Publié dans médiation interculturelle, Réflexion

Les institutions québécoises et les Maghrébines

Dans son livre La fonctionnaire et le hijab, Bertrand Lavoie cite Nilüfer Göle. Cette dernière mentionnait en 2015 que le hijab a deux fonctions. D’une part, il s’agit d’une manière de rendre invisibles les femmes le portant en les écartant d’un sujet qui les concerne. De l’autre, ces mêmes femmes ont une immense visibilité du fait qu’elles subissent plusieurs discriminations et stigmatisations.

Pourtant, depuis 2007, la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles confirme qu’il est important de respecter la diversité culturelle. Cette dernière est considérée « comme une caractéristique inhérente à l’humanité et un patrimoine commun devant être célébré et préservé au profit de toutes et tous.» (Vatz Laaraousi, Michèle, Jamal-Eddine Tadlaoui et Claude Gélinas) Dans le même sens, les Gouvernements actuels sont à la recherche de solutions pour accommoder la population. Un compromis entre le respect de la diversité culturelle et de la protection de l’identité de leurs États (Vatz Laaraousi, Michèle, Jamal-Eddine Tadlaoui et Claude Gélinas).

Le vivre ensemble

Bref, le vivre ensemble est un concept complexe. Michèle Vatz Laaroussi, Jamal-Eddine Tadlaoui et Claude Gélinas, de l’Université de Sherbrooke, mentionnent, dans leur article Médiations interculturelles : défis et enjeux pour un meilleur vivre ensemble, les tensions qui ont un impact sur le vivre ensemble. Mais pour Rachida Azdouz, pour qu’une population apprenne à bien vivre ensemble, il faut des solutions sociales, juridiques et politiques.

D’ailleurs, le Conseil interculturel de Montréal a recommandé en 2018, « une campagne de sensibilisation grand public pour la valorisation de la diversité dans toutes ses expressions, orientée sur l’apport de la diversité à la vie montréalaise et la lutte aux discriminations. » Cela fait suite au fait que la Ville de Montréal avait signé, en 2015, la Déclaration  de Montréal sur le vivre ensemble.

Quelques définitions

Qu’est-ce que la médiation interculturelle ?

Définir ce qu’est la médiation interculturelle au Québec peut être complexe. Par contre, comme il a été vu dès le premier cours de ma maîtrise, la médiation interculturelle est un vaste domaine qui possède une approche permettant, de manière encadrée, la construction d’un pont entre deux parties vivant une situation de crise interculturelle. À la différence due l’Europe, le Canada valorise la diversité culturelle. Au Québec, nous nous situons entre les deux. D’une part, certains individus souhaitent que les différences culturelles disparaissent. De l’autre, certains veulent plutôt en faire la promotion.

Les contextes…

La médiation interculturelle peut se pratiquer dans plusieurs contextes. En fait, tous les espaces quotidiens fréquentés sont des espaces de médiations interculturelles. Pour moi, étant mariée à un arabe, ma propre cellule familiale est un espace de médiation interculturelle. Pour les Maghrébines, adolescentes ou travailleuses, leurs milieux de vie en sont aussi. Comme l’école, le centre communautaire, l’endroit où elles travaillent, ou tous autres endroits qu’elles fréquentent.

…Et les étapes

Lorsque l’on parle de médiation interculturelle, il est aussi question de conciliation, de dialogue, de compromis, de négociation ou de pardon. La raison est simple, la médiation interculturelle peut jouer sur plusieurs tableaux : sensibilisation, prévention, promotion, défendre des droits, former et résoudre des conflits. Le plus important c’est qu’il s’agisse d’un processus volontaire pour les participants et qui se déroule en trois étapes. Premièrement, il y a la pré-médiation, qui est la prise de contact avec les deux parties. La médiation est la période où les participants discutent et recherchent des solutions. À la fin, une entente est choisie par les parties prenantes. Lors de la post-médiation, le médiateur vérifie si l’entente est respectée par les deux parties.

Qu’est-ce qu’un bon médiateur ?

Mais pour y arriver, un bon médiateur doit utiliser plusieurs habiletés. Elles se retrouvent dans la catégorie du savoir, du savoir-être ou du savoir-faire. En résumé, les médiateurs interculturels doivent avoir des valeurs qui leur permettent d’apprendre sur les autres et de créer des liens avec grâce à ces apprentissages. Rachida Azdouz abonde sensiblement dans le même sens en disant que « [le] vivre ensemble est une combinaison de savoir (connaissance mutuelle) de savoir-être (reconnaissance mutuelle) et de savoir-faire (négociation, médiation et délibération)

Mais en plus de cela, le médiateur doit être capable d’aller chercher la VIBE des deux parties en litige. Au moment de la prémédiation, le médiateur se renseigne sur les valeurs, les intérêts, les besoins et les émotions des gens en conflit. Chaque personne de son côté afin de laisser libre cours à la parole.

Ouverture de la PORTE

Lors de la médiation, le médiateur ouvre une PORTE à la discussion. Il Présente les parties en commençant toujours celle qui se définit comme victime. Les Objectifs et les Règles de base qui se rattachent à la médiation sont aussi présentés. La question du Temps assigné à la médiation ainsi qu’aux Étapes qui en découlent est aussi abordée. Une fois les présentations faites, le médiateur laisse la parole aux personnes présentes tout en les guidant dans le processus et dans la recherche de solution.  Le médiateur idéal est neutre, impartial et indépendant. Il n’a aucun lien avec les gens qu’il aide. Une certaine éthique doit demeurer en tête du médiateur doit être respecté. Je pense entre autres à la confidentialité des propos recueillis lors de la démarche de médiation.

