Publié dans immigration, Réflexion, Religion

Le hijab, l’adolescente et l’école

Il est souvent demandé aux Maghrébines de s’impliquer dans leur société d’accueil pour bien s’intégrer. Deux endroits où il est possible de le faire pour les adolescentes, c’est dans un contexte scolaire, ou, pour celles en âge de le faire, de se trouver un emploi. Évidemment, il y a plusieurs autres façons d’entrer en contact avec une nouvelle société. Dans le présent texte, il sera question de l’école. Un autre suivra sur le milieu du travail.

L’école lorsqu’on est une adolescente maghrébine

Il va de soi que l’école est l’endroit idéal pour favoriser la rencontre de l’autre. Mais comme il a été dit lors du colloque social de l’Association Racines, l’école a des lacunes. Un des quatre jeunes venus témoigner, mentionne le fait que les ressources manquent pour aider les jeunes Maghrébins à parler de leur vécu. Il a été aussi dit que l’école est un endroit de socialisation. Par contre, l’adolescence étant une période précaire pour les jeunes, ils ont l’instinct de  regrouper avec leurs semblables, qu’importe, l’origine. Les jeunes Maghrébins se rassemblent donc ensemble, car elles partagent un même vécu.

Simon Collin et Maryse Lévesque mentionnent, dans leur article Enseignement et diversité culturelle, que dans le Plan d’immigration du Québec pour l’année 2011 du Ministère de l’Immigration et des communautés culturelles, la proportion d’élèves nés à l’étranger à augmenter. Seulement entre 2001 et 2010, le taux est passé de 13,5% à 20%. De plus, en 2012, sur l’île de Montréal, il y avait 405 écoles, privées ou publiques. De ce nombre, cent soxante (160) d’entre elles avaient plus de 50% des jeunes qui sont issus d’une culture minoritaire. 20 écoles ont peu ou pas de jeunes issus de la culture majoritaire. En 2010, un peu plus de 40% des jeunes n’avaient pas l’une des deux langues officielles comme langue maternelle. Cela est plus que ceux qui maîtrisent le français comme langue maternelle, évalué à 37,4%. Mais les choses ont bien évolué depuis ces années. Est-ce que c’est pour le mieux ?

L’école musulmane versus l’école publique

Au Québec, en 2012, selon le rapport de recherche sur Le fait religieux dans les écoles privées du Québec, on comptait 9 écoles privées à vocation musulmane au Québec. La grande majorité des écoles sont situées à Montréal. À cette époque, 1928 enfants fréquentaient ces écoles. Les mêmes chiffres sont cités dans le livre La fonctionnaire et le hijab de Bertrand Lavoie. Pour l’année scolaire 2018-2019, selon l’annuaire de l’enseignement privé, on compte 6 écoles membres de la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP). Cela représente une école musulmane dans la région de Québec et 5 sur l’Île de Montréal. On dénombre 1341 élèves inscrites dans ces écoles. Par contre, Nadine Lamothe de la FEEP, il se peut qu’il y ait des écoles privées qui ne soient pas membre de la FEEP. L’adhésion se fait de façon volontaire.

Sur le site de la FEEP, j’ai constaté que les écoles à vocation musulmane offrent donc des programmes axés sur la culture musulmane tout en favorisant l’ouverture vers l’autre. La politique éducative du Ministère de l’Éducation est aussi respectée. Malgré tout, chacune des écoles a son propre programme éducatif. Beaucoup d’entre elles offrent autant une éducation préscolaire, primaire et secondaire. Ou une combinaison d’entre elles. Dans tous les cas, le français, l’anglais et l’arabe sont enseignés. Par contre, sur le forum du site Immigrer.com, une personne demandait la liste des écoles musulmanes, car elle souhaitait y envoyer son enfant. La majorité des réponses obtenues mentionnaient le fait d’envoyer l’enfant dans une école publique. Cela faciliterait son intégration dans sa société d’accueil.

À la suite de la lecture du rapport sur Le fait religieux dans les écoles privées du Québec, j’ai aussi constaté cette tendance. Mais qu’en est-il des filles et adolescentes portant le hijab ? Trouvent-elles leurs places dans l’une ou l’autre de ces écoles ?

Le hijab à l’école

Bochra Manaï mentionne dans son livre que le hijab porté par les jeunes filles musulmanes a toujours eu une drôle de place dans les institutions scolaires, notamment montréalaises. Et ce, pour diverses raisons. L’une d’entre elles est le fait que des femmes issues de la communauté maghrébine se scandalisent du port du hijab par des jeunes mineures. Depuis un moment, Nadia El-Mabrouk aborde souvent la question du hijab dans ses textes d’opinion dans la Presse +. Par exemple, dans un texte du 27 septembre 2017 , elle y fait l’amalgame entre le hijab et la maltraitance des jeunes filles arborant le hijab. Avant elle Djamila Benhabib le faisait aussi. Mais est-ce réellement le cas ?

