Publié dans Identité, Islam, Lectures

Journée canadienne du multiculturalisme : regard sur les Maghrébin·e·s

Aujourd’hui, c’est la journée canadienne du multiculturalisme. En gros, c’est le fait qu’il y ait plusieurs cultures dans un même pays. Comme c’est le cas au Canada. C’est l’occasion de fêter le fait que le Canada a une grande richesse culturelle et du respect presque réciproque entre les différents groupes culturels qui compose la société canadienne. Pourquoi presque réciproque ? Parce qu’on le sait, il y a beaucoup d’incompréhension par rapport à certaines communautés d’immigrants. En 2011, le pays comptait environ 200 communautés différentes, dont quelques-unes qui dépassaient le million de membres. Un groupe est souvent victimes de préjugés : les Maghrébin·e·s. Au Québec, la grande majorité habite Montréal. Bochra Manaï a écrit un livre sur ce sujet précis : Les Maghrébins de Montréal paru en 2018 aux Éditions des Presses de l’Université de Montréal. Il contient 160 pages.

(c) Myrianne Lemay, capture d’écran

L’ethnicité des Maghrébin·e·s

Si j’ai bien compris, l’ethnicité n’est pas seulement le fait d’hériter des gênes de nos ancêtres. Les interactions sociales sont primordiales dans la construction de l’ethnicité individuelle ou d’un groupe. L’ethnicité d’un groupe, selon Max Weber, le lien de parenté a son importance, mais la croyance et les similitudes (histoire, cultures ou autres) l’ont encore plus. Donc, le lien de sang passe souvent au second rang. Dans le cas qui nous concerne ici, les Maghrébins sont les gens habitant le Maroc, l’Algérie et la Tunisie. Il s’agit souvent d’Arabes ou d’autochtones habitant l’un de ces pays et qui ont en commun la langue, la religion et un passé colonial pas très élogieux. Malgré ces similitudes, il y a de nombreuses différences qui font que l’identité ne se définit pas uniquement de façon globale, mais selon des caractéristiques qui lui sont propres. Il existe donc des sous-catégorisations à considérer qui définissent l’ethnicité d’un groupe.

L’immigration des Magrhébin·e·s

Le profil des Maghrébin·e·s est paradoxale. La grande majorité de ce groupe est beaucoup plus éduqué que la moyenne canadienne. Par contre, lorsque l’un de ces membres trouve un emploi, il est souvent surqualifié. Aussi, beaucoup d’immigrant·e·s sont des étudiants provenant d’Afrique du Nord. La présence des femmes maghrébines se fait sentir de plus en plus. Contrairement à la France, où l’immigration féminine provenant du Maghreb résulte du regroupement familial, le cas du Québec diffère. En effet, l’immigration des Maghrébin·e·s découle du recrutement de la province et du pays. Le Québec choisit ses immigrants en fonction de plusieurs critères, dont la scolarité et la qualification au travail. Les femmes, considérées comme un vecteur important pour les communautés. Bien que la société considère bien souvent les femmes musulmanes comme des victimes, elles ont un pouvoir socio-économique important.

Montréal, un ghetto de Maghrébin·e·s

La grande majorité des Maghrébin·e·s vivent dans la grande région de Montréal. Plusieurs vivent sur l’île, mais aussi dans ses banlieues. Comme la majorité des immigrant·e·s présent·e·s, les Maghrébin·e·s se rassemble avec leur semblable. Leur forte concentration dans un même endroit fait en sorte de créer un ghetto. Une minorité dans un même secteur qui provoque donc une cohésion sociale qui peut sembler majoritaire. D’où le fait que, pour certain·e·s, il faut éviter. Les Maghrébin·e·s de Montréal sont présents dans de nombreux quartiers plus ou moins centraux de l’île. On pense à Parc-Extension, Rosemont-Petite-Patrie, Saint-Laurent, Ahuntsic-Cartierville et Côte-des-Neiges. Le fait de savoir où habitent les immigrant·e·s permet d’en connaître davantage sur leur situation. On peut donc découvrir beaucoup de choses à leur sujet. On pense notamment au Petit Maghreb, mais aussi au quartier Chinois ou à la Petite Italie. Montréal ne manque pas de quartiers comme ces derniers.

