Publié dans Diversité, expérience personnelle, Identité, Islam, Réflexion

Les religions ? La conversion religieuse ? Mais qu’est-ce que c’est que tout ça?

On entend parler beaucoup de laïcité et de religions au Québec. Les conversions sont aussi un drôle de phénomène qui semble susciter la haine ou la fascination des gens.  C’est comme ça depuis longtemps, mais les dernières années davantage. Avec ce texte, je vais tenté de démystifier la religion. Si vous voulez en savoir plus, consultez le document sur Les conversions religieuses survol du phénomène. Il s’agit du thème que j’ai abordé en janvier dernier dans la première conférence.

Qu’est-ce que les religions ?

L’origine du mot n’est pas définie en tant que telle. Par contre, on sait qu’en français, le mot est d’origine latine et provient de deux verbes : ligare (lier) et religare (relier). Grâce à ces verbes, on peut donc composer le mot religio. Il est donc aussi possible de définir la religion comme étant une liaison entre un croyant et une divinité. Selon le Larousse, trois définitions sont possibles. On pourrait résumer les différents emplois de ce mot comme suit : une adhésion à une doctrine religieuse déterminant les croyances, dogmes, pratiques et rites de l’homme par rapport à ce qu’il considère comme sacré.
Pour Angelo Brelich, historien des religions et anthropologue hongrois, le concept de la religion passe par un certain contrôle d’une réalité abstraite où les capacités de l’être humain sont inutiles. On peut donc en conclure que pour Brelich, la croyance est une manière pour l’homme d’avoir un pouvoir sur ce qui ne peut contrôler. Pour Clifford Geertz, anthropologue américain, la religion est perçue comme un symbole permettant l’expression tangible de ce qui ne l’est pas. Cela permet d’expliquer, en quelque sorte, l’inexplicable et donne un sens à ce qui semble ne pas en avoir. Toujours selon Geertz, la religion permet de voir le monde autrement, soit en le régularisant et en le configurant de manière à ce que notre morale ait une concordance avec notre vécu.

Quelles sont les religions les plus importante dans le monde ?

Cartographie des religions (c) Wikipédia

Selon Wikipédia, les 5 religions suivantes sont les plus importantes dans le monde, ici placées en ordre alphabétique et non par importance.

  • Animisme ;

Il s’agit d’une croyance selon laquelle les êtres vivants ou les objets sont animés par un esprit ayant une force importante. Ces esprits peuvent être des défunts ou des manifestations animales.

  • Bouddhisme ;

Selon les points de vue, il peut s’agir d’une religion, d’une philosophie ou un mélange des deux. Ses origines sont indiennes et sa naissance est dû à l’éveil et aux enseignements de Siddhartha Gautama 500 ans avant notre ère.

  • Christianisme ;

Deuxième religion abrahamique de trois, juste après le judaïsme et avant l’islam, le Christianisme est basé sur l’enseignement et la vie de Jésus que l’on croit comme étant le Messie annoncé dans les textes sacrés de l’Ancien Testament. La croyance en sa résurrection est importante et est au cœur des pratiques chrétiennes, car elle est le synonyme de la libération du mal. Il existe trois branches chrétiennes : le catholicisme (51%), le christianisme orthodoxe (11%) et le protestantisme (38%).

  • Hindouisme ;

L’une des religions les plus anciennes dans le monde. Elle n’a ni fondateur ni lieux de culte et est pratiquée actuellement dans 85 pays, mais elle demeure principalement dans le secteur de l’Inde, pays l’ayant vu naître. Les hindous croient en l’autorité de Veda qui est apparu aux Rishi par l’intermédiaire de Brahma selon un aspect non humain. L’hindouisme est basé sur des concepts philosophiques de traditions orales indiennes, proche de l’animisme. L’hindouisme préenvahissement islamique et colonial avait un poids énorme en matière de savoir.

