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Définitions de la conversion religieuse

La conversion religieuse peut prendre différentes formes. Et évoluer selon plusieurs facteurs. C’est le cas, notamment, des conversions religieuses. Celle que je connais le plus est la mienne, mais dans le cadre de ma thèse, je cherche à comprendre celles des autres. Il me faut donc commencer quelque part.

Dans le cadre de ce travail, je débuterais par la définition de ce qu’est une conversion religieuse, notamment celles qui touchent à l’islam. Je suis partie d’un texte de Jean-Luc Blaquart, théologien et philosophe français, écrit en 2012. Ce dernier fait le lien entre la conversion et les traditions culturelles. J’ai complété cette partie par différentes petites définitions provenant d’encyclopédies et dictionnaires islamiques. L’introduction du livre Les convertis : parcours religieux, parcours politiques (Martin et Suire, 2016) rédigée par Pier Gisel a été bénéfique.

Il sera aussi question des modèles de conversions proposés par Blaquart. Ce dernier en dénombre six qui expliquent, en quelque sorte, que plusieurs cheminements spirituels menant à la conversion sont nombreux. Pour Blaquart, ces modèles sont représentatifs d’une diversité religieuse qui influence l’individu et la société.

Qu’est-ce qu’une conversion religieuse ?

En ce qui concerne les conversions religieuses, plusieurs définitions existent. Pour Jean-Luc Blaquart (2012), il s’agit d’un phénomène historique et normatif teinté par la culture qui implique une rupture intérieure apportant le converti dans une autre dimension plus affective. Par exemple, actuellement, les conversions sont comprises comme un changement de religions qu’un individu fait pour en remplacer la première par une de son choix. Cette transition se fait grâce à l’environnement dans lequel baigne l’individu.

En effet, bien que le fait de changer de religion a toujours existé, le phénomène n’est pas vécu de la même manière selon l’époque dans laquelle le converti fait son changement de religion. Historiquement parlant, les conversions religieuses ont déjà été associées au fait de se conformer à la majorité religieuse. Aujourd’hui, la modernité fait en sorte que la conversion religieuse est vue comme un phénomène individuel. L’expérience personnelle passe désormais avant la collectivité.

Les raisons de conversion

Pour Blaquart, il y a plusieurs raisons d’effectuer un changement religieux. Le fait, par exemple, de reprendre du pouvoir sur sa propre vie ou d’avoir un sentiment de liberté. Mais le fait que chaque personne évolue dans le temps et a des expériences personnelles qui la marquent influencent grandement son choix de pratiquer, ou non, une religion. Ou carrément de changer de religion. Selon Blaquart, lorsqu’une conversion est réussie, cela paraît dans le langage de l’individu.

Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que, toujours selon Blaquart, le fait de changer de religion est la preuve que la personne a une autonomie. En plus de mentionner, comme vu précédemment, que l’environnement immédiat de la personne ainsi que sa culture influencent sa relation au religieux, Blaquart précise que les universaux ont leur importance. Philosophiquement parlant, cinq principes influencent la vie de chaque être humain : le genre, l’espèce, les différences, le propre et l’accident. Mais après de brèves recherches, les universaux semblent ne pas faire l’unanimité autant en philosophie qu’en religion.

La conversion selon Oxford

Mais en jetant un œil dans les encyclopédies et dictionnaires islamiques, des définitions sont aussi proposées. Selon The Oxford Ecyclopedia of the Modern Islamic World (2009) en Anglais commun, une conversion a plusieurs sens. Comme le fait de se tourner vers. Mais une conversion implique aussi une transformation, de la persuasion, le fait d’apporter un nouveau point de vue ou de changer d’état.

La conversion selon le dictionnaire de Civilisation musulmane

Dans le Dictionnaire de Civilisation musulmane (2001, 85) une conversion implique deux aspects sont à considérer. Elle peut être subie sous contrainte comme dans le cas de Guerre sainte ou lors de la conquête islamique. Mais une conversion peut être faite par opportunisme. Dans certains cas, une conversion peut être perçue comme une ascension sociale. Ce fut le cas en Inde. Certains hindous ont voulu échapper aux castes imposées par leur religion. Une des façons de le faire était de se convertir à l’islam. Idem si un esclave voulait devenir une personne libre. Un exemple qui définit bien ce point est celui de Bilal, esclave noir qui s’était converti à l’islam au tout début de la révélation. Bien qu’il fut torturé après avoir affirmé être musulman, il a été libéré par l’un des compagnons du Prophète.

La conversion selon le dictionnaire historique de l’islam

 Dans le Dictionnaire historique de l’islam (2007, 215-216) Janine Sourdel et Dominique Sourdel affirment, eux aussi, que dans l’histoire de l’islam, les conversions ont toujours été présentes. Selon eux, elles se sont faites par convictions religieuses ou par contrainte. Ils ajoutent aussi que les conversions ont une importance dans l’expansion des religions, notamment celle de l’islam. Les pays donnés en exemples pour expliquer les conversions liées à la conquête islamique sont variés. Il est autant question des Balkans, de la Serbie, de la Bosnie, de l’Inde et de l’Afrique noire.

