Publié dans Diversité, Identité, immigration, Réflexion

Les Maghrébins, histoire de leurs migrations au Québec

Montréal, ville multiculturelle

Selon un article du Journal de Montréal, les musulmans qui viennent s’établir au Québec proviennent en très grande majorité de l’Afrique à 63,37 %. Vient par la suite l’Asie (32,11%), l’Europe (3.52%), d’Amérique (1%) et l’Océanie (0,78%).  Dans le cadre de cet essai, il sera principalement question des Maghrébins, car non seulement ils font partie du groupe majoritaire dans le phénomène du flux migratoire lié aux musulmans au Québec, mais parce que je côtoie cette communauté depuis plusieurs années.

Qui sont les Maghrébins ?

En résumé, ils sont à la fois Africains, Arabes et majoritairement musulmans, plus rarement juifs ou chrétiens. Ils sont à un carrefour identitaire et culturel qui couvre la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Libye. Le colonialisme français à laisser des traces lors de son passage dans ces pays. Exception faite de la Libye, qui a été colonisée par l’Italie durant plus ou moins trente ans, mais qui a marqué le pays à sa manière. Ce qui en fait un peuple riche d’une culture qui les unit et qui les différencie tous. Mais lorsque l’on parle de Maghrébins, on parle surtout du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie, car leur présence se fait sentir davantage que la Mauritanie ou la Libye. En 2016, on estimait à 1000 le nombre de Mauritaniens présents dans l’ensemble du Canada. Selon le recensement de 2016, le nombre de Libyens au Canada tournerait autour de 3750. Alors que dire du nombre d’entre eux qui vivent à Montréal !

Pourquoi quitter son pays ?

En fait, il existe plusieurs facteurs qui poussent les gens à migrer d’un pays à un autre. Dans l’Atlas des migrations, un équilibre mondial à inventer, Catherine Wihol de Wenden évoque principalement des raisons d’inégalités économiques, sociales, culturelles, alimentaires, etc. ou bien de crises politiques, démographiques ou environnementales. Évidemment, cela provoque plusieurs problématiques autant dans la société d’origine (l’exode des cerveaux) que dans la société d’accueil (chômage élevé).

La réalité du monde Arabe

Une région du globe la plus affectée est celle du monde arabe. Il s’agit de l’une parmi tant d’autres. La révolution de 2010/2011 a fait beaucoup de migrants dans de nombreux pays du monde arabe. Deux raisons permettent d’expliquer cette révolution : la croissance de la démographie et le taux de chômage élevé. Mais plusieurs autres événements, comme la guerre civile en Algérie à la fin du 20e siècle, ont un impact direct sur l’immigration du monde arabe. Mais le Maghreb est aussi une terre de transit pour d’autres migrants venant d’Afrique subsaharienne. Les voies empruntées varient selon la destination. Mais il est aussi vrai que le Maghreb est l’un des pôles d’attraction migratoire. Les Africains y vont pour fuir, les Chinois pour y investir.

La réalité du Proche-Orient

Le Proche-Orient, autre partie du monde arabe gravement atteinte de conflits qui perdurent dans le temps. On pense notamment à la Syrie et à la Palestine. Ces deux pays ont un nombre important d’expatriés. Selon Wihol de Wenden, la Palestine en a 5 millions depuis 1948 et la Syrie 4 millions depuis 2011. Ces gens se trouvent dans les pays voisins ou ailleurs dans le monde. Les conflits armés sont diversifiés et ils incluent les aspects ethnoculturels, religieux ou identitaires. Pour ces raisons, des minorités sont victimes de conflits qu’ils n’ont pas cherchés, et ce, à cause de leurs différences.

Pourquoi choisir le Québec ?

Toujours selon Wihol de Wenden, au Canada, 25% des Canadiens sont nés à l’étranger. Pourquoi ? Parce que, depuis 1967 la politique migratoire a changé. Il n’y a plus de favoritisme et les portes sont ouvertes à tous. Ce qui a une influence sur les différents flux migratoires. Par exemple, en 2011, 63% de l’immigration concerne le regroupement familial suivi de loin par l’immigration économique à 25%. Loin derrière, les réfugiés sont estimés à 12% de l’immigration vers le Canada. Le Canada, comme le Québec, choisissent les immigrants en fonction de points. Par contre, la ressemblance s’arrête là. En effet, le Québec, qui a sa propre loi de l’immigration depuis 1971, encourage davantage le fait de parler français et la qualification que le reste du Canada qui avantage le capital humain. Donc, toutes personnes parlant français sont favorisées au Québec, ce qui explique la présence de Maghrébins au Québec.

