Publié dans Lectures

Être féministe et rabat-joie… Oui, ça se peut!

Depuis quelque temps, je me trouve à lire beaucoup de livres sur le féministe. Ils sont tous pertinents les uns que les autres. Mais pour le dernier en ligne, j’avoue avoir un gros coup de cœur. Il s’agit de Carnets d’une féministe rabat-joie, essais sur la vie quotidienne d’Erin Wunker. Lorsque je me l’étais acheté en juin, je me suis dit, bon encore une qui se dit féministe, mais qui ne l’est pas vraiment. Au contraire, Wunker a commencé l’écriture de ce livre vers la fin de sa grossesse et l’a terminé après. Cette particularité teinte son écrire, car son rôle de mère est présent tout le long du livre. Publié originalement en 2016 et traduit par la suite pour être publié en Français en 2018, ce livre de 209 pages se divise en trois grands thèmes. Quoiqu’en fait, l’introduction pourrait être un chapitre en soi, car elle est très longue. Mais dans les trois chapitres du livre, il y est question de la culture du viol, de l’amitié au féminin et de la maternité féministe. Survol du livre…

Carnets d’une féministe rabat-joie © Myrianne Lemay

La culture du viol

Dans ce chapitre, l’affaire Gomeshi revient souvent dans le chapitre. Car c’était ce qui était dans l’air lors de la rédaction du livre. Mais ce n’est pas le seul exemple qu’il y a dans ce chapitre. Seulement dans le cas de l’auteure, on peut dénombrer près d’une dizaine d’exemples tirés de son vécu dès le début du chapitre. Et je suis certaine que beaucoup de femmes pourraient s’y reconnaître. Que ce soit le commentaire désobligeant d’une adulte qui nous dit comme se positionner en vraie femme ou du geste obscène d’un inconnu au parc. Tout y passe. Il est question évidemment de misogynie, notamment avec l’histoire de la Polytechnique en 1989. Les idées préconçues et les préjugés sont aussi à l’honneur et démenti. Par exemple le fait que les violeurs sont de purs inconnus ou que la femme fait souvent tout pour se faire violer.

L’amitié au féminin

Les clichés sur les amitiés féminines ont la vie dure. En effet, dans la culture populaire, on essaie de démontrer que les femmes sont très difficiles entre elles. Comme si elles étaient toujours en compétition les unes contre les autres. Pourtant, selon Wunker, plusieurs exemples d’amitiés au féminin existent. Mais non ! Les médias ont tendance à montrer des femmes hystériques prêtes à tuer la maîtresse de leur homme alors que c’est ce dernier qui est dans le trouble. Un bel exemple est celui d’Archie ou Betty et Véronica semble s’apprécier, mais rivalisent pour être l’élue d’Archie. Sinon, la conciliation travail/famille, les rôles non conventionnels, les relations toxiques avec d’autres femmes sont abordés. Parfois même, les femmes participent à la propagation de ces fausses idées, et ce, sans même le savoir. Par exemple, de dire qu’il est plus facile d’être amie avec des hommes, car moins de chichi…

La maternité féministe

Ici aussi, les idées reçues concernant la maternité sont abordées. Au moment d’écrire son livre, Wunker était enceinte/venait d’accoucher. Forcément, les conseils donnés différents selon la personne à qui ils étaient destinés. Elle a pu constater que son conjoint ne recevait pas les mêmes recommandations qu’elle-même. Le rôle de mère est évidemment abordé. Qu’est-ce qui fait que l’on est une bonne mère ? Qui s’occupe de maman quand elle est malade ? Quand devient-on réellement mère ? Et l’identité en tant que femme, ça se résume à quoi quand on a des enfants ? Beaucoup de questions sont posées. Je dirais que ce chapitre en particulier est le plus personnel, du fait que l’auteure parle de sa fille de quelques mois. Bien que dans tout le livre, elle parle de son expérience personnelle, la maternité est une nouvelle étape dans sa vie et on sent qu’elle s’ajuste à cette réalité.

L’éducation des enfants en tant que féministe…

Car oui, tout au long du livre, bien qu’elle nous ramène en arrière pour certains exemples, la présence de sa fille se fait sentir. Elle se questionne sur l’éducation qu’elle voudrait lui donner. En gros, comment faire en sorte que ma fille ait confiance en elle et autres sans être une proie facile pour les hommes. Je crois que tous les parents de fillettes se sont posé cette question. Elle mentionne aussi l’exemple d’une amie qui a un garçon. Cette dernière se questionne plutôt sur comment faire en sorte que son garçon ne devienne pas un prédateur, mais un être respectueux des femmes. Car, on s’entend, il y a beaucoup de travail à faire pour éduquer à la réalité des femmes et réussir à mettre fin au patriarcat ! D’ailleurs, le préambule du livre est adressé à sa fille. Et c’est vraiment un beau texte.

Qu’est-ce qu’une féministe rabat-joie ?

Il faut comprendre qu’à la base, la société est majoritaire patriarcale. Elle nuit autant à la femme qu’à l’homme. Être féministe rabat-joie, c’est abattre les joies qui sont rattachées au patriarcat. Donc, l’aspect d’inégalités entre les sexes, mais aussi au sein du même genre. Le féministe est donc un moteur de changement social. On peut aussi dire que la féministe rabat-joie pratique donc le féministe intersectionnel dont j’ai déjà parlé l’an dernier. Mais Wunker définit le féministe rabat-joie ainsi : il « prend plaisir à démonter les normes patriarcales qui passent pour du bonheur. » Aujourd’hui, le bonheur est quelque chose de pratique et qui permet une certaine socialisation. En fait, il est achetable. Pour réussir dans la vie, il nous faut absolument tel produit et tel type d’ami·e. Si nous ne possédons rien de cela, notre vie est un échec.

Le refus comme acte féministe

Pour Wunker, le refus est un acte révolutionnaire. Elle fait le parallèle avec le Refus global, un manifeste cosigné par plusieurs seize Québécois·es en 1948. Contrairement à ce qu’on entend d’habitude, des noms d’hommes, elle mentionne Françoise Sullivan, l’une des sept femmes signataires du manifeste. Et honnêtement, qui d’entre vous est capable de nommer les noms de ces femmes ? Moi, ce n’est que les noms d’hommes qui me reviennent en tête. Parce que c’est ce qui est enseigné ! Autre exemple, celui de Sara Ahmed, qui enseignait au Collège Goldsmiths. Elle a démissionné, car l’Université n’a pas fait l’effort de régler adéquatement les cas d’agressions sexuelles sur le Campus. Problème qui atteint majoritairement les femmes. Elle démissionna, car elle refuse de travailler dans un endroit causant une fracture entre les deux sexes. Geste courageux, s’il en est !

Pour être honnête, j’ai dévoré cette lecture. Ce qui est bien, c’est que les exemples sont proches de ce que nous vivons au quotidien, c’est-à-dire nord-américains. En plus, le texte est traduit en québécois, ce qui peut faire rire par moment. Le texte, malgré la lourdeur du sujet, est écrit dans un style léger. L’humour étant quand même présent malgré tout !

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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