Publié dans Diversité, Identité

La DPJ et les autochtones

On le sait, depuis l’arrivée de l’homme blanc en Amérique, les autochtones ont eu la vie dure. Si l’on prend l’exemple du Canada, on parle, entre autres, de la loi sur les Indiens, les pensionnats autochtones, la rafle d’enfants dans les années 60 et j’en passe, car la liste des violences vécues peut être longue. Ces acharnements sur les Premières Nations ont d’importantes conséquences sur la perception de ces derniers. On le voit aussi notamment avec la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) et la manière dont elle traite les jeunes issus de ces communautés. Cette réalité ne leur est pas exclusive, mais est le reflet de ce que vivent les minorités culturelles du Québec. Dernièrement, plusieurs articles de journaux et de reportage télévisuel parlaient justement de cette situation des autochtones avec la DPJ. Il y a des opinions divergentes et il est important de les analyser pour bien comprendre ce qui en ressort.

Un changement s’opère

En octobre dernier, un article de Radio-Canada parlait de la réforme concernant la nouvelle Loi sur la protection de la jeunesse. Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec, se disait heureux des changements apportés, des propos que la présidente de la Fédération des familles d’accueil et ressources intermédiaires du Québec, Geneviève Rioux, complète en disant que :

« Maintenant, on va pouvoir aller voir le juge, parler lors de la prise de décisions, faire en sorte que ce qu’on vit et ce qu’on observe avec les enfants, ça va être pris en compte, maintenant, pour les choix des enfants. »

Pourquoi une telle joie ? Parce que la loi s’adapte enfin à la réalité des autochtones. Pour Geoffrey Kelly, ministre des Affaires autochtones parle d’une grande avancée, car les services seront plus proches de la culture des Premières Nations, ce qui, selon lui, va dans le sens de la Déclaration de l’ONU, qui exige d’être sensible à leur culture. En permettant aux enfants de demeurer dans une famille qui leur ressemble, l’éducation culturelle demeure présente dans sa vie. On parle de la langue, des habitudes de vie, des traditions, etc. C’est une grande partie de l’identité de l’individu. De plus, selon Ghislain Picard, plus ou moins 50% de la population autochtone à moins de 25 ans. Donc, le besoin est criant.

Retour en arrière sur la situation

Au début de février, un article dans La Presse + vient expliquer comment les jeunes issus de ces communautés vivent le fait d’être placé en famille d’accueil non autochtone. Ces jeunes dénoncent le fait que la DPJ les a brisés et fait en sorte que leur culture autochtone ne fasse plus partie d’eux. La comparaison est brutale : pour bon nombre d’entre eux, la DPJ est semblable aux pensionnats autochtones qui ont fait ravage jusqu’à la fin du 20e siècle. Idée qui est partagée par le président de la Société Makivik, Jobie Tukkiapik dans un article du Devoir en janvier 2018. L’exemple de Xavier au début de l’article de La Presse + est frappant. Il a été placé en famille d’accueil à 8 ans et en quelques mois, il sentait que sa culture algonquine le quittait progressivement pour disparaître complètement. À la majorité, il se retrouvait avec une double identité : physiquement, il est autochtone, mais il a le cœur blanc. Au point où il sombre dans les drogues et l’alcool ! D’autres cas sont expliqués dans l’article qui prouve que la situation doit évoluer, comme le cas de Louisa.

Et la réalité terrain dans tout ça ?

La situation n’est pas exclusive au Québec, mais pancanadienne. Le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Canada, Perry Bellegarde, demande aux différentes communautés de se réapproprier les différents services liés à l’aide à l’enfance. C’est ce qui arrive progressivement au Québec, mais il y a encore beaucoup de progrès. Par exemple, les communautés autochtones de la Côte-Nord ont un réseau de familles d’accueil pour recevoir les enfants qui en ont le besoin. Idem pour les Inuits qui tentent de construire des maisons d’accueil adapté à leurs besoins. Ce n’est pas le cas de la communauté du Lac-Simon.

Au Québec en date du 25 avril 2016, le nombre d’enfants placés était tout près de 32 000. De ce nombre, selon Le Devoir, 10 % des enfants confiés à la DPJ sont issus des communautés autochtones. Ce qui semble peu, mais qu’on multiplie par cinq par rapport au poids démographique.

Statistiques en date d’avril 2016, Observatoire sur la maltraitance envers les enfants

Comme on peut le constater, la problématique est bien présente. On ne peut pas le nier. Les communautés autochtones ont souffert des répercussions des placements dans des familles blanches à cause de la DPJ. Par contre, certaines d’entre elles tentent de s’en sortir alors que d’autres en souffrent encore. Mais ce n’est pas une problématique qui date d’hier. Les immigrants le vivent aussi, comme le montre cet article de La Presse qui remonte à 2011. La DPJ doit donc s’adapter à la nouvelle image du Québec et être capable de placer les enfants issus des communautés culturelles dans des familles qui leur sont similaires. Ce qui relève d’un grand défi, mais qui est plus que nécessaire. En procédant ainsi, les enfants sauront mieux concilier les différentes identités qui les habitent.

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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