La présence de Maghrébins au Québec

Ces derniers sont dans la Belle Province depuis plusieurs décennies. Il est possible de remonter jusque dans les années 1970 pour trouver des traces de cette immigration. À cette époque, il s’agissait surtout d’étudiants. Surtout ceux qui venaient pour faire des maîtrises ou des doctorats ! Du moins, c’était l’objectif initial. Car bon nombre d’entre eux se sont mariés ou trouvé un emploi. Et beaucoup devaient aussi rembourser des dettes étudiantes. Mais ce ne sont pas les seuls. Rachida Azdouz mentionne dans son texte Les québécois d’origine maghrébine publié dans Histoires d’immigrations au Québec, qu’il y a des électrons libres qui sont venus s’établir ici. Ces électrons, expressions aussi utilisées par Bouchra Manaï, sont des artistes, des jeunes couples, des gens qualifiés en quête de liberté et d’opportunité que l’Europe ne peut leur offrir.

L’arrivée de masse des maghrébins au Québec

Par contre, dès les années 1990, plusieurs vagues massives d’immigrations ont lieu à partir du Maghreb. Actuellement le troisième bassin de recrutement en matière d’immigration, le Maghreb a permis en premier lieu des immigrants de l’Algérie. Pour cause de guerre civile. Le Maroc et la Tunisie ont, eux aussi, envoyé de leurs compatriotes pour diverses raisons. Depuis 1996, le Québec a fait le choix de séduire les Maghrébins à cause de leurs qualités : ils sont jeunes, scolarisés et parlent français ! Et cela a tellement fonctionné qu’une fois au Québec, plusieurs points négatifs se font remarquer : chômage, précarité, socialisation défaillante, etc.

Montréal et les Maghrébins, une histoire d’amour

Comme mentionné au début d’article, 90% des quelques 300 000 musulmans, toutes origines confondues, habitent Montréal. Pour le Maghreb, en 2011, Statistiques Canada estimait à 90 630 maghrébins dans l’agglomération montréalaise. Sur l’Île, on trouve des maghrébins cinq arrondissements : Ahuntsic-Cartierville, Côté-des-Neiges/Notre-Dame-de-Grâce, Ville St Laurent, Saint Léonard et Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension.

Le Petit Maghreb

D’ailleurs dans cet arrondissement, il y a un secteur appelé Petit Maghreb. Cet endroit se situe principalement sur la rue Jean Talon, entre le boulevard Saint-Michel et le boulevard Pie IX, mais déborde sur la rue Bélanger. On y trouve différents commerces : restaurants, boutiques de vêtements, boucheries, cafés, etc. L’arabe y est entendu comme tous les dialectes maghrébins. Pour Bouchra Manaï, ce secteur, qui s’est construit grâce aux histoires des immigrants, fait partie intégrante de l’histoire, urbaine et sociale, de Montréal. Les Maghrébins agissent de façon identique aux immigrants les ayant précédés : ils se regroupent afin de marquer leur territoire, leur identité.

La construction du Petit Maghreb

En effet, l’arrivée des Maghrébins à Montréal s’est fait par étapes. Il y a eu celle déjà mentionné des électrons libres, qui correspond à l’arrivée des premiers immigrants. Ces électrons s’installèrent partout dans la ville, car il n’y avait pas encore d’endroit à eux. À ce moment l’identité maghrébine n’est pas encore défini. Ce sont les précurseurs qui ont fait en sorte que le Petit Maghreb se construit graduellement, un commerce à la fois. Comme les maghrébins ne trouvent pas d’emplois dans leurs domaines d’étude, ils se reconvertissent dans le commerce. Le Petit Maghreb explose entre 1998 et 2004, à l’époque des pionniers, époque où l’économie se développe à grand V. Les montréalais découvre aussi un endroit où il est possible d’acheter des produits exotiques. À partir de 2005, l’époque des développeurs du Petit Maghreb débute. C’est à partir de ce moment que ce dernier marque son territoire grâce à la socialisation. La dernière étape est la stabilité. Depuis 2011, le quartier est là pour rester. Mais le secteur garde une saveur très touristique, car il permet de voyager à petit prix.

