Publié dans Femmes, Islam, Portrait de musulmanes

LA CRÉATION DE FAUX HADITHS ET LES FEMMES

Les hadiths du prophète sont des références importantes dans l’Islam. Ils nous indiquent le chemin à suivre. On a aussi le Coran qui fait la même mission. Mais comme beaucoup de choses dans la vie, ces sources sont parfois mal interprétées ou complètement modifiées. C’est le thème de l’article d’aujourd’hui. En effet, beaucoup de hadiths, des propos tenus par le prophète ou des gens de son entourage à son sujet, sont falsifiés. Surtout en ce qui a trait aux femmes. Pour ce texte, je me suis basée sur le livre de Maryam Atiya Faux hadiths aux sujets de la femme paru chez Tawhid en 2013. Il a été traduit de l’arabe par Claude Dabbak. Les préfaces sont de Tariq Ramadan, islamologue suisse et du Docteur Abdallâh ibn Yûsuf al-Judai, vice-président du Conseil européen de la fatwa et de la recherche. Je l’ai acheté en ligne dans une librairie islamique française.

Les catégories de faux hadiths

En fait, les faux hadiths dans ce livre sont regroupés en cinq catégories :

  1. L’isolement des femmes, car, pour beaucoup d’hommes, le seul endroit bien pour elles, c’est la maison du mari ;
  2. La séduction et la ruse des femmes, qui sont toutes, évidemment, influencées par le diable ;
  3. L’intelligence des femmes est à mépriser, car, on le sait, elles sont toutes stupides et leurs opinions ne sont pas valides ;
  4. La soumission de la femme est uniquement pour l’homme, du moins selon certaines cultures patriarcales ;
  5. Les préjudices que vivent les femmes, car, évidemment, les quatre points précédents ne sont pas assez discréditant pour les femmes.

Ces cinq points ont tous une connotation négative et sont utilisés par les hommes pour discréditer les femmes sur plusieurs niveaux : politique, sociable ou culturelle. Mais dans aucun cas, ces hadiths ne vont pas dans le sens des preuves coraniques ou de la sunna.

Mais pourquoi créer de faux hadiths ?

L’Islam existe depuis près de 1500 ans. Mais après le décès du prophète, lorsque l’Islam s’est propagé sur de nombreux territoires, des gens ont répandu des faussetés pour corrompre la religion. 41 ans après l’hégire que des gens haïssant l’islam ont commencé à en dire ici et là. De plus, des soi-disant musulmans ayant peu de foi ont aussi inventé de faux hadiths pour s’avantager par rapport à l’islam. Parmi les autres causes, on mentionne le fait que certains voulaient corriger les mensonges. Il est aussi question du fait que la transmission a été influencée par les propres avis de gens se disant spirituels. Aussi des savants ayant noté des hadiths les ont perdus. Ce qui fait que la mémorisation est biaisée. Idem pour les rapporteurs de confiance qui, en fin de vie, ont eu l’esprit brouillé et transmettaient les hadiths d’une manière erronée.

Les chaînes de transmission des faux hadiths

En effet, les hadiths ont des chaînes de transmission qui confirment ou non la validité de ce qui est transmis. Aṣ-Ṣâghânî disait que « Les faux hadiths sont devenus nombreux à notre époque : ils sont rapportés par des prédicateurs-conteurs devant les chaires et dans les assemblées, et répétés par les ascètes et les juristes dans les rues et dans les écoles, ils circulent dans les réunions comme dans les tribus, parce que les gens connaissent mal la Sunna et s’en sont détournés. » Mubârak considère que les chaînes de transmission font partie de la religion, car sans elles, n’importe qui peut dire n’importe quoi ! Ibn Sîrîn dit qu’auparavant, ses chaînes n’existaient pas. Elles sont apparues à cause des faux hadiths.  En gros, à force d’être répété dans différentes situations, cela fait en sorte que les hadiths sont ancrés dans les mentalités populaires, culturelles et religieuses.

 

Mais pourquoi cibler les femmes avec les faux hadiths ?

Les femmes sont victimes de plusieurs faux hadiths. L’un des buts est de faire en sorte qu’elles soient dans l’ignorance. Pourtant, l’éducation des enfants passe par elles. Donc, en étant ignorante notamment en matière de lecture, d’écriture et de religion, l’éducation des enfants est affectée et créée des générations d’ignorants. Pourquoi ? Parce que pour certaines personnes, la lecture et l’écriture sont des armes de corruptions ! Aussi en isolant la femme dans la maison, on l’infériorise et on limite sa participation à la société. Ce que l’Islam encourage. En étant cachées du reste de la société, ces femmes sont plus susceptibles d’être victimes de violences physiques, psychologiques ou économiques. D’ailleurs, la totalité des faux hadiths est inventée par les hommes. Selon les études, la liste des créateurs a été faite. Aucun nom féminin y est présent ! Les femmes sont donc plus fiables que les hommes à ce sujet !

