Portrait de femme musulmane : Myrianne Lemay

Voici le premier portrait de musulmanes de 2018. Malgré les annonces qui ont circulé sur les différents médias sociaux et l’intérêt de femmes au projet, je n’ai pas eu de retour pour le moment. Ce n’est pas grave, il y a d’autres possibilités pour publier leur portrait, car j’ai prévu d’en publier un par mois. Je vais donc commencer par me présenter d’un point de vue nouveau pour vous. Je ne voulais pas vraiment en faire un sur moi, mais les circonstances en ont voulu autrement. En espérant que cela va faire perdre la timidité de quelques personnes et que mon portrait suscite un  nouvel intérêt pour le projet.

Comme vous le savez déjà, je m’appelle Myrianne, mais je préfère qu’on appelle Aïcha. Je suis Québécoise et j’ai grandi sur la Rive-Sud de Québec, là où je suis née. J’ai donc grandi ici, fréquentée autant l’école publique que privée. J’ai détesté l’école privée, car j’y étais pensionnaire et c’était une école tenue par de religieuses, donc catholique. Un milieu qui n’était pas pour moi. Je n’y étais pas à l’aise du tout. Je n’étais déjà pas chaude à l’idée du christianisme avant d’y entrer, trois ans dans ce milieu ne m’a pas aidé à aimer davantage cette religion. Par chance, j’avais des cours de piano qui m’ont aidé à passer à travers ces années. À ce moment, je ne connaissais rien de l’Islam et j’étais loin d’imaginer que j’allais m’y convertir quinze ans plus tard. À cette époque, j’aurais davantage aimé fuir les églises, mais bon, je devais encore suivre mes parents. La dernière année de mon secondaire a été plus périlleuse, j’ai suivi le cours de morale malgré le désaccord de mes parents. À cette époque, à partir du troisième secondaire, dans les écoles publiques, l’élève avait le choix entre les cours de religion et de morale ou uniquement de morale. Après une discussion avec le directeur de mon niveau, j’ai pu suivre le cours de morale, à mon grand bonheur.

À ce moment, la place de la religion dans ma vie frôlait le vide total. Je n’avais aucun intérêt pour elle et je la considérais davantage comme un fardeau qu’une motivation à l’amélioration. Ce n’est qu’à Montréal que j’ai commencé à connaître des musulmans et à discuter avec eux. Évidemment, à force d’en côtoyer, j’ai lu sur l’islam. Par contre, la lecture du Coran me faisait frissonner par rapport à certains sujets, car je ne savais pas qu’il y avait une explication pour chaque verset. Même Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir m’a fait comprendre l’islam. Mais c’est lors de la lecture de Thérapie de l’âme de Khaled Bentounès que le déclic s’est vraiment fait. C’était en 2012, en plein printemps érable. C’était la première fois que je lisais un livre avec des versets coraniques mis en contexte et qui m’ont permis de mieux comprendre l’Islam. À la base, je n’avais pas pris ce livre pour moi, mais pour aider un ami ! Comme quoi on ne sait jamais ce que l’on nous réserve. À la même période, j’ai entendu l’appel à la prière la première fois en vrai, sortant des fenêtres d’une mosquée devant laquelle je passais sans le savoir ! C’est au même endroit que je me suis convertie, un mois plus tard.

Évidemment, par la suite, beaucoup de changements se sont opérés graduellement, mais quand même rapidement. J’ai pris l’habitude d’aller à la mosquée toutes les fins de semaine ou presque dès le début de ma conversion. Le vendredi, pour la prière, le samedi avec un groupe de discussion féminin et le dimanche pour des cours aux convertis. Donc, l’islam a pris sa place rapidement dans ma vie. Mais lorsque j’ai porté le voile, les premiers temps, j’ai eu beaucoup de difficultés. J’habitais le même quartier depuis 4 ans, alors je connaissais mes voisins et j’habitais le bloc avec mes propriétaires. J’ai vu leur comportement changer. Ça m’avait blessé énormément. Par contre, moins d’un an après ma conversion, je m’étais mariée et j’avais déménagé de quartier. Je me suis retrouvée dans un quartier multiethnique ou plusieurs religions se croisent. Pour donner une idée, je vivais à côté d’un temple sikh et d’une église orthodoxe grecque. Ma mosquée était à 10 minutes de marche.

Si je trouve difficile de pratiquer l’islam au Québec ? Parfois. Surtout qu’il y a des événements tragiques ou de l’islamophobie. Le réseau dans lequel on gravite a son importance. Si on fréquente que les mosquées, il est certain de trouver des musulmans pratiquants, bien que l’on ne soit pas tous au même niveau. Par contre, c’est en fréquentant l’université dans le cadre de ma maîtrise que j’ai un peu déchanté. Sans jeter le blâme sur personne, les aspects culturels de l’islam sortaient, chose à laquelle je n’étais pas préparée. Par contre, grâce à la maîtrise, j’ai pu apprendre différemment au sujet de l’Islam, car les idées véhiculées dans le réseau universitaire ne sont évidemment pas le même que dans les mosquées. D’un côté, cela m’a fait comprendre que je connaissais bien l’islam. Du moins assez pour le défendre dans certaines discussions. Par contre, et le remariage aidant, j’ai approfondi mes connaissances au sujet de la femme dans l’islam. J’ai ainsi connu plusieurs auteures musulmanes et lu énormément sur la place de la femme dans cette religion. Cela m’a confirmé le choix d’intervenir auprès de cette clientèle, intention que j’avais déjà au moment de mon inscription à la maîtrise. Évidemment, dans cette optique je souhaite m’impliquer dans des organismes qui travaillent dans le même sens.

J’aimerais transmettre aux autres l’idée que les femmes musulmanes peuvent être autonomes, que beaucoup d’entre elles sont intégrées dans la société québécoise. Bien que certaines personnes affirment le contraire, dès le début de l’Islam les femmes étaient actives dans l’espace public. Elles parlaient avec le Prophète, avaient des commerces, enseignait l’islam à ceux qui le désiraient, majoritairement aux femmes, mais aux hommes aussi. Pourquoi, aujourd’hui, les femmes musulmanes ne pourraient-elles pas avoir les mêmes avantages ? C’est une question qui mérite réflexion surtout dans la société québécoise actuelle.

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