Les marqueurs identitaires des Maghrébin·e·s

En fait, il y a deux grands types de marqueurs que l’on peut identifier chez tout groupe. Le premier est visible et le deuxième, non. L’image de l’Iceberg revient souvent comme représentation de cette dualité. Au niveau urbain, on note une définition des lieux. C’est-à-dire que le territoire se définit selon des relations de pouvoir ou conflictuelles. Et c’est normal ! Pour beaucoup d’immigrant·e·s, cela passe par exemple, par des associations (culturelle, religieuse ou patrimoniale), des médias communautaires, des lieux de cultes ou des commerces. Vu leur visibilité, ces marqueurs peuvent être source de négociations. Comme c’est le cas pour les lieux de culte. À Montréal ou dans d’autres centres urbains, il y a divers lieux de cultes. Cela permet l’intégration des immigrant·e·s. Les écoles religieuses ont aussi leur impact sur la manière dont les nouveaux arrivants s’intégreront à la société. D’ailleurs, beaucoup de commerçants ont appris leur travail actuel ici, sur le « tas ».

Le Petit Maghreb : haut lieu des Maghrébin·e·s

Le meilleur exemple que l’on peut donner de ce territoire urbain ce sont les quartiers multiethniques. Montréal en compte plusieurs, dont le quartier chinois ou la Petite Italie. Dans le cas qui nous concerne, le Petit Maghreb ne donne pas sa place non plus. Situé sur la rue Jean-Talon, principalement entre Saint-Michel et Pie-IX, on y trouve tous les marqueurs visibles typiques des Maghrébin·e·s. Il y a des commerces de toutes sortes, des mosquées, des associations, etc. Tout comme au Maghreb, les gens vivent dans la rue. Les événements sont très inclusifs et c’est là que les gens socialisent. Il y a peu de distinction entre les habitants des trois pays, tous vivent une situation similaire. Évidemment, l’identité maghrébine reste présente, on la sent dès qu’on met les pieds dans le quartier. Est-ce que cela en fait un endroit touristique ? Non, car ce sont principalement les Maghrébins qui y habitent. Les autres sont des minorités.

Les Maghrébin·e·s et l’Islam

Pour beaucoup, les deux vont de pairs. Les gens voient un Arabe, il est automatiquement musulman. Mais les Arabes, qu’importe l’origine, représentent que 20% de la population musulmane. La très grande majorité est asiatique. Pourtant, la religion est probablement le marqueur le plus important chez les Maghrébin·e·s, car bon nombre d’entre eux sont musulmans. Ce qui peut porter à confusion par moment. Aussi, lorsqu’il est question de l’Islam, les médias ont une tendance à sortir tous les clichés concernant la communauté arabo-musulmane. Par contre, les préjugés peuvent aller dans les deux sens. Parce qu’ils ne sentent pas accueilli au Québec, certain·e·s Maghrébin·e·s vivent une ambivalence identitaire. Étrangers, ils et elles resteront aux yeux des gens, même si né·e·s au Québec. Le sentiment d’appartenance est donc ambigu pour certain·e·s. Mais est-ce dû au fait que plusieurs ignorent ce qu’est l’Islam et que très peu de questions ne sont posées sur le sujet ?

Bref, il s’agit d’un bref résumé du livre, mais je vous invite à le lire, si vous êtes intéressé par le sujet. Évidemment, il est question des Maghrébin·e·s, mais je crois qu’il y a un parallèle avec n’importe quelles communautés à Montréal. Avez-vous des exemples ?

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire le pourriel. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.