Les femmes musulmanes voilées vont-elle s’intégrer au Québec un jour ?

Les femmes musulmanes voilées sont toujours au cœur du débat identitaire québécois. D’un côté, on veut qu’elle s’intègre à la société mais en oubliant qui elles sont. De l’autre côté, il y a des gens qui prônent sensiblement la même chose, l’intégration, mais en leur permettant de mettre leurs capacités en valeur et de démontrer qui est elles sont. Évidemment, dans les dernières semaines, on a eu droit à tout un débat.

Les élections provinciales et les femmes musulmanes voilées

D’un, parce qu’une femme musulmane portant le voile a décidé de poser sa candidature aux prochaines élections provinciales, le premier octobre prochain. Pourtant le DGE permet le fait que tout le monde soit candidat·e. En effet, depuis peu, il est possible de présenter une photo dont le visage seulement est découvert. Avant, la photo devait montrer la tête au complet, cheveux inclus. Ce que certains jugeaient discriminatoire. Ce qui est vrai. Pourtant, bien des gens étaient vraiment fâchés de savoir qu’une femme portant le voile s’essaie pour les élections. Le hic, c’est que cette règle est déjà permise, tant au municipal qu’au Fédéral, depuis des années. Évidemment, le Québec est en retard sur le reste du Pays.

La police et les femmes musulmanes voilées

Mais le premier débat a été vite remplacé par celui de l’étudiante en techniques policières. Pourquoi ? Parce que l’étudiante en question porte le voile. L’école Nationale de police du Québec à Nicolet en profite pour en discuter. Non seulement sur le port du voile, mais aussi sur les autres signes religieux comme le turban et le kirpan. Cette réflexion prendra quelque temps, car cela aura

« aura un impact sur toutes les organisations policières québécoises ».

Mais au dire de Pierre Saint-Antoine,

« [dans la] directive actuelle, il n’y a pas d’éléments qui disent que le port du hijab est défendu, mais il n’y a rien qui l’autorise non plus. »

Il est donc normal qu’une réflexion se fasse à ce sujet et les politiques s’adaptent à cette dernière.

Paradoxe face aux femmes musulmanes voilées

Oui, en occident, il y a un paradoxe qui est présent. On veut bien que les minorités culturelles s’intègrent, mais pas à n’importe quel prix. Notamment pour les femmes musulmanes portant le voile. Par exemple, on critique, à raison, des pays, comme l’Arabie Saoudite ou l’Afghanistan, qui imposent le port de la burqa aux femmes, sous prétexte que les femmes ne sont pas libres de porter ce qu’elles veulent. Ce qui est vrai. Par contre, lorsqu’il est question pour les femmes musulmanes de prendre la décision de porter ou non le voile, là, la liberté du choix vestimentaire disparaît. Pourquoi le choix vestimentaire d’une femme doit-il être à géométrie variable ? Dans un cas comme dans l’autre, on impose aux femmes musulmanes une tenue qui doit ressembler aux standards d’une société dominante. Mais est-ce pour le mieux ? Pas vraiment !

Le racisme systémique et les minorités culturelles

Dans un autre article, j’avais déjà abordé le racisme systémique. Petit rappel sur ce qu’est ce type de racisme. Pour le barreau du Québec, le racisme systémique c’est « […] la production sociale d’une inégalité fondée sur la race dans les décisions dont les gens font l’objet et les traitements qui leur sont dispensés. L’inégalité raciale est le résultat de l’organisation de la vie économique, culturelle et politique d’une société. » On parle de discrimination à l’emploi, d’incarcération massive, de sous-représentation et d’intersectionnalités des discriminations. Voici quelques statistiques disponibles sur le site de la Table de concertation contre le racisme systémique.

Discrimination à l’emploi

À compétences égales, les demandeurs d’emploi ayant un nom de famille à consonance québécoise auront 60% plus de chance à être appelés pour un entretien d’embauche qu’un individu ayant un nom de famille à consonance étrangère.

Incarcération massive

Depuis dix ans, les incarcérations de population non blanche sont en forte hausse. Par exemple, la présence d’autochtones a augmenté de près de 50%.  Celle des Noir·e·s de 90%. Ce qui est énorme.

Sous-représentation

En 2012, lorsque l’on regardait les statistiques de la ville de Montréal, il était possible de constater que les minorités visibles ne représentaient que 5.9% des travailleurs administratifs. Pourtant, 30% de la population montréalaise est issue des minorités visibles. Mais il y a des avantages à avoir ces derniers dans une entreprise. Cela peut, par exemple, attirer des clients, ouvrir à de nouveaux marchés ou permette un lien de confiance avec le public.

Intersectionnalités des discriminations

L’intersectionnalité des discriminations, c’est lorsque l’on cumule plusieurs différenciations par rapport à la société dominante. Au Québec, on parle de l’homme blanc, riche et francophone. C’est d’ailleurs eux que l’on voit majoritairement dans les hautes sphères administratives. Les minorités culturelles ne représentent que 2.6% de ces postes. De ce nombre, seulement 0.4% sont des femmes. On dénombre davantage de femmes blanches que de minorités visibles dans les sphères de haute direction. Elles représentent à elles seules 15.1% du nombre total de gens possédant un de ces postes.

Des exemples d’intégration de femmes musulmanes voilées

Ailleurs dans le monde, plusieurs exemples d’intégrations à l’emploi démontrent que les femmes musulmanes portant le voile sont aptes à travailler dans différentes sphères de la société occidentale. On pense notamment à la police d’Edmonton, en Alberta, où le port du voile est permis depuis 2013. À Toronto aussi, les femmes musulmanes voilées peuvent appliquées pour être policières, et ce, depuis 2011. Dans les hôpitaux, les femmes musulmanes voilées sont aussi présentes en grand nombre.