La construction de l’identité et le Petit Maghreb

L’avantage d’un secteur comme le Petit Maghreb concerne la sociabilité. Les plus jeunes peuvent s’y développer une identité nouvelle au contact des anciens. Quant à ces derniers, il utilise le secteur pour le quotidien, comme les achats de pains et autres. Par contre, dans beaucoup de cas, les hommes se rencontrent dans les cafés, les femmes à la maison. Comme au bled. Mais les choses changent graduellement.

Bref, les maghrébins aiment bien vivre à Montréal, mais il y en a quand même qui vivent ailleurs. Êtes-vous capable de me dire où ils vivent ???

Références

Publié dans expérience personnelle, Identité, immigration

Parole aux jeunes sur la construction identitaire

En septembre dernier avait lieu un colloque social organisé par l’Association Racines. Le but de cette journée était de parler de la construction identitaire des jeunes maghrébins. J’y étais preneuse de note pour la journée et j’avais envie de partager avec vous ce qui a été dit. Le colloque rassemblait des professionnels de tous horizons possibles. Et c’était tellement enrichissant! Voici donc le premier résumé de la journée!

Place aux jeunes…

La journée du colloque a débuté avec quatre témoignages de jeunes issus de l’immigration venue parler de la perception d’eux-mêmes, de leur définition de leurs identités. D’emblée, un des participants nous parle de l’importance des mots que l’on utilise pour parler de soi. Ce qui s’est d’ailleurs fait sentir dans les différents discours de ce panel. En effet, certains se définissent comme Québécois, alors que d’autres se voient comme immigrants ou comme citoyens du monde. Cela est teinté par plusieurs facteurs. On pense entre autres à l’expérience de vie, l’endroit de naissance, où l’on grandit, le moment de la migration s’il y en a une, la relation avec les parents, etc. Bref, une multitude de causes ont un impact sur la façon dont un jeune maghrébin se perçoit.

La relation avec les parents

Ce qui revient beaucoup dans les dires des quatre jeunes, c’est la relation avec leurs parents. Par exemple, un des participant parle de l’influence positive que son père a exercée sur lui. Un autre, quant à lui, a parlé de la difficulté qu’il rencontre avec sa mère en raison des traditions et de l’éducation. Quant à l’une des filles, elle mentionne le fait que ses parents étaient sans ressources lorsqu’ils ont eu à intervenir auprès d’elle, car, en matière d’éducation et d’intervention auprès d’une adolescence, ils avaient les connaissances du pays d’origine, mais pas celles du Québec. Elle les excuse en mentionnant l’incompréhension liée à la culture et les pertes de repères causés par l’immigration. Pour elle, certains aspects de la vie sont plus difficiles à vivre que d’autres, comme la religion. Elle remarque que sa pratique religieuse diffère au Québec de celle qu’elle avait au Maroc. Cela a causé des conflits avec ses parents, mais comme ils sont ouverts d’esprit, elle a pu se questionner et faire ses propres recherches.

L’immigration…

Faits à considérer, les surprises et difficultés qui peuvent surgir à tout moment dû à l’absence d’informations pour les immigrants. Une des participantes nous donne l’exemple de son arrivée au Québec, un 29 décembre. Personne n’avait connaissance de la période des fêtes, qu’il y a des vacances, donc, rien d’ouvert. Elle mentionne les répercussions que ce manque d’informations occasionne aux familles. Elle parle de la pression que son père ressentait et dont elle était consciente à un très jeune âge.

…et l’identité

L’impact de l’immigration sur l’identité est importante, surtout à l’adolescence. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une des deux filles a décidé d’entre enseignante au secondaire. Cela lui permettrait d’avoir un impact direct sur l’identité des jeunes issus de l’immigration, qui ont vécu similaires au sien. Un des gars a eu une période de questionnement à la fin du secondaire. Il essayait de trouver les ressources nécessaires, un endroit où il peut discuter de son parcours, mais avec beaucoup de difficultés. Il n’a pas trouvé de soutien nécessaire à l’école, car il juge qu’elle montre aux jeunes qu’ils devraient devenir au lieu de leur montrer qui ils sont réellement. Quant au deuxième garçon, né au Québec, il se considérait comme Montréalais durant son adolescence. C’est vers l’âge de 20 ans qu’il a pris conscience qu’il devait connaître les racines marocaines de son père. Ainsi, il s’est mis à voyager. Cela a eu des conséquences sur sa vie professionnelle. Cela a eu un impact dans la construction de son identité. Il a été dit par l’une des participantes que le fait d’immigrer avant cette période est positif, l’identité est encore à faire. Ce qui n’est pas le cas des adultes, qui, pour eux, est à refaire. Il a été rappelé que les douanes sont un moment où s’opère un changement : la reprise des habitudes que l’on a dans ce pays.

