Publié dans Religion

Comment l’islam et le christianisme parle de Jésus ?

La semaine dernière, je vous donnais la définition de l’unicité de Dieu selon l’islam et le christianisme. Il a été possible de voir qu’il y a une différence à ce niveau. Mais ce n’est pas la seule. La perception que les croyants ont de Jésus est une différence majeure entre les deux religions… Voyons pourquoi…

Jésus dans les religions chrétienne et musulmane

Jésus est autant présent dans la religion chrétienne que musulmane. Mais la manière de le percevoir varie énormément selon le contexte religieux. Par contre, il existe aussi certaines similitudes. Marie est la mère de Jésus dans la Bible comme dans le Coran, mais le récit de sa naissance diffère dans les deux textes sacrés. Autre similitude entre les deux religions ? La dernière cène a bel et bien existé.

Jésus fils de Dieu ?

Jésus, dans le christianisme, se voit considéré comme le fils de Dieu. Mais, selon Gérard Rochais, il n’a pas fondé le christianisme, il en est le fondement. D’ailleurs, ce n’était pas son but. Il est seulement venu annoncer la venue prochaine de Dieu et de sa réforme religieuse. Le christianisme est d’ailleurs né après la mort de Jésus. Sa mission était donc de transmettre un message et non de fonder une nouvelle religion. Mais pour Marie Gratton, le cœur de la foi chrétienne est le fait de croire que Jésus n’est pas seulement un envoyé de Dieu. Il est aussi « son Messie, son Christ, il est son Fils d’une manière unique ». Par le fait même selon Gratton, nous sommes tous des enfants de Dieu, au même titre que Jésus. Mais de par sa particularité, il a le droit au titre de Seigneur, car « il est la face visible de Dieu ».

Jésus fils de Marie

Le christianisme et l’islam sont d’accord sur un point : Jésus est bel et bien le fils de Marie. Par exemple, dans l’islam, la paternité de Dieu s’invalide. Pour les chrétiens, Jésus est le Fils de Dieu parce que grâce au souffle de l’Esprit saint, Marie tomba enceinte de Dieu. Dans l’islam, le récit de la naissance de Jésus, dans la sourate Mariam versets 16 à 26, va comme suit :

« Mentionne, dans le Livre (le Coran), Maryam (Marie), quand elle se retira de sa famille en un lieu vers l’Orient. Elle mit entre elle et eux un voile. Nous lui envoyâmes Notre Esprit (Jibril [Gabriel]), qui se présenta à elle sous la forme d’un homme parfait. Elle dit : « Je me réfugie contre toi auprès du Tout Miséricordieux. Si tu es pieux [ne m’approche point]. » Il dit : « Je suis en fait un Messager de ton Seigneur pour te faire don d’un fils pur. » Elle dit : « Comment aurais-je un fils, quand aucun homme ne m’a touchée, et que je ne suis pas prostituée ? » Il dit : « Ainsi sera-t-il ! Cela M’est facile, a dit ton Seigneur ! Et Nous ferons de lui un signe pour les gens, et une miséricorde de Notre part. C’est une affaire déjà décidée. » Elle devint donc enceinte [de l’enfant], et elle se retira avec lui en un lieu éloigné. Puis les douleurs de l’enfantement l’amenèrent au tronc du palmier, et elle dit : « Malheur à moi ! Que je fusse morte avant cet instant ! Et que je fusse totalement oubliée ! » Alors, il l’appela d’au-dessous d’elle, [lui disant :] : « Ne t’afflige pas. Ton Seigneur a placé à tes pieds une source. Secoue vers toi le tronc du palmier : il fera tomber sur toi des dattes fraîches et mûres.

Mange donc et bois et que ton œil se réjouisse ! Si tu vois quelqu’un d’entre les humains, dis [lui] : “Assurément, j’ai voué un jeûne au Tout Miséricordieux : je ne parlerai donc aujourd’hui à aucun être humain.”. »

Et dans le christianisme?

Dans le christianisme, le récit lié à la conception et à la naissance de Jésus est toute autre.

Marie, la vierge

« Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie. L’ange entra chez elle, et dit : Je te salue, toi à qui une grâce a été faite ; le Seigneur est avec toi. Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation. L’ange lui dit : Ne crains point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu. Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Il règnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n’aura point de fin. Marie dit à l’ange : Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? L’ange lui répondit : Le Saint Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. Voici, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois. Car rien n’est impossible à Dieu. Marie dit : Je suis la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole ! Et l’ange la quitta. » (Lc 1, 26 -38 )

La naissance de Jésus

« En ces jours-là, parut un édit de l’empereur, ordonnant de recenser toute la terre — ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville origine. Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. » (Lc 2,1-7)

« Jésus est né dans l’humilité d’une étable, dans une famille pauvre ; de simples bergers sont les premiers témoins de l’événement. C’est dans cette pauvreté que se manifeste la gloire du ciel. » (CEC, n. 525)

Ce que l’on peut en comprendre

À la lecture des traductions des livres sacrés des deux religions, il est donc évident que la conception que les croyants peuvent avoir de l’unicité de Dieu et surtout de la place de Jésus dans leurs religions respectives n’est pas la même.

