Moi, figuier sous la neige ou l’art de trouver son identité

On le sait tous ! On passe sa vie à se chercher en tant que personne à se questionner sur qui l’on est. Lorsqu’on est issu de la deuxième génération, la recherche identitaire est encore plus importante. On n’est pas d’ici, ni d’ailleurs. C’est ce dont parle les 78 pages du recueil de poésie d’Elkahna Talbi, Moi, figuier sous la neige paru chez Mémoire d’encrier en 2018.

 

L’identité d’Elkahna Talbi

Elkahna Talbi est née ici au Québec de parents tunisiens. Artiste multidisciplinaire passionnée des mots, Elkahna est présente sur scène et à la télévision. C’est aussi Queen Ka, slameuse. Pourquoi ce nom de scène ? Son prénom est une dérive de celui de la reine berbère La Kahina. Elle participe à de nombreux projets artistiques, mais Moi, figuier sous la neige est son premier recueil. Dès la rédaction des poèmes, elle savait qu’elle ne les lierait pas sur scène. Que leur destin était autre. Elle donne aussi des ateliers auprès des jeunes et constate, qu’en tant qu’adulte, elle peut avoir une influence positive auprès de ceux qui sont issus du Maghreb. Elle ne sent pas obliger de le faire, mais elle le juge important du fait qu’il y en peu dans les médias actuellement.

Parler d’identité en poésie

Oui, c’est possible. Elkahna y arrive très bien. Elle pose un regard sur le pays de ses parents : la Tunisie et de la société dans laquelle elle est née : le Québec. D’où l’image du figuier sous la neige. Dans ses poèmes, Elkahna parle de son enfance entre deux pays, deux mondes. Ce qui fait que l’enfant qui est dans cette situation se trouve divisé et qu’il se lance dans une quête identitaire qui lui est propre. Souvent, l’enfant dans ces circonstances a un monde en lui qui est contradictoire, mais qui bouscule les conventions. Elkahna souhaite, par ce livre, faire en sorte de donner la parole à la deuxième génération d’immigrant. Ils ne sont pas qu’un pays ou l’autre. Ils sont les deux à la fois. Si elle écrit, c’est par rapport à l’autre et son insécurité. Elle se questionne sur le fait d’être une femme d’ici et d’ailleurs.

L’identité de la deuxième génération

Comme je l’ai déjà dit, les gens issus de la deuxième génération ont très peu de points de repère dans la société actuelle. Ce qui fait qu’il existe chez eux un sentiment de ne pas être à la maison, d’être seuls au monde. Pourtant, ce n’est pas le cas. Seulement, ce qui fait qu’ils ont cette impression est cette ambiguïté identitaire. Par exemple, Elkahna Talbi mentionne en entrevue avec Marc Cassivi que dès qu’elle a décidé que Montréal était sa maison, elle s’est choisi une identité. Les doutes se sont effacés et elle sait qui elle est maintenant. Aussi, l’adolescence est une période charnière dans la recherche identitaire. On est vulnérable aux différentes influences présentent autour de nous. Adulte, c’est autre chose. Une fois bien enraciné, on est capable de faire la part des choses.

 

Pourquoi cette quête d’une identité ?

Dès le prologue, Elkahna Talbi parle de désenchantement en disant qu’ « [il] y a toujours, chez l’enfant qui n’a pas le même pays de naissance que ses parents, l’instant où l’autre patrie dévoile sa fragilité et ses imperfections. C’est une sorte de désenchantement. Où l’on comprend que là-bas n’est pas mieux qu’ici. Il n’existe pas de pays refuge. Et nous serons toujours un peu l’autre où que l’on aille. » Ainsi, cette double identité est n’est peut-être pas si multiple que ça. Chacun·e d’entre nous a une identité multiple et on se fraie tous un chemin dans celle-ci. C’est ce qui fait notre unicité. Mais on traite les immigrants différemment sur quelques générations. Pourtant, comme bien des gens qui sont dans la même situation, ils sont à la fois deux arbres à la fois. Un originaire de la terre de leurs parents et l’autre enraciné dans la société qui les a vus naître.

Identité unique ou multiple ?

Les deux à la fois. Car l’identité est quelque chose qui nous représente uniquement. Mais elle est partagée en plusieurs étiquettes. Pour certain·e·s, une identité prend plus facilement le dessus sur les autres. Dernièrement, en relisant Amine Maalouf, je me suis souvenu de sa définition d’identité. « Mon identité, c’est ce qui fait que je ne suis pas identique à aucune autre personne. » Je ne crois pas que personne ne s’obstinera là-dessus, car cette affirmation est véridique. On le constate même sur les jumeaux identiques. Il y a tellement d’événements qui influencent l’identité de quelqu’un. Et comme le mentionne Maalouf, c’est le regard des gens qui change la donne. Il peut autant emprisonner quelqu’un dans des stéréotypes que de le libérer de ces généralités. Pourtant, ces identités multiples ne sont jamais en opposition l’une contre l’autre. Elles forment un tout qu’il faut apprivoiser au fil du temps.

Des extraits de livres qui traitent d’identité

Ici, je vous mets quelques extraits qui me font rire ou réfléchir. Bien que je n’ai jamais mis les pieds en Tunisie, je connais un peu le pays pour avoir vécu avec un Tunisien pendant quelque temps. Sa famille y vit toujours et lui, il est enterré là-bas suite à un cancer. Il m’a toujours dit que s’il venait à mourir, que son souhait était d’y terminer sa vie. Alors, c’est ce qui est arrivé. Pour lui s’était claire qu’il était Tunisien avant d’être Québécois. C’était même une fierté de l’être. Et je crois que c’est le lot de plusieurs immigrants d’être fières de leurs origines. Mais la réalité d’une nouvelle situation change parfois la donne.

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