Commentaires souvent entendus depuis que je suis convertie.

Je suis musulmane depuis un peu plus de cinq ans déjà. Durant ces années, j’en ai entendu de toutes sortes, autant du côté des musulmans que des non-musulmans. En voici quelques exemples. Il s’agit d’une liste non exhaustive, mais je suis sûre que beaucoup de convertis ont vécu des choses similaires. Parfois, il vaut mieux en rire qu’en pleurer, même si quelques fois on voudrait bien être cinglant avec la personne qui est devant nous. Et personnellement, je dois dire que je dois me retenir un peu plus avec les musulmans que les non-musulmans. Ces derniers ne connaissent absolument rien de l’Islam, alors il est normal pour eux de poser des questions, qui pour les musulmans, peuvent sembler vraiment dérangeantes. Il faut comprendre qu’il y a beaucoup d’ignorance en la matière. Par contre, quand un musulman me pose exactement la même question, j’ai un peu plus de difficulté à comprendre pourquoi il la pose. Mais il faut se dire qu’il y a un grand manque d’éducation religieuse du côté des musulmans. De plus, l’interprétation de certains aspects de la vie religieuse est interprétée différemment d’une culture à l’autre.

  1. Tu portes le voile parce que quelqu’un t’oblige ?

Euh non ! Je suis la seule musulmane dans ma famille. Mes parents ne le sont pas, ni mon frère, ni oncles, ni cousins. Niet. La seule exception, mon mari que j’ai connu il y a un an. Et ce n’est pas lui qui m’a obligé à le porter. J’ai commencé graduellement à le porter dès ma conversion, c’est-à-dire, dans mes prières et quand j’allais à la mosquée. Au bout d’un mois, j’ai eu un déclic qu’il fallait que je me couvre plus et je porte le voile définitivement depuis 5 ans et des poussières. Au début je portais simplement un foulard autour de la tête tout en me couvrant le plus possible avec les vêtements que j’avais à la maison. L’avantage quand on se converti, du moins pour les femmes, on reçoit énormément de foulards. Donc, l’investissement se fait principalement dans les vêtements que l’on porte pour couvrir le corps. Pour moi, la transition s’est faite sur un an, soit après avoir marié mon défunt mari. Un peu avant de le connaître vraiment, je

Jilbab.

Moi en Algérie, à l’automne 2016.

m’étais acheté mon premier jilbab. J’en ai acheté d’autres après m’être mariée à lui. Si je l’ai regretté ? Non. Est-ce que je l’enlèverais un jour ? Je n’en ai pas l’intention. La raison est simple. Pour moi, c’est une obligation religieuse. Il est donc nécessaire, pour moi, de le porter. Bien qu’il soit une obligation religieuse, en mon sens, aucune femme ne doit être forcée de le porter. Elle doit le faire pour elle-même quand elle se sent prête à franchir le pas. Certaines le mettent qu’occasionnellement, d’autres jamais sauf lorsque vraiment nécessaire. Mettre le voile de façon définitive vient avec une responsabilité et le comportement change par la même occasion. Si on met le voile pour les bonnes raisons, on se met à agir différemment autant avec soi qu’avec autrui.

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Il m’arrive de mettre qu’un simple voile quelques minutes à la maison. Le temps d’arroser les plantes ou d’aller chercher le courrier.

On me dit souvent aussi que je ne suis pas obligé de ne pas porter le voile. Souvent, cela vient des musulmans eux-mêmes. Surtout quand il est question de se trouver un emploi. Pour ces personnes, il n’est nullement question du port du voile ou du terme cheveux dans le Coran. En fait, en français, il est demandé à la femme de cacher ses atouts. Si l’on regarde dans le dictionnaire, le terme atout réfère à ce qui rend une femme belle. Cela inclut les cheveux.

Le fait de se couvrir n’est valide que si on est à l’extérieure de notre maison ou avec des hommes qui n’ont aucun lien de sang direct avec nous. Je peux donc enlever mon voile lorsque je suis chez moi ou avec ma famille proche par exemple. Mais pas mes cousins ni mes beaux-frères. Le port du voile n’est pas une obligation lorsque l’on est entre femmes ou avec des enfants en dehors du milieu de travail, car là, il y a possibilité de rencontrer des gens qui nous sont interdits.

  1. Tu as un beau costume. De quel pays tu viens ?

Je ne vous dis pas la déception quand je dis que je suis originaire de Québec ! Hé oui ! J’ai passé mon enfance sur la Rive-Sud de la Capitale. J’y ai aussi fait une partie de mes études secondaires, chez les religieuses, ainsi que mon cégep. Une branche de ma famille est au Québec depuis environ 300 ans. On peut dire que la souche est profondément ancrée dans la terre d’ici. Quand on me pose cette question, j’en profite toujours pour dire que je suis convertie, de parler un peu de l’immigration musulmane et de son impact sur la culture québécoise. Si la personne vient d’une région X, je lui mentionne qu’il y a des musulmans à tel endroit de sa région, souvent là où il y a des centres universitaires.

  1. On me parle souvent qu’en arabe

Eh oui ! Parce que je porte le voile, forcément je parle arabe. Tout à fait logique n’est-ce pas ? Pour certaines personnes, oui. Qui dit musulmans, dit arabe. Pourtant, les Arabes ne représentent que 20% de la population musulmane. Bien qu’il nous soit fortement conseillé d’apprendre l’arabe, principalement pour les prières, 80% de la population n’a pas l’arabe comme langue maternelle. Pour la lecture du Coran, il y a des versions bilingue (français et arabe) ou trilingue (français, arabe et phonétique). J’utilise cette version du Coran et c’est comme ça que j’apprends, en partie, mon arabe. Sinon écouter la télé ou des conversations en arabe me permet d’apprendre la langue. Dans ces moments, je bombarde mon mari pour essayer de bien prononcer ou avoir une traduction. Ce n’est pas toujours un succès, mais j’essaie.

J’en ai sorti trois qui me sont venus facilement en tête, mais il y en a tellement d’autres. On a souvent d’idées préconçues qui nous viennent en tête, souvent inconsciemment. Ces questions peuvent être perçu négative, mais il peut s’agir d’une ouverture à la discussion, si la personne est consentante à le faire. Alors, n’hésitez pas à poser vos questions si vous rencontrez un musulman, il prendra souvent le temps de vous répondre, à moins d’un gros contre temps.

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