Publié dans Diversité, Lectures

Suggestion de lecture pour les ados!

Oui, aujourd’hui, je m’adresse principalement aux adolescents. Quoique le livre dont je vous parlerais soit quand même bien pour les adultes. Il s’agit du Guide du mieux-vivre ensemble, ma laïcité, ma religion, mon identité de Patrick Banon. Les illustrations sont de Anne-Lise Boutin et il a été publié chez Actes Sud Junior en octobre 2016. Divisé en huit courts chapitres, ce document se lit rapidement, car il n’a que 103 pages. Personnellement, je l’ai lu en moins d’une journée.

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Ce que je trouve bien de ce livre, c’est qu’il ouvre la porte à la discussion avec vos enfants. Comme mentionné dans le titre, on nous explique principalement le lien existant entre la religion, l’identité et le mieux-vivre ensemble. Dès le début, on nous explique le principe de différences et de ressemblances, qu’elles font partie de nos sociétés depuis toujours. Dans le premier chapitre, Ma terre, on y parle de la mythologie grecque, de la sédentarisation, de l’agriculture, de la différence homme/femme, etc.

Dès le deuxième chapitre, Mes stéréotypes, on y parle de notre perception de l’autre. Le troisième chapitre, Mon identité, parle entre autres de Noé et son déluge, de citoyenneté et de narcissisme. Le quatrième chapitre, Ma religion, il est question de diversité religieuse, plus particulièrement des trois religions monothéismes et de définitions qui y sont reliées. Par contre, je ne sais pas pourquoi, les Français ont une tendance à changer les noms qui ne sont pas français. Chaque fois que je lis un livre qui traite de religion et qui vient de la France, je ne me peux m’empêcher de grincer des dents. On y lit que le Prophète de l’Islam est Mahomet. Désolée de vous apprendre que ce n’est pas son nom, mais bien Mohammed. Mahomet est le surnom que les Juifs lui ont donné qui signifie le non-bénie, alors qu’en réalité son nom signifie le digne de louanges. Petite différence!

Le cinquième chapitre, Ma liberté d’expression, mentionne qu’il y a une limite à la liberté d’expression, ou du moins une manière de dire les choses, et de blasphèmes. Par contre, une erreur s’est glissée dans ce chapitre lorsqu’il est question des attentats de Charlie Hebdo et du mouvement « Je suis Charlie » en janvier 2015… L’auteur parle de 2014, soit un an trop tôt!  Dans le sixième chapitre, Ma laïcité, on définit ce qu’est la laïcité. C’est un concept mal compris qu’on confond avec neutralité religieuse, du moins au Québec. Mais ce chapitre-là, à mes yeux, concerne davantage la situation de la France. Au Québec, même si certains tentent de suivre l’exemple de nos cousins, notre situation est différente de ces derniers.

Le septième chapitre, Ma mixité, parle de l’égalité homme/femme. On y parle du fait qu’elle est nécessaire du fait que les femmes ont été soumises à l’homme pendant trop longtemps. La mixité est vue comme un remède au totalitarisme. Mon avis sur ce point est partagé. C’est vrai que la femme a un certain désavantage par rapport à l’homme et qu’il faut corriger. Par contre, de là à dire que la mixité est un remède, un peu moins certaine. Je crois davantage que l’éducation est un remède à bien des maux ! En terminant, le dernier chapitre, Mon humanisme, parle davantage de juridiction. Dans un prochain article, je vous parlerais de la charte dont il est mention dans ce chapitre.

Ce que j’aime de ce livre, malgré quelques points de désaccord, c’est qu’il aborde des sujets délicats et qu’il ouvre la porte à la compréhension de l’autre. Par contre, je ne laisserais pas un adolescent le lire sans pouvoir en parler avec lui par la suite. Comme je l’ai dit au début, il s’agit d’une opportunité de discussion avec eux et il faut la saisir. Ce n’est pas tout le monde qui est du même avis concernant les mêmes points, c’est un moment idéal pour leur montrer le respect de l’autre et comme exprimer son opinion sans blesser l’autre.

Je n’ai pas d’ado en ma possession actuellement, donc je ne peux pas vraiment tester l’activité sur eux, mais ceux qui en ont, est-ce que vous avez ce genre de discussion avec les vôtres?

Publié dans Identité, immigration

La construction identitaire chez le jeune immigrant

Lundi dernier, je vous ai parlé de la journée mondiale des droits de l’enfant. Il n’y a pas si longtemps, l’enfance et l’adolescence n’existaient tout simplement pas, ou du moins, n’avaient pas la même définition qu’aujourd’hui. Mais que pour certains spécialistes, l’adolescence n’est qu’une invention culturelle liée à certaines sociétés contemporaines. En effet, encore aujourd’hui, pour certains peuples, il n’y a pas vraiment d’étape entre l’enfance et l’âge adulte. Dès que l’être humain est pubère, il est considéré comme adulte. Donc, pour la grande majorité d’entre nous, c’est autour de 12 ou 13 ans. Mais pour beaucoup, l’adolescence n’est qu’une transition entre l’enfance et la majorité.

