Les mythes dans le domaine de la santé

* Les mythes en santé Avertissement*

 Vous pouvez lire La notion de santé selon la culture, document d’accompagnement de la conférence d’avril qui a pour thème la santé.

Ce texte en est extrait.

Il y a plusieurs mythes concernant la santé. Que ce soit individuelle ou sociale. Cela touche les politiques, les systèmes de santé, la prévention, les soins, les maladies infantiles et maternelles, les populations que la recherche. En fait, les mythes sont partout. Le livre Des idées reçues en santé mondiale, sous la direction de Valéry Ridde et Fatoumata Ouattara, aborde justement ces mythes sur la santé mondiale. J’y en ai ressorti quelques-un, question de vous permettre de comprendre l’aspect culturel de la santé.

Des idées reçcues en santé mondiale

Capture d’écran du livre (c) Myrianne Lemay 2018

Les mythes en santé no 1 : Les médecines traditionnelles ne valent rien

Oui, les médecines locales sont souvent mal perçues par la médecine occidentale. Les Occidentaux·les pensent qu’en instaurant leurs structures médicales aux endroits où la médecine traditionnelle est plus tôt encouragée seront bénéfiques aux communautés qui les utilisent. Pourquoi ces préjugés ? Parce qu’elles utilisent peu la modernité que la médecine occidentale préconise. Pourtant, selon Nicolas Vornax, l’auteur du chapitre, l’occidentalisation des soins aura un impact sur la relation praticien·ne/patient·e, car pour certain·e·s, la médecine occidentale est perçue comme plus efficace par rapport à la médecine locale. En gros, les praticien·ne·s occidentaux·les sont ceux·celles qui sont dans le droit chemin tandis que les professionnl·le·s plus traditionnel·le·s sont perçus comme des arnaqueur·euse·s.

(c) Pixabay Pixel

Pourtant, ce n’est pas forcément le cas. En Asie, par exemple, la médecine traditionnelle est complémentaire aux services biomédicaux. En effet, la présence d’une médecine plus locale est importante dans les pays moins à l’aise financièrement. Et elles savent tirer leur épingle du jeu. Même en Occident, les médecines alternatives ont aussi la côte auprès d’une population qui peut se le payer. Une étude canadienne sur le sujet, datant de 2006, a révélé que sur 2000 répondant·e·s, 70% avaient eu recours à une médecine alternative au cours de leur vie. La moitié d’entre eux·elles l’avaient fait dans l’année précédente à celle de l’étude.

Il semble aussi que les différentes médecines dites locales, complémentaires ou alternatives sont là pour rester malgré la pression du biomédical. La raison est simple. Ces médecines sont plus accessibles en raison des horaires disponibles, de la situation géographique ou pour des raisons financières. Évidemment, c’est selon le contexte culturel. Par contre, elle ne remplace pas complètement la médecine occidentale. Une opération à cœur ouvert restera toujours dans le domaine de la médecine conventionnelle. Par contre, lors d’une blessure musculaire ou osseuse, il est possible de trouver son compte. L’OMS reste ouverte aux différentes médecines alternatives, car elle suggère même une étroite collaboration entre les deux types de médecine. Ce qui n’est pas fou comme idée.

Les mythes en santé no 2 : Les Africain·ne·s ne sont pas assidu·e·s à la prise des médicaments

On le sait, une des maladies les plus répandues dans le monde est le VIH/Sida. En Afrique, actuellement, 26.3 millions de personnes en sont atteintes.  L’apparition des antirétroviraux en 1996 a permis des changements dans les traitements concernant cette maladie. Au point qu’aujourd’hui, il s’agit d’une normalité à l’échelle mondiale. À long terme, une possible guérison de la maladie. Par contre, ce traitement demande une surveillance élevée afin d’y parvenir. Ce qui fait qu’il y a eu de nombreux débats sur le sujet notamment avec l’organisme USAID et la Banque mondiale qui n’étaient pas favorables à ces traitements auprès des populations sans défense. Le point névralgique de ces discussions est que le soutien financier pour assurer l’accès aux traitements est un pur gaspillage ! Les organismes en santé locaux sont prétendument incapables d’administrer le traitement par manque de personnel ou par des infrastructures inefficaces. Le facteur culturel est aussi invoqué, notamment en raison de la gestion du temps. En fait, plusieurs études ont démenti ces préjugés et ont démontré qu’au contraire, les pays africains sont égaux ou même supérieurs aux pays occidentaux. En fait, les contraintes ne sont pas dues aux patient·e·s, mais plutôt aux manques de ressources financières ou de médicaments et aux conditions sociales (guerre) ou naturelles (inondations) des pays africains.