Selon Bilal Philips (Philips, 2006), la généalogie de Jésus décrite dans les évangiles serait contradictoire. Pour Matthieu, il y aurait 26 générations entre Jésus et le Roi David. Mais pour Luc, le décompte s’est arrêté à 41 générations. Autre erreur que Philips juge importante, c’est le fait de commencer la généalogie de Jésus avec son père, Joseph (Philips, 2006). Par la suite, l’identité du grand-père paternel est floue. Matthieu parle de Jacob et Luc de Hélie.

Dans le Coran

Dans le Coran, lorsqu’il est question de la généalogie de Jésus, il est uniquement question de sa lignée maternelle. Habituellement, lorsqu’on énumère la généalogie d’une personne, la lignée du père a tout sa place. Mais Jésus y est toujours mentionné comme étant le fils de Marie et de personne d’autre. De plus, il est considéré comme un messager de Dieu (Philips 2006). Le verset 6 de la sourate 61 est un bel exemple :

« Et quand « Isa (Jésus) fils de Maryam (Marie) dit : « Ô enfants d’Israʾil (Israël), je suis vraiment le Messager d’Allah [envoyé] à vous, confirmateur de ce qui, dans la Thora, est antérieur à moi, et annonciateur d’un Messager à venir après moi, dont le nom sera : “Ahmad”. Puis quand celui-ci vint à eux avec des preuves évidentes, ils dirent : “C’est là une magie manifeste.” » (« Sourate 61 – As-saff »)

Dans le Nouveau Testament

Même dans le Nouveau Testament, plusieurs versets parlent de Jésus comme un prophète ou un messager. C’est le cas dans Matthieu qui dit que « La foule répondait : C’est Jésus, le prophète, de Nazareth en Galilée » (21, 11). Idem pour Marc qui mentionne que « […] Jésus leur dit : Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents, et dans sa maison » (6, 4). Les deux versets mentionnent clairement Jésus comme prophète de Dieu. Tandis que dans Matthieu mentionne aussi que Jésus aurait dit que « Celui qui vous reçoit me reçoit, et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé » (10, 40). Dans Jean, il est écrit que « […] la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (17, 3). Il donc aussi dit, dans les Évangiles que Jésus est le messager. Ce qui veut dire que, d’une certaine manière, du point de vue chrétien, il y a une contradiction.

Des ambiguïtés ?

Selon Bilal Philips, les chrétiens interprètent de nombreux versets des Évangiles comme des preuves de la divinité de Jésus-Christ. Mais Philips mentionne qu’il y aurait beaucoup d’ambiguïtés dans les termes choisis. Cela laisse place à plusieurs interprétations possibles. Par exemple, selon les interprétations chrétiennes, Jésus se serait approprié les attributs que les musulmans donnent à Dieu. Dans l’Apocalypse de Jean, Jésus dit « Je suis l’alpha et l’oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout Puissant. » (1, 8), Mais selon les musulmans, cette phrase vient de Dieu lui-même et qu’aucun être humain prônant sa parole divine l’ait fait. Plusieurs autres exemples vont dans la même veine. Jésus aurait mentionné son existence avant sa venue sur terre dans une épître de Jean (8, 58) ainsi que dans une épître de Jérémie (1, 4-5).

Qu’est-ce qui dérange les musulmans de la perception chrétienne de Jésus ?

Mais le point qui dérange probablement le plus les musulmans, c’est le fait que Jésus serait le fils de Dieu. C’est tout le contraire de la définition islamique de l’unicité de Dieu. Mais Philips mentionne que plusieurs prophètes ou messagers se sont fait qualifier de fils par Dieu. L’Ancien Testament regorge d’exemples en ce sens. Jacob, Moïse, Salomon, David ne sont quelques illustrations qui le prouvent. Idem pour le Nouveau Testament. Jésus n’est pas le seul à se faire qualifier de fils de Dieu. Selon Philips, Jésus se serait fait maintes fois nommer comme étant le fils de l’homme dans les différents Évangiles. Philips précise sa pensée en disant que les Hébreux croyaient

 « que Dieu est UN, et qu’il n’a ni femme ni enfants, dans aucun sens littéral, il est clair que l’expression “fils de Dieu” signifiait pour eux seulement “servant de Dieu” ; quelqu’un qui, à cause de son obéissance, était proche et cher à Dieu, comme un fils l’est pour son père ».

En terminant

Comme je l’ai dit la semaine dernière, il s’agit ici d’une partie d’un travail de session de mon cours sur la philosophie islamique. Ici, c’est le deuxiemre texte. Le troisième viendra sous peu.

Auteur :

L'autre, celui qui est différent, qui dérange. Nous, qui accueillons ou rejetons. Nos relations, nos perceptions avec l'autre qui vient d'ailleurs.

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