Publié dans Diversité, enfants, Identité, immigration, Intervention, médiation interculturelle, Réflexion, Religion

L’éthique et la culture religieuse, est-ce nécessaire?

Depuis un moment, on entend dans les médias québécois que les cours d’éthique et culture religieuse (ECR) seront plus que modifié. En fait, la partie religieuse sera complètement abolie des cours et remplacer par la culture des sociétés. Qui inclut les religions.  D’ailleurs, des consultations sont présentement en cours. Vous pouvez avoir toutes les informations ici. Vous pouvez à 10 questions en ligne ou déposer un mémoire d’ici le 21 février 2020.

Comme vous pouvez l’imaginer, cela a causé quelques remous. Certains sont contents du fait qu’on ne parle plus de religions dans le cours. D’autre part, les autres le sont moins, car la réalité actuelle du Québec est multiconfessionnelle. Il va donc de soi d’aborder les différences existantes dans les religions qui cohabitent dans la Belle Province.

« L’abolition annoncée du programme Éthique et culture religieuse constitue une éclatante victoire de l’athéisme militant québécois et de ses propagandistes. Pour ce mouvement, la religion est intrinsèquement une aberration, le fruit de l’irrationalité. Pire, elle est la “gangrène de l’humanité”. Forcément, la religion, même dans une perspective culturelle, n’a pas sa place à l’école », déplore Jean-Pierre Proulx, journaliste et professeur retraité, dans une note transmise au Devoir.

Ici, je reprend un texte que j’avais écris en 2017 dans le cadre du cours Citoyenneté et pluralisme 2. C’était lors de ma deuxième session de maîtrise.

LE SYSTÈME D’ÉDUCATION AU QUÉBEC

Le système éducatif québécois a énormément évolué dans le dernier siècle. Des cours classiques, les religieuses ou les jeunes filles célibataires qui y enseignent, les écoles de rang, le petit catéchisme et autres idées préconçues, il ne reste plus rien. La présence du religieux était importante dans l’éducation d’avant la déconfessionnalisation. Dans l’article de Claude Gauvreau, Éthique et culture religieuse à l’école, on voit les grandes lignes de la déconfessionnalisation de notre système scolaire qui se décrivent ainsi :

  • Années 1960 : l’enseignement du catéchisme (questions-réponses) est remplacé par la catéchèse ;
  • 1984 : la catéchèse cède le pas au cours d’enseignement moral et religieux, catholique ou protestant, ou encore à l’enseignement moral ;
  • 1995 : États généraux sur l’éducation. Un comité, présidé par Jean-Pierre Proulx, est créé pour réfléchir sur la place de la religion à l’école. Un long processus de consultation s’amorce ;
  • 1997 : déconfessionnalisation des commissions scolaires qui deviennent linguistiques, mais les écoles demeurent confessionnelles ;
  • 1999 : publication du rapport Proulx, qui prône un enseignement non confessionnel ;
  • 2005 : Québec annonce qu’il n’y aura plus d’enseignement religieux confessionnel à compter de l’automne 2008.

L’éducation québécoise et la révolution tranquille

Dans son livre Nous, c’est qui ? Une histoire des hommes et des femmes du Québec, Monique Fournier nous parle des premiers changements du système scolaire, qui arrivent en même temps que la Révolution tranquille et la déconfessionnalisation des écoles. Les années 60 ont donc été une décennie de grands changements. La parution du livre Les insolences du frère Untel, en 1960, a été une véritable bombe. L’auteur, Jean-Paul Desbiens, fait la critique de l’éducation de l’époque. En 1961, Paul Gérin-Lajoie instaure une commission d’enquête sur l’enseignement au Québec, ce qui amène, entre autres, au rapport Parent et à la création des commissions scolaires confessionnelles. Entre temps, Gérin-Lajoie fait des modifications pour faciliter l’accès à l’éducation, en favorisant la gratuité, et en ce qui a trait à l’âge de fréquentation scolaire. En 1964, Paul Gérin-Lajoie,devient alors le tout premier ministre de l’Éducation, et confisque aux religieux leur pouvoir dans le milieu éducationnel. Cette décision a eu un impact important sur la mentalité des Québécois. Car, fait à ne pas oublier, cette transition se fait au même moment que la Révolution tranquille. Pour Fournier, « [en] une génération, nous sommes passés d’une mentalité rurale, même chez les urbains, à une population éduquée et ouverte sur le monde

PROGRAMME D’ÉTHIQUE ET CULTURE RELIGIEUSE

Le programme d’éthique et culture religieuse est le résultat d’un changement récent dans le monde de l’éducation. Le système scolaire a été chamboulé à plusieurs moments au cours des décennies. Graduellement, les commissions scolaires, catholiques ou protestantes, sont devenues linguistiques. Par le fait même, au terme du processus en 2008, les cours d’enseignement religieux et moral et ceux d’enseignement moral ont été évacués de l’horaire des élèves au profit du cours d’éthique et culture religieuse. Préalablement, il y a eu plusieurs consultations publiques et des formations auprès des enseignants afin de faire la transition vers le nouveau programme. Le travail a été colossal et était collaboratif entre le secteur de l’éducation, les familles et divers groupes religieux.

