Publié dans Radicalisation

Synthèse du colloque sur la radicalisation

Pour conclure les différents panels du Colloque, on peut comprendre que la radicalisation est un concept flou, mais qui stigmatise actuellement les musulmans. Pourtant, toutes les sociétés dans le monde ont eu des épisodes de radicalisation à un moment où l’autre de leur histoire. Ce phénomène a toujours existé pour différentes raisons, politiques, psychologiques, identitaires, territoriales ou religieuses. Mais pour qu’il y ait radicalisme, il faut un déclencheur et c’est souvent les inégalités ou des oppressions vécues par un groupe minoritaire.

Le profil type que les gens se font de la personne radicalisée, c’est souvent un homme début vingtaine et qui est musulman. En effet, au Québec et en France, ces jeunes sont souvent plus sujets à la radicalisation, surtout ceux issus de la deuxième génération. L’âge moyen varie selon le sexe. Selon les études, pour les jeunes filles, la radicalisation se fait vers 16 ans tandis que les garçons le font vers 21 ans. On constate que ceux qui se radicalisent ont un manque d’éducation religieuse, politique, générale et humaine. Il faut ajouter à ça l’impact des médias sur ce que pense la société. C’est une roue qui tourne et qui cause une désinformation importante de certaines situations. Tout cela a un impact sur la construction identitaire des jeunes qui sont susceptibles de se radicaliser. Il est donc important de bien les encadrer pour éviter les catastrophes. En effet, le professionnel qui travaille est bien formé à intervenir auprès de ces jeunes à risque. Il faut créer des espaces de discussions le plus tôt possible, c’est-à-dire, dès le secondaire. Ces espaces peuvent être dans un lieu physique comme dans un lieu virtuel, du moment que personne ne soit stigmatisé et que toutes les opinions se valent. L’idée est de les amener à réfléchir, à construire des preuves solides et comprendre ce que l’autre vit. Avec les jeunes, il ne faut aucun sujet tabou, au contraire, on part d’eux, de leur réalité. Avec les personnes d’autres générations, il y a des sujets plus tabou, alors on parle de ce qu’il y a en commun pour arriver à parler des différences et ouvrir les esprits. Il faut donc s’adapter à notre clientèle. Il faut aussi focaliser sur les dialogues, car cela permet d’être plus inclusif et égalitaire. La relation est gagnante pour tous.

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Lorsque l’on intervient auprès des personnes à risque ou déjà radicalisées, il faut travailler avec une équipe multidisciplinaire. Cela évite de se sentir isolé et de prendre de mauvaises décisions. Aussi, cela permet de voir la situation de différents angles. Par exemple, Legeault-Laberge propose une analyse de cas en quatre points, soit la religion, la psychologie, la sociologie et l’anthropologie. Selon lui, la religion est le centre de la problématique, surtout dans le cas des sectes où il y a un lien avec la tradition. Pierre Gisel parle de la tradition vivante dans livre Croyance incarnée. Il la décrit comme le renouvellement de la pensée religieuse qui fait en sorte que la relation entre le croyant, sa croyance et ses pratiques. Mais forcément, il y a une influence spirituelle qui existent, principalement venant des paires et des leaders religieux. Cette influence a raison de l’interprétation de la tradition, mais aussi des textes sacrés, comme on peut le voir dans certaines communications. Mais la religion a beaucoup d’influence sur la psychologie et la socialisation de l’individu. Il est entre autres question du proprium de Gordon Alport qui touche sept aspects de la personnalité, dont l’identité même de l’individu et l’estime qu’il a pour lui-même. Évidemment, cela peut être source de conflits. L’anthropologie analyse donc la signification de l’ensemble.

En classe, lors de la première session (automne 2016), nous avions appris que dans la médiation interculturelle clinique, on procède quelque peu de cette manière. Il y a des co-thérapeutes qui viennent de différents milieux comme des ethnographes, des criminologues, des travailleurs sociaux, etc, qui travaillent ensemble sur ce type de cas en collaboration avec une équipe de médiation, par exemple, un référant, un traducteur ou un médiateur. Ces derniers sont le lien entre l’équipe de co-thérapeutre et la personne qui se retrouve à être le cas-problème. Ce cercle d’intervention est dirigé par un intervenant principal qui est celui qui a le plus d’expérience. Il est le seul à pouvoir parler à tout le monde autour du cercle. On appelle cela un dispositif thérapeutique. Cette façon de procéder permet un sentiment d’égalité, de partage et une compréhension interculturelle de l’autre, car il y a une reconnaissance de l’autre. Il s’agit d’une méthode efficaces et rapide.

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Exemple d’un dispositif thérapeutique dans le milieu interculturel.

De plus, ce qui est abordé durant le Colloque, c’est l’importance des mots. En effet, plusieurs mots ont été analysés et on peut s’apercevoir que, à la base, plusieurs avaient une connotation positive et que la signification négative d’aujourd’hui est venue graduellement. Ces changements sont dus aux différents événements. Par exemple, les termes terreurs et terroristes étaient réservés au domaine de l’art pictural. Cela a changé avec la Révolution française. Idem avec les mots intégristes, fondamentalistes et radicaux. Ils étaient associés, au moment de leurs apparitions, au milieu chrétien, soit religieux ou politique. Rien à voir avec l’image que l’on a maintenant. Et lorsque l’on parle d’extrémiste, on parle par rapport à quoi ? On se penser qu’un groupe est extrémiste par rapport à certaines situations sans qui le soit réellement ou l’inverse, être réellement extrémiste et ne penser ne pas l’être.

Ce que j’ai aussi compris, c’est que le radicalisme est présent dans toutes les religions, mais qu’elle n’est pas la cause principale. Il faut juste faire en sorte d’éduquer les gens sur les différents aspects d’une société et d’ouvrir des espaces de dialogues variés qui abordent ses sujets. Ce n’est pas tout le monde qui est enclin à ces échanges, alors comment faire pour les inclure sans forcer la donne ? Il est évident que les sociétés sont en éternel changement et qu’il faut faire en sorte qu’une bonne ambiance règle pour un meilleur vivre ensemble. Le respect semble être la solution, mais comme Julius Grey a dit, la résistance est parfois nécessaire pour les choses changent. Alors, on fait comment?

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.