La médiation interculturelle auprès des Maghrébines

Lorsqu’il est question d’intervention auprès des Maghrébines, ou de tous autres groupes d’individus, plusieurs modèles de gestions sont offerts aux intervenants. Je pense notamment à l’intersectionnalité et au pluralisme. Mais avant tout, des paradigmes sont aussi à considérer pour réussir une intervention auprès des femmes issues du Maghreb.

Les paradigmes

Dans le cadre d’interventions auprès des Maghrébines dans les institutions québécoises, deux paradigmes sont à considérer. Cela dépend si l’on intervient dans les écoles auprès des adolescentes maghrébines ou dans les milieux de travail auprès des femmes maghrébines. Dans le cadre du cours de Modèles et approches d’intervention I, nous avions fait un survol de différents paradigmes a été fait. Je me suis concentrée sur deux d’entre eux : le paradigme psychosocial et le paradigme managérial.

Paradigme psychosocial

Dans le cadre d’intervention dans les écoles auprès d’adolescentes issues du Maghreb portant le hijab, le paradigme psychosocial est à privilégier. Selon le site Psychoweb, « [la psychologie] sociale est une branche de la psychologie, s’intéressant aux processus sociaux et cognitifs dans les interactions entre individus […], entre individus et groupes ou figure d’autorité. » Dans un contexte interculturel, son but est de favoriser la communication entre les immigrants et les institutions. Dans ce cas-ci, entre les adolescentes, leurs familles et l’école. Cela aide à la résolution des conflits à saveur culturelle entre les différentes parties.

La communication non violente et l’autonomie des parties sont utiles à la résolution des conflits, car cela permet de résoudre le problème de façon pacifique. Une autre option pour aider à résoudre les conflits interculturels est de former le personnel scolaire à la réalité religieuse des familles maghrébines. Dans ce paradigme, l’humain est placé au cœur de l’intervention, car une approche humaniste est adoptée. 

Paradigme managérial

En ce qui concerne le paradigme managérial, le but est la gestion de la diversité en milieu de travail. Les immigrants et les communautés minoritaires sont la cible de l’intervention, car le but est de résoudre les problèmes liés aux différences culturelles. Les modalités sont variées, car on touche autant à la gestion, aux politiques et programmes de l’entreprise ainsi que les formations. Dans le cas de Maghrébines portant le voile, je pense, par exemple, aux activités de consolidation d’équipe ou à la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans des organismes publics. En 2016, 13% de la population était considérée comme faisant partie de la minorité visible du Québec. Mais à cette époque, il manquait 25 000 emplois pour ces personnes dans les organisations publiques québécoises.

Les valeurs de ce paradigme sont la promotion de la diversité, l’efficacité et l’optimisation du fonctionnement de l’équipe de travail. Les ressources humaines sont les responsables en ce qui a trait à l’embauche d’employés. Elles sont donc celles qui doivent être le plus conscientisées à la réalité des Maghrébines voilées.

L’intersectionnalité

Avec son étude auprès des femmes portant le hijab, Lavoie a remarqué ce que lui appelle une discrimination croisée. Ce qui signifie que les femmes du Maghreb vivent de multiples discriminations par rapport au marché de l’emploi institutionnel. Ces discriminations sont fondées à la fois sur la religion et le genre. Pour Christine Delphy, comme le mentionne Lavoie dans son livre, « les femmes musulmanes sont régulièrement victimes à la fois de racisme et de sexisme. Pour elle, il faut plutôt mener de front la lutte au racisme et au sexisme, et non pas séparer les deux. »

En effet, pour ces femmes, la discrimination se fait parce qu’elles sont femmes, mais aussi en raison de la mauvaise image du hijab. Il leur est donc difficile de dissocier les deux luttes et mener deux combats de front. L’intersectionnalité permet, quant à lui, de le faire.

Le pluralisme

Pour Lavoie,

« le pluralisme du vivre ensemble vise à harmoniser les différentes cultures en mettant en œuvre une « politique de la conciliation », la recherche de solutions pragmatiques visant à maintenir un lien de confiance entre les citoyens de même qu’entre ceux-ci et les institutions publiques. »

Toujours dans son livre La fonctionnaire et le hijab, Lavoie cite Charles Taylor sur le sujet. Pour ce dernier, la reconnaissance de l’autre se situe dans la « construction de l’identité morale d’une personne Cela est considéré comme un besoin vital et implique donc l’identité religieuse de chaque individu. En plus de se vivre autant en privé qu’en public.

Selon le dictionnaire en ligne La toupie, le pluralisme est synonyme de diversité en plusieurs domaines. Le pluraliste est un système qui favorise la tolérance et le respect des autres tout en permettant une cohabitation heureuse entre les différents groupes qui constitue une société. Bref, c’est tout le contraire de l’assimilation.

Pourquoi ce choix ?

Ce modèle de gestion de la diversité est, à mon sens, à privilégier dans la sensibilisation à la réalité des minorités comme c’est le cas des Maghrébines. Dans le cadre du cours Citoyenneté et pluralisme 1, la question avait été posée dans le cadre d’un travail. Travail que j’ai repris ici. J’avais répondu que je choisirais un modèle de gestion à mi-chemin entre le multiculturalisme et l’interculturalisme. Pourquoi ? Parce que je crois que le fait de mettre de l’avant les valeurs communes des gens constituant une société. Dans le cas du multiculturalisme, les communautés sont égales, mais sans interactions les unes avec les autres. En ce qui a trait à l’interculturalisme, il y a une culture dominante qui fait en sorte que certaines gens s’assimilent ou s’excluent de la société d’accueil. C’est qui n’est pas le cas avec le pluralisme qui voit la diversité comme une force utile à tous.

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire le pourriel. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.