On le sait tous, l’adolescence a été une période hasardeuse pour beaucoup d’entre nous. Et ce l’est encore aujourd’hui. On n’est plus des enfants, mais on n’est pas des adultes. On est donc responsables, mais immatures à la fois. L’adolescence est donc un moment ambigu dans la vie d’un humain. Il y en a qui sont encore couvert jusqu’à leur départ de la maison alors que d’autres l’ont difficile dès leur plus jeune âge.

Si vous vous souvenez de votre adolescence, nos besoins étaient essentiellement égocentriques. Nous voulions être reconnus pour ce que nous étions réellement. Nous voulions nous dissocier, pour la grande majorité d’entre nous, de ce que nos parents voulaient pour nous. Mais que dire quand on traverse l’adolescence dans un contexte migratoire.

L’adolescence est synonyme de quête identitaire. Nous cherchons à combler des besoins de singularisation, d’appartenance, d’une identité bien définie, de continuité, de cohérence et d’avoir une image positive de soi. En gros, on a besoin d’être unique, mais de ressembler à des gens auxquels on s’identifie (amis, vedette, adultes qu’on admire, etc.) et qui nous valorisent.

Les jeunes issus de l’immigration ont les mêmes besoins que les jeunes natifs. Par contre, la manière de combler ces besoins est difficile. Ils sont confrontés entre les désirs de leurs parents et ceux qu’ils découvrent en s’établissant ailleurs. Je le répète souvent, mais les jeunes immigrants sont souvent pris entre deux mondes. Ils ne sont pas d’ici totalement, mais ne sont plus de cet ailleurs. Par contre, ils vivent encore dans ces deux environnements et doivent faire en sorte de trouver un équilibre entre les deux. Y arriver n’est pas toujours évident, car chacune de ces expériences est douloureuse. Alors, imaginez lorsqu’on vit simultanément une immigration en pleine crise d’adolescence. J.A. Howard disait qu’être immigrant en même temps que de vivre son adolescence est beaucoup plus difficile en raison du faire fait que, non seulement les aspects physiques, sociaux et économiques ont un impact sur la vie de tout adolescent, mais que ces aspects varient selon la culture dans lequel nous vivons. Donc, c’est un joyeux bordel pour les adolescents immigrants.

En effet, il est difficile pour les adolescents issus de l’immigration de concilier les différents écarts de règles : celles de la maison et celles de la société. Forcément, lorsqu’on est confronté à ce genre de situation, beaucoup de questions se posent par rapport aux valeurs de ces deux mondes. Cela a donc un impact sur la manière de se définir en tant qu’individu, de cheminer vers une nouvelle version de soi-même. Les parents perdent souvent leurs repères en raison qu’ils n’ont pas de références dans la nouvelle société. Ils ont vécu leur propre adolescence d’une autre manière que celle de leurs enfants. La culture a une influence sur notre perception de notre vécu et de celui des autres. Ce qui fait que, dans tout ça, le jeune essaie de trouver une cohérence entre ce qu’il vit à la maison et à l’extérieur. Il se retrouve donc en repositionnement constant à la recherche de lien de confiance et d’amitié avec autrui.

Ce dernier point est souvent difficile à vivre pour ces jeunes immigrants par le fait que les repères ne sont pas les mêmes que pour les jeunes natifs. Il s’agit d’un problème d’intégration, soit dans leur communauté d’appartenance ni dans la société d’accueil. L’école est l’endroit par excellence pour que ces jeunes s’intègrent. Pour bien des parents, la scolarisation de leurs progénitures est importante par le fait de réussir à l’école est un gage d’intégration dans le nouveau milieu. Mais pourtant, ce n’est pas le cas. Souvent, lorsque les parents ne parlent pas la langue du pays, ces jeunes se retrouvent donc l’intermédiaire entre leurs géniteurs et la société d’accueil. Ce n’est pas une mince affaire que d’être le responsable de ses parents quand on se cherche soi-même.

Tout dépendant de l’âge où l’intégration scolaire se fait, divers problèmes peuvent être découverts soit avec l’enfant ou le parent : linguistique, sociale, santé, l’hiver québécois. Il y a un isolement qui se fait, surtout quand on est parent immigrant. Cet isolement est un résultat du manque de reconnaissance de compétences parentales. Pourtant, dans leur pays d’origine, ils ont ces compétences. Cela a donc un impact sur la vie familiale.

Tout ça fait que la question identitaire devient un sujet sensible pour bien des immigrants. Les repères ne sont plus les mêmes et que la transmission des valeurs peut se faire difficilement. Dans un prochain texte, j’aborderais la notion de la religion sur la construction identitaire. Car, bien qu’au Québec, la religion fait partie du privé, ce n’est pas le cas de toutes les sociétés.