  • Islam

L’Islam est la dernière religion abrahamique basée sur le monothéisme. L’Islam signifie être soumis à Dieu et est de la même racine que le mot paix (salam). Le Coran est le livre sacré et a été révélé à Mohammed par Allah grâce à l’intermédiaire de l’archange Gabriel.

Par contre, selon le site The Big Religion Facts, le nombre de religions et de croyances dans le monde est estimé à plus d’une quarantaine. Il y a évidemment des sectes dans la liste, mais il en manque beaucoup. Dans les religions susmentionnées, plusieurs ont des mouvements qui en découlent pour diverses raisons. Ces mouvements peuvent être perçus comme des sectes ou ne pas l’être. Selon Gilbert Klein, auteur de Les sectes et l’ordre public, cela dépend si le comportement sectaire porte atteinte aux droits de l’être humain et à son équilibre social. Par contre, l’utilisation du terme « mouvement religieux » influence les sectes à être plus dangereuses déforment la réalité en se donnant une image positive de leur groupe.

Étymologie de la conversion

Comme beaucoup de mots français, le mot conversion vient du latin. Le mot latin est similaire, soit conversio, mot inspiré du grec épistrophé. La signification de ce mot ? Il peut en avoir plusieurs, mais on s’entend majoritairement pour dire qu’il y en a trois. Tout d’abord, c’est un retour sur ses pas. On peut aussi l’utiliser comme un changement d’attitude, surtout liée à une vision positive de valeurs millénaires. En dernier lieu, on peut désigner la conversion comme étant un choix entre deux systèmes de pensées. Il faut donc comprendre qu’à la base, une conversion consiste à un choix délibéré vers des valeurs positives qui perdurent dans le temps.

Selon différents dictionnaires, la conversion peut se traduire par une action menant à une adhésion ou à l’adoption de nouvelles croyances, idées ou pratiques qui s’opère par un changement d’opinion ou un retour vers une morale que l’on souhaite observer. Si l’on se fie au dictionnaire Littré, publié à la fin du 19e siècle, il s’agit de l’ « action de tirer les âmes hors d’une religion qu’on croit fausse pour les faire entrer dans une religion qu’on croit vraie. » C’est dit crûment, mais c’est tout de même vrai. Cela peut être, toujours selon Littré, un retour aux pratiques de religieuse qu’on négligeait.

Conclusion étymologique

Si l’on analyse le tout, on peut conclure qu’il y a deux types de conversion religieuse. La première est le fait de quitter une religion que l’on juge fausse vers une religion que l’on croit véridique. La deuxième est le fait de revenir sur les enseignements religieux que l’on a reçus enfant. Dans un cas comme dans l’autre, cela a un impact sur nos idées, opinions, pratiques et comportements.

Par contre, certaines personnes n’aiment pas utiliser le terme converti. C’est le cas d’Éva de Vitray Meyerovitch, convertie à l’islam en 1950. Certains parlent de transition, de transformation, voire de réorientation ou même de réforme. Plusieurs manières de nommer la conversion, mais qui restent toujours dans le domaine du personnel ou du spirituel.

La conversion religieuse, ça toujours existé ?

Oui, ça a toujours existé, et ce, partout dans le monde. Ici, le phénomène est relativement nouveau et associé à l’immigration. De nombreux projets de Maîtrise et de Doctorat portent d’ailleurs sur le sujet.  C’est le cas de Juliette Galonier, qui a fait sa thèse de doctorat sur les conversions à l’Islam en France et aux États-Unis. Selon elle, la fascination pour les conversions remonte au 16e siècle. D’après ses recherches, entre 1500 et 1750, des centaines de milliers d’Européens se sont convertis à l’Islam. Pour l’Église chrétienne, ils étaient des renégats, car ils avaient renié leur foi. Il faut dire qu’à cette époque l’Empire ottoman était beaucoup plus puissant que l’Europe et que cela a un impact sur les conversions. Il existe aussi plusieurs types de conversions : par amour, par conviction, par affaire ou en raison de la force.