Le sentiment d’appartenance

La construction identitaire a aussi des conséquences sur le sentiment d’appartenance. Les jeunes semblaient dire qu’ils se positionne constamment entre deux chaises du fait qu’on les perçoit comme étranger. Pour cette raison, ils ont tendance à aller vers les gens qui ont vécu similaire aux leurs. Phénomène perçu aussi chez les Québécois. Par contre, on rappelle que, lors de l’immigration, le migrant laisse une partie de son identité dans son pays d’origine. Mais on ne peut pas l’effacer totalement. Au contraire, il doit apprendre à mixer les deux pour s’en créer une nouvelle identité, comme lorsque l’on mélange des épices à un plat que l’on cuisine. Son conseil : que les immigrants et les Québécois prennent le temps de connaître la réalité des uns et des autres.

En bref…

En résumé, la plupart des jeunes qui ont témoigné se sentent à la fois immigrants et québécois. Cela fait partie de leur identité. Mais c’est impossible d’être cloisonné à une seule identité, car on a plusieurs. On a aussi mentionné qu’être seulement entre immigrants, l’identité se développe différemment que si l’on côtoie des gens de toutes les cultures. En vivant qu’avec les gens qui nous ressembles, il y a une ghettoïsation inconsciente qui se fait naturellement.

Publié dans construction identitaire, enfants, Identité, immigration, médiation interculturelle

Le développement de l’identité chez l’enfant. partie 3 : l’intervention auprès d’enfants issus de l’immigration

Après quelques semaines d’école, vos enfants ont repris la routine scolaire et retrouvé leur identité propre. Quoique vous avez peut-être découvert de nouveaux traits de personnalité. Avec les nouveautés de la rentrée et le retour des vacances, parfois, on ne voit pas immédiatement les changements chez nos enfants. Mais qu’importe, quand ça arrive, c’est souvent une belle découverte. Parce que, des fois, ce l’est moins. La relation que l’on développe avec les gens travaillant avec nos enfants peut aider à faire avancer les choses si le besoin se fait sentir. Surtout dans les premières années de vie, entre 0 et 5 ans, l’identité se développe à la vitesse grand V. Dans le premier texte, il était question du développement de l’identité. Je vous expliquais les grandes lignes des standards universels. La semaine dernière, on parlait des enfants issus de l’immigration. Mais quand est-il du lien avec les intervenant·e·s qui travaillent avec nos enfants ?

La relation entre l’intervenant·e et l’enfant : les bases pour construire une identité

La relation entre un enfant et l’adulte qui partage son quotidien est importante. Surtout quand, en tant que parent, on confie nos bébés à des inconnus. Le lien de confiance est primordial, surtout dans un contexte interculturel. Le fait de tisser des liens avec un adulte qui connaît la société d’accueil facilite l’intégration de l’enfant. Cela permet à ce dernier de connaître les codes sociaux, les règles et la langue. Le plus important, c’est que l’enfant peut développer un sentiment de sécurité avec l’adulte en question. Lorsque la famille vient d’immigrer dans sa nouvelle société, l’enfant a peu de contacts seuls auprès des natifs. Sa première vraie expérience est lorsqu’il met les pieds à la garderie ou à l’école. Et c’est un gros choc. Il est donc nécessaire de lui permettre de créer des liens avec une personne significative dans son nouvel environnement. Même si la personne ne connaît ni la culture de l’enfant ni sa langue.

Quel style d’intervention privilégier ?

