Publié dans Religion

La halaka juive, un très bref aperçu

En tant qu’individus, nous avons tous, d’une manière ou d’une autre, à vivre en société. Cela sous-entend que nous avons des règles à respecter pour réussir à bien vivre ensemble. Ces règles structurent nos vies : il y a un temps à la maison en famille, un consacré au travail avec les collègues, un moment pour les loisirs avec les amis, etc.

Il va de même avec les religions. Elles ont des modalités qui encadrent notre façon de traverser le quotidien sans trop de difficulté. Comment s’habiller ? Quoi manger ? Où aller ? Elles nous dictent une manière de vivre qui se veut pour notre bien, qui nous facilite la vie. Mais est-ce toujours le cas ?

Après quelques recherches sur le sujet, un constat s’impose. Pour certaines communautés, la présence de plusieurs questionnements sur l’application de ses normes confessionnelles est importante. Les juifs d’aujourd’hui peuvent se demander comment harmoniser la halaka juive avec la réalité actuelle. On y prône de plus en plus une diversité de concepts qui appelle à une ouverture d’esprit sociale contradictoire avec celui du religieux. Par exemple, tout ce qui a trait à la sexualité (la contraception, l’avortement, les rapports hors mariage, etc.) et la place de la femme au sein de la religion (éducation, soumission à l’homme, etc.)

Pour ce faire, ce travail sera divisé de la façon suivante. Tout d’abord, une définition de la halaka juive trouvera son utilité dès le début du tracail. Par la suite, des exemples concrets permettront l’illustration des questionnements que la communauté juive peut avoir en lien avec les règles de vie juives et la diversité moderne.

Qu’est-ce que la halaka juive ?

Jack Lightstone mentionne, dans son chapitre sur le judaïsme (Un monde de religions Les traditions juive, chrétienne et musulmane 2000), que si l’on pose la question à un juif orthodoxe contemporain sur sa différence avec les autres juifs, le fait de suivre à la lettre la halaka et tout ce qu’elle contient revient le plus. Mais qu’est-ce que la halaka juive ?

La halaka juive : une définition 

Littéralement parlant, la halaka signifie « voie » en hébreu. Elle est de la même racine que le verbe « marcher ». Cela peut donc se traduire par « marcher dans la voie ». Mais pour les juifs orthodoxes, le terme halaka tire sa définition dans la littérature rabbinique publiée entre le troisième et le sixième siècle de l’ère commune. Des rabbins compétents en interprétation juive font référence à toutes lois sociales et aux rituels qui en découlent. C’est une manière de ritualiser « toute la législation et toutes les normes de conduite […] de nature sociale ou religieuse selon notre perceptive moderne séculière. » (Un monde de religions Les traditions juive, chrétienne et musulmane 2000) Donc, que ce soit dans le mariage, les prières, le shabbat, etc., le juif doit être mené sa vie selon les prescriptions de la Torah.

La halaka juive et les textes religieux

La halaka et la Torah sont intimement liés, car les deux se complètent et forment une référence entière et impossible à séparer. Selon les notes de cours sur le judaïsme, l’interprétation de la Torah est liée aux changements présents dans l’histoire. Donc, les interprétations sont variables selon la situation des juifs dans le temps. Mais elles sont basées sur la Torah orale et écrite. Pourquoi deux Torah ? Parce qu’une interdiction d’écrire les commentaires rabbiniques pendant une longue période. Mais vu le nombre de commentaires augmentait sans cesse, la nécessité de les écrire s’est vue imposée.

Durant quelques siècles, trois recueils de commentaires se sont vus rédigés par les scribes de l’époque. Le premier qui s’est vu écrire, entre le premier siècle avant l’ère commune et le troisième siècle de l’ère commune, est la Mishnah. En hébreu, ce terme signifie « qui vient de l’exigence » ou « qui vient de la recherche ». Le livre réfère à l’étude du Tanakh comme texte normatif et se trouve en fait en être l’exégèse des composantes juridiques du judaïsme. En d’autres mots, c’est le code de vie des juifs. Il se compose de trois parties : la Midrash halaka, la Midrash haggadah et la Midrash pesharim.

En deuxième vient le Talmud de Jérusalem rédigé entre le troisième et quatrième siècle de l’ère commune. Le dernier recueil est le Talmud de Babylone aussi appelé Ghemara. Sa rédaction remonte au quatrième et cinquième siècle de l’ère commune, bien que son achèvement date du huitième siècle. Le Talmud de Babylone est la référence ultime pour les juifs, car il est le support de la Torah orale.

