Publié dans Diversité, Identité, immigration, Réflexion

Les Maghrébins, histoire de leurs migrations au Québec

Montréal, ville multiculturelle

Selon un article du Journal de Montréal, les musulmans qui viennent s’établir au Québec proviennent en très grande majorité de l’Afrique à 63,37 %. Vient par la suite l’Asie (32,11%), l’Europe (3.52%), d’Amérique (1%) et l’Océanie (0,78%).  Dans le cadre de cet essai, il sera principalement question des Maghrébins, car non seulement ils font partie du groupe majoritaire dans le phénomène du flux migratoire lié aux musulmans au Québec, mais parce que je côtoie cette communauté depuis plusieurs années.

Qui sont les Maghrébins ?

En résumé, ils sont à la fois Africains, Arabes et majoritairement musulmans, plus rarement juifs ou chrétiens. Ils sont à un carrefour identitaire et culturel qui couvre la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Libye. Le colonialisme français à laisser des traces lors de son passage dans ces pays. Exception faite de la Libye, qui a été colonisée par l’Italie durant plus ou moins trente ans, mais qui a marqué le pays à sa manière. Ce qui en fait un peuple riche d’une culture qui les unit et qui les différencie tous. Mais lorsque l’on parle de Maghrébins, on parle surtout du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie, car leur présence se fait sentir davantage que la Mauritanie ou la Libye. En 2016, on estimait à 1000 le nombre de Mauritaniens présents dans l’ensemble du Canada. Selon le recensement de 2016, le nombre de Libyens au Canada tournerait autour de 3750. Alors que dire du nombre d’entre eux qui vivent à Montréal !

Pourquoi quitter son pays ?

En fait, il existe plusieurs facteurs qui poussent les gens à migrer d’un pays à un autre. Dans l’Atlas des migrations, un équilibre mondial à inventer, Catherine Wihol de Wenden évoque principalement des raisons d’inégalités économiques, sociales, culturelles, alimentaires, etc. ou bien de crises politiques, démographiques ou environnementales. Évidemment, cela provoque plusieurs problématiques autant dans la société d’origine (l’exode des cerveaux) que dans la société d’accueil (chômage élevé).

La réalité du monde Arabe

Une région du globe la plus affectée est celle du monde arabe. Il s’agit de l’une parmi tant d’autres. La révolution de 2010/2011 a fait beaucoup de migrants dans de nombreux pays du monde arabe. Deux raisons permettent d’expliquer cette révolution : la croissance de la démographie et le taux de chômage élevé. Mais plusieurs autres événements, comme la guerre civile en Algérie à la fin du 20e siècle, ont un impact direct sur l’immigration du monde arabe. Mais le Maghreb est aussi une terre de transit pour d’autres migrants venant d’Afrique subsaharienne. Les voies empruntées varient selon la destination. Mais il est aussi vrai que le Maghreb est l’un des pôles d’attraction migratoire. Les Africains y vont pour fuir, les Chinois pour y investir.

La réalité du Proche-Orient

Le Proche-Orient, autre partie du monde arabe gravement atteinte de conflits qui perdurent dans le temps. On pense notamment à la Syrie et à la Palestine. Ces deux pays ont un nombre important d’expatriés. Selon Wihol de Wenden, la Palestine en a 5 millions depuis 1948 et la Syrie 4 millions depuis 2011. Ces gens se trouvent dans les pays voisins ou ailleurs dans le monde. Les conflits armés sont diversifiés et ils incluent les aspects ethnoculturels, religieux ou identitaires. Pour ces raisons, des minorités sont victimes de conflits qu’ils n’ont pas cherchés, et ce, à cause de leurs différences.

Pourquoi choisir le Québec ?

Toujours selon Wihol de Wenden, au Canada, 25% des Canadiens sont nés à l’étranger. Pourquoi ? Parce que, depuis 1967 la politique migratoire a changé. Il n’y a plus de favoritisme et les portes sont ouvertes à tous. Ce qui a une influence sur les différents flux migratoires. Par exemple, en 2011, 63% de l’immigration concerne le regroupement familial suivi de loin par l’immigration économique à 25%. Loin derrière, les réfugiés sont estimés à 12% de l’immigration vers le Canada. Le Canada, comme le Québec, choisissent les immigrants en fonction de points. Par contre, la ressemblance s’arrête là. En effet, le Québec, qui a sa propre loi de l’immigration depuis 1971, encourage davantage le fait de parler français et la qualification que le reste du Canada qui avantage le capital humain. Donc, toutes personnes parlant français sont favorisées au Québec, ce qui explique la présence de Maghrébins au Québec.