En fait, le meilleur style d’intervention permet à l’enfant de s’intégrer à son groupe et à la société. L’intervenant·e le stimule à apprendre une nouvelle langue et de nouvelles règles.  Soutenir l’enfant lors de difficultés est aussi important. En fait, trois types d’intervention existent. L’autoritarisme qui préconise l’obéissance à l’autorité. On peut le comparer à l’assimilationnisme. Ce, qui pour moi, n’était pas l’idéal, car l’enfant doit s’effacer et renier une partie de son identité. Le deuxième est l’intervention permissive. On respecter l’enfant et ses décisions. L’enfant à tous les pouvoirs. On peut comparer cela au culturalisme. Ce n’est pas mieux, car les comportements inacceptables le deviennent. Le type d’intervention idéal est le type démocratique. Pourquoi ? Parce que tout le monde décide ensemble de ce qu’il faut faire tout en respectant autrui. Ainsi l’enfant connaît les limites à respecter et sait exprimer ses besoins s’il en ressent la nécessité.

Quels sont les facteurs qui influencent les relations ?

Il y en a plusieurs et peuvent venir autant de l’enfant que de l’adulte. D’un côté comme de l’autre, l’origine culturelle influence grandement, mais n’est pas le seul facteur. Les caractéristiques personnelles ont aussi une incidence sur la relation entre les deux parties. On parle aussi du nombre d’années passées dans la nouvelle société, du sexe de l’enfant, de son tempérament ou de son état de santé. En effet, les idées reçues varient d’une culture à l’autre et se transposent dans les relations que l’on a avec l’autre. Les facteurs économiques ont aussi un impact sur ce que transmet la famille à l’enfant. Du côté de l’intervenant·e, son éducation, ses expériences ou sa formation se répercutent sur les enfants côtoyés au quotidien. La personnalité, l’humeur ou la santé de l’intervenant·e a des répercussions sur la dynamique de groupe.

Le milieu de garde dans tout ça ?

L’aménagement physique a son importance. Si le local n’est pas propice à ce que l’éducatrice ait l’œil sur tout le monde ou qu’il y a trop d’enfants, personne ne sera à l’aise dans le groupe. Mais le plus important est le programme éducatif. S’il n’est pas adapté aux enfants du groupe, le lien de confiance entre l’enfant et l’intervenant·e en sera affecté. Aussi, il ne faut pas oublier que l’enfant tisse des liens avec la première personne qu’il voit dans le service de garde. Il est donc important de lui permettre de la voir régulièrement dans la journée. Cela stimulera son sentiment d’appartenance à son nouvel environnement. Aussi, la personne qui crée un lien avec un enfant ne maîtrisant pas la langue doit surveiller le non verbal, car beaucoup de choses peuvent être dites malgré tout. Si quelqu’un parle la langue de l’enfant ou peut l’apprendre, c’est le jackpot !

Les actes discriminatoires… quoi faire avec ça ?

Évidemment, dans une vie de groupe, il y a souvent des discordes. On ne peut pas faire sans. Par contre, dans un contexte interculturel, il faut savoir faire attention. Car même si on dit qu’il n’y a pas de discrimination ou de racisme à un très jeune âge, cela ne veut pas dire qu’il faut laisser en passer. Dès que l’on voit qu’un comportement n’est pas approprié, il faut intervenir. Comment ? En montrant l’exemple, car l’influence la plus importante pour les enfants est celle des adultes. Celles des autres enfants de son groupe viennent par la suite. Il faut savoir faire la distinction entre curiosité et discrimination, car il est normal de poser des questions. Il faut donner une réponse juste, honnête et facile à comprendre pour l’enfant. Par contre, ce l’est moins de ridiculiser un enfant en raison de sa différence. Axée sur les similitudes est une belle option.

L’adaptation, oui, c’est parfois difficile ?

Pour certains enfants, l’adaptation à un nouvel environnement est plus difficile. Surtout quand il y a beaucoup d’éléments et que tout ce fait rapidement. Évidemment, l’enfant envoie des signaux d’alarme. D’où le fait de surveiller le non verbal, si nécessaire. Mais bref, si on remarque que l’enfant a certaines habitudes qui changent, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche. Eh oui, il se peut qu’au début, l’enfant soit agressif ou être malade tous les matins. Mais avec le temps, de la patience, il finira par s’habituer et tout rentrera dans l’ordre. Le meilleur truc à donner aux intervenant·e·s, c’est de prendre le temps d’observer l’enfant en question. Cela permet de comprendre pourquoi il a ce comportement et quand. Cela donnera des réponses et aidera l’intégration de l’enfant par la suite. La collaboration avec les parents reste aussi une clé importante dans l’adaptation de l’enfant dans son nouveau monde.