Les buts du programme de ECR

Les trois objectifs du système éducatif québécois sont d’instruire, de socialiser et de qualifier les jeunes qui passent en leurs murs. Qu’importe l’endroit où l’on se trouve, il a donc pour mission de permettre aux enfants et adolescents de développer de nouvelles habiletés sociales, intellectuelles, cognitives et manuelles. Le programme d’Éthique et Culture religieuse permet à tous les jeunes, à partir de la première année du primaire jusqu’en cinquième secondaire, non seulement une rencontre entre les différentes cultures présentes au Québec, mais avec différents types de pensées.

Les principaux objectifs du programme d’ECR

En 2017, lorsque j’avais écris mon texte, les objectifs du programme étaient les suivants. Ils sont tiré du site du Ministère de l’éducation.

« D’acquérir ou de consolider, le cas échéant, la notion selon laquelle toutes les personnes sont égales sur le plan des droits et de la dignité ;
D’apprendre à réfléchir de façon responsable ;
D’explorer, selon son âge, différentes manifestations du patrimoine religieux québécois présentes dans son environnement immédiat ou éloigné ;
De connaître des éléments d’autres traditions religieuses présentes au Québec ;
De s’épanouir dans une société où se côtoient plusieurs valeurs et croyances

2 volets importants

Le premier est l’éthique, partie où l’on amène l’apprenant à se questionner et à porter sa réflexion sur divers sujets à connotation sociale. Le but étant de permettre d’apprendre à concevoir une idée et de l’exprimer clairement dans le respect des autres. Le deuxième volet est la culture religieuse. Tout d’abord, il est question d’apprendre l’importance de l’héritage religieux du Québec ainsi que les nouvelles religions qui sont présentes dans la société. Les deux sont progressifs tout au long du cheminement scolaire des jeunes via trois compétences sont importantes soit :

1. Réfléchir sur des questions éthiques ;
2. Manifester une compréhension du phénomène religieux ;
3. Pratiquer le dialogue.

LE PROGRAMME D’ÉTHIQUE ET CULTURE RELIGIEUSE ET LES PROGRAMMES DE GESTIONS DE LA DIVERSITÉ FONT-ILS BON MÉNAGE ?

Établi dans le cursus scolaire primaire et secondaire depuis la rentrée scolaire de 2008, ce programme a pour but de favoriser la réflexion des jeunes sur la diversité culturelle présente au Québec. Pour ce faire, des activités participatives comme des discussions et des rencontres sont proposées selon les niveaux. Malgré le bon vouloir de l’État provincial en la matière, l’opposition s’est fait entendre. Premièrement, les parents catholiques, qui refusent à leurs enfants d’assister spécifiquement à ce cours, demandent l’exemption à ce cours. Deuxièmement, le mouvement laïque québécois qui eux s’oppose à tout ce qui a un lien, de près ou de loin, au religieux dans le système scolaire. En terminant, certains intellectuels québécois croient que le programme d’éthique et culture religieuse favorise le multiculturalisme canadien.

Des pours et des contres

La sociologue Joëlle Quérin, de l’Institut de recherche sur le Québec, avait fait sa thèse, menée pour le compte de Mouvement national des Québécois, au sujet du programme d’ÉCR. Elle était venue à la conclusion que le programme « occulte les valeurs québécoises et endoctrine les élèves en faveur du multiculturalisme. [De plus, il] abandonne les connaissances pour se consacrer exclusivement à la promotion du multiculturalisme, rebaptisé pluralisme. » Le résultat de cette thèse est contredit par plusieurs professeurs et étudiants en enseignement.

Comme Louis Rousseau, professeur au Département de science des religions de l’UQAM,  pour qui ce programme est « unique et novateur, car il favorise le respect réciproque des valeurs et des croyances, permettant ainsi de tenir compte du pluralisme de fait qui caractérise la société québécoise.

Pour Marie McAndrew, le programme d’ECR est favorable à l’interculturalisme. « On a une jeune génération pour laquelle [la diversité] se vit mieux, et l’école y est pour quelque chose […] D’abord parce qu’elle a été un lieu de contact avec la diversité, comme à Montréal, mais elle l’est aussi en région, simplement parce qu’elle est un lieu de sensibilisation Un inconvénient de ce cours, selon elle, est que le « cours ECR s’attarde davantage aux rapports interreligieux plutôt qu’interethniques et c’est dommage, reconnaît-elle. Mais ça demeure la principale porte d’entrée de l’interculturalisme, alors malgré les limites du programme, c’est un véhicule à emprunter

QU’EN PENSENT LES QUÉBÉCOIS ?

