Publié dans expérience personnelle, Identité, immigration

Parole aux jeunes sur la construction identitaire

En septembre dernier avait lieu un colloque social organisé par l’Association Racines. Le but de cette journée était de parler de la construction identitaire des jeunes maghrébins. J’y étais preneuse de note pour la journée et j’avais envie de partager avec vous ce qui a été dit. Le colloque rassemblait des professionnels de tous horizons possibles. Et c’était tellement enrichissant! Voici donc le premier résumé de la journée!

Place aux jeunes…

La journée du colloque a débuté avec quatre témoignages de jeunes issus de l’immigration venue parler de la perception d’eux-mêmes, de leur définition de leurs identités. D’emblée, un des participants nous parle de l’importance des mots que l’on utilise pour parler de soi. Ce qui s’est d’ailleurs fait sentir dans les différents discours de ce panel. En effet, certains se définissent comme Québécois, alors que d’autres se voient comme immigrants ou comme citoyens du monde. Cela est teinté par plusieurs facteurs. On pense entre autres à l’expérience de vie, l’endroit de naissance, où l’on grandit, le moment de la migration s’il y en a une, la relation avec les parents, etc. Bref, une multitude de causes ont un impact sur la façon dont un jeune maghrébin se perçoit.

La relation avec les parents

Ce qui revient beaucoup dans les dires des quatre jeunes, c’est la relation avec leurs parents. Par exemple, un des participant parle de l’influence positive que son père a exercée sur lui. Un autre, quant à lui, a parlé de la difficulté qu’il rencontre avec sa mère en raison des traditions et de l’éducation. Quant à l’une des filles, elle mentionne le fait que ses parents étaient sans ressources lorsqu’ils ont eu à intervenir auprès d’elle, car, en matière d’éducation et d’intervention auprès d’une adolescence, ils avaient les connaissances du pays d’origine, mais pas celles du Québec. Elle les excuse en mentionnant l’incompréhension liée à la culture et les pertes de repères causés par l’immigration. Pour elle, certains aspects de la vie sont plus difficiles à vivre que d’autres, comme la religion. Elle remarque que sa pratique religieuse diffère au Québec de celle qu’elle avait au Maroc. Cela a causé des conflits avec ses parents, mais comme ils sont ouverts d’esprit, elle a pu se questionner et faire ses propres recherches.

L’immigration…

Faits à considérer, les surprises et difficultés qui peuvent surgir à tout moment dû à l’absence d’informations pour les immigrants. Une des participantes nous donne l’exemple de son arrivée au Québec, un 29 décembre. Personne n’avait connaissance de la période des fêtes, qu’il y a des vacances, donc, rien d’ouvert. Elle mentionne les répercussions que ce manque d’informations occasionne aux familles. Elle parle de la pression que son père ressentait et dont elle était consciente à un très jeune âge.

…et l’identité

L’impact de l’immigration sur l’identité est importante, surtout à l’adolescence. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une des deux filles a décidé d’entre enseignante au secondaire. Cela lui permettrait d’avoir un impact direct sur l’identité des jeunes issus de l’immigration, qui ont vécu similaires au sien. Un des gars a eu une période de questionnement à la fin du secondaire. Il essayait de trouver les ressources nécessaires, un endroit où il peut discuter de son parcours, mais avec beaucoup de difficultés. Il n’a pas trouvé de soutien nécessaire à l’école, car il juge qu’elle montre aux jeunes qu’ils devraient devenir au lieu de leur montrer qui ils sont réellement. Quant au deuxième garçon, né au Québec, il se considérait comme Montréalais durant son adolescence. C’est vers l’âge de 20 ans qu’il a pris conscience qu’il devait connaître les racines marocaines de son père. Ainsi, il s’est mis à voyager. Cela a eu des conséquences sur sa vie professionnelle. Cela a eu un impact dans la construction de son identité. Il a été dit par l’une des participantes que le fait d’immigrer avant cette période est positif, l’identité est encore à faire. Ce qui n’est pas le cas des adultes, qui, pour eux, est à refaire. Il a été rappelé que les douanes sont un moment où s’opère un changement : la reprise des habitudes que l’on a dans ce pays.

Le sentiment d’appartenance

La construction identitaire a aussi des conséquences sur le sentiment d’appartenance. Les jeunes semblaient dire qu’ils se positionne constamment entre deux chaises du fait qu’on les perçoit comme étranger. Pour cette raison, ils ont tendance à aller vers les gens qui ont vécu similaire aux leurs. Phénomène perçu aussi chez les Québécois. Par contre, on rappelle que, lors de l’immigration, le migrant laisse une partie de son identité dans son pays d’origine. Mais on ne peut pas l’effacer totalement. Au contraire, il doit apprendre à mixer les deux pour s’en créer une nouvelle identité, comme lorsque l’on mélange des épices à un plat que l’on cuisine. Son conseil : que les immigrants et les Québécois prennent le temps de connaître la réalité des uns et des autres.

En bref…

En résumé, la plupart des jeunes qui ont témoigné se sentent à la fois immigrants et québécois. Cela fait partie de leur identité. Mais c’est impossible d’être cloisonné à une seule identité, car on a plusieurs. On a aussi mentionné qu’être seulement entre immigrants, l’identité se développe différemment que si l’on côtoie des gens de toutes les cultures. En vivant qu’avec les gens qui nous ressembles, il y a une ghettoïsation inconsciente qui se fait naturellement.

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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