Publié dans Identité, Lectures

L’émancipation par la lecture, oui c’est possible

Aujourd’hui, je vous partage un livre sur l’émancipation par la lecture. Il s’agit d’une thèse de Vivane Albenca, S’émanciper par la lecture. Genre, classe et usages sociaux des livre, parue aux Presse Universitaire de Rennes en 2017 dans la collection Liens sociaux. J’avais écrit ce texte pour un site Français, Liens Socio, mais il n’a pas été retenu. Ce que je retiens de cette expérience ? La manière de rendre un compte-rendue différent d’une culture à l’autre… En France, l’exercice est plus rigoureux qu’au Québec… Ici, c’est beaucoup plus simple de faire un compte rendue. En plus, il fallait calculer en caractères avec espace, alors que je suis habituée à calculer aux mots. Je me sentais un peu brimer dans l’exercice, car je ne pouvais pas tout dire dans le texte. C’est d’ailleurs une raison pour laquelle le texte n’a pas été retenu. par contre, j’ai appris beaucoup sur l’émancipation par la lecture.

Livre S'émanciper par la lecture, Genre, classe et usages sociaux des livres
Livre S’émanciper par la lecture, Genre, classe et usages sociaux des livres (c) Myrianne Lemay

Mais, honnêtement, je suis contente d’avoir fait l’expérience et c’est vous qui en bénéficiez. Espèces de chanceux•ses. 😝 Vous verrez, le style n’est pas comme à l’habitude. Je n’ai rien changé ou presque au texte, car je n’en voyais pas l’intérêt de le faire. Donc, voici le texte en question. Il est un peu long, mais je crois qu’il vaut la peine d’être lu.

Texte intégral sur l’émancipation par la lecture

La lecture est « une conversation silencieuse et feutrée entre le lecteur ou la lectrice et son livre. » C’est ce que mentionne Christine Détrez, professeure de sociologie à l’ENS de Lyon, dès la préface. La thèse de Viviane Albenca réalisée au courant de la dernière décennie et publiée en 2009 nous le confirme. Mais la lecture est beaucoup plus qu’une simple discussion. Elle est aussi le lieu d’émancipation sociale, de genre, de classe et d’identité. L’auteure se base sur des observations et des entretiens avec des lecteur·trice·s. Elle en fait un parallèle avec Pierre Bourdieu avec une sélection de livres anglo-saxons (Toril Moi, Leslie McCail, Beverley Skeggs et Lisa Adkins) centrée sur le genre et les Cultural Studies.

Bourdieu et l’émancipation par la lecture

Dans Appropriating Bourdieu : Feminist Theory and Pierre Bourdieu’s Sociology of Culture (1991) Toril Moi explique que le genre et la classe sociale ont la même importance comme capitale dans la vie des femmes. Skeggs va dans la même veine avec son texte Feminism after Bourdieu où elle aborde le capital culturel. Ces auteures sont à la base de livre d’Albenca. L’observation a duré un peu plus de deux ans dans trois cercles de lectures lyonnais. Le but de cette enquête était de comprendre les effets du genre et de la classe sociale sur la pratique de lecture. Quarante-deux personnes, hommes et femmes confondus, ont participé à l’étude qui concernait, de prime abord, les grand·e·s lecteur·trice·s. Les deux tiers des quarante-deux entrevues réalisées sont féminins.

Phénomène de l’émancipation par la lecture

Phénomène que l’on voir aussi dans les cercles. En effet, un changement s’est fait en 1989 en faveur des femmes en matière de pratique littéraire. Une association est à faire entre le parcours de vie et les choix de lecture, comme le propose Janice A. Radway. Lire est une évasion et une contestation de l’ordre social. Bourdieu mentionne que « le consommateur contribue à produire le produit qu’il consomme au prix d’un travail de repérage et de déchiffrement qui, dans le cas de l’œuvre d’art, peut constituer le tout de la consommation et des satisfactions qu’elle procure. »

Comme mentionner plutôt, Albenca fait un parallèle entre les concepts de Bourdieu et les trajectoires sociales que la lecture engendre comme émancipation socio-économique et de genre. Selon Bereni, dans l’Introduction aux études sur le genre (2012), il existe quatre concepts. Il s’agit de considérer le genre comme une construction sociale et un processus relationnel qui engendre un rapport de pouvoir pouvant être varié.

