Publié dans Femmes, Identité, Portrait de musulmanes

Portrait de musulmane : Asmaa Ibnouzahir

L’an dernier, au mois de juin, je vous avais parlé de livres qui avaient pour thématique l’Islam. Parmi ces livres, il y avait celui d’Asmaa Ibnouzahir. À partir de ce livre, je vous dresse son portrait.

Livre d’Asmaa Ibnouzahir (C) Myrianne Lemay

Qui est Asmaa Ibnoushir ?

Asmaa est originaire du Maroc. Elle y est née et a passé les 14 premières années de sa vie. Elle arrive donc au Canada à l’aube de l’adolescence. Bien qu’il y ait déjà eu un séjour en sol québécois, une dizaine d’années auparavant, cette première expérience n’a pas été un succès pour la famille. Elle retourne vivre au Maroc moins d’un an après son arrivée. Mais venir s’établir dans un nouvel endroit à l’adolescence, ce n’est pas de tout repos. Dès le début de son livre, elle mentionne qu’elle a passé dix années de sa vie à se dédoubler, conciliation culturelle oblige. Premièrement, celle de la famille, plus intime, apparentée à l’Islam. Deuxièmement, une nouvelle culture, celle de la société québécoise, qui était publique.

Ce qui motiva parents d’Asmaa à revenir au Canada ?

Son père était un grand voyageur. Il avait lui-même fait ses études universitaires en Europe. Ce qui motiva sa décision de revenir au Canada est la possibilité d’offrir de plus grandes opportunités d’emplois à ses enfants. Mais il ne voulait pas que ces derniers partent à l’étranger seuls pour le faire. Il a donc fait le sacrifice d’immigrer au Canada seul et de refaire les démarches administratives pour le reste de la famille. Durant ces deux années loin de son père, la relation est distante. Ils s’écrivent beaucoup, mais les lettres entre le père et sa fille sont informatives sans plus. Cela est dû au fait que son père a toujours été absent en raison du travail. Asmaa a toujours été plus attaché à sa mère, car elle était le lien affectif stable entre les deux parents. Son père représentait l’autorité parentale.

L’intégration d’Asmaa au Québec

L’immigration de la famille s’est faite par étape. Deux ans après le père, Asmaa et son frère viennent au Québec pendant l’été. Sa mère suivra cinq mois plus tard avec la cadette de la famille une fois le dossier de cette dernière finalisé. Seule l’aînée reste au Maroc, du fait qu’elle est la fille biologique que du père. Asmaa appréhende la séparation d’avec son entourage immédiat, son pays qu’elle aimait pour une relation distante avec son père et un pays froid. D’ailleurs, son arrivée au Canada au cours de son adolescence est une expérience troublante. Il y avait peut-être trop de pression pour une jeune fille de 14 ans qui voyage seul avec son frère à peine plus âgé qu’elle. En plus de faire face à l’inconnu.

Sa rencontre avec son père est un soulagement, mais troublant. Elle doit s’habituer à sa présence et ne ressemblait plus à l’homme qu’elle avait connu avant son départ. La misère des dernières années a eu des répercussions sur lui. Bien qu’il y a l’essentiel dans l’appartement, la contribution des enfants est nécessaire. Les deux étant adolescents, les tâches domestiques n’étaient pas leurs forces et pas particulière attirante. Dans la culture marocaine, c’est la femme qui s’en occupe. Asmaa a toujours résisté à ces tâches. Elle aurait préféré partager les corvées avec son frère, mais elle fait, la plupart du temps, que le strict minimum.

L’intégration d’Asmaa

En septembre, les premières journées d’école arrivent à grands pas. Étant dans un quartier majoritairement blanc, le défi de l’intégration sociale et scolaire est grand. Des commentaires négatifs, elle fait face à plusieurs. Autant venant des enseignants que des élèves. Elle se sent la cible d’une haine gratuite venant de ces derniers et ne comprend pas trop pour quelles raisons. Mais ce qu’elle sait, c’est qu’elle se sent coupable d’être là où elle est, car elle le sentiment de déranger. Par contre, ce n’est pas le cas pour tous. Certains professeurs l’encouragent et des élèves l’acceptent dans leurs cercles d’amis. Grâce à ces derniers, elle s’intègre à diverses activités parascolaires. C’est à ce moment qu’elle prend conscience qu’elle peut s’impliquer et faire changer les choses. Concept qui n’existe pas au Maroc.

