Publié dans Réflexion

PORTRAIT DE MUSULMANE : WARDA NAILI

La femme que je vous présente aujourd’hui, vous la connaissez probablement. À la suite du dépôt de la loi 62 à l’automne 2017, elle a été dans les médias pour la dénoncer. En effet, Warda est l’une des demanderesses, avec deux Associations, de la contestation de la loi. L’article 10 est contesté, car elle porte atteinte à la liberté de religion et nuit à l’égalité des sexes, notamment des femmes musulmanes portant le voile et le niqab. Mais avant d’en arriver là, quel est le parcours de Warda vers l’Islam ?

L’enfance de Warda

Bien qu’elle ait un nom qui a une teinte étrangère, Warda est Québécoise. Elle est née au Québec dans les années 80 et y a grandi. Comme elle a toujours vécu à Montréal, elle a toujours été entourée de croyants et de gens issus de différentes cultures. Comme son père est décédé tôt dans sa vie, Warda a eu, dès son jeune âge, trois femmes dont l’impact fut important dans sa vie. Il s’agit de sa mère, d’une tante maternelle et d’une religieuse originaire des Philippines. Évidemment, elles pratiquent toutes le christianisme d’une manière différente. De son propre aveu, son cheminement dans la vie fut un peu chaotique. Warda vécut beaucoup de choses qu’elle considère comme positives… ou non.

L’arrivée de l’Islam dans la vie de Warda

À 19 ans, Warda, comme beaucoup de jeûne à cet âge, aimait faire la fête. Un peu plus que la normale, peut-être, car elle a dépassé les limites. Ce qui aurait pu avoir des conséquences plus graves. C’est à ce moment que l’Islam prit graduellement place dans sa vie. Après cette prise de conscience, Warda changea son entourage, car elle voulait être avec des gens qui aiment la vie sans perdre le contrôle de façon constante. C’est là qu’elle prit contact avec des arabo-musulmans. Une culture qu’elle ne connaissait pas de prime abord, mais avec le fait qu’elle ait une éducation religieuse, elle entreprit donc d’approfondir la leur. Elle y trouva des similitudes, notamment avec les récits biographiques des prophètes. De plus, elle s’était aussi dit que ce qui se raconte dans les médias ne devait être le reflet de la réalité islamo-québécoise.

Comment Warda fit son apprentissage de l’Islam ?

Malgré son nouvel entourage qui pratique l’Islam, Warda du apprendre par elle-même cette religion. Elle croit que le climat à cette époque a eu un impact sur cet aspect de son apprentissage. Ses ami·e·s étaient moins enclins à parler de religion. Elle fit donc des recherches par elle-même. Sur le coup, ce qu’elle lisait ne faisait rien. Elle comprenait ce qui était écrit, mais pas de déclic qui pourrait l’accrocher à cette religion. L’autre option qui se présentait à elle, était la lecture du Coran. C’est à ce moment qu’elle comprit que l’Islam était pour elle. « Mon premier contact avec le coran fut incroyable, au début la peur, puis enfin cet étrange sentiment d’enfin rentrer à la maison après un long voyage ». À ce moment, Warda fait le lien avec son éducation religieuse catholique et les enseignements coraniques. Elle y trouve aussi des balises pour avancer dans la vie.

Le port du voile selon Warda

Le grand saut vers l’Islam s’est fait en 2003, à 19 ans. Le choix du voile intégral s’est fait en 2011. Huit ans après sa conversion, par choix personnel. Désormais, Warda se considère faire partie d’une très petite minorité visible. Tellement petite qu’elle est à peine quantifiable. Frédirick Castel estime, qu’au Québec, en 2015, il y a qu’une cinquante de femmes qui le portaient. Évidemment, pour Warda, cela a un impact sur ce que l’autre pense d’elle. Warda a toujours aimé être entourée de gens. Qu’importe qui ils sont. Mais le niqab a changé un peu la donne. D’un côté, il y a la peur, l’incompréhension, la désinformation ou de la haine provenant de ces personnes. Beaucoup d’insultes sont aussi présentes dans son quotidien et qui fait qu’elle s’est construit une barrière entre elle et ces individus. Ce qu’elle trouve déplorable : tout le monde parle du voile, sauf les principales intéressées !

Ce que pense Warda de l’intolérance et de l’injustice.

Comme le voile est le sujet de discussion de bien des gens qui croient comprendre ce qu’il représente, Warda considère être victime de deux types d’intolérance. Cela provient autant des musulmans que des non-musulmans. Le premier est l’islamophobie. La peur de l’islam qui signifie la paix en arabe. Étonnamment, le deuxième vient de l’intérieur même de la communauté musulmane. Certains trouvent qu’il est sectaire, d’autres qu’il donne une mauvaise image de l’Islam. Ils préfèrent donc parler d’autres choses que de protéger les femmes qui le portent. Fait à noter, à cause de son niqab Warda vit aussi des injustices. Par exemple, elle reçoit parfois des menaces. Lorsqu’elle va se plaindre à la police, ces plaintes ne sont pas prises au sérieux. Idem lorsqu’elle souhaite recevoir un service dans un lieu public. Elle trouve cela blessant et humiliant. Tout ça parce qu’elle a le visage caché. Chose qu’elle n’a pas vécue en Algérie !

Pourquoi Warda s’est opposée à la loi 62 ?

Parce qu’elle trouve cette loi inquiétante. Cela fait en sorte de rassurer les gens intolérants dans leurs pensées. Sans compter les conséquences que cela peut avoir dans la société. Au lieu de prôner la vraie égalité des sexes ainsi que l’ouverture d’esprit, le Gouvernement québécois préfère cacher ce qui dérange : les femmes musulmanes portant le niqab. Non seulement il s’agit de racisme, mais de sexiste. L’impact de cette loi touche que quelques femmes. Mais il s’agit d’un gros impact : il s’agit d’exclure ces femmes parce qu’elle délibérément fait le choix de se couvrir le visage. Par cette loi, les politiciens briment la liberté de conscience de ces femmes. Les chartes des droits et libertés du Canada et du Québec en parlent de cette liberté de conscience et de religion. Au Canada, cette liberté est présente depuis 1982. Au Québec, depuis 1975 ! Maintenant, on souhaite l’effacer !

Les solutions…

Éviter les dialogues qui stagnent. Oui, la communication est importante pour avoir accès à une meilleure cohésion sociale. Mais cela va de pair avec l’éducation. Bref, il faut que ce soit constructif et que les deux parties fassent leur bout de chemin.

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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