Positionnement

Pour les répondants, un jeu de positionnement en matière de lecture se fait au niveau de la culture ou de l’identité. Pour Mauger, Poliak et Pudal, il s’agit d’une lecture de salut ayant pour but de bien faire et de mieux-être. Une dimension éthique est aussi liée à la reconstruction identitaire et culturelle. Combinées à la classe sociale, les trajectoires de mobilité sont diversifiées, ce qui fait bouger les frontières et les gens s’y trouvant. Cela varie en fonction du capital scolaire et du positionnement social. Dans la classe moyenne, les femmes sont très présentes. Ce qui se reflète dans les cercles de lectures observés par Albenca.

Les cercles littéraires

Les cercles observés fonctionnent différemment les uns des autres. Le but étant la socialisation des membres. Albenca a participé aux cercles avec une bonne volonté culturelle et joue parfois un rôle. Elle feuilletait les livres suggérés par les participants pour les analyser et prouver sa participation aux cercles. Mais less choix littéraires ne correspondent pas aux siens. Les compétences culturelles ont un impact sur les lecteurs. On parle de choix de lectures ou de capacités à lire en groupe. Albenca parle d’un classement sociologique lié à la reconnaissance d’autrui. Les gens la sollicitaient afin de légitimer leurs places dans le cercle. Être doctorante peut être un signe de bonne volonté scolaire et culturelle, mais peut aussi nuire. Ses perceptions pouvaient être perçues négativement par les participants, notamment les femmes, qui se jugeaient déjà défavorablement. Malgré tout, la participation aux cercles littéraires a pour but de favoriser deux rencontres : une avec les livres, l’autre avec les gens.

Socialisation familiale

Les trajectoires littéraires sont liées à la mémoire et la famille. Beaucoup de grand·e·s lecteur·trice·s ont un cahier de lectures où ils notent leurs réflexions. Cela permet la connaissance de soi pour bon nombre d’entre eux. Il ne faut pas oublier que la lecture est une deuxième peau et un privilège : celui de s’occuper de soi, mais le·la lecteur·trice équilibre sa vie grâce à la pratique de sports ou de loisirs culturels. De plus, la socialisation primaire a son importance, car la famille et l’école stimulent le désir de lire. La famille a un impact sur ce qui distingue un lecteur d’un autre. Par exemple, il y a une distinction sexuelle liée à la lecture causant une double contrainte pour la femme : prendre soin d’elle sans oublier sa famille. Malgré tout, le goût de la lecture vient de la mère. La socialisation littéraire passe par trois principaux facteurs familiaux soit la présence de livres et d’un·e lecteur·trice à la maison et les interdictions littéraires. L’élément crucial est la présence d’un·e lecteur·trice dans la famille.

Socialisation scolaire

L’école est importante dans la socialisation littéraire. Les lectures d’enfance font une distinction de genre, sauf pour l’héroïne féminine des romans d’aventures qui attirent tou·te·s les lecteur·trice·s. Par contre, les lectures obligatoires ont mauvaise presse. Principalement dans la liberté de choix et l’appropriation de la lecture qui causent des sentiments négatifs. L’idée est que le·la lecteur·trice soit un individu libre de choix, acteur de sa propre vie et indépendant de la famille et des institutions scolaires. Les lectures scolaires forment de bons souvenirs et ouvrent l’esprit, malgré le côté classique de l’apprentissage. Cela a un impact sur la trajectoire sociale individuelle.