Dans le milieu scolaire, Asmaa remarque que le Maroc et le Québec ont des différences, notamment en mathématique (plus faible ici) et en français… surtout la manière de parler. Sinon, la température est un choc majeur dans la vie d’Asmaa. Lors de son premier hiver, elle ne comprend pas qu’on puisse dire qu’il fait beau, alors qu’il fait vraiment froid. Mais le choc culturel se passe aussi au sein de la famille. Son père tente tant que bien de mal à se trouver un travail digne et sa mère de faire sa place au sein de sa nouvelle société. Les parents s’inquiétaient pour leur fille. Elle est souvent absente en raison de ses diverses implications. Et pour cause ! La société dominante peut faire en sorte que les jeunes filles peuvent déraper et ne plus suivre la tradition familiale.

L’intersectionnalité familiale

Les familles immigrantes se trouvent à l’intersection de deux cultures. Cela influence l’aspect sociologique et l’aspect psychologique de ces familles. On le sait, l’adolescence est une période trouble pour beaucoup de jeunes. Il y a une quête identitaire qui s’opère pour tous. Pour les jeunes issus de l’immigration récente, il y a une posture d’opposition qui est présente auprès des exigences parentales, car ils veulent s’intégrer à leur société d’accueil. Deux facteurs influencent cette dynamique. La première est la relation parents/enfants qui inclut le respect et l’autorité. La deuxième, certains sujets sont tabous avec les parents. Ils ne sont pas les mêmes d’une culture à l’autre. Ce qui influence l’un comme l’autre.

Asmaa et l’islam

Ce n’est qu’en 2003, qu’Asmaa ressent un vide dans sa vie. C’est quelques années après le décès de son père et les attentats du 11 septembre. Entre temps, elle vit dans un tourbillon. Jusqu’au jour où elle décide de vivre sa religion. Le début est graduel, elle pratique en privé bien qu’elle appliquait déjà quelques principes, comme la prière et l’absence d’alcool. Par contre, elle ne comprenait pas le sens profond de ces actes d’adoration. Elle affirme que le fait de vivre dans une société qui nous est similaire, on a tendance à suivre sans trop comprendre. Il n’y a pas de remise en question. On suit la vague. Quand on fait partie de la minorité, l’aspect identitaire par le dessus.

C’est avec un cousin qu’elle s’initie à l’islam. Ce dernier lui a donné un audio à écouter. Le sujet : le voile islamique. L’audio est très culpabilisant pour la femme et Asmaa ne l’écoute pas jusqu’à la fin. Les audio passent mieux lorsqu’ils permettent la réflexion sur d’autres sujets. Une conférence sur la mort a été percutante dans sa vie. Mais pour poursuivre sa démarche, Asmaa rencontre des Québécoises converties à l’islam. Elle se retrouve parmi ces filles, car elle trouve des similitudes avec ces dernières. À force de les connaître, Asmaa apprend à vivre un islam différent de celui qu’elle connaît. Son cheminement spirituel lui a permis de se questionner sur les comportements à adopter. Notamment en ce qui a trait aux traditions musulmanes. Elle a déjà porté le voile quelques années pour ensuite l’enlever. Durant la période où elle porte le voile, elle participe au documentaire Mes sœurs musulmanes (2009) de Francine Pelletier. Ce retour à l’islam lui a permis de prendre conscience des différences culturelles. Surtout en ce qui concerne les actes.

Asmaa et les études

Asma a un diplôme d’études collégiales en science de la santé. Elle détient un baccalauréat en kinésiologie à McGill et une maîtrise en nutrition internationale de l’Université de Montréal. Récemment, après quelques années à travailler, elle a fait une maîtrise en Gender, Féminist and Women’s studies. Elle a toujours cumulé étude et travail.

Asmaa et le travail

Asmaa est consultante et chargée de projet pour différents organismes humanitaires. Elle a été appelée à voyager un peu partout dans le monde dans le but de faire la promotion de la santé, principalement dans le domaine de la nutrition. Elle est aussi conférencière à son propre compte. Asma a mis sur pied un organisme, Institut F, qui favorise l’autonomisation des femmes musulmanes. D’ailleurs, la cause des femmes lui est importante

Comme on le voit dans le livre, Asmaa a vécu ce que tout jeune immigrant peut vivre en arrivant au Québec. Ici, on retrouve qu’une infirme partie de ce qu’elle a pu vivre. Je vous conseille encore une fois de lire son livre Chroniques d’une musulmane indignée paru aux éditions Fides en 2015.

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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