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Sorcières et courants spirituels féministes

C’est le temps de l’Halloween! Les sorcières et autres monstres sortent afin de récolter des bonbons. Mais que connaissez-vous réellement des sorcières et des courants spirituels dit féminins? Je me suis posée la question dans le cadre de mon cours sur les théories de la spiritualité. Voici ce que j’en ai compris.

Mon choix de textes

Avant de choisir les deux textes que je voulais résumer, j’en ai lu plusieurs sur les spiritualités féministes. Comme il fallait prendre un courant spirituel que je ne connaissais pas, le choix était vaste. Mais je m’intéresse depuis longtemps au courant féministe, mais certains points m’étaient inconnus. Notamment par rapport à la spiritualité. J’entendais souvent parler des sorcières, une spiritualité qui a toujours été présente d’une manière ou d’une autre. Je voulais profiter de ce travail pour en apprendre plus.

Les spiritualités féministes, redonner souffle et vie

Malheureusement, le premier texte que j’ai trouvé, Les spiritualités féministes, redonner souffle et vie de Pierrette Daviau, ne répondait pas entièrement à mes questions. Le texte était intéressant à lire, mais je suis restée sur ma faim. Par contre, j’ai pu comprendre la base des diverses spiritualités féministes. Grosso modo, il s’agit de spiritualités qui ne cadrent avec les traditions spirituelles patriarcales. Les spiritualités féminines se veulent plus inclusives. L’image de Dieu est redéfinie pour pallier ce déséquilibre entre les sexes. Dans les spiritualités féminines, Dieu en tant que femme a toujours existé. Plusieurs exemples sont donnés dans ce sens dans le texte. L’importance des mots en fait partie.

Aussi, pour Daviau, l’expérience personnelle des femmes est importante à considérer, car elle est universelle. Même si les traditions religieuses diffèrent. En se basant sur un texte de Radford Ruther datant de 1993, Daviau affirme que le principe de base des spiritualités féministes est la pleine humanité entre les femmes et les hommes. D’où l’importance de l’importance de l’expérience de chaque femme. Même dans la diversité. Cette expérience est en lien avec la définition que l’on peut trouver de la spiritualité. Il s’agit du cumul des croyances, des convictions, des pensées et des comportements en lien avec l’autre et le sacré. Il s’exprime différemment d’une personne à l’autre. Si l’on parle de spiritualité féminine, le lien se fait aussi avec le cheminement de chaque femme. Même si ces spiritualités sont identifiées comme féminines, elles incluent les hommes dans le processus.

Sorcière. La puissance invaincue des femmes

Sorcières
Le livre de Mona Chollet Sorcières. La puissance invaincue des femmes.

Ici, je ferais un lien avec un autre texte que j’ai lu. Il s’agit de l’introduction du livre de Mona Chollet Sorcière. La puissance invaincue des femmes. En effet, c’est dans ce cours chapitre que j’ai compris un peu le phénomène des sorcières. C’est ce qui m’intéressait le plus de comprendre dans les mouvements spirituels féministes. En résumé, il est expliqué l’histoire des sorcières, des répressions passées aux combats actuels. Le patriarcat religieux a eu une importance dans la représentation actuelle de la sorcière.

L’image de la sorcière

En effet, Chollet parle du fait que l’image de la sorcière dans les contes pour enfants est souvent associée à la méchanceté. Par contre, pour elle, il existe une image positive de la sorcière. Elle parle notamment de sa référence personnelle : Floppy Le Redoux. Une sorcière qui avait un caractère bien trempé qui en faisait voir de toutes les couleurs aux gens qui le méritaient. Pour Chollet, le mot sorcière est synonyme de force, d’énergie, de savoirs, d’expériences. Bref quelque chose de vital qui pousse les gens à aller plus loin, mais qui est contesté par l’autorité officielle. Le mot sorcière renvoie aussi aux tortures et aux meurtres de nombreuses femmes d’Europe du 16e et 17e siècle. Parfois même du 18e siècle. Les raisons qui ont poussé les gens à chasser ces « sorcières » étaient très variées, allant du vol de nuit pour sabbat à avoir des contacts avec le Diable lui-même.

Répercussions de la chasse aux sorcières

Chollet mentionne aussi le fait que les chasses aux sorcières a des répercussions sur notre monde actuel. Notamment en raison des choix qui ont été faits par rapport aux tortures et aux condamnées. Par exemple, on pense souvent que le fait d’étiqueter les femmes de sorcières est le fruit des fanatiques religieux. Pourtant, selon Chollet, ce n’est pas le cas. Elle cite Guy Betchtel, qui dit dans son livre La Sorcière et l’Occident qu’« en matière de sorcellerie, les juges laïcs se sont révélés « plus cruels et plus fanatiques que Rome Elle rappelle par le fait même que le monde où les femmes étaient discriminées à cette époque en était un qui vivait très peu en dehors de la religion. Même pour ceux qui se disaient areligieux.  Toujours pour Chollet, ce que les femmes ont connu à cette époque est comparable à l’antisémitisme de la Seconde Guerre mondiale. Les femmes étaient les boucs émissaires d’une haine qui comprend de l’irrationalité et aucune argumentation intelligente. Cela se retourne contre les femmes sous forme de violence physique pour protéger la société dans laquelle elles participent. D’ailleurs, une œuvre que Chollet mentionne et qui a eu des répercussions sur le mythe de la sorcière est le livre Le Marteau des sorcières. Publié en 1487 par Henri Institoris et Jakob Sprenger, il est comparé au Mein kampf d’Hitler.

