La maladie, culture et traitements : beau mélange

On connaît tous quelqu’un qui a vécu ou vit actuellement avec une maladie mentale : la dépression, la schizophrénie, les troubles compulsifs ou socio-affectifs, la démence ou autre.  Dans beaucoup de culture, il s’agit d’un sujet vraiment tabou. Ici, au Québec, on commence à en parler davantage. Pour sensibiliser à cette cause, le 10 octobre de chaque année, l’Organisation des Nations Unies organise une journée mondiale sur le sujet. J’en profite donc pour parler de la manière de traiter les patients issus de l’immigration.

La manière de parler de la maladie peut varier selon le contexte, mais aussi selon la culture. En fait, c’est ce qui l’influence grandement. On le sait, lorsque ça ne va pas bien dans notre vie, on a tendance à aller vers ce qui nous rassure, ce que l’on connaît. On se réfère à ce que notre mère nous faisait pour nous réconforter ou nous soigner. On se base aux normes culturelles de notre pays. Ce qui signifie que l’on aborde souvent les sujets tabous de manières subtiles.

Lorsque l’on parle de maladie, c’est souvent de manière déguisée. Certaines cultures vont utiliser des métaphores pour en parler ou évitent complètement le sujet avec la famille. Pas qu’ils ne veulent pas en parler ! C’est qu’ils ne veulent pas inquiéter les membres de leur famille. Dans d’autres cas, la personne malade, si elle en parle à la parenté, se retrouve envahie et surprotéger.

Les professionnels de la santé ont, évidemment, une opinion sur la question ! Pour beaucoup d’entre eux, les patients issus de l’immigration doivent s’adapter à leur nouvel environnement. Donc, exit tout l’aspect réconfortant de la culture d’origine. Et on oublie tout de nos habitudes d’avant. Oui, soigner quelqu’un est un grand défi et les spécialistes ont de grandes responsabilités. Mais lorsque l’on prendre soin d’une personne culturellement différente de nous, c’est un double défi, car, non seulement, le malade se réfère à ce qu’il connaît, mais le médecin se concentre parfois que sur le traitement tout en oubliant l’être humain derrière. Forcément, cela cause un choc culturel immense.

Les médecins peuvent, par exemple, croire que la personne n’en fait qu’à sa tête en ce qui concerne sa maladie. Mais en fait, peut-être qu’elle n’a tout simplement pas compris le message qui lui est transmis. Lorsque l’on parle avec un immigrant, même s’il maîtrise très bien le français ou l’anglais, il faut s’assurer de vulgariser le plus possible notre message. L’émotion qu’une mauvaise nouvelle génère coupe, en quelque sorte, la compréhension de la situation. Même si la personne vit au Québec depuis longtemps et qu’elle est bien intégrée, lorsqu’elle apprend vit une émotion forte, elle l’exprime souvent dans sa langue maternelle. Que l’émotion soit positive ou non, la réaction est la même. Je le vois au quotidien avec mon mari. Lorsqu’il se fâche, les insultes sont en arabe. Je ne peux pas tout traduire, mais je comprends que ça ne va pas. Un point important est de toujours vérifier si la personne a bien compris la discussion. De plus, prévoir un traducteur, comme quelqu’un de proche ou personne de référence dans l’hôpital, n’est pas une mauvaise idée.

Autre exemple, quand mon ex-mari a eu la confirmation de son cancer, ici au Québec, évidemment, il était en colère. Il s’est fâché contre le médecin qui s’occupait de son cas, principalement en raison que le diagnostic a pris plus de temps à arriver qu’en Tunisie. Là-bas, il l’avait eu la journée même, si je ne me trompe pas. Ici, le résultat a pris près de deux mois avant d’arriver. Là-bas, il parlait sa langue maternelle. Ici, le français était la deuxième langue du médecin et de mon mari. J’étais la seule personne pour qui le français était la langue maternelle. Ce qui a fait que mon ex-mari a explosé, car il ne comprenait pas le résultat. On lui avait sorti le nom scientifique de sa maladie et non les termes « cancer de l’œsophage ». J’ai tenté de le calmer sans trop de succès, car il a traîné sa frustration pendant quelques jours, au point de réprimander tout le personnel infirmier à qui il s’adressait au téléphone. J’ai dû prendre les rênes et lui parler. Il s’est calmé par la suite.

Tout ça pour dire que l’aspect culturel est important dans le traitement de la maladie. En sachant grosso modo comment chaque culture réagit face à la maladie, il y a de fortes chances que la guérison soit meilleure. Par contre, je sais que certaines cultures dans le déni de la maladie. Je connais beaucoup d’Arabes qui font comme si de rien n’était lorsqu’il est question de maladie. Ils ont un déni total sur le sujet. Ma belle-mère mange hyper sucrer juste après s’être piquée à l’insuline. J’ai connu des gens qui ont un fils autiste dont le père ne s’occupe pas de lui parce qu’il n’est pas capable de s’en occuper. La mère en prend soin seule et est certaine que la situation de son fils sera meilleure après des traitements au Canada.

Bref, la médecine traite l’humain. Il est donc important de comprendre toutes ses composantes (biologiques, psychologiques, culturelles) pour bien intervenir. Si une personne réagit d’une manière qui nous paraît étrange, c’est qu’il y a une raison. Au Québec, on a une culture plus individuelle. On est autonome très tôt. Dans les sociétés traditionnelles, la collectivité passe avant l’individu. Ce qui veut dire qu’une partie de la famille est impliquée dans le processus de guérison. Mais ce n’est pas forcément un gage de succès. Ce qui est important, c’est le respect de l’autre dans son entièreté pour s’assurer de sa collaboration. La personne, même malade, a une identité culturelle qui lui est propre et qui doit être prise en compte dans sa guérison. Il faut seulement que le personnel médical apprenne à faire leur travail tout en laissant la place nécessaire à la culture identitaire du malade.

 

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