Publié dans Portrait de musulmanes

Les signes religieux au Québec, une discussion sans fin

Le port de signes religieux au Québec, c’est un sujet délicat. Les femmes musulmanes, comme on l’a vu toute l’année, sont victimes de préjugés de toutes sortes à cause de ce type de discussion. Autant du côté des Québécois, mais aussi des musulmans. Ce que l’on a pu constater, c’est qu’il y a un manque d’éducation qui fait en sorte que les femmes se trouvent souvent en sandwiches entre deux traditions. Ici, on va voir ce que les politiques québécoises ont comme impact sur la vie des femmes, mais aussi la variété de pratiques qui peut exister dans l’islam.

 

Les signes religieux et la politique

En 2007, il y a eu la Commission Bouchard Taylor qui a fait des ravages au Québec. La démocratie oblige, tout le monde a pu s’exprimer, mais ceux qui disent des idioties. Donc, durant cette période, on a pu en entendre de toutes sortes. Idem, lors de la Charte des valeurs québécoises en 2012. Tout le monde se souvient des Pineault-Caron qui ont été ridiculisés à travers le Québec.

https://www.youtube.com/watch?v=RhFfkxTrkbw
https://www.youtube.com/watch?v=nLXtJU1kMWU

Le port des signes religieux et le PQ

La charte des valeurs est un bel exemple de « faisons en sorte de protéger la femme voilée du patriarcat dont elle est victime tout en protégeant nos acquis sociaux en l’excluant de la société québécoise. » Sous le prétexte de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la neutralité religieuse, la charte demandait à infirme partie de la population du Québec d’enlever leur voile pour accéder à un travail au sein de leur organisation.

Articles loi de la charte

Évidemment, si la charte avait passé en 2013, cela aurait eu des répercussions sur la Charte des droits et des libertés de la personne, mais aussi dans plusieurs milieux de travail, comme les Centres de la petite enfance et les écoles. Dans la deuxième section du chapitre II, l’article 5 stipule qu’« [un] membre du personnel d’un organisme public ne doit pas porter, dans l’exercice de ses fonctions, un objet, tel un couvre-chef, un vêtement, un bijou ou une autre parure, marquant ostensiblement, par son caractère démonstratif, une appartenance religieuse. » Par contre, une exception est faite dans le chapitre IV, article 11 aux animateurs spirituels œuvrant dans les centres où la Loi sur les services de santé et les services sociaux ou la Loi sur le système correctionnel du Québec s’applique. L’exception est aussi valable pour les enseignants religieux universitaires ni aux animateurs spirituels des Cégeps.

Évidemment, cette charte n’a pas passé, heureusement. Il y a eu bon nombre de manifestations contre et quelques une pour. Ce qui a eu comme impact que la charte n’ait pas passé.

Le port des signes religieux et les libéraux

Il est aussi important de se rappeler le projet de loi 62 des Libéraux qui a eu des impacts. Elle est passée à l’automne 2017, mais a été critiquée dès le début. D’un côté, elle est discriminatoire pour les femmes musulmanes, mais de l’autre, les pros laïcité trouvent que le projet de loi ne va pas assez loin. Peu de temps après être adopté, le projet de loi fut contesté en cours. Et n’a pas pu être appliquée, car le Parti Libéral n’est plus au pouvoir depuis le 1er octobre 2018.

Le port des signes religieux et la CAQ

À la suite des dernières élections, la Coalition Avenir Québec (CAQ) a relancé le débat. Deux jours après l’élection, une députée caquiste a affirmé que les gens ne voulant pas respecter la loi perdront leur emploi. Il faut dire qu’au Québec, il y a un manque de main-d’œuvre dans beaucoup de secteurs. Notamment ceux qui ont des femmes musulmanes voilées. Donc, cette option est complètement ridicule. Une manifestation contre l’idée de la CAQ a même eu lieu 7 jours après l’élection. Au moment d’écrire ces lignes, rien n’est encore sûr en ce qui a trait à ce projet, mais plusieurs organisations vont manifester contre l’idée.

