Publié dans Diversité, Réflexion

Le racisme systémique, qu’est-ce que c’est?

En septembre dernier se tenait le Salon du développement Canado-Maghrébin. J’en ai pris connaissance que dernièrement sur Facebook, car je ne connaissais pas du tout ce salon. D’ailleurs sur le site, on peut prendre connaissance des chiffres concernant les maghrébins au Canada.

  • Le nombre des maghrébins au Canada est passé de 38 000 personnes en 1996 à 290 000 personnes en 2015. En vingt ans, il y a eu huit fois plus de canadiens d’origine maghrébine, ce qui illustre une forte progression au fil des années.
  • En 2006, 84% de la communauté maghrébine au Canada vit au Québec. En 2015, ce pourcentage passe à 78% reflétant un exode progressif des maghrébins vers d’autres province.
  • En 1996, seulement 28% de la communauté maghrébine sont des personnes nées au Canada. Ce pourcentage est passé à 45% en 2015. On dénombre aujourd’hui environ 130 000 personnes nées au Canada d’origine maghrébine.

La vidéo que j’ai vu passer était une conférence sur le racisme systémique. Le panel était composé de Ryoa Chung, professeure agrée UdeM, Will Prospère, documentariste et cofondateur de Montréal-Nord Républik, Natacha Kanapé-Fontaine poète et porte parole du mouvement Idle no more, de l’auteure Asmaa Ibnouzahir et de Bochra Manaï, chercheure post-Doctorat et professeure.

Voici donc ce que j’ai retenu de cette conférence de 45 minutes.

Définition

Selon Bochra Manaï, il s’agit d’un concept mal compris et mal aimé parce qu’il fait peur et que la notion de système inclus trop de monde. Pourquoi mal aimé ? Parce que cela touche les relations interpersonnelles, notre rapport à l’autre, aux minorités. Ce n’est pas une question d’individus, mais de société, de collectivité.

Pour faire simple, c’est l’ensemble des institutions qui produisent et reproduisent du racisme envers certaines minorités. Le mot systémique réfère aux institutions, politiques, économiques, entrepreneuriales, etc., qui, elles, causent problème. On a qu’à penser à la police, à l’école, à la justice, etc. Il ne faut pas oublier que tous les milieux sont propices au racisme systémique.

 

Quelque statistiques

Will Proper nous rappelle qu’au Québec, cela se représente, entre autres, par un manque à gagner au niveau de l’emploi, car il y a 25 000 postes à combler pour les personnes racisées. Cela est l’une des causes d’appauvrissement économique chez ces groupes.

Au niveau politique, toujours au Québec en septembre 2016, il y a 5 élus sur 125 députés présents à l’Assemblée, qui sont des personnes racisées.  À Montréal, 30% de la population est issue de l’immigration. Pourtant, sur les 103 élus municipaux, seulement 4 personnes en sont issues. Cette situation fait en sorte que ceux qui prennent les décisions concernant les communautés ethniques, n’en font pas parties. Cela causent des répercussions importantes au sein de ces communautés.

Idem au niveau économique. Sur les C.A. d’organismes montréalais, sur les 30% que représentent les communautés immigrantes, seulement 6% sont administrateurs au sein d’un C.A.. Ce qui fait que ces communautés sont complètement évacuées des prises de décisions les concernant. La situation est encore plus dramatique lorsqu’on regarde la représentation des femmes au sein des mêmes C.A.. Au total, elles ne représentent que 15% des membres. Moins de 1% sont on ne considère que celles issues de l’immigration. Pourtant, les femmes ont un grand pouvoir au sein de la famille. Avec le raciste systémique, on les appauvri davantage. Étant donné que le raciste systémique joue sur plusieurs niveaux, il faut donc faire en sorte que la situation change.

