Les multiples facteurs déclencheurs de la radicalisation

En mai dernier, j’ai participé au Colloque Les racines religieuses de la radicalisation : fait ou fiction ? organisé par le Centre de rechercher Société, Droit et Religion de l’Université de Sherbrooke (SoDRUS) au Campus de Longueuil de l’Université de Sherbrooke. J’avais bien aimé ces trois jours où l’on démystifiait la radicalisation via différentes religions. J’en avais brièvement parlé ici à ce moment.

Cet événement était articulé autour de trois grands axes :

  • Un premier axe plus théorique où le phénomène de radicalisation a été abordé à travers différentes perspectives disciplinaires ;
  • Un second a été consacré à circonscrire plus spécifiquement le lien entre la religion et la radicalisation, et ce, à partir du point de vue de différentes traditions religieuses (christianisme, islam, judaïsme, bouddhisme, hindouisme) ;
  • Un troisième où il a été question des réponses pouvant être apportées à la radicalisation, notamment sur les plans politique, social, juridique et judiciaire.

Mais voici que deux mois plus tard, faute de temps, je me suis mise à réécouter les conférences du premier panel qui portait sur les éléments déclencheurs qui mènent à la radicalisation.

Les quatre panélistes venaient de différents horizons. Il y avait M. David Morin, de l’Université de Sherbrooke (politique), M. Gérald Bronner de l’Université Paris-Diderot, sociologue et pour le volet psychologique, M. Louis Brunet et Mme Ghayda Hassan tous les deux de l’UQAM. Étant absente, Mme Hassan a été remplacé par M. Jérôme Champagne, professeur au Cégep de Maisonneuve.

Ce qui ressort, selon moi, c’est le fait que la religion n’est pas le problème en tant que tel de la radicalisation. Mais elle fait partie de l’équation. Il convient que dans chaque religion/spiritualité, il y a des gens qui se radicalisent, et ce, pour différentes raisons. Elle n’est qu’un facteur parmi tant d’autres, donc ne prouve en rien qu’une religion est plus violente qu’une autre. Ceux qui se radicalisent le font pour une cause (politique, environnemental, religion ou autre), souvent plus grande qu’eux, et parce qu’ils jugent avoir raison de le faire. Par contre, il est question, entre autres, de quête identitaire, de perte de repères et de malaise avec la société dans laquelle ces personnes vivent. Ceux qui se radicalisent le font, entre autres raisons, pour se faire voir, avoir un contrôle sur leur vie et qu’ils cherchent quelque chose d’immédiat. Autres facteurs influençant la radicalisation : les médias et la méconnaissance de certains sujets. En effet, les médias ayant tendance à véhiculer des préjuger, cela a un impact autant sur ceux qui se radicalisent que sur ceux qui ne le font pas. Il faut comprendre que beaucoup doivent se justifier de faire tel choix parce que les médias décrivent une situation x de façon erronée. Les gens écoutant les nouvelles prennent ce que les médias disent souvent pour une réalité figée, alors qu’une histoire a toujours deux côtés. Aussi, la méconnaissance de sa propre religion ou de la situation historique de l’environnement dans lequel on vit influence grandement le processus de radicalisation. Selon l’étude de Sherpas, Le défi du vivre ensemble : Les déterminants individuels et sociaux du soutien à la radicalisation violente des collégiens et collégiennes au Québec dont M. Champagne parle, les jeunes, en particulier, manquent de connaissances dans ces sujets. Il est donc important de mettre l’accent sur ces apprentissages. Car, toujours selon l’étude, une personne dont le niveau de religiosité est élevé, à moins de chance de se radicaliser. Un facteur important est aussi la santé mentale. Quelqu’un de dépressif ou d’anxieux peut être sujet à la radicalisation si cela est combiné à d’autres facteurs.

En matière de recherche, très peu de données existent, malgré le fait que la radicalisation est un phénomène qui a toujours existé. Il est souvent trop tard lorsque l’on comprend qu’une personne s’est radicalisée, car, statistiquement parlant, il s’agit d’un phénomène rare. Par contre, on constate que certains endroits dans le monde sont plus propices à être des pépinières à terroristes. Comme suggéré par M. Bronner, il est donc pertinent de mettre les données de recherches en commun. Il est aussi important de faire des entrevues avec des gens ayant été radicalisées pour comprendre le cheminement possible de la radicalisation, car ces informations sont relativement manquantes et que cela a un impact sur la prévention.

Au niveau de la prévention, cela doit se jouer dès le secondaire. En effet, selon l’étude réalisé par Sherpas, on constate que l’âge moyen de la radicalisation pour les femmes se trouve autour de 16 ans, soit à la fin du secondaire, et pour les hommes, il se situe autour de 21 ans, donc souvent après son passage au Collégial. Il est donc important de commencer tôt afin d’éviter le problème. L’idéale est d’intervenir dans les lieux où les jeunes sont.

Au niveau de l’intervention, plusieurs suggestions ont été faites. En fait, dans l’idéal, l’intervenant, qui doit faire partie d’une équipe multidisciplinaire, doit s’adapter à son sujet. Les jeunes veulent parler de ce qu’ils vivent et cela implique la religion. M. Morin semble dire d’éviter d’en parler. En effet, avec une certaine clientèle, au lieu de parler de religion, on peut parler de ce qui nous avons de similaire avec l’autre : comme les valeurs, la politique, la citoyenneté, etc. Ce qui est important, c’est de favoriser la rencontre avec l’autre, d’échanger et de discuter, afin de stimuler le sentiment d’appartenance à la société dans laquelle l’on vit et sa culture d’origine, si le cas s’applique.

Voici un profil de la radicalisation ressortie des conférences liés à ce panel:

  • Les hommes et les jeunes (2 sexes confondus) de moins de 25 ans sont les plus à risque ;
  • Les Québécois et la 2e génération d’immigrants soutiennent plus que la 1re génération ;
  • Les facteurs clés sont la dépression et l’anxiété.
    • 44% des répondants souffrent d’une détresse émotionnelle allant de minime à élevé, surtout chez les femmes et les jeunes de 16-18 ans.
  • L’âge moyen est variable selon l’âge :
    • Pour les hommes, c’est autour de 21 ans
    • Pour les femmes, c’est autour de 16 ans.

Il existe pourtant un processus psychologique qui favorise l’attirance vers la violence terrorisme comme solution radicale.

  • Le déplacement de l’investissement du sur moi, donc des interdits vers quelque chose de grandiose ;
  • La désobjectivation et la désidentification ;
  • Le renversement d’une désorganisation narcissique du sur moi.

Pour voir les vidéos en question ici, vous pouvez consulté la page Facebook de la SoDURS.

Si vous êtes intéressé par le sujet, il y a aussi le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence. On y retrouve beaucoup d’informations.

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