Publié dans Femmes, Linguistique

Le français, langue sexiste ? Réponse en 5 points

On le sait, le français est une langue sexiste et a de gros manques en matière d’égalité sexuelle. On est en pleine révolution syntaxique, mais bon l’Académie Française résiste à certains changements. La preuve ? Sur leur site, il est possible de trouver un texte, que vous pouvez aller lire, sur la féminisation des noms reliés aux métiers, fonctions, grades ou titres. Ce n’est pas très réjouissant de le lire, car déjà dans l’intertitre, on parle de controverse. Je voulais deviner la fin, très conservatrice, du texte de l’Académie.

Francais, langue sexiste: le masculin l’emporte sur le féminin

Dès le début de ce fameux texte, l’Institution qu’est cette Académie qui promeut le français mentionne la fameuse règle qui dit que le masculin l’emporte sur le féminin. Pourquoi ? Car « le genre [masculin est] non marqué et peut de ce fait désigner indifféremment les hommes et les femmes. » Ce qui n’est évidemment pas le cas du genre féminin, qui lui est marqué, donc privatif. En grammaire, cela marque la privation, l’absence ou le manque. Bref, le genre féminin est vide de sens. Par contre, l’Académie dit que, si le masculin l’emporte sur le féminin, c’est pour éviter la ségrégation des sexes. Vraiment ? Hé oui ! En plus de causer le désordre dans l’équilibre subtil que possède la langue française. La capture d’écran suivante prouve mes dires ! Elle a été prise le 6 mars 2018 à 10h35, heure du Québec.

Académie française
Capture d’écran du texte de l’Académie Française sur la féminisation des noms. (c) Myrianne Lemay

Un autre argument est le fait que certains métiers, par exemple, sont exclusivement masculins. On pense à la philosophie, à l’enseignement supérieur, à la rédaction de livres ou être à la direction d’une équipe. Vous pouvez voir des alternatives à la lecture du livre de Michaël Lessard et Suzanne Zaccour : Grammaire non sexiste de la langue française. Le masculin ne l’emporte plus.

Français, langue sexiste : les expressions

Plusieurs expressions françaises sont typiquement masculines. Si on les applique aux femmes, elles sont vraiment à prendre au deuxième degré. Parce que, quand on y pense, une femme qui « a des couilles » peut sembler étrange, car ce n’est pas l’image standard de la femme. Ceux comme moi qui ont écouté Radio Enfer, se souviennent sûrement de la réaction de Carl et Léo quand ils entendent Camille dire qu’elle a des couilles.

Capture d’écran de la première émision de Radio Enfer. Léo Rivard : Robin Aubert. Carl Charest : François Chénier (C ) Myrianne Lemay

Pour ceux qui ne le savent pas, avoir des couilles réfère au fait d’avoir du courage. Donc, seuls les hommes peuvent être courageux. À l’inverse, si l’on veut dénigrer un homme, on le traite de femmelette, de fillette ou de poule mouillée. Quoi de plus utile que d’utiliser un champ lexical féminin pour rabaisser quelqu’un. Pourtant, le courage n’est attribuable qu’à un sexe. D’ailleurs, on entend de plus en plus l’expression mère courage qui définit une femme comme étant déterminée et qui se bat pour une cause très difficile. Le père courage, est-il présent ? Et les personnes sans enfants n’ont aucune difficulté ? Ces personnes n’ont pas à combattre avec détermination une situation qui leur est ardue ?  L’adage veut qu’on ne sache rien de la vie des personnes nous entourant tant qu’on n’a pas été dans ses souliers durant une certaine période. Je vous laisse réfléchir sur ça…

Français, langue sexiste : les perceptions

Le féminin de certains mots masculins est péjoratif. En effet, certains mots utilisés pour les hommes sont perçus positivement, alors que s’ils sont accordés au féminin, ils deviennent dépréciatifs. Par exemple, un « homme facile » versus une « femme facile ». Quels mots vous viennent en tête pour l’homme ? Qu’il est facile à vivre. Pour la femme ? Qu’elle collectionne les amants… Un homme public est un homme que beaucoup de gens connaissent. Une femme publique, elles aussi acculent les hommes dans son lit. Car si elle réussit, c’est qu’un homme l’a aidé et non parce qu’elle a le talent ou les capacités pour réussir.

Français, langue sexiste : la misogynie

Lorsque l’on parle une langue, nous utilisons ses valeurs et richesses. Donc, parler français est adopter une manière de communiquer irréaliste à la situation actuelle de la femme dans la société. Le français est donc une langue misogyne, car les femmes sont de plus en plus présentes dans toutes les strates de la collectivité. Il est vrai qu’à une époque, les rôles étaient divisés. Mais les femmes ont toujours été actives. Elles élevaient les enfants, travaillaient à la ferme et veillaient aux tâches domestiques. Certaines étaient enseignantes… du moment qu’elles n’étaient pas mariées. Ou pouvaient être sage-femme, car, qu’on le veuille ou non, seule une femme ayant accouché sait ce qui se passe au moment de l’accouchement. Aujourd’hui, rien n’empêche une femme de faire ce qu’elle veut. Et la langue doit s’adapter à cette réalité. L’écriture inclusive est une manière d’écrire de façon neutre, donc qui inclut les deux genres.

Français, langue sexiste : les insultes

 

Il était question des expressions ambiguës un peu plus tôt. Mais les insultes sexistes à l’égard des femmes sont souvent crues et touchent directement leurs sexualités ou leurs identités.  Ses grossièretés ont souvent pour mission de chosifier les femmes. Elles ne sont donc plus humaines, mais animales ou catégorisées notamment à un simple sexe ambulant. Cela est très réducteur pour les femmes, personnes par qui vient la vie et qui représentent la moitié de l’humanité.

En conclusion, d’une certaine manière, la femme est mal vue dans la langue française. D’un côté, on la veut absente en la soumettant à l’homme. De l’autre, on la stigmatise avec les expressions et les insultes. Si on veut ridiculiser un homme, sexe fort, on le compare à la femme, le sexe faible. Pourtant, les deux sont à la fois forts et faibles. La femme et l’homme sont complémentaires, donc, égalitaires, car l’un pallie les défauts de l’autre par ses qualités. Mais j’avoue qu’il y a encore beaucoup de travail encore pour que l’égalité linguistique se fasse. Il ne faut pas oublier que l’Académie Française est constituée à plus ou moins 90 %  d’hommes et qu’elle est très conservatrice.

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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