L’appropriation culturelle, vous connaissez?

Une capsule des Brutes a circulé il y a quelques temps sur les médias sociaux sur l’appropriation culturelle. On y voit Judith Lussier et Lili Boivert poser des questions à trois spécialistes issus de la minorité visible. J’aime bien les petites phrases juste en bas de la vidéo qui dit « Le concept d’appropriation culturelle, ça a l’air compliqué de même. Mais au fond, c’est juste une question de sensibilité » Je ne sais pas qui l’a sortie, mais cette personne a drôlement raison! Voici donc pourquoi il s’agit d’une question de sensibilité.

Définition de l’appropriation culturelle 

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Pour Xavier Watso, enseignant et militant pour les droits des Premières Nations, l’appropriation culturelle se fait quand une culture dominante prend, sans autorisation ou sans connaître le sujet, un aspect culturel d’une autre culture dite dominée. Le but premier est d’en faire un profit. Émilie Nicholas, présidente de Québec inclusif et anthropologue, rajoute que cela fait des décennies que la situation perdure et qu’elle ne touche pas que la culture, mais que les aspects économique et social sont aussi affectés par l’appropriation culturelle.

Comme il a été mentionné, le rapport entre dominants/dominés a une importance. Il permet aux « grands de ce monde » de profiter des plus « petits » en prenant une partie de leur identité sans nécessairement donner quoi que ce soit en retour. Selon Sonia Ghaya, journaliste et chroniqueuse, le fait de s’approprier un aspect d’une culture même avec une bonne intention, peut faire mal à la communauté qui « donne » si l’appropriation est plus ou moins bien organisée. Certaines balises doivent être respectées lors de situation similaire. Il faut savoir se poser les bonnes questions et réfléchir à l’action que l’on s’apprête à faire.

Par exemple, Watso parle du fait de s’acheter un gilet made in Bengladesh par un enfant. Une coiffe autochtone est utilisée comme image. La question qu’il se pose est : « l’achat de ce gilet profite à qui? » À l’enfant qu’il l’a fait? Non, car il est exploité! Aux communautés autochtones? Ce n’est même pas un de leurs produits. L’argent ne leur revient même pas. À celui qui le porte? À part lui donner une supposée bonne conscience, il n’y a pas beaucoup de choses. En fait, le dominant, encore une fois, écrase le dominé.

Pour Nicholas, le débat sur l’appropriation culturelle est axé sur la liberté d’expression. En fait, si la personne comprend l’ampleur de son geste, elle ne posera pas. La réflexion est portée sur « qu’est-ce que ça m’apporte à moi, en tant qu’individu? » et non sur ce que ça peut apporter à la communauté concernée. Elle dit aussi qu’il y a un dialogue de sourd à ce sujet car, la communauté dominée se victimise en traitant les autres de raciste et la communauté dominante se dit ouverte à l’autre, qu’elle a une bonne intention et ne comprend pas la réaction du dominé.

À la suite d’une petite recherche sur le net m’a permis de trouver une définition de l’appropriation culturelle qui vient du Lexique La médiation culturelle et ses mots-clés, document réalisé par l’organisme Culture pour tous en 2014. Pour eux, l’appropriation culturelle a :

« […] pour objectif l’adoption de référents culturels d’une communauté ou d’un groupe, qui peut être celui d’origine ou celui d’accueil, dans un contexte migrant, l’appropriation culturelle se déroule selon trois séquences : une première qui se définit comme une prise de conscience durant laquelle l’individu tente de relier ses propres repères culturels et identitaires aux référents de la culture à laquelle il est exposé ; une deuxième, que l’on qualifie de prise de position, se met en place dès lors que l’individu peut, parmi ces référents externes, en identifier quelques-uns et se reconnaître à travers eux ; une troisième, enfin, la prise en charge, achève la démarche par l’intégration et la réinterprétation de ces référents. L’appropriation constitue le levier nécessaire à la transmission culturelle. »

 Je ne sais pas pour vous, mais moi, je trouve les deux définitions différentes. Selon les trois spécialistes des Brutes, il s’agit a priori quelque chose de négatif, car sans la réflexion nécessaire, il y a un vol culturel qui se fait de la classe dominante. Tandis que Culture pour tous semble dire que l’appropriation culturelle est une démarche d’assimilation et d’intégration à la nouvelle société. Par contre, la définition de Culture pour tous inclus d’emblée la transmission culturelle.

Pistes de solution

Pour Émilie Nicholas, une des solutions est de faire un échange interculturel et éthique. Pour ça, il faut des conditions gagnantes. La plus importante de ces conditions est de favoriser l’égalité entre les communautés. L’échange doit se faire à l’horizontal et non à la verticale.

Pour ma part, je trouve bien qu’il y ait des échanges, mais il est nécessaire qu’après il y ait des actions qui soient posées. Que ce soit différentes activités de sensibilisation ou de connaissance de l’autre , des moyens viraux, de la vulgarisation. On ne peut pas seulement échanger et dire que la situation ressemble à ci ou ça. L’action citoyenne et mobilisante à sa place dans ce  genre de situation.

Autre texte à lire sur le sujet: Qu’il y a-t-il de mal à faire de l’appropriation culturelle?

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