L’INTERSECTIONNALITÉ AU SEIN DU FÉMINISME

Il y a quelque temps, je vous parlais d’un projet d’école à propos du Forum et le Colloque Femmes et féministes en dialogue, qui se tiendra dans quelques semaines. Il s’agit d’un travail d’équipe, mais j’en profite quand même pour vous en parler, car, par le fait même, il est question de la perception d’identité, dans ce cas-ci, celle de la femme. En fait, le féminisme intersectionnel se résume à vivre plusieurs discriminations simultanément. On se retrouve à une intersection et on ne se sait pas où aller pour combattre ces discriminations, car elles sont toutes importantes aux yeux de la personne qui les subit. Alors, aussi bien rester à l’intersection et toutes les combattre simultanément. Il est plus pratique de tous les combattre ensemble que de le faire une discrimination à la fois.

Des exemples de féminisme intersectionnel, il y en a une tonne. En effet, il y a le féminisme de base, celui qui se bat contre le patriarcat. Souvent, la femme blanche hétérosexuelle originaire de l’occident se situe là. Par contre, si elle est lesbienne, le combat change déjà. Si en plus, l’aspect ethnique entre en jeu, il y a un autre angle à son combat. On ajoute l’aspect économique, ça commence à peser lourd dans la balance de la discrimination. Et il y a plein de combinaisons possibles, si l’on considère l’aspect linguistique, l’éducation, l’immigration ou la religion. L’aspect géographique a aussi un impact important. Le combat est différent non seulement en raison de la situation, mais aussi selon l’endroit où l’on se trouve sur la planète.

Un bel exemple de féministe est Malala Yousafzai. Elle s’est battue pour l’éducation des filles dans son pays d’origine, le Pakistan. Dans ce pays, comme dans plusieurs autres, l’éducation scolaire est principalement donnée aux garçons. L’éducation des filles est principalement ménagée, donc à la maison. Pendant que son frère apprend les mathématiques, la fillette apprend à s’occuper de la maison. Ici, il va de soi qu’aujourd’hui, les enfants, fille ou garçon, vont à l’école et qu’autant les femmes que les hommes peuvent passer le balai ou faire à manger pour la famille. Les rôles ont changé, au Québec, parce que les femmes se sont battues. Le combat est similaire ailleurs dans le monde, mais il est vécu différemment, non seulement parce qu’il y a un délai, mais parce que la culture est aussi différente.

J’ai parlé du fait qu’ici, au Québec, il y a le féminisme de base, celui qui combat le patriarcat. Mais si l’on examine les sous-cultures, même si on s’identifie toutes comme étant québécoises d’origines, le combat ne sera pas le même pour tous. Si on prend les femmes autochtones, à moins que je me trompe, vous me corrigerez le cas échéant, la lutte se situe non seulement par rapport aux hommes de sa communauté, mais aussi envers le peuple majoritaire et contre les différents paliers gouvernementaux. Le combat se fait au niveau des conditions de vie, mais aussi au niveau de la reconnaissance de leurs peuples et des injustices qu’ils ont pu vivre depuis la colonisation de leurs territoires.

Pour une femme comme moi, qui se retrouve dans la société majoritaire (femme blanche, hétérosexuelle étant née ici) et dans la société minoritaire (femme musulmane portant le voile) mon combat n’est pas le même qu’une femme immigrante, musulmane ou non.

Dans le livre d’Asmaa Ibnouzahir, Les chroniques d’une musulmane indignée, il est question de deux facteurs qui influencent le discours de l’immigrante musulmane. Le fait qu’elle soit une immigrante issue de pays musulmans, donc elle connaît ce qui se passe. Ce qu’elle a connu là-bas lui a fait peur et elle transmet cette peur aux Québécois. Je ne donnerais pas de nom, mais je suis certaine que les Québécois qui me lisent, et même quelques Français, ont une idée de qui je parle. Cette personne a d’ailleurs écrit au moins deux livres pas très rigolos au sujet de l’islam. Selon Ibnouzahir, ces femmes tiennent un double discours. Le premier qui tend vers la reconnaissance au pays d’accueil de les avoir accueilli chez lui. Le deuxième cultive la peur du religieux que beaucoup de Québécois ont depuis les années 60. Duplessis a fait évoluer le Québec vers la modernité au détriment des valeurs religieuses de l’époque. Du côté des immigrants musulmans beaucoup ont connu la reconstruction de leur pays suite au passage du colonialisme, mais aussi des guerres qui n’en finissent plus au sein de leur société. L’Algérie en est un bel exemple. Il n’est donc pas étonnant d’entendre les Algériens être reconnaissants des Québécois pour l’accueil, mais de s’assimiler à la culture d’ici suite aux traumas qu’ils ont vécus durant la décennie 1990.

Mais Asmaa Ibnouzahir pose une question importante à ce sujet.  « Comment le discours et les « actions » de ces musulmanes-alibi ont-ils jusqu’à présent fait, ou font-ils, concrètement avancer les droits des femmes musulmanes autant dans les milieux musulmans que dans la société en général ? » Personnellement, je trouve que ces discours n’aident en rien les femmes musulmanes à bien s’intégrer dans leur nouvelle société. Le traumatisme d’une personne n’a pas d’influence sur l’ensemble d’un peuple. Et il ne faut pas que ce dernier se fasse influencer par quelques personnes qui n’ont pas guérir leur passé et qui semblent faire une thérapie de groupe sur les différents médias québécois. Je n’essaie pas de diminuer les blessures des immigrants. S’ils ont quitté leur pays suite à la guerre, ce n’est pas sans raison. Il est aussi normal que ces situations les ont influencés. Mais est-ce que cela signifie que parce qu’un peu a mal vécu une situation liée à la religion, doivent discriminer leurs semblables ? Pour moi, non. Au contraire, en tant que groupe, on doit se soutenir. Le sentiment d’appartenance doit permettre l’entraide et non l’inverse.

D’où l’importance de l’intersectionnalité dans le combat féministe. Les femmes ne luttent pas seulement contre le patriarcat, mais l’ensemble des injustices qui y sont liés. Ce n’est pas une mince affaire et il y a du progrès par rapport à une époque pas si lointaine, mais il en reste encore beaucoup arriver l’égalité que les femmes veulent avoir par rapport aux hommes.

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