La radicalisation = religion, vraiment ?

Pour faire suite au texte lié au premier panel du Colloque sur la radicalisation tenu en mai à l’Université de Sherbrooke, voici ce qui est ressorti des trois panels liés à la religion. Dans un premier temps, il était question du christianisme. Les sujets abordés touchaient les origines de certains mots en lien avec le sujet du Colloque. Pr Rodolfo Felices-Luna, de l’Université de Sherbrooke, nous a donc expliqué les mots fondamentaliste, intégriste et Radicalisme. Par la suite, Pr Jean-Roland Akiki, de l’Université Saint-Esprit Kaslik au Liban, nous a parlé principalement de ce qui peut entraîner l’ignorance chez les croyants. Et Pr Martin Geoffroy, du CEFIR, nous a entretenus de l’intégrisme au Québec.

Ainsi, nous pouvons donc comprendre qu’il est important de comprendre l’origine des mots que l’on utilise en contexte de radicalisation, car souvent on utilise à tort et à travers un vocabulaire qui était tout autre au moment de sa création. En effet, le fondamentaliste, l’intégriste et le radicalisme sont des mots d’origine chrétienne, soit issue de la religion ou de la politique selon le cas, et qui était perçue positivement par leurs créateurs. Ils se voulaient vecteurs d’un changement au sein de la communauté dans laquelle ils ont été créés. C’est probablement la seule communication qui a une thématique plus difficile à lier aux autres, mais dont le sujet est important.

Pour les deux autres communications, on peut synthétiser avec les conférences tenues dans les autres panels. Le deuxième panel lié à la religion est celui où il est question de l’Islam et du Judaïsme. Nous avons eu en premier lieu, M. Mohamed Ourya, de l’Université de Sherbrooke, qui nous a entretenus sur Ibn Taymiyya, un auteur prolifique du début de l’Islam. Par la suite M. Sèze, de l’Institut National des Hautes Études de la Sécurité et de la Justice nous a parler du processus de radicalisation chez les salafistes français. En terminant, Pr Yakov Rabkin, de l’Université de Montréal, nous a parlé du Judaïsme. Le dernier panel, il était question des religions orientales et des anabaptistes. Sur les quatre conférenciers sur le panel, seulement trois ont été enregistrés et dont j’ai pu faire un résumé. Il s’agit de Cinthya Mahmood, de Frank Moore Chair in Anthropology et professeure au Central College, nous a parlé de la résistance et du radicalisme chez les sikhs. Pr Serge Granger, de l’Université de Sherbrooke, nous a parlé de l’extrême droite en Inde et Raphaël-Mathieu Legault-Laberge, de l’Université de Sherbrooke, nous parle des anabaptistes.

Ce que nous pouvons comprendre de toutes ces communications, c’est que le radicalisme part d’un contexte et non d’une religion. En premier lieu, il est possible de constater que l’ignorance ou le fait de mal interpréter un texte peut influencer le parcours religieux. C’est ce qui ressort des communications de Akiki et de Ourya. En effet, selon les gens, les textes lus peuvent être interprétés selon notre parcours personnel. Les exemples donnés touchent principalement les textes islamiques. En effet, Akiki mentionne que dans les pays musulmans, les leaders offrent aux écoles des livres qui sont mal écrits et qui n’ont rien à voir avec l’islam. De plus, il est question de réinterpréter le Coran en le mettant selon l’ordre chronologique et non selon l’ordre actuel. Pourtant, la lecture du Coran doit se faire avec la lecture de son exégèse, car chaque verset à sa raison d’être et son contexte de révélation.

Ourya, quant à lui, nous parle de la perception que les gens ont d’Ibn Taymiyya. Certains le considèrent salafiste, d’autres non, et ce, pour les mêmes raisons. Pourtant, cet homme se base sur la sunna du Prophète et que les raisons qui l’ont poussé à rédiger les fatwas anti Mongoles semblent avoir leurs raisons d’être.

Le processus de radicalisation est aussi abordé. Ce que l’on comprendre, c’est qu’il y a une raison soit identitaire soit territoriale, voir les deux, qui influence le processus.

