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Le hijab en milieux de travail

Il est souvent demandé aux Maghrébines de s’impliquer dans leur société d’accueil pour bien s’intégrer. Deux endroits où il est possible de le faire pour les adolescentes, c’est dans un contexte scolaire, ou, pour celles en âge de le faire, de se trouver un emploi. Évidemment, il y a plusieurs autres façons d’entrer en contact avec une nouvelle société. La semaine dernière, je vous parlais du hijab à l’école. Aujourd’hui je vous parle du hijab dans les milieux de travail.

Les milieux de travail

Pour ce qui est de la gestion de la diversité, elle se fait dans les écoles mais se fait aussi dans les différents milieux de travail. Il est plus difficile pour une Maghrébine portant le hijab de se trouver du travail qu’une Québécoise. Par exemple, le taux de chômage, selon le recensement de 2016, pour les Marocaines de plus de 15 ans vivant dans l’agglomération montréalaise était de 16,6 %. Pour celles résidant dans la Ville de Montréal, 17,5%. Le taux est plus élevé pour les Algériennes de plus de 15 ans. Autant pour l’agglomération montréalaise que pour la Ville, les chiffres tournaient, en 2016, autour de 19% de chômage.  Pour les femmes provenant de la Tunisie, les informations de 2016 n’étaient toujours pas disponibles au moment d’écrire ces lignes. Par contre, en 2011, le taux de chômage des Tunisiennes était estimé à 16%. Selon Statistique Canada, pour la population féminine du Québec, le taux de chômage en 2016 est des 6%.

Les lois qui protègent le port du hijab

Au Québec, nous avons deux Chartes qui nous protège. Faisons un survol des deux afin de comprendre ce qui protège les Maghrébines.

Au Québec

Au moment d’écrire ces lignes, le Ministère de l’Éducation venait de demander à trois Commissions scolaires l’agglomération de Montréal (CSDM, CSPI et CSDL) de faire un décompte des enseignants portant un signe religieux. Bien que le ministre Roberge se défend d’une telle demande, la Charte des droits et libertés de la personne stipule aux articles 18 et 18.1 que :

« 18 Un bureau de placement ne peut exercer de discrimination dans la réception, la classification ou le traitement d’une demande d’emploi ou dans un acte visant à soumettre une demande à un employeur éventuel.

18.1.  Nul ne peut, dans un formulaire de demande d’emploi ou lors d’une entrevue relative à un emploi, requérir d’une personne des renseignements sur les motifs visés dans l’article 10 sauf si ces renseignements sont utiles à l’application de l’article 20 ou à l’application d’un programme d’accès à l’égalité existant au moment de la demande. »

Les motifs de l’article 10 sont au nombre de 14. On les trouve comme suit :

« 10 Toute personne a droit à la reconnaissance et à l’exercice, en pleine égalité, des droits et libertés de la personne, sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe, l’identité ou l’expression de genre, la grossesse, l’orientation sexuelle, l’état civil, l’âge sauf dans la mesure prévue par la loi, la religion, les convictions politiques, la langue, l’origine ethnique ou nationale, la condition sociale, le handicap ou l’utilisation d’un moyen pour pallier ce handicap.

Il y a discrimination lorsqu’une telle distinction, exclusion ou préférence a pour effet de détruire ou de compromettre ce droit.»

Au Canada

La Charte canadienne des droits et libertés abonde dans le même sens à ce qui a trait aux droits à l’égalité. L’article 15.1 mentionne que :

« La loi ne fait acception de personne et s’applique également à tous, et tous ont droit à la même protection et au même bénéfice de la loi, indépendamment de toute discrimination, notamment des discriminations fondées sur la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, le sexe, l’âge ou les déficiences mentales ou physiques. »

Bref, selon les lois québécoise et canadienne, les Maghrébines portant le hijab, tout comme celles qui ne le portent pas, sont protégées contre la discrimination à l’emploi en raison de leurs origines et de leurs religions.

Secteurs d’activités

De manière générale, les femmes provenant du Maghreb travaillent dans certains secteurs très précis. En très grande majorité, et selon le recensement de 2016, il est possible de trouver les Maghrébines dans le domaine de l’enseignement, du droit et des services sociaux ou dans les milieux communautaires ou gouvernementaux. Viennent ensuite la vente et les services. En troisième place, le milieu des affaires et de la finance.

Discriminations et négociations

Pour les Maghrébines travaillant dans les institutions gouvernementales québécoises, elles doivent négocier tous les jours avec des situations discriminatoires. Notamment à l’embauche. Bertrand Lavoie, dans son livre La fonctionnaire et le hijab. Liberté de religion et laïcité dans les institutions publiques Québécoises, constate que les Maghrébines travaillant avec le hijab représentent l’islam sans trop le vouloir. Il a interrogé 30 Maghrébines qui ont décidé de faire carrière dans la fonction publique. Certaines y travaillent déjà alors que d’autres s’y projettent dans un avenir rapproché.  Plusieurs se considèrent à être la seule musulmane dans leur milieu de travail.  Ce qui leur octroie une position particulière avec leur collègue. Est-ce que cela est dû au fait que peu de Maghrébines portent le hijab dans ces différents milieux de travail ? Possible, mais la question n’est pas abordé dans le livre La fonctionnaire et le Hijab.

Les relations aux travail

Par contre, j’ai pu constater dans le livre de Lavoie, que les débuts dans un nouveau milieu de travail sont difficiles. Une fois l’embauche confirmée et que les Maghrébines commencent leurs tâches liées à leur travail, leurs collègues se méfient. Par la suite, cette méfiance s’estompe et les langues se délient pour poser des questions. Mais le fait d’être minoritaire met aussi une pression sur les Maghrébines. Elles se doivent d’être plus performantes dans leurs milieux de travail. En plus de faire attention à leurs faits et gestes. Certaines préconisent l’évitement afin de ne pas créer de conflits dans leurs milieux de travail. Notamment en ce qui concerne la religion.

L’embauche des Maghrébines

Mais avant d’en arriver là, les femmes portant le hijab se voient discriminer principalement à l’embauche. Plusieurs ont vécu des échecs répétés dans leurs recherches d’emplois. Elles se sont fait aussi dire de retirer leurs hijabs si elles tiennent à la réussite de leurs démarches. Lavoie mentionne que 30% sont victimes de discriminations à l’emploi. Les plus touchés sont les jeunes de 18 à 29 ans. Les Maghrébines sont la cible par ces discriminations liées à l’emploi. Plusieurs études démontrent qu’un nom à consonance étrangère (CDPDJ en 2012) ou le port du hijab (groupe Environics en 2006) ont un impact sur l’obtention d’un emploi.

On peut le voir, les Maghrébines, comme bon nombre de femmes portant le hijab, ont des combats à mener pour s’intégrer à notre société !