Publié dans Identité, immigration, médiation interculturelle

La médiation interculturelle, comment intervenir auprès des jeunes maghrébins

 Colloque social sur l’identité maghrébine

En septembre dernier avait lieu un colloque social organisé par l’Association Racines. Le but de cette journée était de parler de la construction identitaire des jeunes maghrébins. Je prenais des notes pour la journée et j’avais envie de vous partager ce que j’ai appris. Le colloque rassemblait des professionnels de tous horizons possibles. Et c’était tellement enrichissant! Voici donc le premier résumé de la journée!

Les trois ateliers de l’après-midi.

En après-midi avait lieu trois ateliers qui avaient pour but de nous outiller au rapprochement entre intervenants et les jeunes issus de l’immigration. Le premier avait pour mission de parler de projets novateurs pour intervenir auprès des jeunes. Le deuxième permettait de découvrir ce qu’est la médiation interculturelle en contexte d’intervention. Le dernier atelier tentait d’approfondir le sujet de l’identité multiple et la polarisation sociale. Ici, il sera de médiation interculturelle.

La médiation interculturelle, sa définition

Dans un premier temps, dans l’atelier sur la médiation interculturelle, ce qui a été abordé touche autant sa définition et sa procédure. Intervenir en contexte interculturel peut être très large, car l’intervenant peut agir en prévention, en sensibilisation ou autre. La médiation interculturelle est une pratique qui, dans la littérature, est très large. Elle est définie notamment comme un outil de résolution de conflits (IMAQ et Bonafé-Schmitt), mais peut être plus large que ça. (Guillaume Hofnung et Six) Pour Vatz-Laaroussi et Tadlaoui, elle est davantage une régulation sociale que conflictuelle. Mais une chose est certaine, la médiation agit de façon préventive, curative et réparatrice.

L’interculturel…

Quant à l’interculturel, Cohen-Emrique, selon une définition d’Abdallah Pretceille, mentionne en 1985 qu’il s’agit d’une interaction entre deux identités qui se donne réciproquement un sens dans un contexte en continuelle redéfinition.  Il s’agit d’un processus qui donne du sens et qui confronte les différentes identités. Cela peut faire en sorte qu’il y ait éventuellement un affrontement identitaire entre les parties.

Une démarche volontaire

Par sa démarche volontaire, formelle et confidentielle, la médiation n’impose rien aux parties participantes, elle les assiste. Elle diffère aussi totalement de l’arbitrage, de la relation d’aide, d’un procès ou d’une enquête. La médiation a pour mission de faire en sorte que les parties entrent en relation dans le but de trouver une solution commune et durable grâce à la communication tout en comprenant les valeurs qui sont défendues des deux parties. Elle agit aussi contre les préjugés.

Le médiateur interculturel, ses pouvoirs

Le médiateur interculturel n’a aucun pouvoir sauf d’imposer un cadre à suivre et de mettre fin à la médiation si nécessaire. Son rôle est double. Il prévient les conflits et aide les participants en les soutenant tout le long du processus. Il collabore avec eux à la recherche de solutions communes, mais n’agit aucunement pour eux. Le médiateur est neutre, impartial et indépendant. Il veille aussi à respecter la confidentialité des cas sur lesquels il intervient.

Le processus de la médiation interculturelle

Le processus de médiation a trois grandes étapes : la pré-médiation, la médiation et la post-médiation.

Pré-médiation

Dans la pré-médiation, c’est la période consacrée à la cueillette d’informations. Idéalement, on voit les deux parties séparément en identifiant la Valeur, l’Intérêt, le Besoin et l’Émotion (VIBE) de chaque partie. La première question à se poser à ce moment est à savoir si le problème est d’ordre culturel. Pour Marie-Claire Rufagari, la préparation est importante. Par la suite, il y a un déblayage pour voir la possibilité de solutions.

Médiation

Vient ensuite la partie de la médiation, qui elle, se déroule en deux parties. Il y a la partie du déroulement et celle du dénouement. Dans le premier cas, c’est le moment des discussions. En début de rencontre, c’est le temps d’ouvrir une PORTE en Présentant les parties en commençant toujours par la victime. Le médiateur présente les Objectifs de la médiation et les Règles de base. Il est aussi question du Temps assigné à la médiation ainsi que ses Étapes.  Par la suite, le médiateur s’assure que la communication circule bien entre les parties en validant leurs propos, si nécessaire.  C’est le moment de résoudre le litige présent entre les deux parties. Une fois que les discussions semblent arriver à échéance, la partie du dénouement s’entame. C’est le moment où chaque partie présente les solutions possibles qu’elle envisage et qu’il doit avoir consensus sur celles qu’elles veulent garder. C’est le moment de la résolution du conflit que les parties établissent une entente.

