La notion d’étranger, une question de perspective?

Lorsqu’on est chez soi, on a toujours l’impression que l’autre est l’étranger. Mais l’inverse est aussi vrai. Lorsque l’on va chez l’autre, l’étranger c’est nous. D’ailleurs, Dumas commence sa chanson Alors, alors paru en 2006 sur l’album Fixer le temps en disant quelque chose de similaire:

Ailleurs, c’est peut-être ici
Va savoir
L’autre, c’est peut-être toi
Va savoir

En effet, cette chanson m’est restée en tête durant une bonne partie de mon séjour en Algérie l’automne dernier. Ça et Il était un petit navire. Mais celle-là, je soupçonne la mer Méditerranée de me l’avoir mise en tête. 🙂

wp-image-513122965

Alger et la méditerranée Crédit photo: moi!

Comme je disais, la notion de l’étranger varie selon la situation. Lorsque je suis arrivée en Algérie, j’étais super contente d’y être parce que je me disais que j’allais passer inaperçue… Belle erreur! Dans la famille de mon mari, j’étais l’attraction et on me présentait à tout le monde. J’ai seulement retenu quelques visages, ceux que je voyais plus souvent, c’est-à-dire la famille proche. Les autres, on oublie ça! Lorsque je me promenais dans Alger, il était clair que je venais d’ailleurs. Si je ne prenais pas des photos en rafale, mes souliers me trahissaient. Évidemment, mon mari se fâchait de la situation, car le monde me dévisageait vraiment beaucoup lorsqu’ils s’apercevaient que j’avais des espadrilles dans les pieds au lieu de ballerines. Si vous trouvez que les routes du Québec sont vraiment dangereuses, celles d’Alger sont pires. Alors, par précaution et en raison de mon talent à tomber facilement partout, il était préférable que j’ai des espadrilles dans les pieds.

wp-image--1609530157

La fois que je me suis promenée à Alger sans espadrilles… Hors de question de rentrer dans le moule Crédit photo: Moi!

Si on me parlait en arabe et que mon mari était absent, je sortais le mien, un peu rudimentaire, j’avoue et j’essayais de me faire comprendre. La plupart du temps, ça fonctionnait lorsque je leur disais que je n’étais pas arabe, mais du Canada. Le changement en français se faisait automatiquement. Mais il ne se faisait pas quand je leur disais en français. Il faut dire que les Algériens sont peu habitués à notre accent québécois. Sauf, évidemment, ceux qui nous ont côtoyés. Même qu’une fois, à la mosquée, j’étais du côté des femmes et il y en a une qui m’a saluée. Elle a essayé de discuter avec moi, mais elle ne parlait pas français. Elle a donc appelé sa sœur, qui après la prière, est venue me dire qu’on l’avait avertie qu’une étrangère était dans la mosquée!!! J’ai dû avoir une drôle de réaction, car elle a changé pour musulmane venant d’ailleurs… Dans le cas où mon mari était là, je n’avais qu’à le regarder avec ma face de « peux-tu traduire s’il-te plaît! » teintée de détresse.

C’est certain qu’il y a un choc culturel et des déceptions, comme dans probablement beaucoup de voyages. Mais il y a de belles surprises et découvertes. J’avais la chance de rester dans ma belle-famille, donc je pouvais facilement voir le quotidien des gens là-bas. La cohabitation n’a pas toujours été facile, mais on a passé au travers du mois. En effet, là-bas, la notion d’intimité n’est pas la même qu’ici. C’est probablement mon plus gros choc culturel. Si tu n’as pas barré ta porte avant de faire ta sieste, ça se peut que quelqu’un rentre et commence à te parler comme si de rien n’était. C’est arriver à quelques reprises et c’est un peu désagréable quand tu essaies de te remettre du décalage ou quand tu dois travailler parce que, même si tu es à l’étranger, tu as des échéances dans ton horaire! C’est aussi difficile pour le couple… mon mari et moi venions à peine de nous marier plus ou moins 2 mois avant le voyage!!!

wp-image--1505151020

La mosquée à côté de chez ma belle famille. Crédit photo: Moi

Ce que j’ai aimé le plus, c’est d’entendre l’appel à la prière, particulièrement le matin. Ici, au Québec, elle ne peut être entendue en dehors des mosquées, alors c’est saisissant la première fois que tu l’entends à 5 heures et des poussières le premier matin. On entend toutes les mosquées avoisinantes la faire en même temps et pratiquement se répondre. Quelques fois, les coqs se mettent de la partie. Le premier matin, même à moitié endormie, je me suis aperçue qu’il manquait une partie de l’appel, celle qui dit que la prière est meilleure que le sommeil. J’ai réveillé mon mari en panique. Il m’a expliqué que c’était le wake up call qui a lieu environ 20 à 30 minutes avant l’appel officiel! Beau réveil n’est-ce pas?

Même si j’avais déjà voyagé, surtout au Québec, au Canada et aux États-Unis, la frénésie du voyage est toujours présente. C’était mon premier voyage en Afrique. Je n’avais aucune attente, y ai vécu des hauts et des bas, mais cela ne dure pas longtemps. La perception d’être l’étranger, quand on est impliqué dans la communauté, même temporairement, nous quitte progressivement. En fait, on est étranger à cause de la vision des autres, parce que l’on ne cadre pas forcément dans les normes culturelles, même les plus subtiles. Qu’en est-il quand l’on se retrouve dans un autre pays que notre pays d’origine et que nos attentes ne se réalisent pas?  Ce que je comprends de mes lectures et des conférences que j’écoute, l’implication est importante pour pouvoir s’intégrer. C’est un fait, ceux qui le font ont un peu plus de succès. Mais est-ce que cette implication efface le sentiment d’être, par moment, à la mauvaise place? On sera toujours l’étranger de quelqu’un, qu’on le veuille ou non.

Publicités