Mais outre la Torah, qui comprend cinq livres (la Genèse, l’Exode, le Lévétique, le Nombre et le Deutéronome), d’autres livres ont leur importance dans la halaka juive. Les deux autres livres qui forment le Tanakh avec la Torah sont le Nevim et les Ketouvim. Le Nevim comporte 21 textes liés, d’une manière ou d’une autre, aux prophètes. Les Ketouvim sont 13 textes empreints de sagesse, comme des psaumes et des poèmes. Sinon, l’étude du Livre de la Splendeur se fait uniquement si l’on est un homme marié de plus de 40 ans. Quant aux textes de Qumran n’ont aucune valeur religieuse, mais sont quand même enseignés.

Les doctrines juives

Évidemment, comme toutes normes religieuses, des doctrines sont aussi nécessaires pour encadrer la vie religieuse et sociale. Par exemple, les 13 articles de foi rédigés par Maïmonide sont au cœur même de la foi juive. Aujourd’hui, ils prennent la forme d’un cantique, nommé Yigdal, qui est l’un des plus importants dans le livre de prières juives. Si l’on résume les 13 articles de foi, la question de l’unicité de Dieu et de son existence physique et temporelle se voit dès le début. Mais aussi de Moshé comme le maître de tous les prophètes et transmetteur ultime d’une Torah immuable dans le temps.

L’INTERPRÉTATION DE LA HALAKA

Toujours selon Lightstone (Un monde de religions Les traditions juive, chrétienne et musulmane 2000), la halaka juive peut s’adapter à toutes situations. Elle peut s’appliquer aisément dans le contexte actuel tout comme ce fut le cas dans toutes sociétés juives passées. Du moment, et c’est le plus important, c’est l’exhaustivité relié à la nature de la Torah. Les interprétations qu’ont les Juifs de la halaka leur permettent de codifier l’alimentation, les fêtes, la place à prendre dans la société et le cycle de la vie d’un juif.

Chacun son rôle

Au Québec, selon Lightstone, notre système, bien que laïque, laisse une certaine place au religieux. C'est qui permet aux différentes communautés, comme c’est les cas pour les juifs, de déterminer des rôles précis à leurs membres. Ces rôles touchent plusieurs sphères de la vie privée ou publique des croyants, que ce soit l’éducation, les relations maritales, sa place dans la famille, dans la communauté, etc. Un problème avec la définition de la halaka orthodoxe demeure son interprétation qu’importe le contexte. Contenue du fait que les sociétés actuelles sont de plus en plus tolérantes par rapport à la diversité, la halaka orthodoxe semble donner un sens important à la communauté juive. Mais une question s’impose : qu’est-ce qu’un juif ? Selon l’halakha orthodoxe, est

« juif quiconque est né d’une mère juive et ne s’est pas converti à une autre religion, ou quiconque s’est converti au judaïsme et dont la conversion a été effectuée par une cour rabbinique dûment établie (composée de trois rabbins) » (Un monde de religions Les traditions juive, chrétienne et musulmane 2000)

À partir de cette définition, les rôles sociaux se trouvent à être distribués en fonction du fait d’être juif, de qui épouser, quelles obligations religieuses sont à accomplir et à l’interprétation de l’halaka. Pour Lightstone, le judaïsme rabbinique est basé sur un système de caste culturel qui serait présent dans la bible juive. Ce serait le cas notamment des Sadducéens était une caste parce qu’ils étaient prêtres et une classe politique parce qu’ils étaient opposés aux pharisiens (Bohrmann 1997, page 32).

DANS LE MARIAGE

Aujourd’hui, l’endogamie est primordiale pour les juifs, car elle est prescrite par la halaka. Seuls les mariages entre juifs sont reconnus par la loi juive. Un membre de la communauté juive peut marier quelqu’un à l’extérieur de sa communauté, mais le mariage ne sera pas reconnu en raison des prescriptions juridiques. Trois raisons spécifiques poussent les juifs à se marier uniquement entre eux :

  1. La création d’une famille qui appartient au peuple d’Israël ;
  2. Le soutien mutuel entre les deux partenaires du couple ;
  3. La procréation et l’assurance d’une nouvelle génération. (Un monde de religions Les traditions juive, chrétienne et musulmane 2000)

Avant le mariage, le judaïsme exige deux grandes étapes. Tout d’abord, la sanctification des partenaires. Ces derniers se trouvent à se promettre l’un à l’autre pour le grand jour. La rédaction d’un contrat de mariage, inchangé depuis environ mille ans, est aussi une exigence de la halaka rabbinique. Les rôles des époux y sont définis.

