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La redéfinition des rôles familiaux : place aux pères

Depuis quelques temps, je vous parle beaucoup d’intervention auprès des familles, mais rarement des pères. Après avoir lu une fiche rédigée par Serge Ménard en 2013 dans le cadre d’une formation de base en interculturel du Centre de recherche Sherpas, on peut comprendre que les rôles parentaux sont en redéfinition lorsqu’il y a n processus de migration. La fiche est un résumé du chapitre Parentalité et processus migratoire de Sylvie Fortin et Josiane Le Gall en 2012 dans le livre La naissance de la famille. Accompagner les parents et les enfants en période périnatale de Francine de Montigny, Annie Devault, Christine Gervais.

La redéfinition du rôle des pères

Il y a peu d’études sur le rôle sur la paternité en contexte migratoire. Par contre, deux tendances ont pu être observées. La migration fragilise toute personne l’ayant vécue. Les hommes n’y échappent pas. Le processus migratoire fait en sorte d’affaiblir le revenu du père, habituellement le principal pourvoyeur de la famille. Cela cause une remise en question des rôles parentaux, incluant le pouvoir décisionnel du père dans sa famille. D’un autre côté, le fait d’être loin de la famille élargie permet au père de s’impliquer davantage dans la vie de ses enfants, surtout avec le fait que le père soit plus disponible.

L’opinion des professionnels au sujet des pères

Du côté des professionnels, deux perceptions divergent. Il y a les pères qui voient positivement leurs rôles de père et ceux qui voient le tout négativement. Dans le premier cas, il y a ceux qui sont motivés à prendre leur place dans leur famille. Dans le deuxième cas, les pères voient une inégalité dans les distributions des rôles éducatifs. Les pères se situent davantage dans leurs rôles de pourvoyeurs. Certains professionnels parlent du fait que des pères sont très contrôlants, car ils parlent, entre autres, à la place des mères.

Des nuances s’imposent au sujet des pères

Par contre des nuances s’imposent. Les deux tiers des mères musulmanes affirment que leurs maris offrent un soutien important au moment de l’arrivée d’un enfant dans la famille. Dans de nombreux cas, les pères servent de traducteurs entre leurs épouses et le personnel soignant. Il ne le fait donc pas pour contrôler les dire de sa femme, mais pour l’aider parce que son français est inadéquat. Aussi, ce qui peut sembler comme un manque d’autonomie de la mère peut être le reflet de la dynamique du couple à ce moment de leur parcours migratoire. Aussi, plusieurs intervenants disent qu’il ne faut pas lier des dynamiques similaires à des croyances religieuses, car elles se retrouvent aussi dans les couples québécois.

Défis relatifs à la redéfinition des rôles parentaux

Il y a plusieurs facteurs qui influencent la redéfinition des rôles parentaux. Comme les nombreuses pertes liées à la migration, qu’elles soient matérielles ou sociales. Comme mentionné plus haut, la non-reconnaissance des diplômes et de l’expérience professionnelle a un impact sur la vie familiale. Il est parfois plus facile pour les femmes immigrantes de se trouver du travail que les hommes. Ce qui affecte forcément la dynamique de la famille. Les familles immigrantes, lorsqu’elles arrivent, n’ont pas le soutien nécessaire pour faire la transition vers de nouveaux modèles de parentalité. Évidemment, cela a une incidence sur les pratiques parentales et les soins traditionnels qu’elles ont acquis.

La présence de ces familles représente aussi un défi pour les intervenants dans le domaine de la santé. On pense à la diversité des croyances religieuses ou des pratiques culturelles. Le réseau social, présent ou non, selon le cas, a aussi un impact sur la relation entre les professionnels et leurs clients.

Ce que l’on peut retenir comme intervention auprès des pères

En tant qu’intervenant, il est important de se questionner sur ce que l’on doit faire auprès des familles, notamment les pères. Christine Gervais, infirmière, en parle dans son PowerPoint Intervenir   auprès   des   familles immigrantes :   le   point   de   vue   des intervenants. À la question Comment développer des interventions précoces afin de soutenir les familles immigrantes ?

Ce qui en est sorti, ce sont les perceptions que les intervenants ont des jeunes familles issues de l’immigration ainsi que de leurs besoins. Il a été aussi question des difficultés et des succès que les professionnels ont rencontrés lors de ces interventions auprès des familles.

Ce que l’on peut faire pour les pères et leurs familles

Il y a plusieurs pistes de solutions qui sont intéressantes. En matière d’intervention, par exemple, la création d’un réseau de mentorat pour les parents, autant les pères que les mères, est une excellente idée. Il suffit de jumeler un nouvel arrivant avec quelqu’un qui est arrivé il y a quelques années. Cela permet la création d’un réseau social et évite l’isolation de la famille. En plus, cela permet de connaître la culture québécoise et les ressources importantes pour la famille. Pour l’organisation des services, il est important de revoir l’offre de service en tenant compte de la réalité des parents. Et pour la recherche, il est important qu’il y ait une bonne transmission des résultats dans les différents réseaux institutionnels.

 Bref, lorsque l’on arrive dans un nouveau pays, les parents doivent s’ajuster à une nouvelle réalité. Les intervenants doivent aussi être capables de le faire. D’où l’importance de se questionner et de se mettre à jour.

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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