Publié dans Intervention

Mais qu’est-ce que le traumatisme vicariant ?

Il y a un moment, j’ai fait une formation en ligne sur l’intervention féministe. Comme je vous parle souvent du féminisme, je vais vous en faire un résumé. La formation est proposée par l’institut de formation en matière de violence faite aux femmes. Malgré tout, les notions vues peuvent s’appliquer, dans certains cas, à tous types d’interventions.

Soit dit en passant, l’organisme est Ontarien. Il délivre des attestations de formation selon les normes ontariennes. Je ne sais pas si elles sont identiques à celles du Québec. Ou ailleurs au Canada. C’est à vous de voir. Par contre, rien n’empêche de suivre les formations offertes, car elles peuvent être transférables.

Dans le dernier article, je vous parlais de différentes techniques à utiliser auprès de notre clientèle.

Aujourd’hui, je vous parle du traumatisme vicariant.

Quelques définitions

Lorsque nous travaillons avec l’être humain, nous sommes appelés parfois à vivre des situations qui nous davantage que d’autres. Je vais commencer ce texte avec quelques définitions afin de bien s’entendre sur les mots utilisés.

L’épuisement professionnel

Stress liés au travail et à son environnement, comme la surcharge de travail, sa complexité ou le manque d’outil. Peu importe la nature du travail.

Trouble de stress post-traumatique

Trouble de santé mentale qui résulte souvent à l’exposition à un événement traumatisant lié à la mort, des menaces de mort ou des blessures graves. Peut aussi être associé à un traumatisme émotionnel continu.

Fatigue ou usure de compassion

C’est la désensibilisation et l’épuisement face aux événements violents décrits par les femmes qui en sont victimes. Cela arrive quand le ressourcement est insuffisant pour maintenir une énergie physique et mentale et aider la victime. Une intervenante qui en souffre peut ressentir un profond épuisement et sa vision des clients se transforme. Il n’y a plus de satisfaction professionnelle.

Le traumatisme vicariant

Risque réel pour les intervenantes, car il s’agit d’un sentiment d’impuissance d’un professionnel. Ce n’est pas un signe d’incompétence ou de faiblesse. Il s’agit d’une accumulation de plusieurs facteurs.

Être intervenant s’est à risque d’un traumatisme vicariant

La nature du travail de l’intervenant·e et l’environnement dans lequel il s’effectue peuvent faire augmenter le risque de développer un traumatisme vicariant.

En fait, notre cadre de référence personnel est composé de 3 aspects importants :

  • Notre identité
  • Notre vision du monde
  • Notre spiritualité

Il s’agit donc d’une interaction entre notre propre personne, nos principes qui encadrent notre vision du monde et le sens que nous donnons à notre vie. En bref, le traumatisme vicariant touche directement ces trois points. D’où l’importance de parler de décentration en contexte d’intervention. Cela affecte le travail de l’intervenant·e.

Il ne faut pas oublier que nous sommes tous uniques. Nous avons tous un cadre de référence différente. Il est aussi important de comprendre le cadre de l’autre afin de bien intervenir

Attention à la fatigue de compassion.

C’est la désensibilisation et l’épuisement face à la situation vécue par la clientèle. On peut y trouver une perte d’empathie ou d’énergie par rapport au vécu de la personne en face de nous. Quitte à être un peu cynique vis-à-vis la personne.

Si on ne fait pas attention à cette fatigue, cela peut mener au traumatisme vicariant. D’où l’importance d’y faire attention.

Les impacts du traumatisme vicariant

La rupture du cadre de référence personnel mène à une détresse physique et/ou psychologique, qui a un impact dans tous les aspects de la vie de l’intervenante. Ils peuvent s’exprimer différemment selon le contexte, mais la ligne devient entre la vie personnelle et professionnelle de l’intervenante.

Il est donc important de connaître les conséquences du traumatisme vicariant. Il ne faut pas oublier qu’elles ne sont pas un signe de faiblesse, mais une conséquence liée au travail d’intervention.

Conséquences personnelles

  • Réactions de stress ;
  • Sensibilité accrue envers toute sorte de violence ;
  • Tension dans les relations personnelles ;
  • Sautes d’humeur, réactions disproportionnées ;
  • Difficultés dans l’intimité émotionnelle ou physique ;
  • Troubles du sommeil ou alimentaire ;
  • Sentiments d’impuissance et de futilités pouvant mener à la dépression ;
  • Hypovigilance ;
  • Méfiance ;
  • Remise en question de choix de vie ;
  • Surconsommation ;
  • Perte de confiance en l’avenir.

Conséquences professionnelles

  • Envahissement d’images d’événements violents ;
  • Émotions fragilisées ;
  • Sentiment d’incompétence ;
  • Tension avec les collègues ou les superviseurs ;
  • Difficulté de concentration ;
  • Perte de confiance en soi ;
  • Isolement des collègues ;
  • Impatience, sentiments de frustration ;
  • Baisse d’intérêt, de motivation ;
  • Absentéisme, manque de ponctualité ;
  • Surmenage :
  • Diminution de la qualité du travail
  • Etc

Quel est le lien entre l’intervention féministe et le traumatisme vicariant ?

L’approche féministe est d’une grande efficacité pour appuyer le cheminement des gens qui y ont recours. En plus d’avoir un impact sur le travail de l’intervenant·e. Notamment en mettant l’emphase sur l’empathie et la compassion.

Mais qu’est-ce que l’empathie ?

L’empathie aide à saisir le vécu de l’autre sans jugement. On parle de l’émotion et tout ce qui en découle. Il n’y a pas d’interprétation, mais on cherche à comprendre ce que l’autre vit. On peut utiliser des questions d’exploration qui permet de briser l’isolement de l’usagère. Elle se sent donc comprise et soutenue dans ses démarches et pas jugé. Une bonne manière d’être empathique est de faire de renforcement positif. L’intervenant·e chemine avec sa cliente.

L’empathie crée un lien entre l’intervenant et l’usager. Cela favorise la confiance et un cheminement vers la solution. En plus d’enlever le risque de traumatisme vicariant, car l’intervenant a moins de responsabilité sur ses épaules.

Qu’est-ce que la sympathie ?

La sympathie nous permet de nous mettre à la place de l’autre en s’appropriant ses émotions pour les mette au premier plan. L’intervenante s’adapte donc à sa perception et reformule le message transmis par la personne en face d’elle. Le danger est que les sentiments de l’intervenante soient compris comme ceux de l’usagère. Ce qui n’est pas le cas. Si on ne fait pas attention, la frontière entre nous et le client peut se brouiller et l’intervention est moins efficace.

Types de frontières

Comme nous le verrons dès maintenant, il existe 3 différents types de barrière.

Frontière rigide

Ne permet pas la connexion empathique essentielle au cheminement de l’usager. Elle se sent seule, non validée et jugée. Elle ne se sent pas soutenue.

Frontière poreuse

Augmente le risque que l’intervenante perde de vue l’intervention. Elle a de la difficulté à garder la distance suffisante pour faciliter la démarche de l’usagère.

Frontière souple

Permet à l’intervenante de démontrer de l’empathie et de la compassion tout en maintenant des frontières saines.

Quelles sont idées pour éviter le traumatisme vicariant ?

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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