Les femmes sont les principales victimes de la chasse aux sorcières

Ce qui ressort aussi du texte de Chollet, c’est le fait que oui, ce sont les femmes qui sont les principales victimes de la chasse aux sorcières. Mais il y a aussi des hommes. Pourquoi plus de femmes ? Parce qu’à l’époque, on les croyait plus malicieuses que les hommes. Mais elles étaient considérées comme plus faibles d’esprit, de corps et ayant une vie sexuelle débridée. Ce qui fait d’elles des proies faciles pour le Diable. Mais dans les faits, elles sont des proies pour la machine juridique et patriarcale de l’époque. Les femmes représentaient 80% des accusés et 85% des condamnés. Par exemple, Magdelaine Denas a été condamnée pour sorcellerie à l’âge de 77 ans, pour des raisons obscures. Mais une d’entre elles était l’hérédité, car d’autres femmes de sa famille avaient été tuées pour les mêmes raisons. Bien que la majorité des victimes appartenaient à la classe populaire, les classes supérieures n’ont pas été épargnées. Les ennemies des notables attaquaient les femmes de leurs familles afin de les atteindre. Bien que les accusations soient arrivées tardivement, elles eurent un impact sur les procès entamés contre les femmes.

Les femmes qui sont prises dans l’engrenage juridique de l’époque se trouvaient souvent seules dans leurs combats. Les hommes de leur entourage prenaient rarement leur défense, mais les accusaient comme les autres. Ces derniers se dissociaient des femmes accusées de sorcellerie pour ne pas être accusées à leur tour ou se débarrasser des femmes non désirées. En fait, c’était un mécanisme de défense de la part des hommes.

Mais qu’est-ce qu’une sorcière ?

Pour Chollet, parmi les femmes qui ont été accusées de sorcellerie, plusieurs étaient un mélange entre magiciennes et guérisseuses. Car en plus de toucher à tout ce qui concerne les sorts et les philtres d’amour, elles guérissaient des malades et agissaient comme sage-femme. La population venait les voir de façon régulière pour régler certaines problématiques du quotidien, car elles possédaient un statut important dans la société. Jusqu’à ce qu’arrivent les accusations de sorcelleries. Les femmes considérées comme sorcières devaient faire attention à leurs faits et gestes. Par exemple, il était permis de manquer des messes, mais pas trop. Voir trop d’amies était suspect, mais ne pas en voir aussi. Il fallait donc doser tous comportements au quotidien.

Le corps des femmes…

Mais juste le fait d’être une femme pouvait être suffisant pour être condamné à la sorcellerie. Chollet mentionne les différentes tortures qu’elles ont pu subir. Mais on parle de violation de l’intimité et l’intégrité, autant physique que morale. Être mise à nue afin d’être rasée et de trouver la marque que le Diable aurait laissée sur elles. La moindre cicatrice étant suspecte. Certaines étaient piquées sur tout le corps. Si la femme était une sorcière, elle était censée être insensible à la douleur. Mais cette dernière les faisait perdre connaissance, ce qui ne provoquait aucune réaction chez les femmes qui subissaient cette torture. Les tortures sont nombreuses et ont tué de nombreuses femmes. Même la sexualité des femmes est mise en doute. Elles se font interroger sur leur pratique sexuelle avec le diable. 

Dans son texte, Daviau parle aussi du rapport au corps au sein des spiritualités féministes. Un peu dans la même veine que les femmes d’avant la chasse aux sorcières, la spiritualité des femmes d’aujourd’hui se vit dans le quotidien et dans la relation avec le corps. On parle évidemment de gestes simples à la base, mais qui sont importants. Comme le fait de prendre soin de l’autre, en s’occupant d’un enfant, de nourrir l’autre ou de le guérir. En résumé, de prendre soin du corps. Encore aujourd’hui, le corps des femmes est mal perçu par l’Église, notamment. Dans les discours religieux, il y a beaucoup d’interdits. La morale prend une place importante dans les propos de l’Église.

… et la religion

Mais cette haine des femmes ne date pas d’hier. Le pape Jean XXII a demandé à Alvaro Pelayo d’écrire De planctu ecclesiae. Jean Delumeau, dans le livre de Chollet, mention qu’il s’agit d’un « document majeur de l’hostilité cléricale à la femme » ainsi qu’un « appel à la guerre sainte contre l’alliée du Diable.[4] » Toujours selon Pelayo, les femmes sont orgueilleuses et incorrigibles. Bref, elles ressemblent aux juifs ! Guy Bechetel renchérit en disant que la misogynie était présente même dans les documents laïques de l’époque. On pense notamment aux historiens et aux écrivains de l’époque.  Mais bref, il est impossible de connaître le nombre de femmes décédées lors de la période que couvre la chasse aux sorcières.