Bref, c’était le dernier texte sur le développement identitaire de l’enfant. J’avoue que dans ce texte, je parlais surtout aux professionnel·le·s. Mais si vous êtes parents, cela peut vous intéresser. Cela vous permettra peut-être de comprendre le travail des gens qui sont auprès de vos petits, mais aussi de bien choisir le milieu qui vous ressemble. Et si vous voyez qu’un enfant a de la difficulté à s’intégrer en raison de sa différence identitaire, soyez présent auprès de lui. Si ça se trouve, vous aurez un impact positif sur lui durant toute sa vie.

e, vous aurez un impact positif sur lui durant toute sa vie.

Publié dans enfants, Identité, immigration, médiation interculturelle

Le développement de l’identité chez l’enfant. Partie 2 : l’enfant issu de l’immigration.

Vos enfants sont il issus de l’immigration ? Est-ce leur première fois en garderie ou à l’école ?  Le retour à la routine est parfois difficile et amène aussi son lot de surprises et d’imprévus. Surtout quand on est enfant. Quand on est adulte, aussi parfois. Mais comme partout ailleurs, de nouveaux groupes se forment, les ami·e·s partent et vont et la rencontre d’un nouvel adulte qui s’occupe de l’enfant. Bref, septembre est un gros mois pour les familles surtout si on est nouveau au Québec. Les enfants en particulier, je dirais. Le début d’une nouvelle vie apporte son lot de stress. Surtout quand on est dans un contexte où l’on vient d’arriver dans un nouveau pays. Déjà que dans les premières années de vie, entre 0 et 5 ans, l’identité se développe à la vitesse grand V. La semaine dernière, il était question du développement de l’identité. Je vous expliquais les grandes lignes des standards universels. Mais quand est-il quand on est issus de l’immigration ?

À quoi ressemble le développement identitaire d’un enfant issu de l’immigration ?

En fait, il y a beaucoup de variables. Le moment d’arrivée dans sa nouvelle société, s’il a connu son pays d’origine ou non, de son lieu de naissance, etc. Si je prends en exemple certains enfants autour de moi, ceux issus de couples mixtes. Beaucoup sont nés ici. Donc, forcément, leur pays est le Canada, qu’importe l’origine des parents. Mais ce n’est pas le cas de tous les enfants. Par contre, un point similaire, ils vivent d’une manière à la maison et d’une autre lors qu’ils sont dans la société. J’ai même connu, lorsque j’étais éducatrice, un enfant d’origine asiatique qui a été adopté par des Français vivant au Québec. L’histoire familiale est ce qui influence le plus l’identité de l’enfant. Tout comme la langue parlée à la maison aussi et les facteurs socio-économiques. Donc, chaque cas est unique. Mais les enfants se retrouvent avec un mélange de cultures qu’il doit apprendre à gérer.

L’enfant de famille mixte

Il a un double héritage culturel, soit la culture des deux parents. Parfois s’ajoute la culture de la société d’accueil. Il y a de quoi à être confus si on n’a pas le soutien nécessaire. Je connais un Algérien marié avec une Vietnamienne et une Algérienne mariée avec un Libanais. Aucune de ces personnes sont nées au Québec. Alors les enfants ont à gérer entre un mélange d’identité qui les caractérisent qu’eux. Par exemple, dans ce genre de cas, l’éducatrice tentera de faire en sorte que l’enfant sera aimé des deux parents en dépit des préjugés culturels qu’ils peuvent avoir.

L’enfant adopté

L’adoption au Québec a une histoire particulière. À ma connaissance, il y en a eu beaucoup à l’époque de Duplessis. Il y en a sûrement aussi avant, car lorsque l’église et la politique étaient encore qu’une seule tête dirigeante de la Province, les filles-mères étaient mal vues. Certaines partaient aider subitement une tante malade et revenaient au bout de neuf ou dix mois. Mais depuis quelques années, l’adoption internationale a son importance. En fait, à ma connaissance, cela a débuté dans les années 70. Mais je me trompe peut-être. Reste que l’enfant fait partie d’une famille qui n’est pas la sienne. Les deux parties doivent s’adapter l’une à l’autre. Mais l’ensemble familial doit aussi s’ajuster aux regards et aux préjugés de la société envers eux. Par contre, en tant qu’intervenant·e, la première chose à faire avec ces familles est de les questionner à savoir comment on traite, culturellement, leur enfant. Ce dernier peut, ou non, avoir conscience d’être né ailleurs et il est important de faire attention à ce point.