Les femmes musulmanes : une diversité de pratiques

Il faut comprendre que la pratique de l’islam diffère d’une personne à l’autre, selon son cheminement spirituel, sa compréhension des textes sacrés ou de sa culture. À la question « qu’est-ce que l’islam pour vous ? », il y aura une diversité de réponses. Pour plusieurs musulmans, il n’y a pas de vision unique de l’islam. Si l’on me compare aux femmes du Maghreb, par exemple, les réponses seront teintées de plusieurs éléments. On pense entre autres à la culture, à l’éducation islamique ou non reçue, aux traumatismes vécus, etc. Idem pour les femmes provenant de l’Asie, de l’Afrique Subsaharienne, converties à l’islam ou musulmanes de naissance.

Le rapport à l’islam et le port de signes religieux

Bennis, dans Les monologues du voile, des Québécoises se racontent, mentionne que le rapport à l’islam et à sa pratique est variable selon les gens. Plusieurs facteurs et courants influencent cette relation. En 2007, une étude de Paul Eid sur le sujet prouve que les musulmans immigrants au Québec sont classés parmi les cinq groupes les moins religieux au Canada. Par ce fait même, ils ont la plus petite proportion de gens très religieux. Toujours selon Eid et approuver par Frédéric Castel, la majorité des musulmans (60%) ne vont jamais à la mosquée. Parmi ceux et celles qui pratiquent, 25 % y vont plus ou moins régulièrement et 15% sont présents à la mosquée quotidiennement. Il faut aussi dire que seulement 10% des femmes musulmanes portent le voile. C’est une minorité dans une minorité.

Les fausses musulmanes et le port des signes religieux

Dans Chronique d’une musulmane indignée Asmaa Ibnouzahir parle des musulmanes-alibis, des femmes prétendant être musulmanes, mais qui ne le pratiquent pas. Elles le sont que culturellement ou se considèrent sorties de l’islam. Ces femmes sont considérées comme des références par les médias ou certains politiciens parce qu’elles connaissent les musulmans du pays d’où elles sont originaires. Lorsqu’elles ont une place sur une tribune, elles donnent une vision unique, fausse et rétrograde de la religion. Pourtant, selon Ibnouzahir, il y a plusieurs amalgames dans les propos tenus par ces personnes entre les faits bidon, une absence de contacts avec la réalité des femmes musulmanes et du racisme ambiant. Une question qu’Ibnouzahir se pose concerne l’avancement des droits des musulmanes du Québec en rapport avec les connaissances des musulmanes-alibis avec la réalité terrain. C’est souvent le cas en ce qui a trait au port des signes religieux, car, évidemment, elles sont contre. Les pros-laïcité les aiment beaucoup, ça va de soi! Mais ce n’est pas réciproque pour les musulmanes.

À retenir sur les pratiques religieuses

Ce qu’il faut retenir dans le portrait que je tente de faire des femmes musulmanes, c’est qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Ils sont parfois trompeurs. Une femme peut sembler être pieuse de par son habillement et ne rien connaître de sa religion, alors que l’inverse est aussi possible. Les connaissances sont à la base d’une bonne pratique religieuse, qu’importe, l’apparence que l’on a.

La conclusion sur le port des signes religieux

Bref, les Gouvernements tente d’imposé une laïcité a des musulmanes qui pratiquent une religion différemment l’une de l’autre. Les femmes portant le Niqab, par exemple, ne vont pas travailler. Elles restent souvent à la maison à s’occuper de leur famille. Et les femmes voilées qui travaillent parlent peu de religion dans le cadre du travail. Les fois où j’ai abordé la question de religion avec des femmes musulmanes au travail, c’était durant les pauses. Et ça ne venait pas d’elles, mais bien de non-musulmans curieux de comprendre la religion. Je constate la même chose depuis que je porte le voile. Les gens viennent me voir pour me poser des questions, par curiosité et non par méchanceté. En gros, l’idée qui circule concernant le fait que les femmes voilées imposent leur religion est fausse. C’est le contraire qui se produit.


Références

  • Drainville, Bernard (2013) Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État ainsi que d’égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d’accommodement.
  • Bennis, Kenza (2017) Les monologues du voile, des Québécoises se racontent. Paris : Éditions Robert Laffont.
  • Ibnouzahir, Asmaa (2015) Chronique d’une musulmane indignée. Montréal : Groupe Fides inc. 

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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