2017-07-20_11-29-54Geoffroy nous explique qu’il existe 4 schismes dans le processus de radicalisation de l’extrême droite. Le premier étant le mieux et le dernier étant le pire. Le processus est intimement lié à l’histoire de la religion catholique. De plus, lorsqu’un groupe se sent agressé, il a tendance à agresser à son tour. Ce propos c’est retrouver dans les communications de Mahmoud et de Legault-Laberge qui nous disent, en gros, qu’à force de se faire taper sur la tête, les gens ont tendance à changer de comportement et à vouloir se défendre. La radicalisation se fait différemment selon la religion. Certains prennent les armes, d’autres jouent sur la psychologie des gens. Mais il y a toujours un passage à l’acte, mais pas toujours des décès.

Sèze nous parle du processus de radicalisation des salafistes en France. Ce qui est important de comprendre dans ce contexte, c’est qu’il s’agit souvent de jeunes issus de la deuxième générations d’immigrants. Ils n’ont aucune éducation religieuse venant de la famille. Leur éducation se fait de façon isolée ou en collaboration avec des paires qui sont radicalisé. On constate que le processus est, la base, est perçu positivement. C’est par la suite que tout se dégrade en raison de divers déclencheurs.2017-07-20_11-37-08

Pour ce qui est des juifs, on peut constater un phénomène similaire qu’aux sikhs et aux anabaptistes.  Pour les juifs, le sioniste est considéré comme étant radical. Encore là, l’intention à la base est censée être bonne et il s’agit de gens laïque ou athée. La question identitaire et territoriale est importante pour les sionistes. Les plus orthodoxes ne veulent rien savoir d’eux et n’appuient pas leurs actions. Il y a une dichotomie sur le sujet. On croit à tort que ce sont les orthodoxes qui sont les plus radicaux, car ils sont visibles. En fait, ils sont pacifiques et ce sont les modérés, les moins visibles qui sont susceptibles d’être radicaux. Les sionistes ne croient pas en Dieu malgré le fait qu’il leur parle. Et s’ils occupent le territoire palestinien, c’est parce que Dieu leur a dit de le prendre. Il s’agit en quelque sorte une rédemption pour l’atrocité vécue durant l’Holocauste. Et ceux qui s’opposent à Dieu veulent la destruction de peuple juif. De plus, la présence sioniste s’est infiltrée dans le gouvernement et les médias. Cela transpire dans les discours officiels. En gros, les sionistes se servent d’un Dieu auquel ils ne croient pas pour faire avancer leurs causes.

Dans le cas des sikhs, les revendications étaient à la fois identitaires et territoriales. Ils voulaient l’Indépendance du Punjab indien, ce qui a fait qu’à force de répressions, ils ont pris les armes pour se protéger. Il faut comprendre qu’en Inde, il est complexe d’avoir une culture dominante en raison des différentes communautés présentes sur le territoire. Le cas des sikhs est présent depuis longtemps, mais il ne s’agit pas d’un cas unique en Inde. Dans le but de pouvoir unifier l’Inde, le président actuel, Modi, attaque donc les cultures ennemies et tente d’assimiler les minorités culturelles. L’identité même du peuple est donc menacée. Chez les anabaptistes, les cas présentés en exemple démontrent que certains leaders peuvent avoir des comportements contradictoires aux enseignements qu’ils prêchent, ce qui fait que les fidèles ont tendance à avoir recours au monde extérieur pour avoir justice. L’identité collective du groupe est donc affectée et remise en question.

Comme il est expliqué par Raphaël-Mathieu Legault-Laberge, la radicalisation s’explique par des facteurs multidimensionnels, c’est-à-dire :

  • La religion ;
  • La psychologie ;
  • La sociologie ;
  • L’anthropologie.

Il s’agit en quelque sorte d’une roue qui tourne, car ils sont tous interreliés et l’un ne va pas sans l’autre. Il est question entre autres dans le processus de l’importance de la culture et de la croyance et de l’impact sur les groupes et les individus.

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