Le prénom de l’enfant : marqueur de l’identité

Le choix du prénom est une manière que les parents ont de marquer l’identité de leur progéniture. Si on ne sait pas comment le prononcer, questionner le parent reste la meilleure option. Ça aidera ainsi l’enfant à mieux s’intégrer dans le groupe. Ainsi, il ne passera pas sa journée à se demander pourquoi un adulte le regarde en prononçant un nom étrange. Le choix d’un nom n’est jamais neutre. Les parents l’ont pris pour des raisons précises, surtout en contexte migratoire. Par contre, pour faciliter la tâche, certains d’entre eux accepteront de changer le prénom de l’enfant. Ou certains prendront un nom qui se dit bien dans plusieurs langues. Évidemment, cela a un impact sur le développement identitaire de l’enfant. Et comme au Québec on peut choisir le nom de famille, père ou mère ou les deux, il s’agit aussi d’une manière de transmettre plusieurs cultures. Ce qui n’est pas le cas dans toutes les cultures.

Ainsi se termine le deuxième texte de la série. Même si je ne fais qu’effleurer le sujet, mais le but est de sensibiliser à ce que vit l’autre. Et je ne souhaite pas vous charger d’informations, car parfois, cela peut paraître beaucoup. Dans le prochain texte, je parlerais principalement aux intervenant·e·s qui travaillent auprès des enfants d’âge préscolaire. De la manière d’adapter leurs interventions auprès d’une clientèle issue de l’immigration. Ce n’est pas toujours évident, surtout quand on est peu habitué à fréquenter des immigrants.

Publié dans Diversité, expérience personnelle, Identité, immigration, Lectures, médiation interculturelle

Éducation interculturelle et petite enfance

Comme vous le savez peut-être, j’ai travaillé avec les enfants du préscolaire (0-5 ans) quelques années. J’ai étudié dans le domaine lorsque j’étais au Cégep. À Québec, pour être précise. À une époque où le visage de la Ville était encore très blanc, mais avec beaucoup de jeunes issus de l’adoption internationale. Ceux de ma génération étaient surtout noirs, mais dans les années 90, elle était surtout asiatique. Alors, la question de l’interculturalité dans les cours n’était pas abordée. Ou du moins, peu parlée. Je peux vous dire que lorsque je suis arrivée à Montréal et que j’ai rencontré mon premier groupe en garderie, j’ai été très surprise de sa constitution. Sur six enfants de moins de 2 ans, j’avais 3 Arabes, 1 haïtien, 1 asiatique et 1 québécois. Seul le dernier me comprenait lorsque je parlais. J’ai passé une très belle journée (not) 😂 Je suis revenue à la maison complètement vidée ma journée.

Manquement dans la formation en éducation à la petite enfance?

Tout ça pour dire qu’en fait je n’étais pas préparé à cette réalité. J’étais dans une période un peu floue de ma vie, lorsque je faisais cette formation. Je la faisais à contrecœur, car ce n’était pas ce qui m’intéressait. C’est peut-être une des raisons pour laquelle j’ai quitté rapidement la profession d’éducatrice. Mais bref de bavardages, un des manquements qu’il y avait dans ma formation est l’aspect de l’éducation interculturelle et de la petite enfance. J’ai eu comme formation une technique en éducation en service de garde. Aujourd’hui appelé éducation en petite enfance. Mais dernièrement, j’ai trouvé un livre sur le sujet. J’avoue que sa lecture me ramène en arrière de plus ou moins 20 ans et que cela me rappelle de beaux souvenirs. Mais c’est ce type d’information que j’aurais aimé avoir que j’ai étudié pour être éducatrice.

Mais de quel livre je parle ?