Le raciste chez les groupes féministes

Parce que oui, ça existe! Pour les groupes de femmes racisées, il n’y a pas que le sexisme qui est une source de stigmatisation. Il y a aussi le racisme et la discrimination à l’emploi. Le problème est que certains groupes féministes rejettent cette situation, parce que pour ces groupes, il n’y a que le patriarcat qui cause problème. Pour les femmes racisées, la situation est tout autre. Oui, le patriarcat est source de problèmes, mais au sein de la société d’accueil, le racisme qu’elles subissent passe bien avant!

À l’internationale, les féministes hiérarchisent les actes sexistes. On a qu’à penser au port du voile ou aux crimes d’honneurs ou sexuel. Ce sont des situations considérées comme étant plus dramatiques, parce que souvent vécues à l’étranger, que l’hypersexualisation, qu’un crime passionnel ou d’un viol commis ici en occident. En d’autres mots, la culture du criminel a un impact sur la perception qu’on a de la situation. C’est principalement à ce niveau que l’on peut considérer le raciste au sein des groupes féministes idéologiquement libérales. Elles confortent l’image de l’occident en tant que rationnel car elles stigmatisent le « ailleurs » qu’elles considèrent barbare. Le raciste systémique inclus donc la perception des enjeux liés aux femmes.

Au Québec, on a tendance à légiférer sur ce qui vient d’ailleurs et à sensibiliser sur ce qui vient d’ici en le normalisant.

Catégorie de couleur

Le sociologue William Edward Burghardt Du Bois nous parlait du problème du 20ème siècle dans un article de la revue Ford Affairs en 1925. Il parlait de la global color line  qui est une catégorisation de gens selon la couleur de peau. Ce sociologue parle surtout de l’époque de la ségrégation étasunienne , donc une catégorisation entre les noirs et les blancs. Mais on peut encore faire un parallèle près de 100 ans plus tard, car les choses n’ont pas trop changé. En effet, la ségrégation aux États-Unis était gouvernementale. Si l’on suit la logique, le racisme systémique n’est donc pas lié à l’intention individuelle des gens, mais bel et bien lié à la structure des institutions. Les politiques intérieures influencent le racisme systémique qui lui influence les politiques extérieures.

La réalité des peuples autochtones et leur histoire

Il s’agit d’une question très large car la situation des autochtones est particulière. Lorsqu’il est question de minorité visible, ils sont souvent exclus de la définition. Le racisme systémique est très présent dans l’histoire des communautés des Premières Nations et elles en sont les premières victimes. À l’échelle du Québec, si l’on parle de la question identitaire, les communautés autochtones ne sont pas mentionnées contrairement au reste du Canada. Les communautés d’ici ont un retard identitaire, spirituel et culturel en comparaison au reste du pays.

Les résultats se reflètent entre autres par la situation des femmes autochtones (disparitions, assassinats, etc.) On en entend très peu parler à l’échelle national comparativement aux communautés locales et régionales. Dans les grands centres, elles sont donc plus invisibles. Pour les femmes autochtones, le racisme systémique se réfère principalement au corps policier que ce soit local ou de la SQ. On prend en exemple le cas de Val d’Or qui a passé à l’émission Enquête.

La situation de la femme au Québec est difficile, mais celles des autochtones l’est davantage. Il faut donc se sensibiliser sur la place de la femme dans sa communauté mais aussi dans la société en générale. Pour les femmes autochtones, cela représente beaucoup de travail. L’éducation populaire au sein même des communautés semble être une solution, car il y a un grand manque à ce niveau.

Le raciste et la discrimination sont imbriqués dans l’inconscient des gens. Le Canada a un passé coloniale et les traces sont encore présentes au quotidien. Une des raisons est le manque d’éducation au sien de la population générale, car la question des Premières Nations est souvent exclue des débats et des cours d’histoire de la société actuelle. Il y a un effacement volontaire des autochtones qui a été fait non seulement dans les mémoires des gens, mais aussi par leurs présences. Il est donc important pour ces derniers de prendre leur place et de se faire entendre.