Au Québec, il est possible de trouver des femmes musulmanes portant le voile ou non dans les sphères de l’éducation et des soins de santé. Plusieurs travaillent aussi dans des organismes communautaires ou démarrent des entreprises à leur compte.

Pourquoi donc refuser du travail aux femmes musulmanes voilées ?

Parce qu’il existe de nombreux préjugés envers elles. Notamment celui d’être totalement soumise à leur mari ou celui de vouloir imposer sa religion aux autres. Ce qui est faux, évidemment.

La soumission des femmes musulmanes voilée à leur mari

En fait, l’un comme l’autre se doivent respect mutuel. Comme n’importe quel couple dans le monde. Donc, si la femme n’est pas soumise à son mari, ce n’est pas certainement pas ce dernier qui lui impose le voile. Chaque fois que je parle du voile islamique, je mentionne le fait qu’il s’agit d’un choix personnel de la femme dans la très grande majorité des cas. Mais comme dans toutes les sociétés du monde, il y a des abus qui se font au détriment des femmes. Les musulmans ne font pas exception.

Les femmes musulmanes voilées veulent imposer leur religion

Non, les femmes musulmanes portant le voile ne veulent pas imposer l’islam aux gens qui l’entoure. Il est même écrit à plusieurs endroits dans le Coran que si les gens viennent vers l’Islam, c’est par la décision d’Allah. Idem si la personne décide de quitter cette religion. En plus, il y a un verset dans le Coran où il est dit qu’il n’y a aucune contrainte en religion. Donc, on ne peut pas rien imposer à personne. Ce qui fait que des gens décident de changer de religion, c’est à la suite de réflexions sur le sujet. Mais évidemment, pour les musulmans, cela vient du fait qu’Allah a mis des signes dans la vie de ces gens.

Ce qu’il faut faire pour changer les idées reçues sur les femmes musulmanes voilées ?

Plusieurs choses ! Avant tout, déconstruire ces préjugés. Les femmes musulmanes portant le voile sont aussi intelligentes que les autres. Le fait de se couvrir le corps est davantage de la pudeur qu’autre chose. D’autres vont porter le voile pour des raisons politiques ou pour des raisons identitaires, mais rarement parce qu’un homme de son entourage lui impose. Les femmes musulmanes sont à l’intersection de plusieurs préjugés : elles sont des femmes croyantes qui ont choisi de vivre selon les principes de leurs religions. L’éducation et le dialogue restent les meilleurs moyens d’éradiquer les stéréotypes. Je le répète souvent.

L’éducation aux médias traditionnels et sociaux

On le sait, les médias, tous genres confondus, sont l’endroit idéal pour dire ce que l’on pense. Surtout maintenant avec les réseaux sociaux. Mais au Québec, Quebecor Media remporte la palme haut la main ! Que ce soit à la télé ou dans ses journaux, les critiques par rapport aux minorités culturelles sont nombreuses. On a qu’à penser à Bock-Côté, Martineau et son épouse, etc. Idem avec la Radio poubelle de Québec avec Duhaime et Fillion. Ils sont les bien-pensants de la droite islamophobe. Et beaucoup de gens les croient. C’est aussi l’endroit idéal pour les fausses nouvelles. D’ailleurs des images circulent sur le fait que l’étudiante en techniques policières est sur Facebook sans voile, alors que ce n’est pas elle. Ou celle de la police israélienne avec des femmes juives sans le voile… Elles n’en portent déjà pas, elles sont juives ! Pas musulmanes ! Alors oui, différencier les fausses nouvelles de celles qui sont vraies est important afin d’éviter les préjugés.

Photo qui circule sur facebook qui dit que les femmes policières en Israël ne portent pas le voile! Je ne sais pas qui est  l’auteur-e.

Image qui circulent sur Facebook. Et non ce n’est pas la même fille. Regardez bien les yeux, le nez et la bouche… Je ne sais à qui donner le crédit de cette fausse nouvelle!

Le dialogue et la recherche

Lorsque l’on ne comprend pas quelque chose, c’est important de voir les deux côtés de la médaille. Pas seulement celle à laquelle on souhaiterait croire. Si vous saviez combien de gens qui souhaitaient, à la base, trouver la faille dans l’Islam qui prouverait que c’est la pire religion au monde et qui, en fin de compte, s’est convertis… Vous n’avez tellement pas idée. Ce sont les musulmans qui sont imparfaits, pas la religion en tant que telle. Car les musulmans sont des humains comme tout le monde. Il y en a des bons et des mauvais. Et ceux qui, habituellement, dans les médias à se plaindre de l’Islam, sont, selon certains sociologues américains, des natives informant. Ce sont ceux qui prennent la parole au nom de leur communauté, mais qui n’en ont pas le soutien. Comme Djamila Benhabib et Nadia El Mabrook. D’où l’importance de faire des recherches…

En bref…

Le débat identitaire du Québec est éternel. Pour beaucoup de Québécois, on a tellement été piétiné par les Anglais, qu’ils considèrent qu’il faut faire pareil avec les minorités culturelles. Pourtant, les Québécois sont issus de l’immigration et de mélanges culturels. Encore là, l’éducation a son rôle à jouer ici. Nombre de choses que j’aurais dû apprendre au secondaire et que j’ai appris qu’à l’université ? Trop nombreuses. Mais que plusieurs Québécois n’y ont pas été, c’est une option de revoir la manière d’enseigner aux générations actuelles et futures la vérité sur bien des sujets.  Car il faut se rappeler que les générations actuelles d’immigrants n’ont rien inventé de nouveau. Ils souhaitent juste avoir le respect de leurs concitoyens.

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