En fait, je parle du livre Éducation interculturelle et petite enfance de Carole Lavallée et de Micheline Marquis. La première a été professeure en techniques en service de garde au Cégep du Vieux-Montréal et la deuxième directrice d’un Centre de la petite enfance à Montréal. Donc, très ancrée de la réalité montréalaise. À ma connaissance, il n’y a qu’une seule édition qui a été publiée en 1999 sous Les Presses de l’Université Laval. Je vous dirais que cela paraît qu’il n’y a pas eu de réédition, car certaines informations ne tiennent plus la route vingt ans plus tard. Mais bon la base du livre est quand même bien. Et si quelqu’un de la maison d’édition lit l’article, on ne sait jamais 😉, une mise à jour de certains chapitres ne ferait pas de tort.

Et qui s’intéresse à l’éducation interculturelle de la petite enfance ?

Ceux et celles qui devraient lire ce livre ? Les éducateur·trice·s à l’enfance, évidemment. Mais à toutes personnes qui travaillent de près ou de loin avec les enfants. Surtout si ces dernières sont en contact direct avec des jeunes issus de l’immigration. En fait, comme l’immigration est de plus en plus présente au Québec, principalement dans les grands centres urbains, tous ceux qui travaillent auprès de cette clientèle devraient posséder ce livre. Que ce soit aussi les intervenant·e·s sociaux, les éducateur·trice·s spécialisé·e·s, travailleur·euse·s sociaux, médiateur·trice·s interculturel·lle·s, etc. Oui, même des gens ayant ma formation, s’ils ont à travailler auprès d’enfants, devraient avoir ce livre. Mais des gens travaillant à la D.P.J, devraient l’avoir. Pourquoi ? Parce qu’il est reconnu que l’organisme à des problèmes à gérer la diversité interculturelle. Et vu qu’ils travaillent directement avec les enfants, il va de soi qu’ils doivent l’avoir.

Ce que j’aime de ce livre Éducation interculturelle et petite enfance ?

Chaque chapitre est clairement bien divisé. Dans le premier, on aborde les notions en lien avec les centres de la petite enfance et l’éducation interculturelle. Comme les C.P.E. venaient de naître, on y explique ce que c’est. Mais bon 20 ans plus tard, je ne sais pas si c’est toujours pertinent. Les notions en lien avec l’immigration sont aussi abordées. Mais encore là, certains aspects ont changé en deux décennies. Dans les autres chapitres, on parle du développement socioaffectif de l’enfant, d’interventions, de pédagogies, des choix d’activités, d’apprentissages linguistiques, de la relation avec les parents et de la gestion des ressources humaines. Bref tout ce qu’un milieu de garde devrait savoir pour bien accueillir les enfants. À la fin de chaque chapitre, des pistes de réflexion sont lancées. Elles peuvent autant faire réfléchir individuellement, qu’en groupe. Des activités sont aussi au menu.

Comment faire l’éducation interculturelle à la petite enfance ?

L’éducation interculturelle des moins de 5 ans est particulière sans l’être vraiment. Un enfant reste un enfant qu’importe l’endroit d’où il vient. La conscience de la différence n’existe pas avant l’âge de 5 ans. Ce qui est dit ou fait avant cet âge l’est par curiosité ou par répétition. Ainsi, lorsqu’un enfant dit des gros mots, c’est parce qu’il les a entendus ailleurs. Souvent, il s’en sert pour exprimer sa peur ou sa colère contre une situation. Pas contre une personne. Mais pas l’enfant qui reçoit les mots ou les gestes. Ne pas oublier que les enfants sont dans le moment présent. Cela doit teinter la préparation des activités. Il est difficile de résumer en peu de mots toute l’information du livre sur le sujet, mais la diversité et l’interculturalité doivent être présentes au quotidien. Surtout si l’on veut favoriser l’inclusion des enfants. Pas seulement une journée thématique par mois.

L’éducation interculturelle en petite enfance…

Ça commence en très jeune âge. Il est certain qu’à la pouponnière, les enfants s’en aperçoivent moins, mais elle demeure quand même présente. L’enfant qui intègre un service de garde aura des réactions qu’importe l’âge où il arrive. Si l’enfant ne comprend pas la langue, il réagira d’une manière différente d’un autre qui la comprend. Si la nourriture n’est pas comme à la maison, aussi. Il faut donc, en tant qu’intervenant trouver des astuces pour faire en sorte que la transition soit le plus facile pour tout le monde. C’est ce qui ressort du livre lorsqu’on le lit.

Si vous avez vécu des situations semblables, quels ont été vos trucs pour faciliter l’intégration des petits ?