De plus, selon le Rabbin Yeshaya Dalsace, un homme qui se dit cohen ne peut marier une femme divorcée ou convertie, car il doit garder sa lignée pure (Dalsace 2009). Cette interdiction provient du Lévitique, chapitre 21, verset 14. « Il ne prendra ni une veuve, ni une femme répudiée, ni une femme déshonorée ou prostituée ; mais il prendra pour femme une vierge parmi son peuple » (Cohen 2020).

DANS LA COMMUNAUTÉ

Parmi les valeurs importantes de la halaka juive, la fraternité au sein de la communauté trouve sa place. Le fait de poser certaines actions, religieuses ou non, doit préférablement se faire en groupe. Lors d’activités de groupe, une personne agit au nom de tous ceux qui y sont présents. Dans une assemblée mixte, ce sont les hommes ayant les compétences légales qui font office d’agent pour le groupe. Mais les femmes peuvent aussi le faire selon les circonstances. Lightstone mentionne dans son texte que, selon les jugements de la halaka, « seul celui qui a les mêmes obligations que ses paires est légalement capable d’agir comme leur agent pour l’accomplissement de leurs obligations. » (Un monde de religions Les traditions juive, chrétienne et musulmane 2000) Ce qui a un impact sur les rôles genrés, variables selon l’âge des personnes, au sein de la communauté.

Changement de statut

Comme mentionné précédemment, le statut de la personne juive varie selon son sexe, mais aussi de son âge. Ces changements sont encadrés par la halaka juive et se vivent sous forme de rituels bien rodés. Ces derniers encadrent plusieurs moments de la vie entre la naissance et la mort de chaque individu. Le changement de statut le plus marquant est l’entrée dans la vie adulte. Une différence se distingue entre les célébrations consacrées aux garçons et celles consacrées aux filles. La bar mitzvah se vit à 13 ans pour les garçons. La bat mitzvah des filles est fixé à 12 ans. Le seul point commun est le fait de devenir légalement un adulte aux yeux de sa communauté religieuse. Une fois célébrée, une personne d’une douzaine d’années peut agir au même titre qu’un individu qui a cinq fois son âge. Par contre, les compétences diffèrent selon les sexes, ce qui explique aussi la différence entre le type de célébration à effectuer selon l’enfant qui devient adulte.

Les femmes et la halaka juive

Les vêtements

En ce qui a trait aux vêtements, les femmes juives possèdent très peu d’ornement. De par leurs habillements, les femmes doivent rester discrètes aux yeux des hommes qu’elles croisent en public. Par le fait même, les femmes juives orthodoxes portent davantage de jupes que de pantalons, car ces derniers déforment l’identité de genre (Un monde de religions Les traditions juive, chrétienne et musulmane 2000).

Les règles

Dans le Lévitique, chapitre 15, verset 19, il est mentionné que « [une] femme qui aura un écoulement, un flux de sang en sa chair, sera sept jours en séparation ; et celui qui la touchera sera impur jusqu’au soir. » (Cohen 2020). Le nida interdit aux femmes réglées de toucher qui que soit, qu’importe la façon, durant une période de sept jours. Sinon, elle transmet son impureté. Mais le délai, la zava, peut se prolonger. Elles demeurent donc toujours impures tant et aussi longtemps qu’elles ont leurs règles. Donc, encore là, tout ce qu’elles touchent est impur (Susskind-Goldberg 2008a). D’où la question de séparation entre les partenaires d’un même couple. Selon Monique Susskind-Goldberg, une évolution dans le temps existe au sujet des règles. Dans le Talmud, un commentaire de Rabbi Yehuda Hanassi mentionne le fait que les femmes d’Israël étaient très strictes au sujet de leurs règles. En plus des jours que durent leurs menstruations, les juives respectaient sept jours blancs, afin de se purifier. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Selon la nida, les femmes demeurent impures seulement sept jours.

