Publié dans immigration

Interventions en contexte migratoire : les familles

Dans les derniers mois, j’ai souvent entendu des gens dire ne pas savoir comment intervenir auprès des membres de famille issue de l’immigration. Je vous en ai parler dans un texte récemment. Mais je reviens aujourd’hui, car je sais que ce qui est inquiète le plus ces intervenants, c’est la relation parents/enfants en contexte migratoire.

Il faut dire qu’il n’y a pas de recette miracle pour réussir son travail de parents. Étant donné que chaque personne est unique, il est impossible de savoir quel type de relation que nous allons avoir avec nos enfants. Aussi, on peut voir un échec là où il y a une réussite. L’inverse est aussi vrai.

Bref, lorsque l’on est intervenant et que l’on doit intervenir dans une relation familiale qui souffre, on se pose parfois des questions à savoir si l’on travaille correctement avec le cas devant nous. Et c’est normal !

Mise en contexte de l’intervention interculturelle auprès des familles

En fait, ce qu’il faut savoir lorsque l’on travaille en contexte interculturel, c’est qu’il y a autant d’histoire que de cas. Il n’y a rien de couler dans le béton. Ce que l’on sait, c’est que chaque personne arrive dans son pays d’accueil avec son bagage et qu’il est parfois difficile de s’en départir. Par contre, voici ce que j’ai appris concernant l’intervention auprès des familles issues de l’immigration.

Portait de la situation : des familles et la DPJ

Lors du colloque social de l’Association Racines, en septembre 2018, j’ai appris que la moitié des signalements que les gens font à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) sont des cas de familles issues de l’immigration.  Pourquoi ? Parce que, dans bien des cas, la manière d’éduquer un enfant diffère d’une culture à l’autre. Par exemple, pour les parents haïtiens, il est normal d’être autoritaire avec leurs progénitures, allant même des fois à frapper un enfant pour le corriger physiquement. L’intention n’est pas de le maltraiter, mais de l’éduquer. Chose qu’au Québec, on ne fait plus depuis longtemps. Et il y a des cas similaires dans plusieurs communautés culturelles au Québec.

Les rapports de pouvoir entre institutions et familles

Pour Ghayda Hassan, du Centre de recherche Sherpas, le fait d’appartenir à une institution créée un rapport de pouvoir entre l’intervenant et à sa clientèle. Lors du colloque social de 2017 de l’Association Racines, elle a donné en exemple le cas d’une famille où la jeune fille fut placée en famille d’accueil par la DPJ. Dans ce cas en particulier, le contexte culturel n’a pas été pris en compte lors de l’évaluation faite par l’intervenant. La dynamique de pouvoir non plus. En fait, Hassan qualifie ce placement comme étant une violence envers la famille et l’enfant. Cet acte disqualifie aussi les parents dans leurs capacités parentales, mais a eu un impact sur la fille. Sa santé mentale s’est détériorée et elle a eu des idées suicidaires.

Et la violence systémique dans tout ça

Hassan continu son idée avec le fait qu’il y a de la violence structurelle envers les familles immigrantes. En fait, c’est lorsque des lois sont appliquées sans qu’il y ait une sensibilité culturelle qui est ressentie par ceux qui les décident. Le mieux à faire est de sensibiliser les intervenants aux réalités culturelles qu’ils peuvent être confrontés.

L’intérêt des intervenants en contexte interculturel pour les familles

Aussi, ce que j’ai souvent entendu, c’est qu’il y a un intérêt à connaître ces communautés afin de mieux intervenir auprès d’elles. Et à voir le nombre de personnes qui étaient présentes lors du colloque, il y en a beaucoup. Par contre, ce n’est pas le cas de tous les intervenants. Certains véhiculent des préjugés concernant certaines communautés pour diverses raisons. Souvent au lieu d’apprendre à connaître ce qui se cache derrière le cas, ces intervenants vont nuire à la famille en banalisant aux capacités éducatives des parents ou en brimant les droits des enfants.

L’adaptation des familles à leur nouvelle réalité

Dans Les monologues du voile, des Québécoises se racontent Kenza Bennis rapporte le témoignage de Neila, 51 ans. Cette dernière parle du fait que l’adaptation est parfois difficile avec les enfants. Les parents veulent transmettre leur culture, leurs valeurs, mais l’influence de l’entourage a un impact sur ce que vivent les enfants. Certains parents tentent tant bien que mal à enseigner la langue et les traditions de leurs pays d’origine, mais comme les enfants sont, dans bien des cas, nés au Québec, ils ne seront jamais comme leurs parents.

Ces propos confirmés par Mohamed Mimoun du Forum jeunesse Saint-Michel. Il a rapporté avoir été confronté à un père maghrébin qui ne comprenait pas son fils né au Québec. En fait, il faut comprendre que la construction identitaire des jeunes issus de l’immigration s’influence par deux cultures, celle des parents et celle de la communauté d’accueil. L’enfant se trouve pris entre les deux.

En résumé, c’est difficile pour les familles

Lorsque les parents essaient d’intervenir auprès de leurs enfants, ils ne connaissent qu’un seul type d’intervention : celle qui est dominante dans leur pays d’origine. Il est parfois difficile pour eux de l’adapter à une nouvelle réalité tout en gardant ce qu’ils connaissent. Et advenant le cas que l’intervention soit bonne, il y a des doutes qui s’installent quand même, car il ne faut pas oublier que lorsque quelqu’un décide d’immigrer, il y a une perte de repère qui se créé. Lorsque l’on intervient auprès des familles, il est donc important de les encourager dans leurs capacités éducatives, car même si c’est parfois difficile, un être humain ne peut être constamment dans l’erreur. Des fois, c’est seulement un manque de confiance.

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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