Publié dans enfants, famille, immigration, médiation interculturelle

Les perceptions culturelles dans l’intérêt des enfants

Dans le cadre de mon stage de fin de maîtrise, j’ai eu à rédiger un document pour un organisme qui intervient auprès des familles issues de communautés culturelles qui sont aux prises avec la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Bien qu’il y ait des intervenants qui sont excellents, certains ont des perceptions culturelles qui nuisent à leurs interventions. Voici un résumé de ce qui est sorti de mon stage.

Les différences culturelles : une question de perceptions culturelles

En fait, ce que l’on peut constater, c’est que chaque personne se réfère à ce qu’il connaît pour se positionner par rapport aux autres. La société dans laquelle nous évoluons influence ce que nous devenons en tant qu’être humain. Il est donc normal que les gens se réfèrent à leur culture respective pour interpréter ce qu’ils vivent. Par contre, si l’on ne prend pas le temps de se questionner sur ce que l’autre vit ou comment il interprète son vécu personnel.

Les interprétations peuvent être bonnes ou mauvaises. Mais se situent à plusieurs niveaux, comme les attitudes, les paroles, les faits et gestes, l’éducation, etc.

Les perceptions culturelles : le langage

La question linguistique est importante. Durant les premières années après son arrivée dans sa nouvelle société, un immigrant pense toujours dans sa langue maternelle. Une traduction se fait par la suite pour s’exprimer dans la langue officielle de sa terre d’accueil. Aussi, il faut penser que le français parlé au Québec n’est pas le même que celui parlé au Maghreb, par exemple.

Le français

D’après Fouzia Bensakour, de l’Université de Rabat au Maroc, plusieurs immigrants provenant du Maghreb ne comprennent pas le français du Québec. Ce qui ajoute une difficulté à la communication. Oui, l’Afrique du Nord est, en partie, une région francophone. Mais le Français n’est pas la langue officielle d’aucun pays du Maghreb. Il s’agit, pour beaucoup d’entre eux, d’une langue seconde qui permet une ouverture vers le monde et qui liée à l’enseignement. Elle est aussi attachée à la colonisation de leur territoire. Étant proche de la France, patrie qui les a colonisés au 19e et 20e siècle, le Français enseigné est celui de l’Europe et non pas celui du Québec. Les Maghrébins sont davantage habitués au Français classique qu’aux différents dialectes qui y sont reliés.

L’arrivée au Québec

Ils s’aperçoivent de cette réalité dès leur arrivée au Québec. C’est à ce moment que la prise de conscience des autres dialectes se fait. Aussi, une hiérarchisation du français se produit naturellement pour eux, notamment par rapport aux différentes couches sociales. Il peut aussi y avoir une surévaluation de leurs propres compétences linguistiques par rapport aux Québécois. D’autres fois, c’est un sentiment de compensation qui est vécu par les immigrants en recherche d’emplois.

Une fois au Québec, certains immigrants favorisent une manière de parler plus neutre, sans accent facilement identifiable. Un passage par l’école permet d’effacer l’accent de la personne. Cela fait en sorte que les signes d’appartenances disparaissent. En effet, l’accent permet de marquer l’identité de quelqu’un, comme son origine ethnique ou sa classe sociale.

L’apprentissage d’une nouvelle langue

En contexte scolaire, les enseignants travaillant avec des allophones mettent l’accent sur l’apprentissage du français, mais tiennent en compte le bagage linguistique des immigrants. Ils agissent de façon à ce que les langues soient complémentaires et dans une perspective d’éducation interculturelle.

Il faut penser que les langues sont un moyen de communication qui peut être une source de conflit. Il y a des pratiques sociales qui en découlent et qui sont importantes à considérer. Car, de ces pratiques découlent des apprentissages, des expériences et des interactions qui forment un individu. Ces pratiques varient selon le contexte, on ne parle pas de la même façon à la maison, qu’au travail ou avec des amis ou des inconnus.

Toutes les sociétés sont marquées par la diversité linguistique, qu’importent les politiques, qui les régissent. Ce qui fait que dans certains milieux scolaires, comme c’est le cas à Montréal, de nombreux jeunes côtoient différentes langues.