La post-médiation

La partie de la post-médiation permet de faire le suivi de l’entente établie lors de la phase du dénouement de la médiation. Le médiateur doit s’assurer que la relation de pouvoir entre les deux parties reste équilibrée.

Le médiateur et son travail

Durant le processus de médiation, le médiateur doit garder en tête que lorsqu’il accueille une personne, il accueille aussi un univers ainsi qu’un bagage important. Lorsque l’on intervient auprès de familles, le travail doit se faire auprès des parents, car si ces derniers sont épanouis, cela aura des répercussions sur son entourage immédiat. Selon Rufagari, l’aspect culturel est un alibi, mais n’est pas la vraie problématique. L’exemple de l’iceberg est mentionné pour expliquer qu’une partie du problème est visible, mais qu’il y a plus une grosse partie de cachée.

Les défis et les limites de la médiation interculturel

La médiation interculturelle comporte des défis et des limites. Pour Habib El Hage, il faut savoir sortir du cadre des préjugés et ne pas faire référence qu’aux aspects culturels. Il y a d’autres facteurs à considérer. Rufagari va dans le même sens en mentionnant que si le médiateur ne reconnaît pas ses stéréotypes et préjugés personnels, la relation avec la personne devant nous sera entachée.  Le langage utilisé a aussi un impact sur l’intervention du médiateur. Par exemple, Rufagari mentionne qu’il y a une confusion entre uniformité, équité et égalité. Tout comme la compréhension de l’autre. Ce qui nous semble évident ne l’est pas pour l’autre. Alors il est nécessaire pour l’intervenant de comprendre à la personne en face de lui pour par la suite être compris. Le médiateur doit être conscient de sa posture professionnelle, par exemple, les rapports de pouvoir, et de la manière dont il s’identifie culturellement. Il doit prendre en comptes les similitudes et les différences entre lui et sa clientèle. Ce sont des repères culturels ou autres qui peuvent aider à la socialisation du patient. Le médiateur doit se connaître très bien pour intervenir facilement avec sa clientèle. Il faut donc qu’il soit capable de se décentrer de la situation et d’aller à la découverte du cadre de référence de l’autre.

Autre aspect important à considérer lors d’une intervention interculturelle, c’est le choc culturel. Rufagari cite Cohen-Émerique qui en 1985 définissait le choc culturel comme une réaction à toutes situations émotionnelles ou intellectuelles qui fait réagir une personne en dehors de son contexte socioculturel habituel. Cela peut-être un dépaysement, de la frustration, du rejet ou toutes autres situations.

La médiation interculturelle et la construction identitaire

Lorsqu’un médiateur intervient dans une situation qui touche la construction identitaire, il doit comprendre cette dernière dans sa globalité, comme quelque chose qui se vit en continu et qui n’est pas fixe. L’identité s’élabore avec le contact avec l’autre. Si l’on veut faire le lien avec l’intervention auprès de jeunes maghrébins issus de l’immigration, il faut considérer que leur identité est hybride, à cheval entre deux cultures. Il faut aussi considérer la période d’adaptation du jeune. Elle est souvent plus rapide que celle de ses parents en raison du fait qu’il va à l’école. Le sentiment d’appartenance au Québec se développe donc plus rapidement. Ce qui n’est pas le cas des parents.

La conclusion du Colloque

Ce qu’il faut comprendre de cette journée, c’est le fait que l’identité est quelque chose de complexe qui n’est jamais fixe. Elle évolue en permanence selon le contexte dans lequel se trouve la personne. Évidemment, le contexte migratoire a un impact majeur sur la construction identitaire d’une personne. Selon l’âge à laquelle elle arrive, cela pourra lui être facile ou non. À l’adolescence, par exemple, il y a beaucoup de questions qui se posent de la part du jeune. Cela peut causer des conflits avec les parents. Mais il y a des pistes de solutions qui existent et qui peuvent être utiles si la personne le demande. Bref, la construction identitaire des jeunes maghrébins se joue sur plusieurs éléments que l’on doit considérer de façon globale.

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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