Précisions

L2017-08-02_14-21-42.pnge racisme systémique se joue sur 5 niveaux. Le niveau lié à l’intimité se vit au quotidien. Oui le raciste est mal compris et place les gens devant un déni personnel. Si on veut l’expliquer clairement, on doit donc dire aux institutions qu’elles ne sont pas les seules responsables et à être impliqué dans cette discrimination. Les premières victimes du racisme systémique, sont les personnes racisées, et ce, sur plusieurs échelles. La notion d’éducation populaire est donc importante pour conter le phénomène.

L’impact sur la construction identitaire

Ce qui est intéressant quand on analyse les études concernant les maghrébins arrivés au Canada, plus p2017-08-02_14-26-14.pngarticulièrement au Québec, c’est de voir comment se fait l’organisation identitaire. Tout d’abord, il y a un regroupement par nationalité. En raison du phénomène discriminatoire collective, il y a des rajustements qui se font. L’identité liée à la nationalité quitte progressivement pour aller vers une identité ethnique. Les maghrébins se définissent comme groupe parce qu’ils subissent les mêmes problématiques. On a beau avoir notre propre perception de soi, le regard de l’autre nous remet en question constamment et c’est ce qui délimite la frontière entre l’individuel et le collectif. Quelqu’un ayant le mauvais faciès est automatiquement catégorisé venant d’ailleurs, et ce, même s’il est né ici et qu’il a tout pour être engagé, cela joue contre lui. Pour cette raison, il finit par s’identifier par sa religion, car elle peut être la vraie problématique, car c’est à ce niveau qu’il y a possibilité de radicalisation. On peut donc conclure que l’identité est variable selon le regard de l’autre. La gradation se fait, dans ce cas, du local vers l’international.

Pistes d’action pour la lutte contre le racisme systémique

Quelques pistes d’action possibles proposées par les panélistes.

  • Appeler à l’engagement civique et politique pour régler les différents actes de racistes que les différentes sociétés subissent.
  • Ce qui choque un blanc est réglé dans l’immédiat, alors que ce qui touche une communauté autre que blanche, cela prend énormément de temps avant d’être réglé. Pour régler cela, il faut avoir des alliés, s’engager civilement et s’entraider entre communauté minoritaire. Les communautés ethniques ont un grand pouvoir économique et elles ont toutes vécues quelque chose de similaire. Le fait de s’allier et de s’entraider permettra de mieux s’outiller et de se faire entendre.
  • Avoir des consultations publiques
  • Reconnaitre le racisme systémique et ses racines historiques en ce qui a trait aux relations avec autrui et avec l’État
  • Déconstruire les idées
  • Faire de la sensibilisation, de l’éducation populaire
  • Apprendre à nommer les choses
  • Que les politiciens revendiquent et tiennent leur promesse d’action et non qu’ils soient charismatiques avec les communautés.
  • Être sur tous les fronts
  • Avoir des espaces de protection pour les jeunes maghrébins dans le but est de déconstruire certaines questions qui les concernent.

Conclusion

Étant donné que les gens sont pénalisés en raison de la couleur de peau, de son origine ou de sa religion, ils se retrouvent donc à être victime de racisme systémique. Une personnes victime de racisme systémique est une personne qui est racisée ou racialisée, et ce, malgré le fait que les races n’existent pas. La notion de race existe en raison du fait que le racisme systémique est bel et bien réel.

La notion de privilège est ce qui cause les inégalités. Ceux qui sont avantagé sont issus des sociétés dominantes et les désavantagés, issus de la minorité, sont victimes de racisme systémique. Chaque communauté à ses spécificités historiques au racisme. L’un des grands risques est de rendre invisible une partie des victimes par rapport aux autres, comme c’est le cas avec les autochtones.

Ce qui est encourageant, dans un sens, c’est que depuis cette conférence, certaines choses ont bouger, c’est-à-dire, qu’une commission sur le racisme systémique est sur le point de se concrétiser.  Idem pour la commission d’enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées. Il y a quelques failles pour cette dernière, mais le fait qu’on parle de faire enquête sur le sujet est un grand pas en avant. En espérant que le tout se passe sans trop de difficulté pour les deux commissions!

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.