Publié dans Identité

Le repli identitaire : problématique invisible ?

Sujet délicat, si s’en est un. Car qu’on le veuille ou non, le repli identitaire est l’expression d’un malaise des gens issus des minorités visibles par rapport à la vie dans la société d’accueil. On parle aussi de repli communautaire, car ces gens se referment sur leur communauté d’origine. En d’autres termes, certains membres de communautés, soit ethnique, religieux ou autre, ne vivent qu’entre eux en s’isolant du groupe majoritaire. Cela peut être positif ou non. Pourquoi ? Parce que le groupe se permet d’avoir un certain pouvoir sur lui, mais en même temps, cela peut nuire à l’intégration de ses membres.

Les motivations de ce repli sont multiples. On parle entre autres de sauvegarde de la langue, des valeurs ou de la culture. Mais le repli identitaire est la conséquence de plusieurs actes venant de la société d’accueil, comme le chômage ou le manque de logement. La perception de vivre de la ségrégation de la part de la société d’accueil est un facteur important. On a eu la preuve dans les dernières années avec la Charte des valeurs québécoises en 2013 et le Projet de loi 62 en 2017 qui ciblait particulièrement les femmes musulmanes.

Mais le repli identitaire se vit autant d’un côté comme de l’autre. Les immigrants tentent de s’intégrer, mais des groupes de droite, extrême ou non, comme La Meute, voir même des gens des médias (Mathieu Bock-Côté et Richard Martineau), qui parlent au nom « des souches » et font en sorte qu’un repli se fait pour les minorités. C’est une roue qui tourne, celle qui influence la Politique et les médias qui eux, influencent la société, qui influence… à l’infini.

Comme je l’ai souvent mentionné, l’éducation reste la meilleure façon de combattre le repli identitaire. Comment ? En favorisant des rencontres, des discussions entre les différentes communautés qui composent la société. Ce n’est pas toujours évident, mais il faut le faire. Je ne parle pas de ce que le Parti Québécois fait en criant au loup à la moindre mention de l’immigration ou du supposé recul de la langue française. On voit que cette carte-là a été néfaste pour ce parti politique qui ne fait que régresser depuis plusieurs années.

En fait, ce qui est ressort souvent dans les messages qui provoquent ce repli identitaire auprès des communautés minoritaires, c’est qu’il y a deux Québec : celui du francophone blanc se disant athée et le Québec des autres, ceux qui dérangent et qui ne cadrent pas avec la définition de ce que doit être le Québec. Je ne veux pas me faire tirer des roches, mais d’un côté, ce n’est pas faux. Il y a le Québec des régions, qui cadre avec la première définition et l’autre Québec, celui de Montréal, qui est très multiethnique. Ce qui cause un conflit qui est inévitable de sentiment d’envahissement pour la majorité.

Pourtant, en 2016, 21,90% des Canadiens sont nés à l’étranger. Le nombre exclut le nombre de résidents permanents au Canada qui est très mince, soit 1.5% de la population canadienne. Ce qui signifie que 76,60% de la population est née au pays… même ceux qui sont issus de l’immigration récente !  Pour vous donner une idée, le plus haut taux d’immigrants date du recensement de 1921 avec un taux de 22,3%. C’était il y a près de 100 ans, alors que la grande majorité du Québec actuelle n’était pas née. Et je ne me souviens pas d’avoir entendu parler de l’envahissement des immigrants. Lorsque l’on parle de cette époque, on parle davantage de la domination réelle des anglophones que celles des immigrants.

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Capture d’écran du site de Radio-Canada le 4 janvier 2018
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Proportion d’immigrants au Canada (1871-2036). Capture d’écran du site Radio-Canada internationale le 4 janvier 2018

L’immigration est en augmentation, c’est indéniable. Par contre, si l’on se fie au site du Gouvernement du Canada que la majorité des gens sont favorables à l’immigration et qu’il s’agit en réalité que d’une minorité qui est en défaveur de la venue des immigrants. Surtout s’ils sont musulmans.

Donc, oui, la situation est réelle, mais il y a de l’espoir. Car ce que l’on entend souvent dans les médias n’est pas toujours le reflet de la réalité. Il ne faut pas oublier que la majorité des immigrants sont intégrés à leur société d’accueil et qu’une petite minorité vit le repli identitaire. Il faut se rappeler l’étude du Laboratoire de recherche sur la santé et l’immigration de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) en 2013 qui dit que 30% des immigrants vivent un repli alors que 58% arrivent à concilier leur arrivée dans leur nouvelle société. Il ne faut pas penser que les immigrants ne veulent pas s’intégrer. Au contraire, c’est une motivation pour eux.

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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