« Le Québec est une société d’expression française, démocratique et pluraliste, basée sur la primauté du droit, ce qui signifie que toutes les personnes sont égales en valeur et en dignité et ont droit à une égale protection de la loi. »

Ainsi commence le chapitre sur les valeurs communes de la société québécoise du document Apprendre le Québec.  Un guide pour réussir l’intégration des immigrants. Il a été rédigé par le défunt Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion. Cela résume bien les différentes valeurs que les Québécois affectionnent. En fait, il y a sept points qui y sont retenus, soit : parler français, une société libre et démocratique, la séparation de l’État et du religieux, une société riche de sa diversité, la primauté de droit, l’égalité des sexes et l’exercice des droits et libertés.

Les valeurs québécoises

En effet, les Québécois sont d’avis que ces valeurs sont importantes et qu’elles ont leurs places au sein de la société. La majorité des gens sont en accord avec le programme d’ECR. Ce dernier, qui favorise déjà cette compréhension intrinsèque de la société, peut provoquer une réflexion personnelle auprès des élèves du secondaire en particulier et par ricochet, à leurs parents. Par contre, la définition n’est pas la même pour tous. Il y a des gens pour qui la diversité exclut la langue, la race, l’orientation sexuelle ou la religion. Par ce fait, on peut s’apercevoir que la notion de valeur est belle sur papier, mais dans la réalité, cela peut être autre chose.

Beaucoup de Québécois manifestent un malaise au sujet de religions. En particulier les baby-boomers en raison de la Révolution tranquille. Fournier rappelle que lors de la charte des valeurs en 2013, par exemple, où les faits et gestes posés sur une très courte période «démontrent parfaitement la grande part que les émotions y prises Pour beaucoup de boomers, les signes religieux ont une connotation négative. Ils ont connu le joug du clergé, qui se distinguaient par leurs habits. Des habits qui, aujourd’hui, font référence à cette époque révolue. Étant actuellement dans une époque individualiste, le fait de porter des signes ostentatoires sert à unir les gens d’une même religion. Mais aussi à montrer une voie à suivre en matière de religion et à juger la société d’accueil. Donc, pour la génération née juste après la Deuxième Guerre mondiale, il y a une réticence avec tout ce qui est lié à la religion. Par contre, on le remarque moins chez les autres générations.

EST-CE QUE LE PROGRAMME D’ÉTHIQUE ET CULTURE RELIGIEUSE FAVORISE LA COHABITATION INTERCULTURELLE AU QUÉBEC ?

La question se pose. Il est clair que pour les jeunes ayant suivi ce programme, une sensibilisation est faite. Mais l’impact doit être différent selon le milieu. Un grand centre urbain comme Montréal est avantagé par rapport à une région rurale éloignée comme l’Abitibi. Cela peut aussi avoir un impact indirect aussi sur les parents de ces élèves. En effet, si le parent est moindrement sensibilisé à l’éducation de ses enfants et qu’il est ouvert d’esprit, le programme d’ECR est un plus pour les générations à venir. Par contre, si le parent est étroit d’esprit, cela aura aussi un impact sur le raisonnement de l’enfant, surtout en bas âge. Cela est bon pour tous, pour les Québécois autant que les immigrants.

Comme on a pu le voir, certaines communautés culturelles se ghettoïsent en restant dans les grands centres urbains, car il est plus facile de côtoyer des gens de la même culture. Certains vont même jusqu’à envoyer leurs enfants dans des écoles privées où peu de mélanges culturels se font. Est-ce une bonne chose ? Oui et non ! Dans un sens, oui l’aspect communautaire est important. L’être humain a besoin de gens à qui s’identifier, avec qui il peut échanger de sa réalité, de son quotidien. C’est normal. Mais d’un autre côté, le Québec se veut inclusif, donc favorisé des échanges entre concitoyens. Pour cela, il faut donc des programmes, comme celui d’éthique et culture religieuse, qui favorisent ce genre de situations.

Ce qui est déplorable, c’est que ce programme cible actuellement les jeunes en âge scolaire qui sont déjà en contact avec cette mixité culturelle. Avec internet accessible et la démocratisation des voyages, cela est donc plus facile pour eux d’apprendre à connaître d’autres cultures.

CONCLUSION

Lorsque j’avais écrit ce texte, l’attentat terroriste envers la mosquée de Québec venait d’avoir lieu. On vient de commémoré les 3 ans de la tragédie. Pendant longtemps, François Legault disait qu’il n’y avait pas d’islamophobie au Québec. Par contre, la semaine dernière, il goûté, en quelque sorte à sa propre médecine. Plusieurs de ses partisans n’ont pas aimé qu’il ait été à la cérémonie avec la communauté musulmane de Québec.  J’ai l’impression que ces derniers y ont vu de la trahison de la part du Premier ministre. Ce qui est normal, compte tenu des propos qu’il a tenu sur les minorités culturelles et religieuses.

Ce que je retiens, même après 3 ans, c’est que le programme a bel et bien sa place dans le système scolaire québécois. Mais je suis aussi d’accord qu’après 10 ans, des changements peuvent être nécessaires. Mais au point de complètement enlever une partie du cours? Je ne pense pas.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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