Stratégies utilisées pour apprendre une nouvelle langue

Lorsque les immigrants arrivent dans une nouvelle société, l’apprentissage de la langue commune est nécessaire. Dans une étude de Paul Anisef et ses collègues, les femmes immigrantes présentes au Canada depuis moins de quatre ans ont été étudiées. Ces dernières mentionnent comme stratégie d’apprentissage linguistique les médias, la famille, les amis, les collègues de travail, de l’autoformation et des cours de langue. Les deux tiers d’entre elles utilisent les médias et un peu plus de la moitié suivent des cours de langues. 40% disent le faire auprès des gens.

Facteurs qui influencent l’apprentissage d’une nouvelle langue

Dans la même étude, il est mentionné que plusieurs facteurs influencent l’apprentissage d’une langue lorsque l’on est immigrant. Voici les principaux motifs qui aident, ou non, l’apprentissage d’une nouvelle langue :

  • L’âge ;
  • L’appartenance à une minorité visible ;
  • L’éducation ;
  • La catégorie d’immigration ;
  • La provenance géographique.

Les perceptions culturelles : le non verbal

L’observation de la gestuelle et de la posture du client est importante, car ces deux points changent d’une culture à l’autre. Le contact visuel, le comportement, les sens, la perception du temps et de l’espace sont des caractéristiques parmi tant d’autres qu’il faut apprendre à connaître d’une autre culture. Il se peut donc qu’une femme arabo-musulmane soit mal à l’aise si l’intervenant est un homme et qu’elle doit aborder des sujets qu’elle juge délicats. Idem pour l’homme.  Ce malaise se manifestera par le non verbal.

Les perceptions culturelles: l’historique familial

Les immigrants arrivent avec un bagage issu de leur culture, de leur société, de la famille ou tous autres facteurs qui les touchent de près ou de loin. Lorsqu’ils arrivent dans un nouveau milieu, ils arrivent avec un bagage qui est à prendre en considération.

Il est donc important de connaître l’histoire de la personne devant soi aide énormément à comprendre certains de ses comportements. L’histoire familiale, aussi, mais celle du pays d’origine. Il est donc important de comprendre aussi la migration. Cela permet d’adapter l’intervention à ce qui est vécu par les gens rencontrés.

Les perceptions culturelles : les droits familiaux

Dans certains cas, il y a carrément un non-respect des droits des familles comme celui d’être accompagnées ou d’être informées qu’elles peuvent proposer une famille d’accueil de proximité pour leur enfant. Il peut être difficile de s’y retrouver dans les droits familiaux lorsque l’on vient d’arriver dans une nouvelle société.

La Loi de la protection de la jeunesse

La Loi de la protection de la jeunesse doit être connue des membres de notre communauté, car il est décrit tout ce qui doit être fait pour le bien de l’enfant. Les articles 4 et 5 le démontrent bien.

De plus, selon le rapport 2017-2018 de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, il a été mentionné que la DPJ ne faisait pas tout en son pouvoir pour permettre à un enfant de garder des liens avec sa communauté culturelle. Pourtant, le respect des caractéristiques des communautés culturelles et des communautés autochtones est l’un des principes de la Loi de la protection de la jeunesse. Il y est stipulé que :

« Toute intervention en vertu de la LPJ doit être réalisée dans le respect des caractéristiques de la communauté culturelle ou de la communauté autochtone de l’enfant, par exemple ses valeurs, ses coutumes, sa langue et ses habitudes de vie particulières. »

D’ailleurs, qu’importe ce qui se passe durant le processus d’intervention, les parents autant que l’enfant en âge de comprendre ont le droit d’être informés et d’être consultés afin de respecter l’intérêt de ce dernier. Le meilleur projet de vie pour l’enfant est qu’il demeure dans sa famille ou qu’il y retourne, s’il a dû le quitter. D’où l’importance de la participation de la famille dans les démarches. Mais si le besoin se fait sentir, plusieurs autres possibilités sont offertes, toujours dans l’intérêt premier de l’enfant.