La participation des femmes

Selon le mouvement Massorti, de plus en plus de femmes prennent les mêmes responsabilités que les hommes. Pour eux, le halaka juive permet aux femmes de « monter à la Torah et de la lire en public » (Susskind-Goldberg 2008b). Bien qu’elles aient certaines restrictions par rapport à certains points du judaïsme, les femmes juives ont des obligations similaires aux hommes, comme le fait de faire les prières, Mezouza et les bénédictions après le repas. En fait, dans plusieurs livres sacrés, l’obligation de la prière est inscrite autant pour la femme et pour l’homme. Selon l’interprétation de Susskind-Goldberg, cela a toujours été la norme depuis l’époque talmudique. Quoiqu’il existe une exception. Les Aharonim suggèrent aux femmes de faire qu’une prière par jour. Pour ce qui est de minyan, aucune précision n’existe sur qui doit le faire ou non. Pour Maïmonide, par exemple, « [toute] parole de sanctification ne peut se réciter qu’en présence d’une assemblée juive puisqu’il est écrit “afin que je sois sanctifié au milieu des enfants d’Israël” (Susskind-Goldberg 2008b).

L’éthique religieuse aujourd’hui

L’éthique religieuse, qu’importe la religion, a toujours eu une importance. Le judaïsme ne fait pas exception. Comme les temps ont changé depuis l’apparition des divers livres sacrés, plusieurs questions surgissent à savoir comment agir conformément à la religion. Les sujets sont variés et actuels, comme la mort, le racisme, la sexualité, etc. Sur le site Massorti, plusieurs réponses sont données aux questions des gens.

Une question porte sur l’euthanasie. Est-elle permise dans le judaïsme ? Pas vraiment, car la vie est plus que respectée. Le juif doit mourir naturellement et non par un meurtre, même s’il est fait par amour. Mais la question demeure ambiguë, car le meurtre est interdit, mais de subir une grande souffrance aussi. (Dalsace 2008)

Les relations avec les non-juifs sont souvent mal interprétées. Selon le site Massorti, il y est question de mépris. Principalement parce que l’expression “peuple élu” est incomprise en raison d’ambiguïté sur sa définition (“Judaïsme et racisme” 2010). En ce qui a trait à la sexualité, Eliott Dorff mentionne que “les rabbins de l’époque de la Michna et du Talmud ont considéré que seuls les hommes avaient l’obligation formelle de procréer” (Dorff 2006). Mais les femmes demeurent autant impliquées que les hommes dans la création d’une famille juive. Par contre, le recours à la contraception ou à l’avortement n’est pas interdit. Par contre, les rabbins ne semblent en accord. Certains sont plus restrictifs que d’autres sur le sujet.


La halaka juive en résumé

Dans le présent texte, la question de la halaka juive est brièvement abordée. Les informations sur le sujet sont abondantes. Ce qui a quelque peu complexifié la rédaction de ce travail. Plusieurs sujets auraient pu y trouver une place, mais les contraintes ont fait en sorte que des coupures ont dû être réalisées. Car la halaka juive encadre de nombreux aspects de la vie religieuse des juifs. Comme l’alimentation, les fêtes, les rôles sociaux, l’éthique, etc.

Dans le cadre de ce travail, les questions des rôles sociaux dans le cadre du mariage et dans la communauté ont été abordées. En résumé, les rôles sociaux diffèrent selon le genre. Mais les juifs deviennent religieusement adultes au début de l’adolescence. Les filles à 12 ans et les garçons à 13 ans. Les célébrations sont, de facto, différentes selon la situation. Par contre, la place des femmes dans la communauté a évolué. Du moins, du point de vue des juifs Massorti.

L’éthique religieuse a aussi connu une évolution dans le temps. Certains sont tabous, comme le cas de l’euthanasie. Par contre, d’autres restent autorisés, comme la contraception et l’avortement. Ce point peut sembler contradictoire, car aux yeux de certaines personnes, l’euthanasie et l’avortement peuvent être considérés comme un meurtre. Mais pas dans le cas du judaïsme, car seul le suicide assisté l’est. La vie est sacrée pour les juifs. Dans le Michna, le verset cinq du quatrième chapitre de Sanhédrin mentionne que toute personne qui sauve une personne sauve par le fait même tout le monde.

La recherche qui a abouti à la réalisation de ce travail à favoriser des apprentissages importants sur le judaïsme. Cela a permet d’ouvrir les yeux sur des réalités, bien que différentes d’une religion à l’autre, trouvent aussi des similitudes. Oui, toutes les religions ont un cadre normatif qui guide les croyants. Mais la réalité sociale actuelle fait en sorte que des questions peuvent surgir et doivent trouver des réponses.

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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