Processus de conversion

On peut aussi prendre l’exemple de Géraldine Mossière, anthropologue et professeure adjointe à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, qui, dans son livre Converties à l’islam. Parcours de femmes au Québec et en France, parle du processus de conversion des femmes vers l’Islam. Selon ses recherches, le processus de conversion s’étale sur 9 étapes qui peuvent s’étirer dans le temps et selon ou non un ordre précis. Cela dépend de chaque personne et de son évolution dans le processus.

Les 9 étapes de conversion

  1. « Rencontre avec une personne-clé ou un agent de conversation musulman de naissance, pratiquant ou non
  2. Cheminement personnel et de recherche d’information sur l’islam à l’aide d’outil Internet, la lecture du Coran et apparition progressive de la conviction de l’existence de Dieu et de la véracité de l’Islam.
  3. Craintes et hésitation devant les changements éventuellement induits par la conversion dans le quotidien, dans les relations sociales et dans la vie personnelle, recul temporaire.
  4. Création de nouveaux liens sociaux avec des musulmans pratiquants, de naissance ou converti
  5. Adoption progressive de pratiques de valeurs musulmanes
  6. Décision d’entrer dans l’Islam et profession de foi prononcées dans des circonstances inattendues
  7. Socialisation dans l’islam via un apprentissage intensif de corpus de croyances et de pratiques, construction d’une appartenance à la communauté musulmane via un mode de sociabilité plus ou moins exclusif avec des sœurs musulmanes, changement graduel du comportements et incorporation de pratiques sociales, rituelles, vestimentaires et alimentaires
  8. Annonce plus ou moins explicite de la conversion dans le cercle non musulman
  9. Gestion éventuelle des conflits et négociation identitaire avec l’environnement d’origine et l’adoption, le cas échéant, du port du voile.[1] »

Nouveautés

On peut donc en conclure que pour la personne qui se convertit à une nouvelle religion, le processus implique donc plusieurs nouveautés : le langage, les idées, le discours, le comportement, etc. Pour beaucoup de gens, la religion est une source de force et de certitude. Elle leur procure un sentiment d’appartenance, de l’espoir et une conviction plus forte. Elle est aussi source d’implication sociale et de régénération personnelle.

Contexte

Mais dans un autre document, La conversion religieuse : approches épistémologiques et polysémie d’un concept, Mossière explique que « chacune des religions et spiritualités évoquées est singulière et s’inscrit dans le contexte social, historique, géographique et démographique dont elle est le produit.[2] » Dans les exemples cités dans ce document, on peut constater que l’aspect religieux et l’aspect socioculturel peuvent être, dans certains cas, intimement liés l’un à l’autre, mais ce n’est pas le cas des religions dites universelles. Ces dernières focalisent davantage sur les rites religieux que sur les rites culturels. Par contre, il y a une nuance à apporter.

Type de conversion ?

C’est ce que proposent Kirby et Blanky en différenciant la conversion culturelle et la conversion religieuse. En Afrique, les conversions religieuses ne changent rien à l’identité culturelle des gens. Par contre, dans ailleurs dans le monde, ce n’est pas forcément le cas. Krammer donnait, en 1990, l’exemple de la Birmanie ou de la Thaïlande. Par exemple, chez les Akha, la culture et le religieux ne font qu’un. Tant et aussi longtemps que le groupe est socialement solidaire, les conversions n’auront pas lieu. Par contre, l’inverse est aussi vrai.

Références des citations

[1] Mossière Géraldine (2013) Converties à l’islam. Parcours de femmes au Québec et en France, Presses de l’Université de Montréal, p. 74

[2]  Mossière, Géraldine (2007) La conversion religieuse : approches épistémologiques et polysémie d’un concept, Université de Montréal, p. 4A

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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