ! Je ne sais pas ni où ni quand, mais j’ai l’honneur de vous annoncer que je suis toujours en vie, et ce, même après plus de 2 ans et demi depuis son décès J Je ne sais pas d’où la personne a eu ces informations, mais, au contraire, il y a une période 4 mois et 10 jours de deuil à respecter avant de pouvoir se remarier.

Je traumatise les personnes âgées

On m’a sorti ça récemment. Je ne sais pas comment je le fais, mais je les traumatise vraiment beaucoup. OK, il y a quelques paires d’yeux qui ont des points d’interrogation, mais une fois que je les salue, on est limite les meilleurs amis du monde ! J’ai droit de connaître leur vie en détail… ainsi que celle des autres. Je ne sais pas quelle énergie je dégage, mais j’ai soutiré involontairement trop de confidences que je ne voulais pas connaître. Alors je me demande en quoi je les traumatise. Au contraire, je n’ai que des compliments de la part de personnes âgées. On me trouve polie, gentille et bien habillée. C’est souvent eux qui trouvent que j’ai un beau costume avec mon Jilbab. Et c’est aussi avec eux que j’ai souvent les plus belles conversations. Les personnes âgées sont plus ouvertes que l’on pense. Elles ont moins de filtres aussi et ça cause quelques malaises, mais il est tellement agréable de discuter avec elles. En se mettant au même niveau qu’elles, on arrive à connecter facilement.

Ici, je vous parle de religion, mais je suis sûre et certaine que si vous analysez les changements que vous avez faits dans votre vie, il y a des gens qui ont critiqué, positivement ou non. Ici, je vous ai parlé de points plutôt négatifs. Mais il y en a aussi de positifs. Des gens ont remarqué que le fait que j’ai changé de religion, mon comportement s’est amélioré. Comment ? Ça l’air que je me suis assagie, alors que la grande majorité des gens me trouvaient déjà calme. Il est vrai que je dirigeais ma colère vers certaines personnes, mais pas tout le monde. Seulement une minorité à l’adolescence. En effectuant ce changement, j’ai appris à mieux m’exprimer et à réfléchir davantage avant de juger. Le plus important lorsque l’on fait des changements, c’est de faire ça pour soi-même. Pas pour les autres. En pensant à soi en premier, le changement sera à notre avantage.

Je parle très peu de ma conversion. À part avec les gens qui me posent des questions et quand c’est vraiment nécessaire. Mais en mars, La Presse a demandé au public d’écrire un texte personnel sur un événement qui pourrait être considéré comme étant une renaissance dans leur vie personnelle. Ce qui laisse beaucoup de place à la définition, car chaque parcours de vie est différent. J’avais décidé de parler de ma conversion, mais mon texte n’a pas été retenu. Peut-être que de parler de conversion à l’Islam la fin de semaine de Pâques, c’est un peu étrange 😀 Après une longue période de questionnement par rapport à la publication de ce texte personnel sur ce blog, je me suis dit : pourquoi pas ? Peut-être que cela permettra aux gens de mieux comprendre le cheminement que l’on peut avoir en tant que converti(e). Bien qu’il y ait une similitude dans le processus, chaque histoire est différente. Voici donc le texte que j’avais écrit pour La Presse ce printemps.

Renaissance

Comme tout le monde, j’ai vécu des hauts et des bas. Après mes études pour mon baccalauréat, j’ai eu, en quelque sorte, un gros vide. Je n’arrivais pas à réintégrer le marché du travail, et ce, malgré le fait que je sois sur tous les fronts : réseautage, bénévolat, envoie massif de c.v., etc. Mais, le soi-disant hasard a fait en sorte que je prenne un autre chemin. J’ai fait la rencontre de gens fabuleux qui ont fait que ma vie soit toute autre. Deux ans après la fin de mes études, en plein printemps érable, j’ai fait le saut. J’ai pris un chemin que beaucoup de gens, un peu partout dans le monde, prennent après avoir fait des démarches similaires à la mienne. Un changement de vie personnelle qui a fait que je change complètement de vie et qui va un peu dans le sens opposé de l’éducation reçue jusqu’alors. Je ne regrette pas du tout ce changement, malgré le fait que certaines portes se ferment devant moi. Je n’ai toujours pas de travail sept ans après avoir terminé mon baccalauréat, mais je suis actuellement aux études pour faire une maîtrise. Entre temps, j’ai eu un premier mariage, le décès de mon ex-mari et un deuxième mariage. Le tout entre coupé de difficultés. Comment j’ai pu passer au travers de ça ? Je n’ai aucune idée, sauf celle de placer ma confiance au bon endroit. J’ai toujours su que quelque chose de mieux allait se produire et qu’il suffit de demander aux bonnes personnes. Certains diront que j’ai de la résilience ou du courage alors que je fais seulement suivre la vague. Il y a toujours mieux pour nous, il ne faut juste pas perdre espoir.

