Publié dans Identité, Lectures

ROMANS QUI PARLENT DE L’IDENTITÉ

Je parle beaucoup de livres qui ont trait, d’une manière ou d’une autre, à l’identité. Il s’agit habituellement de livres théoriques. Par contre, si vous aimez les romans, en voici deux. Le premier date un peu, mais je l’ai lu à plusieurs reprises, principalement à l’adolescence. Le deuxième est un peu plus récent.

La thématique de base est similaire : la famille. Par contre, le contexte est différent. Le premier se déroule dans les années 1990 et le deuxième sur deux périodes distinctes : le moment de l’enfance et celui de la vie adulte. Autre différence, l’univers dans lequel baignent les deux personnages principaux ! Dans le premier cas, dans l’univers de la musique. La deuxième, le personnage est né de parents issus de l’immigration.

Annabelle

 

Ce livre de Marie Laberge (Édition originale: Éditions du Boréal, 1996. Éditeur actuel : Éditions Martha)  parle d’une jeune pianiste qui vit très mal le divorce de ses parents au tout début de son adolescence. Évidemment, on voit les questionnements qui sont typiques à cette période un peu critique beaucoup de jeunes. Les relations houleuses qu’elle subit avec chacun de ses parents font en sorte qu’elle se fait des alliés à l’extérieur de sa famille. Le voisin d’en face chez qui elle garde le bébé, une pianiste dont son père gère sa carrière et un nouvel élève, aveugle, dans sa classe. Avec chacune de ces personnes, elle découvre un aspect de sa personnalité. Avec le voisin, elle découvre la séduction. Mais étant donné qu’il est beaucoup plus vieux qu’elle, ce n’est pas une réussite. La relation avec la pianiste en est une fraternelle. C’est la sœur qu’elle n’a jamais eue, étant enfant unique. La relation avec Étienne, le jeune aveugle, lui est la plus bénéfique.

Cette relation est basée sur la découverte de soi, ce que l’on peut faire par soi-même. Étienne a eu une enfance difficile qui a fait en sorte qu’il a appris à se débrouiller très tôt dans la vie. Annabelle n’a connu que les heures de pratique au piano jusqu’au moment où elle a craqué. Tous les deux sont issus de la grande région de Montréal, mais ont eu un passé qui fait qu’ils sont de deux mondes différents. La relation, au début un peu forcée à cause d’un travail d’école, évolue de façon positive et graduelle. Cette relation avec Étienne et par ricochet sa grand-mère lui fait du bien, car elle compense les manques que ses parents lui causent. Son père est très souvent absent et sa mère est à l’opposée, trop étouffante. Je ne dévoilerais pas toute l’histoire, mais je vous assure qu’elle finit bien malgré ce qu’Annabelle vivra durant la période couverte par le roman.

La balade d’Ali Baba

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Le livre de Catherine Mavrikakis est paru en 2014 aux éditions Héliotrope. Il a été aussi finaliste pour le Prix littéraire des Collégiens 2015.

Dans ce roman, il est question de la relation entre un père (Vassili) et sa fille. Ce dernier est originaire de la Grèce et a grandi à Alger pour aboutir en Amérique au début de sa vingtaine. C’est là qu’il conçoit sa famille avec une immigrante de la France. On découvre l’histoire de la famille, principalement sur la vie du père. L’histoire est décrite par la fille aînée. Deux sœurs jumelles complètent le tableau. À la lecture, on constate trois périodes : l’enfance du père, l’enfance de la fille aînée et la période où le père mandate sa fille d’un projet bien spécial. Les trois parties sont en alternances, mais très bien ficelées.

Les chapitres sur l’enfance du père expliquent la migration de la Grèce vers l’Algérie et sur ce que le père a vécu là-bas. Ce dernier a vécu dans un contexte familial particulier. En fait, il a vécu le colonialisme français d’entre-deux-guerres, loin du père qui est dans la marine marchande Greco italienne et loin de la famille de la mère. La famille est donc isolée, car la mère ne parle ni français ni arabe et ne les apprendra jamais. Malgré son jeune âge, Vassili comprend qu’il est le chef de famille, car aucun homme est responsable de la famille comprenant mère et cinq enfants en bas de six ans. Évidemment, la famille de la mère n’était pas d’accord à cette migration. Ce qui suscite plusieurs questions en lien avec l’immigration et son impact sur ceux qui s’en valent. Le petit Vassili étant l’aîné de la famille et parlant l’arabe, le français et le grec sert de messager entre sa mère et la société Franco-Algéroise. Il a dû subvenir aux besoins de la famille… pas toujours de la bonne façon.

Cette enfance a évidemment un impact sur la vie familiale qu’il vit en Amérique. Il invente des histoires, les enfants gobent tout ce qu’il dit, la mère un peu moins. La dynamique de la famille s’en ressent. De plus, les voyages en famille sont parfois spéciaux. Un aller-retour à Keys West pour le jour de l’An, un voyage à Vegas avec son aînée qui est son gri-gri dans les casinos. Le dernier à Kalamazo pour visiter la famille maternelle et revenir en train parce que le père a disparu. Chaque voyage a son lot de mésaventures vraiment étranges. Sans compter toutes les habitudes familiales de la fin de semaine. La visite de la poissonnerie, du tailleur de pierre tombale, du resto grec et autre point de rencontres pour les potinages et les magouilles lié au père. Donc, une dynamique familiale très particulière que les enfants adorent, mais pas la mère. Ce qui cause le divorce des parents et les disparations à répétitions du père. Jusqu’à sa mort. Quelque mois plus tard, Érina se retrouve avec une mission particulière que son père lui avait mandatée. Je garde secrète cette mission, mais la fin est très belle.

Ce qui prouve que la construction de l’identité est influencée par une multitude de facteurs. Le principal facteur est la famille, mais aussi l’environnement dans lequel on grandit. Ici, la construction identitaire est romancée, mais est quand même ressemblante à la vraie vie. Et probablement que quelqu’un peut facilement s’identifier plus facilement à une histoire qu’à une autre. Tout dépend de son vécu.

Bonne lecture!

 

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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