La femme musulmane du point de vue des créateurs de ces faux hadiths

Les créateurs de faux hadiths veulent donner une image négative de l’islam selon une représentation précise de la femme musulmane. Celle d’une femme sans jugement soumis totalement à l’homme. Une femme à la fois rusée et trompeuse parce qu’elle est subordonnée au diable. La seule chose qui lui serait permise d’apprendre est la sourate an nour, la lumière, pour la simple raison qu’il y est question du châtiment corporel en cas d’adultère. Parce qu’ironiquement, toute femme, même voilée, est une séductrice dans l’âme. N’est-ce pas ? Donc, il faut absolument la cacher pour éviter toute tentation. Mais paradoxalement, les hommes prônant ce fait, veulent que leurs propres femmes soient en contact qu’avec des femmes lorsque vient le temps d’un accouchement, par exemple. Mais ces femmes médecins ont une formation scolaire, une éducation qui font qu’elles puissent travailler avec cette clientèle. Est-ce que le travail fait des femmes des êtres de catégories à part ?

La différence entre un hadith faible et un hadith inventé

 

L’imam at-Tirmidhi divisait les hadiths en trois catégories principales. Il y a les authentiques et les faibles. Mais entre les deux, il y a les bons hadiths.

Hadiths faibles

En fait, les hadiths faibles servent à l’argumentation juridique, mais peuvent être faibles ou bons selon le contexte. Mais une chose certaine, c’est qu’ils sont considérés faibles parce qu’ils ne cadrent pas à la définition des hadiths authentiques ou bons. On note que la chaîne de transmission et la réputation du rapporteur ont une influence sur la catégorisation des hadiths. En effet, s’il y a une incertitude en ce qui a trait à l’honneur ou à la fiabilité du rapporteur, le hadith n’est pas retenu. Par contre, s’il y a une confirmation d’un rapporteur plus sérieux, le hadith peut être approuvé. Sans compensation, le statut ne change pas.

Hadiths inventés

Lorsque quelqu’un invente un hadith, cela signifie qu’il a été fabriqué de toute pièce et de façon mensongère. Faussement attribué au prophète, de façon volontairement ou non, il se retrouve donc dans les recueils de hadiths. Pour des gens, comme ibn ad Salah, ce type de hadith est pire que les hadiths faibles. Au point, qu’ils ne devraient pas être considérés dans aucune catégorie. Lorsque l’on lit sur les hadiths inventés, plusieurs expressions prouvent que les rapporteurs ont mauvaise réputation. On les traite de menteurs, de forgeurs ou de calomniateurs. Les transmissions de ce type de hadith sont variables selon les intentions, car, à la base, c’est mal vu, pour un musulman, de rapporter un hadith inventé. Premièrement, pour rapporter le fait que ces hadiths sont faux. Deuxièmement, par ignorance, car il n’a pas cherché à savoir si c’est vrai. En dernier lieu, ceux qui le font volontairement dans le but de nuire.

Conséquences liées aux faux hadiths

Forcément, il y a des conséquences à ces faux hadiths. Ils propagent une fausse image de l’islam, mais affectent les croyants au quotidien. Encore aujourd’hui, on croit à la soumission totale de la femme musulmane est à l’homme. Pourtant, si c’est le cas, pourquoi je serais ici à vous écrire ?  Être complètement soumise à mon mari, je ne vous écrirais pas ici l’inverse. Oui, je respecte, du mieux que je peux, ce que mon mari me dit. Mais est-ce que ça fait de moi une femme soumise ou rebelle, selon la situation ? Et si les femmes musulmanes doivent être ignorantes, pourquoi sont-elles, dans bien des cas, beaucoup plus éduquées que plusieurs femmes non-musulmanes ? Je connais de nombreuses femmes musulmanes, ici ou ailleurs, qui sont ingénieures, avocates, enseignantes… Pourtant, à cause de ces faux hadiths, ils stigmatisent bon nombre de femmes comme étant stupide.

Bref, même si ces faux hadiths ont été créés, il y a plus d’un millénaire, ils ont encore un impact aujourd’hui. Par chance, beaucoup tente de prouver l’inverse. Bien ancrés tant dans la culture musulmane qu’occidental ces hadiths font en sorte qu’il est parfois difficile de faire la part des choses. D’où l’importance de faire des recherches pour bien comprendre ce qui se passe ailleurs.

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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