Les mythes en santé no 3 : Les accouchements à domicile sont le résultat de l’ignorance des femmes

En Afrique Subsaharienne, le taux de mortalité lié à la grossesse ou à l’accouchement est important. Pourtant, tout est en place pour les femmes puissent bénéficier d’un·e profesionnel·le de la santé. Par contre, les mères en devenir, autant celles en ville que celles à la campagne, n’y vont pas. Les préjugés qui courent à ce sujet parlent de l’aspect culturel ou éducationnel de la situation. Selon les Occidentaux, les mères préfèrent accoucher à la maison parce qu’elles ne connaissent pas le bonheur que procure un accouchement à l’hôpital… Bien que cela réduise les taux de mortalité maternelle, le fait d’accoucher à l’hôpital ne l’efface pas totalement. Cela a un impact sur la manière dont les soignant·e·s traitent leurs patientes. On constate d’ailleurs des reproches ou un ton infantilisant à leur égard.

Dans bien des cas, il existe une culturalisation des faits sociaux, dans ce cas-ci, le fait d’accoucher à la maison. En résumé, le personnel soignant voit le phénomène avec des préjugés et passe sous silence la réalité du terrain. Donc, la situation qui semble figée dans le passé, comme si les femmes ne voulaient pas de la modernité. Ou laisse croire que pour bien des femmes, la grossesse et l’accouchement sont un cycle de vie qui ne nécessite pas de suivi particulier et typiquement féminin. Les choses changent, car les femmes enceintes sont conscientes qu’elles doivent aller à un établissement de santé pour l’accouchement. Mais il existe des contraintes économiques, matérielles ou autres. En gros, les intervenant·e·s font une mauvaise lecture de la réalité sociale de leur pays.

Les mythes en santé no 4 : Favoriser les actions auprès des moins nantis réduit l’iniquité sociale

Selon Éric Breton, de l’École des hautes études en santé publique (EHESP), en occident, un discours est ancré dans les discours politiques et sociaux. Celui de favoriser les actions auprès d’une clientèle plus vulnérable que les autres. Pour Breton, les actions doivent être ciblée toute la population et non qu’une partie. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de frontières dans le domaine de la santé. Tout le monde est vulnérable à un moment ou l’autre. Donc, en ciblant une partie de la population, on discrimine les autres. Entre autres dans la répartition des ressources. Il va sans dire qu’il est injuste que quelqu’un ait plus ou moins accès aux mêmes ressources à cause de l’argent. En d’autres mots, il existe une hiérarchisation d’accès à la ressource en raison du fait qu’il y ait une catégorisation de gens selon le secteur d’emplois.

(c) Pixabay ptrabattoni

En effet, Breton mentionne quatre points qu’il juge critiques en matière d’intervention dans le domaine de la santé. Premièrement, en ciblant les plus vulnérables, on cerne que les symptômes. On ne voit donc pas entièrement la problématique, parce que les causes sont absentes. Deuxièmement, on risque de chambouler l’ordre social parce qu’on ne cible qu’une partie des plus faibles et non à sa totalité de la communauté. Troisièmement, les organismes aidant cette clientèle sont sujets aux flux économiques et politiques de leur société. En terminant, les programmes stigmatisent les gens en les catégorisant.

Pour ces raisons, l’ensemble de la population doit être ciblé dans les interventions liées à la santé.  Car en créant des programmes que pour une clientèle donnée, on ne règle pas le problème, on le déplace. Breton suggère les mesures universelles proportionnées. Ce qui a un impact sur l’ensemble de la population, mais selon un pourcentage précis selon le cas.