La présence de Maghrébins au Québec

Ces derniers sont dans la Belle Province depuis plusieurs décennies. Il est possible de remonter jusque dans les années 1970 pour trouver des traces de cette immigration. À cette époque, il s’agissait surtout d’étudiants. Surtout ceux qui venaient pour faire des maîtrises ou des doctorats ! Du moins, c’était l’objectif initial. Car bon nombre d’entre eux se sont mariés ou trouvé un emploi. Et beaucoup devaient aussi rembourser des dettes étudiantes. Mais ce ne sont pas les seuls. Rachida Azdouz mentionne dans son texte Les québécois d’origine maghrébine publié dans Histoires d’immigrations au Québec, qu’il y a des électrons libres qui sont venus s’établir ici. Ces électrons, expressions aussi utilisées par Bouchra Manaï, sont des artistes, des jeunes couples, des gens qualifiés en quête de liberté et d’opportunité que l’Europe ne peut leur offrir.

L’arrivée de masse des maghrébins au Québec

Par contre, dès les années 1990, plusieurs vagues massives d’immigrations ont lieu à partir du Maghreb. Actuellement le troisième bassin de recrutement en matière d’immigration, le Maghreb a permis en premier lieu des immigrants de l’Algérie. Pour cause de guerre civile. Le Maroc et la Tunisie ont, eux aussi, envoyé de leurs compatriotes pour diverses raisons. Depuis 1996, le Québec a fait le choix de séduire les Maghrébins à cause de leurs qualités : ils sont jeunes, scolarisés et parlent français ! Et cela a tellement fonctionné qu’une fois au Québec, plusieurs points négatifs se font remarquer : chômage, précarité, socialisation défaillante, etc.

Montréal et les Maghrébins, une histoire d’amour

Comme mentionné au début d’article, 90% des quelques 300 000 musulmans, toutes origines confondues, habitent Montréal. Pour le Maghreb, en 2011, Statistiques Canada estimait à 90 630 maghrébins dans l’agglomération montréalaise. Sur l’Île, on trouve des maghrébins cinq arrondissements : Ahuntsic-Cartierville, Côté-des-Neiges/Notre-Dame-de-Grâce, Ville St Laurent, Saint Léonard et Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension.

Le Petit Maghreb

D’ailleurs dans cet arrondissement, il y a un secteur appelé Petit Maghreb. Cet endroit se situe principalement sur la rue Jean Talon, entre le boulevard Saint-Michel et le boulevard Pie IX, mais déborde sur la rue Bélanger. On y trouve différents commerces : restaurants, boutiques de vêtements, boucheries, cafés, etc. L’arabe y est entendu comme tous les dialectes maghrébins. Pour Bouchra Manaï, ce secteur, qui s’est construit grâce aux histoires des immigrants, fait partie intégrante de l’histoire, urbaine et sociale, de Montréal. Les Maghrébins agissent de façon identique aux immigrants les ayant précédés : ils se regroupent afin de marquer leur territoire, leur identité.

La construction du Petit Maghreb

En effet, l’arrivée des Maghrébins à Montréal s’est fait par étapes. Il y a eu celle déjà mentionné des électrons libres, qui correspond à l’arrivée des premiers immigrants. Ces électrons s’installèrent partout dans la ville, car il n’y avait pas encore d’endroit à eux. À ce moment l’identité maghrébine n’est pas encore défini. Ce sont les précurseurs qui ont fait en sorte que le Petit Maghreb se construit graduellement, un commerce à la fois. Comme les maghrébins ne trouvent pas d’emplois dans leurs domaines d’étude, ils se reconvertissent dans le commerce. Le Petit Maghreb explose entre 1998 et 2004, à l’époque des pionniers, époque où l’économie se développe à grand V. Les montréalais découvre aussi un endroit où il est possible d’acheter des produits exotiques. À partir de 2005, l’époque des développeurs du Petit Maghreb débute. C’est à partir de ce moment que ce dernier marque son territoire grâce à la socialisation. La dernière étape est la stabilité. Depuis 2011, le quartier est là pour rester. Mais le secteur garde une saveur très touristique, car il permet de voyager à petit prix.

La construction de l’identité et le Petit Maghreb

L’avantage d’un secteur comme le Petit Maghreb concerne la sociabilité. Les plus jeunes peuvent s’y développer une identité nouvelle au contact des anciens. Quant à ces derniers, il utilise le secteur pour le quotidien, comme les achats de pains et autres. Par contre, dans beaucoup de cas, les hommes se rencontrent dans les cafés, les femmes à la maison. Comme au bled. Mais les choses changent graduellement.

Bref, les maghrébins aiment bien vivre à Montréal, mais il y en a quand même qui vivent ailleurs. Êtes-vous capable de me dire où ils vivent ???

Références

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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