Et la spiritualité dans tout ça ?

Par contre, là où les deux textes lus (Daviau et Chollet) peuvent vraiment bien se compléter, c’est dans la manière dont les femmes vivent leurs spiritualités et les revendiquent aujourd’hui. Car même si aujourd’hui, les institutions religieuses demeurent hostiles aux femmes, ces dernières osent vivre leur foi d’une manière qui leur ressemble et qui est plus empreinte de justice.

Un terme qui est revu dans les deux textes est le fait d’être inclusif dans la manière de vivre sa spiritualité. Pour Daviau, les spiritualités féministes permettent à l’être humain, femme ou homme de garder son désir de vivre bien présent. Cela permet de célébrer tout ce qui arrive dans la vie d’une personne. Que ce soit positif ou non. Pour faire un lien avec Sheldrake, Daviau parle de spiritualité prophétique. Car les spiritualités féministes, comme celles des sorcières, sont tournées vers la réalité terrain. Elles prônent un changement de société qui touche tout le monde. Principalement les femmes, mais pas seulement. Pour Daviau, ces luttes contribuent notamment la libération des femmes, qu’importe leurs situations. Pour Chollet, ce n’est pas que les jeunes féministes qui participent à des manifestations « magiques ». Les hommes gais et transsexuels le font aussi. En exemple, Chollet cite Mael, une sorcière française. Cette dernière mentionne que

« la sorcellerie étant une pratique, elle n’a pas besoin d’être accompagnée d’un culte religieux, mais peut parfaitement se combiner à lui […] Il n’y a pas d’incompatibilité fondamentale. On trouve des sorcières des grandes religions monothéistes (chrétiennes, musulmanes, juives) des sorcières athées, des sorcières agnostiques, mais aussi des sorcières des religions païennes et néo païenne (polythéiste, wiccanes helléniste, etc.) »

La sorcellerie aujourd’hui ?

Chollet mentionne plusieurs exemples de sorcières dans le monde culturel actuel. Allant de Harry Potter à Buffy contre les vampires en passant par Charmed et La servante écarlate. Le bureau de style new-yorkais K-Hole parle de magie du chaos. Chollet confirme en disant qu’aujourd’hui, la sorcellerie est une « pratique spirituelle et/ou politique, [mais aussi] une esthétique, une mode… et un filon commercial.[6] » L’aspect commercial ne cadre peut-être pas avec la définition que Sheldrake se fait de la spiritualité prophétique. Ou du moins en apparence. Cette spiritualité se vit au quotidien et se focalise sur l’être humain. La critique et la justice sociales sont au cœur de cette spiritualité.

La spiritualité féminine

D’ailleurs Daviau va dans ce sens. Elle parle d’amour, de don, de solidarité, d’autonomie et d’interrelation avec les humains et notre environnement. Le but étant de répondre aux besoins des individus tout en permettant aux femmes de reprendre un pouvoir anticonformiste par rapport à la domination masculine de l’Église. Cela a un impact sur l’interprétation des symboles et du langage utilisés par les femmes en lien avec la religion. Mais ils sont utilisés surtout de manière à ce que la réalité des femmes soit mise en valeur autant au niveau de la spiritualité que du quotidien. Un bel exemple illustre bien cette idée : les textes liturgiques. La liturgie vue par les femmes favorise l’expérience spirituelle féministe. Surtout quand il est question du corps, des sens, des mouvements et de la prise de parole. Cette réappropriation liturgique féministe permet à la gent féminine un rapprochement avec le sacré et le divin.

Des pistes de renouvellement communautaires

Daviau donne en ce sens des pistes de renouvellement communautaires. Comme le fait de reconnaître l’expérience de chaque individu. Notamment ceux qui vivent de la pauvreté et de l’exclusion. Le fait d’être soi-même, de connaître son identité et ses capacités est aussi important. Pour Daviau, la quête de spiritualité va de pair avec la quête identitaire. Mais cela ne se fait pas sans cultiver son intérieur. Parce que la quête spirituelle n’est pas systématique. Et elle diffère d’une personne à l’autre. D’où l’importance d’être introspectif, mais aussi d’habiter son corps. Encore là la question identitaire est importante. C’est cette dernière qui nous aide à prendre conscience de notre corps. Comme Chollet l’expliquait plutôt, le corps des femmes a toujours été contrôlé par les institutions religieuses patriarcales. Daviau abonde dans ce sens. Comme la spiritualité englobe non seulement une relation avec soi-même. Elle touche aussi toutes relations avec l’être humain. Ce qui explique l’importance d’être en relation avec autrui, l’environnement. L’esprit communautaire est donc important. Forcément, cela implique un engagement responsable envers nos contemporains. Encore là, la solidarité entre individus est importante. Ces deux points ont aussi une importance sur l’interprétation des liturgies religieuses. La relation avec les gens n’est pas le seul point important à considérer. La sauvegarde de la planète l’est aussi. Daviau parle brièvement d’écoféministe.

 

Pour en connaître plus sur la place des femmes en religion, je vous invite à aller voir la section des thématiques.

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Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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