Les mythes en santé no 5: Si les traitements ne sont pas bien suivis par certain·e·s patient·e·s, c’est à cause de leur culture

 

En fait, pendant longtemps, la culture n’était pas prise en compte dans le domaine médical. Les choses sont tranquillement en train de changer, mais il y a encore du chemin à faire.  La culture est de moins en moins homogène en raison des rencontres culturelles de plus en plus fréquentes. Donc, nous sommes toujours en mouvance et en train de s’adapter. Dans le milieu hospitalier comme dans le reste de la société, c’est une réalité qui est en train de se structurer, non sans difficultés.

 

Lorsque l’on perçoit que l’autre est différent, on croit qu’il ne vient pas de notre culture. Une distance se crée entre l’intervenant·e et le·la patient·e. Ainsi, la proposition d’un traitement peut être écartée parce que le spécialiste le croit inconciliable avec la culture du·de la patient·e. Ce qui peut nuire à la relation entre les deux parties, c’est lorsque les patient·e·s s’éloignent du comportement habituel auquel l’intervenant·e s’attend. Le mieux, lorsque l’on travaille auprès de communautés culturelles minoritaires, s’est de s’adapter à elles. Que ce soit au niveau du langage ou de l’attitude positive. Cela aura des conséquences importantes sur le comportement des patient·e·s et de leur entourage, car ils se sentiront pris en considération. Il a été recommandé de réfléchir à ce que le philosophe Paul Ricœur préconise, soit de reconnaître le fait que l’on ne connaît pas quelque chose. L’auteure fait le lien avec ce qu’elle appelle l’humilité culturelle. Évidemment, les compétences interculturelles sont nombreuses. Et cela peut qu’être bénéfique à la relation intervenant·e/patient·e.

Les mythes en santé no 6 : L’Occident teste ses médicaments dangereux en Afrique

La recherche médicale en Afrique est contestée, car dans la tête de bien des gens, les entreprises pharmaceutiques profiteraient des plus vulnérables. Pourtant, ce n’est pas le cas. Comme ailleurs dans le monde, il y a bien des essais cliniques et elles sont très variées. Ces essais sont divisés en quatre phases bien différentes et qui impliquent des divers risques pour les participant·e·s. Les phases 2 et 3 sont en Afrique et autres pays émergents depuis plus ou moins trente ans. Cela se fait souvent dans le cadre de partenariat privé/public. Ce type de partenariat permet aux pays émergents de profiter de médicaments à bas prix. De plus, ceux testés dans ces pays ont déjà été autorisés à la vente ailleurs dans le monde. Ce qui représente très peu de risques pour les participant·e·s. Au contraire, cela permet une accessibilité médicale efficace à peu de frais.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de recherches controversées. Car il en existe. Ce qui diffère du premier cas, c’est que les organisations comme l’Organisation mondiale de la santé et Unicef sont d’importants partenaires dans le domaine de la santé. Par contre, les pays ne sont souvent pas en mesure de négocier quoi que ce soit au sujet des recherches médicales. Ces dernières sont en quelque sorte imposées aux pays participants. Mais d’autres organismes, comme Médecins sans frontières, militent vigoureusement pour le droit à l’accès aux médicaments pour les plus pauvres. C’est ce qui peut faire penser que l’Afrique est une victime. Mais ce n’est pas le cas. En fait, des études anthropologiques démontrent que les médecins africains tirent avantage de la situation pour stimuler les développements en santé.

En fait, les recherches médicales permettent de pallier les erreurs présentes dans le système de santé, comme l’accessibilité des traitements et aux soins de qualité, de payer les employé·e·s et ainsi éviter la fuite des cerveaux africains dans les pays occidentaux. Mais cela fait en sorte que les frontières peuvent être de vraies passoires entre la recherche et les soins, ce qui peut soulever des questions en ce qui a trait aux limites des recherches en Afrique.

En conclusion

Bien sûr, il y a une multitude de mythes et de fausses idées qui règnent au sujet de la santé. Ici, ce n’était qu’un survol. À la lecture du livre susmentionné, il est possible de mieux comprendre les conséquences économiques, culturelles et sociales liées à la santé. Vous pouvez trouver le livre en libre accès sur le site Équité santé

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