Publié dans Réflexion

Les trajectoires identitaires

 Colloque social sur l’identité maghrébine

En septembre dernier avait lieu un colloque social organisé par l’Association Racines. Le but de cette journée était de parler de la construction identitaire des jeunes maghrébins. Je prenais des notes pour la journée et j’avais envie de vous partager ce que j’ai appris. Le colloque rassemblait des professionnels de tous horizons possibles. Et c’était tellement enrichissant! Voici donc le premier résumé de la journée!

Les trajectoires identitaires : impact sur la construction identitaire

Après le témoignage des quatre jeunes, des professionnels de différents milieux sont venus discuter de trajectoires identitaires. Trois volets ont été discutés : le sociopolitique (Rachad Antonius),  le religieux (Solange Lefebvre) et  la psychologique (Samia Mekhtoul). Il y a évidemment des liens à faire entre les trois. Mais avant tout, il est important de dire que l’identité est quelque chose de complexe, car elle est le résultat d’un cumul de plusieurs expériences. La construction de l’identité peut être source de tensions et soulever des questions qui sont parfois difficiles. Aussi, à rappeler que les tensions sont présentes dans toutes les communautés et qu’il faut considérer ce point.

En tant qu’intervenant…

En tant qu’intervenant, il peut être délicat de se positionner par rapport à l’identité, car il n’y a pas de réponses précises ni de cohérences parfaites. Chaque personne se définit selon ses perceptions. En fait, il faut savoir apprivoiser les enjeux identitaires et non pas les nier, car en fait il y a beaucoup d’incompréhensions qui rendent le débat toxique.

Comment aborder les trajectoires  identitaires ? La religion…

Ce qui est à remarquer, c’est que les trois volets sont interconnectés. Samia Mekhtoul mentionne le fait qu’elle doit aborder la sociologie ou la psychosociologie. Par exemple, Rachad Antonius, qui traitait du sociopolitique, parlait aussi de religion. Pour lui, l’identité est un cumul d’expériences. La religion, prémisse au débat universel, pourrait être réduit à trois points. Du moins, si on parle de l’islam. Premièrement, l’identité est réduite à l’aspect ethnoculturel, qui deuxièmement, est réduit à la religion musulmane. Troisièmement, l’islam possède plusieurs idéologies influencées actuellement par les salafistes ou wahhabites. Ce que confirme Solange Lefebvre en mentionnant que les immigrants ont tendance à catégoriser les gens. Ils se regroupent selon des critères ethnoreligieux, comme la langue, la religion ou la culture. Cela permet de garder la mémoire de ce qui se passait au pays et de développer l’esprit communautaire. C’est le cas entre autres avec l’Église haïtienne et les réfugiés arrivés en 2017.

Le climat familial

La religion a aussi un impact sur le climat familial, il faut savoir intervenir de façon adéquate. Par exemple, dans le cas d’une famille religieuse, les enfants restent plus longtemps sous le toit familial. L’adolescence, période qui a toujours existé et dont la conception diffère d’une culture à l’autre, est un moment de questionnement, surtout vers sa fin. Cela cause un défi aux parents, car il faut éviter, entre autres, les dérapages. Mais cela peut aussi provoquer des confrontations très tôt entre les enfants et leurs parents. Il faut dire que l’adolescence est une période de construction sociale, pas une problématique.

Les jeunes musulmans

Il faut aussi considérer le fait que pour les jeunes musulmans, la religion peut être une manière de protester contre la société d’accueil. La raison ? Le fait que la religion est très critiquée par les médias. Ce qui pousserait les jeunes à pratiquer d’une manière différente. Mais attention à la manière dont on les voit. Ils ne sont pas tous égaux, certains sont meilleurs que d’autres. De plus, il fait comprendre qu’en occident, le climat est beaucoup plus porté à la réflexion en matière de religion. Ce n’est pas le cas partout et il y a du cheminement à faire sur ce point.

Types d’identité et leur impact sur la vie des gens

En ce qui concerne le volet psychologique, Samia Mekhtoul mentionne plusieurs types d’identité. Il y a une identité collective et communautaire et une personnelle. Elle parle notamment du fait que le choix du prénom d’un enfant peut être source de conflits dans un couple. Certains choisissent d’utiliser le prénom d’un enfant comme marqueur identitaire et d’autres tentent de trouver un nom qui cadre bien aux deux cultures. Autre point qui touche les couples musulmans, c’est la violence conjugale. Cette dernière touche directement l’identité personnelle des individus et cause des ambivalences dans les couples. Le vécu de l’immigrant impact sur le couple, comme les inquiétudes et la non-reconnaissance des diplômes. En ce qui a trait à l’identité collective et communautaire, il y a quatre repères importants à considérer. Tout d’abord, cette identité est l’affaire de tous. Il s’agit d’un rapport d’un individu à la société d’origine ou d’accueil. Il s’agit aussi d’une arme à double tranchant tout comme une acculturation à déconstruire. Ce dernier point est vu différemment selon la science sociale utilisée. Elle peut autant être positive (sociologie) que négative (psychologie). Les mythes que propage la société d’accueil sur l’immigration sont aussi à cibler.

Les solutions possibles en matière de trajectoires identitaires

Pour Rachad Antonius, le fait de favoriser le dialogue qui pourrait déboucher à un compromis est une option. Le but étant de comprendre ce qui se passe dans les communautés musulmanes en posant des questions sur ce qui se passe dans les pays d’origine. Cela permet de se poser de meilleures questions pour intervenir ici, dans la société d’accueil. À ce moment, l’écoute doit être respectueuse. En matière de pratique religieuse auprès des jeunes, Solange Lefebvre propose comme solution de laisser pour que l’adolescent puisse apprendre par lui-même tout en lui mettant des balises pour le guider. Samia Mekhtoul s’adresse aux parents en leur disant qu’ils doivent s’impliquer dans la vie de leur enfant. Cela leur permet de connaître la réalité du Québec. En ce qui a trait aux médias, les immigrants doivent les utiliser afin de donner une image positive de leur communauté. Ce qui peut aider à la résolution du débat politique et au développement du sentiment d’appartenance et de bien-être, c’est le fait d’offrir du travail aux immigrants en reconnaissant leurs compétences et qualifications. Autre solution possible, le fait de soutenir les organismes qui interviennent auprès des jeunes et de faciliter la compréhension de la réalité des Maghrébins aux Québécois qui ne la connaissent pas. Samia Mekhtoul conseille d’accepter les embûches, car cela peut être positif sur la qualité de vie. En effet, elle dit que cela permet d’éviter l’isolement et favorise une meilleure adaptation à la société, principalement par la participation citoyenne.

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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