Oui, en l’espace de 7 ans, j’ai vécu de belles choses malgré les quelques bas que j’ai vécu. Je sais que malgré tout, j’ai fait le bon choix. Pour tout l’or du monde, je ne reviendrais en arrière. En 2012, je me suis convertie à l’Islam. Dans la vie, au quotidien, il est évident que je le suis : je porte le jilbab, une jupe ou un pantalon avec un haut ample à capuche qui me cache le corps, sauf le visage et les mains. Et oui, c’est mon choix personnel, personne ne m’a forcé à le faire. Aucun membre de ma famille n’est musulman et je n’étais pas mariée à cette époque. Sur papier, c’est un peu moins évident à voir, n’est-ce pas ? Comme mentionné plus tôt, j’y ai retrouvé la sincérité, la tranquillité qui me manquait avant ma conversion. Le tout c’est passé très vite, il va sans dire. Il y a eu beaucoup de remous, oui. Mais ce que l’Islam m’a apporté est énorme. Évidemment, ce n’est pas rose tous les jours. Je me suis fait traité de « sale arabe’’ ou m’a dit de ‘‘retourner dans mon pays’’ à quelques reprises. Et pourtant, le Québec est mon pays. J’y suis née, j’y ai grandi et j’y demeure encore.

Pourquoi ce changement qui peut sembler drastique ? Tout d’abord, comme beaucoup de Québécois, le christianisme ne m’a jamais intéressé. Pâques, Noël, les mariages et les enterrements, c’était déjà trop pour moi. En plus, il y a trop de contradictions à mon goût dans cette religion. Je me suis considérée athée pendant longtemps, au point où je me suis apostasiée en 2010. Avant même de connaître véritablement l’Islam. Dans cette religion, j’ai trouvé des réponses à mes questions. J’y ai trouvé des similitudes avec mes convictions. Je sais très bien que ce n’est pas le cas de tout le monde. Beaucoup trouve que c’est une religion archaïque qui limite beaucoup trop. Personnellement, je ne trouve pas. Et jamais je ne forcerais quelqu’un à avoir la même idée que moi, ce n’est pas mon rôle. Ce que je peux faire de mieux, pour que les gens comprennent la réalité des musulmans et de répondre à leurs questions et raconter mon histoire. Et je sais que les gens comprennent beaucoup mieux lorsque l’on prend le temps de leur expliquer. Pas tous, mais beaucoup.

Ma renaissance spirituelle a eu un impact dans ma vie. Je suis heureuse qu’elle se soit produite et permis d’évoluer vers une vie qui me semble meilleure.

 

Nous sommes actuellement en plein Ramadan. Il s’agit d’un mois important du calendrier musulman, car tous musulmans pubères doit s’abstenir de manger, boire et bien plus.

Pour bien comprendre les musulmans, quatre livres devraient être lus par beaucoup de gens.

Le premier concerne le port du voile, sujet sensible pour beaucoup de monde, musulman ou non. Il s’agit du monologue du voile, des québécoise de racontent de Kenza Bennis et est largement inspiré du monologue du vagin. lterné des monologues et des informations plus théorique. Paru chez Robert Laffont.
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Le deuxième est un essai d’Asmaa Ibnouzahir sur l’islam, en particulier la place de la femme et l’identité musulmanes. Il s’agit de Chroniques d’une musulmane indignée. Il me semblerait que ce livre devrait obligatoire en secondaire 5 ou au cégep car il s’agit d’un récit biographique parsemé d’informations pratico pratiques. Publié chez Fides.

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Un livre sur la conversion à l’islam écrit par une belge, Clara Sabinne. Mon fils s’est converti à l’islam, même pas peur. Il s’agit évidemment de la vision d’une mère sur la conversion de son fils à l’islam. J’ai l’impression que plusieurs parents se reconnaîtront dans ce récits. Car même si l’image des convertis est parfois mal vue, la grande majorité le sont par leur propre volonté. Sorti chez les Éditions la boîte de Pandore.
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Le dernier est celui de Tariq Ramadan et à pour titre le génie de l’islam. En lisant ce livre, on voit une image complète de l’islam et de ses différents visages. J’en ai appris beaucoup, même si je suis musulmane. Paru aux Presses du Châtelet.
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