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) a statué, en 1995 et 2005, en faveur du port du hijab pour les filles et adolescentes qui désirent le porter au sein d’institutions scolaires. Pour le cas de 1995, il faut remonter à l’époque où les commissions scolaires étaient confessionnelles. Donc, catholiques ou protestantes. Une jeune fille musulmane voilée n’a pu fréquenter l’école secondaire de son choix. La raison ? Le port du hijab ne faisait pas partie des règles vestimentaires de l’école. La CDPDJ a pris en considération trois articles provenant de Charte des droits et libertés de la personne et de Loi sur l’instruction publique. Selon l’adolescente avait les droits et libertés suivants :

« Les libertés de conscience et de religion (art. 3) ;

   Le droit à l’égalité dans la reconnaissance et l’exercice des droits et libertés (art. 10) ;

   Le droit à l’instruction publique gratuite, dans la mesure et suivant les normes prévues par la loi (art. 40). »

Discrimination directe

La CDPDJ avait conclu à l’époque deux types de discrimination. L’une directe et l’autre indirecte. Se basant sur la Cour suprême du Canada, « Si seul le port du hidjab est interdit, il s’agit d’une forme de discrimination directe » de la part de l’institution. Personne n’a, en fait, la responsabilité de trancher sur la question du port du hijab, car comme mentionné plus tôt, c’est une décision propre à la personne qui le porte. Pour la CDPDJ, « il est douteux qu’une école commune, ouverte par définition à tous, puisse interdire le port de signes d’appartenance religieuse autre que catholique ou protestante. » De plus, à l’époque, les élèves avaient le choix entre le cours d’enseignement moral et le cour d’enseignement religieux catholique ou protestant, selon le cas.

Discrimination indirecte

Dans le cas d’une discrimination indirecte, cela peut provenir du fait que l’école souhaite appliquer une certaine neutralité à tous les élèves afin d’éviter la marginalisation de certains d’entre eux. Certaines directions d’école incluaient le port du hijab dans cette description. La Cour suprême du Canada mentionne que cela porte atteinte au droit de l’égalité. En effet, cela

« peut quand même être discriminatoire si elle touche une personne ou un groupe de personnes d’une manière différente par rapport à d’autres personnes auxquelles elle peut s’appliquer. »

La CDPDJ réaffirmait le même message en 2005 dans un communiqué de presse publié le 15 juin 2005 à Montréal. Cette fois, les établissements d’enseignement privés étaient ciblés. Ces derniers se trouvaient donc dans l’obligation de permettre à toutes personnes ayant des besoins particuliers de participer activement à la vie de son école. Cela inclut les besoins d’ordre religieux. Monsieur Pierre Marois, alors président de la CDPDJ, mentionne que

« Dans une société démocratique, l’une des libertés les plus importantes est celle de s’associer. Chaque jour, des personnes se regroupent sur la base d’intérêts aussi divers que multiples : culturels, ethniques, politiques, sportifs, philosophiques, etc. Cette liberté d’association est à juste titre protégée par les chartes des droits. […] Mais, les institutions sans but lucratif, notamment dans le milieu scolaire, ne sont pas pour autant dispensées de respecter les principes de la Charte. Il en va pour elles comme pour comme pour les institutions publiques, d’une responsabilité envers l’ensemble de la société. »

Bref, les différentes lois, autant au Québec qu’au Canada, prouvent depuis longtemps qu’une école ne peut interdire le port du voile à ses élèves. Qu’elle soit publique ou privée.

La position du Conseil du statut de la femme

Le Conseil du statut de la femme (CSF) a aussi statué, en 1995, contre l’interdiction du port du hijab dans les écoles pour deux raisons. La première raison est le fait qu’interdire le voile à l’école « n’est pas le meilleur moyen de lutter contre l’intégrisme ni la meilleure façon d’assurer l’égalité entre les sexes. »  Toujours selon le CSF, accepter le hijab dans les écoles ne veut pas dire qu’il vaille accepter les violences faites aux femmes dans les pays musulmans ou accepter la ségrégation religieuse.

La deuxième raison est le fait que le CSF mentionne les conséquences de retirer une fille voilée de l’école. S’il y a exclusion, l’adolescente reçoit un enseignement à la maison. Donc différents de l’école. Des compétences importantes se voient, par conséquent,  négligées par rapport à d’autres. Cela stigmatise les adolescentes, mais a aussi un impact sur leur avenir. En étant instruites, les jeunes filles pourront revendiquer leurs droits. L’école est aussi un lieu de socialisation et d’apprentissages culturels. Donc, l’école est un lieu d’intégration pour les jeunes immigrants, en particulier les jeunes musulmanes.

En bref, le hijab dans les écoles

En résumé, pour le CSF, le débat sur le hijab reflète une question fondamentale : la gestion de la diversité. Mais dans un avenir rapproché, au regard des projets de loi futurs, est-ce que le hijab sera interdit pour les Maghrébines dans les écoles secondaires ou au collégial ? Car si, pour le moment, il en est question pour les enseignantes, il est possible de se poser la question pour les élèves.

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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