Les ressources

Par exemple, il y a deux ministères de la justice, un au fédéral et l’autre au provincial. Les deux ont chacune leurs rôles par rapport aux droits de la famille.

Justice Canada

Sur le site de Justice Canada, il est surtout question de divorce, de la garde, du rôle de parents et de pension alimentaire. Certaines publications sont aussi offertes en différentes langues, dont l’arabe, pour faciliter la compréhension des sujets abordés. Il est possible d’y trouver aussi des ressources pour chaque province.

Éducaloi

Le site d’Éducaloi est plus complet. Quatre catégories sont présentes dans la section couples et famille : être parents, enfants et adolescents, mariages et couples et violence familiale. Les catégories enfants et adolescents et violences familiales ont un onglet concernant la DPJ. Cet onglet explique bien les articles 38, 39 et 44 de la Loi sur la protection de la jeunesse. Ces derniers expliquent ce que sont les motifs de compromission, la compromission des professionnels et la confidentialité. Une autre page explique ce qu’il arrive lorsque le juge intervient dans un signalement à la DPJ. De plus, dans la section sur la violence familiale, il y a un lien qui parle de l’autorité parentale et qui l’explique ainsi :

« L’autorité parentale, c’est un ensemble de droits et d’obligations permettant aux parents de prendre les décisions qui concernent le bien-être de leurs enfants jusqu’à l’âge de 18 ans. Dans certains cas exceptionnels, un parent peut se faire enlever le droit de prendre les décisions quant à ses enfants. »

Nous savons que l’autorité parentale peut se perdre si un juge considère que c’est dans l’intérêt de l’enfant que de le faire. Il peut aussi la retrouver en faisant la demande au juge en donnant les preuves nécessaires à sa demande. Par contre, comme les parents issus de l’immigration ne sont pas au courant de cette information, il est plus que nécessaire de les informer.

Les perceptions culturelles : la religion

Lors du colloque sur La construction identitaire des jeunes issus de l’immigration au Québec, un regard sur les jeunes d’origine maghrébine, l’un des jeunes qui a témoigné en matinée a mentionné le fait que de pratiquer l’islam a été plus difficile que d’être originaire d’Afrique du Nord. Sa pratique religieuse a changé au Québec. Une période de questionnement et de recherche a été présente durant l’adolescence. Cela a causé quelques conflits avec les parents, mais malgré tout l’ouverture d’esprit de ces derniers lui a permis d’avoir son propre cheminement spirituel.

Mais dans le panel sur les trajectoires identitaires, il a été beaucoup question de religion. Pour Solange Lefebvre, l’appartenance à la société québécoise passe par la citoyenneté. Mais pour les jeunes issus de la communauté arabo-musulmane, les choses sont parfois compliquées. Souvent, ils utilisent la religion pour protester contre la société d’accueil. Quelqu’un du public disait que ces derniers donnent une mauvaise image des immigrants, mais aussi de l’islam. Samiah Mekhtoul abonde dans le même sens en disant que cela propage des mythes dans la société d’accueil. Rachad Antonius, sociologue de l’UQAM, rappelle que certains essaient de briser les stéréotypes.

Quelques problématiques du fait religieux

Bien qu’il y ait peu de demandes d’accommodements de la part des musulmans lorsqu’il y a des rencontres médicales, certaines situations l’exigent. Il est possible de le constater lorsque :

  • La santé de la mère et/ou du bébé est en danger ;
  • Lorsque le respect des recommandations n’est pas respecté ;
  • Lorsque certaines valeurs personnelles des professionnels semblent mises en

Dans le dernier cas, la dynamique de genre dans le couple est souvent au centre des conflits de valeurs pour les professionnels. Certaines craintes sont réelles d’autres, non. Ces craintes touchent les inégalités de genre ou associées à des comportements et indisposent plusieurs cliniciens. On parle du port du voile ou du fait que le mari soit l’interlocuteur principal.

Bref, les perceptions culturelles peuvent provoquer des conflits ou des situations inconfortables pour les familles et les intervenants. Comme le but de la DPJ est l’intérêt de l’enfant, il est donc important de sensibiliser les nouveaux arrivants à cette réalité. Ce qui n’est pas toujours aisé.

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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