Parcours de genre

Ces parcours sont différents selon le genre. Les femmes ont un parcours discontinu en raison de la maternité et du travail. Dans les premières années de vie des enfants, la mère se consacre à eux. Lorsqu’ils vieillissent, la lecture reprend sa place dans la vie des femmes, car elles se permettent un moment personnel. Les hommes sont plus axés sur la vie professionnelle. Mais il y a des similitudes entre les deux sexes : les événements marquants de la vie ont un impact sur les choix. Ce qui prouve que la socialisation primaire a des effets sur l’identité du lecteur et sa réaffiliation sociale. Jean-Claude Pompougnac parlait, en 2000, d’un schème discursif qui provoque des découvertes en raison de la bonne volonté culturelle des lecteurs.

Légitimité culturelle de l’émancipation par la lecture

Bourdieu parle de légitimité culturelle, car le genre permet une appropriation personnelle des lectures. Ce rapport à la culture est imposé inéquitablement par les classes supérieures en raison des contextes existants. Jean-Claude Passeron et Claude Grignon (1989) parlaient de l’importance de se défaire de la domination symbolique liée à la société. Bernard Lahire causait en 2004 de domino-centrisme, soit le regard que porte le groupe dominant sur le monde. Richard Peterson (1996) faisait une distinction entre omnivore et univore, le premier étant un·e consommateur·trice éclectique, le second plus restreint·e.

On constate que le genre categorise de lectures et de ses enjeux. Les choix littéraires féminins sont critiqués en raison de cet aspect. En 1991, Moi spécifiait qu’il existe une hiérarchie causée par la classe sociale et le genre. Ce qui permet de créer un soi particulier. Selon le contexte, le genre féminin évolue et peut véhiculer un capital négatif de la situation. Le féminisme influence aussi les choix de lectures. Ces décisions littéraires permettent aux frontières d’être mobiles au sujet du genre et de la classe. Ce qui signifie que la lecture ouvre plusieurs possibilités et exprime une réaffiliation sociale qui se vit à l’intérieur les cercles de lecture. Les lecteur·trice·s s’identifient aux figures littéraires présentes dans les livres. Il est question d’appropriation des textes liés au champ d’intérêt du sujet des livres divisible en trois catégories : sympathique, admirative et cathartique. Chacun ayant sa définition propre expliquée par Albenca.

Appropriation littéraire

L’appropriation littéraire situe « ces effets dans des trajectoires sociales et des contextes variables » comme le mentionne l’exemple de Janice Radway. Ses recherches (1984) ont pu démontrer que les livres à l’eau de rose permettent des moments intimes aux femmes des classes populaires, mais ont d’autres avantages. Dans le cas de la thèse d’Albenca, les participant·e·s sont de classe moyenne et ont un champ littéraire plus large que dans le cas de Radway. Ce qui a un impact sur la légitimité de la lecture. Mais le souci de soi par la lecture est un point commun entre les deux études et la femme se retrouve au centre de ce concept. Par contre, les trajectoires de genre se différencient avant tout à cause de l’âge et l’appartenance sexuelle.

Mais l’influence de la femme en matière de lecture a toujours été présente. Certaines utilisent leur profession, d’autres de leurs liens amicaux et familiaux. Ce qui mène à la question de la place des femmes dans l’éducation sociale féminine. Bourdieu a écrit sur le sujet dans La domination masculine. La lecture est une émancipation sociale ou féminine, car elles permettent l’apprentissage de compétences variées.

Conclusion

À la lecture de ce livre, il est possible de comprendre l’importance de la lecture sur la vie des femmes en particulier. La socialisation et la prise de temps pour soi sont deux facteurs importants de l’émancipation sociale féminine. Au moment de la lecture, la domination masculine et les occupations quotidiennes sont loin de la lectrice. On peut donc dire que l’émancipation par la lecture est présente en tout temps.

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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