La conversion selon Pierre Gisel

Pierre Gisel de l’Université de Lausanne, définit les conversions religieuses comme s’inscrivant au cœur même des traditions religieuses, mais pas dans toutes les spiritualités religieuses. C’est le cas d’ailleurs de celles qui sont dites pratico-rituelles, comme les spiritualités « africaines, océaniennes, amérindiennes ou chamaniques. » (Martin et Suire, 2016, 13). Gisel associe aussi la conversion religieuse au radicalisme. Il mentionne le fait que, selon une statistique parue Le Monde en mars 2015, 40 % des djihadistes français qui partîmes en Syrie seraient des convertis à l’islam. Mais Gisel mentionne que dans le christianisme, la conversion est davantage perçue comme une expérience qui transforme la personne qui la vie.

Ce qui est à considérer…

Toujours selon Gisel, deux choses sont à considérer quand il est question des conversions : le moment de la conversion ainsi que son aspect social. En ce qui a trait au moment de la conversion, il est essentiel de comprendre que le récit de vie de la personne qui se convertit. La conversion marque un temps fort pour le converti, mais qui s’explique par ce qu’il a vécu dans le passé. Cela a aussi un impact sur le présent et le futur de la personne en question. En fait, une rupture avec l’itinéraire spirituel entre en compte. Par exemple, certaines personnes vont couper avec des pratiques religieuses appartenant au passé ou aux gens ayant fait partie de leur entourage immédiat. Ce qui amène à considérer l’aspect social de la conversion. En se convertissant, les gens changent leur réseau social. La raison est simple : ils fréquentent une nouvelle communauté d’appartenance. Ce qui a un impact sur la vision de la religion des nouveaux convertis.

Six modèles de conversion

Dans son texte, Y’a-t-il des traditions de conversion ? Blaquart mentionne six modèles de conversion. Pour lui, ceux-ci permettent de voir qu’il y a plusieurs cheminements spirituels menant à la conversion. Ces modèles, qui se veulent stables et irréductibles, agissent de repères dans la diversité que représente le cheminement spirituel menant à la conversion. Cela implique autant l’individu que la société, car l’un influence l’autre et vice versa.

La conversion comme retour

Le premier modèle de conversion proposé par Blaquart implique un retour vers ce qu’il appelle l’ordre originel sacré. Les textes sapientiaux antiques en parlent abondamment. Ce retour vers le spirituel permet d’annuler les erreurs que le converti a pu faire par le passé. La conversion se trouve donc à être une manière de rentrer dans les rangs. On trouve dans ce modèle une forme de soumission et une distension par rapport à la norme sociale. Elle amène une correction à ce qui a été perturbé dans la vie du converti.

La conversion  comme critique rationnelle

En deuxième lieu, Blaquart propose un modèle qui permet une critique rationnelle de ce qui est transmis, sacré ou non. Cette critique est valorisée dans la philosophie grecque. En fait, la conversion est due au fait qu’un discernement permet de changer l’idée que l’on peut se faire d’une situation. L’allégorie de Platon est l’exemple donné pour bien comprendre ce modèle, car en fait, les gens qui usent d’une critique rationnelle se permettent de sortir de la noirceur pour aller vers la lumière qui illumine toutes structures fondamentales. La purification et la contemplation permettent une démarche spirituelle qui dépasse les conventions sociales.

La rencontre et la conversion

Le troisième modèle de conversion permet le fait de rencontrer quelqu’un d’autre dans un sentiment de confiance. Ces interactions ont un impact sur les identités des interlocuteurs. En fait, ce modèle permet d’être fidèle à une parole prometteuse d’un avenir qui se veut meilleur. Une rupture s’opère envers la religion transmise au nom de la libération religieuse.

L’âme, le monde et la conversion

Le quatrième modèle se veut être une vision gnostique de la conversion religieuse. L’accent est mis sur le fait que l’âme et le monde sont contraires qui incarnent le bien et le mal. L’âme correspond au bien et le monde au mal. En purifiant son âme, le converti tente de se sauver du mal présent dans le monde. La conversion se veut donc comme une sorte d’échappatoire par rapport au monde dans lequel l’humain vit.

La conversion radicale

L’avant-dernier modèle est davantage la vision évangélique de la conversion religieuse. C’est le modèle le plus radical proposé par Blaquart, car le converti rejette les valeurs et les critères du salut. La conversion ne corrige pas ce qui a été fait par le passé, mais favorise la pleine conscience qui délimite la piété et la justice. Le converti renonce plus ou moins au respect de la loi. Du moins à sa justification actuelle en favorisant un pardon inconditionnel à la personne commettant un pêché.

La conversion moderne

Le dernier modèle s’inspire des modèles précédents et est le plus actuel. Il se veut comme un moyen de s’affranchir de règles que le monde extérieur lui impose. La conversion est synonyme de découverte, d’accomplissement et d’autonomie de « soi ». La valeur fondamentale de ce modèle est l’épanouissement religieux du converti. Qui est, d’ailleurs est le seul bénéficiaire et le seul juge de ce qu’il fait.

En conclusion

Blaquart conclut la description des six modèles en mentionnant le fait qu’il est possible de les analyser quantitativement et qualitativement. Par exemple, la conversion est évaluée selon la place de la religion dans la société. Favorise-t-elle la socialisation avec le nouveau groupe d’appartenance ou l’individualisme ? Quel statut a le converti lorsqu’il adhère à une nouvelle communauté ?