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Le développement de l’identité chez l’enfant. partie 3 : l’intervention auprès d’enfants issus de l’immigration

Après quelques semaines d’école, vos enfants ont repris la routine scolaire et retrouvé leur identité propre. Quoique vous avez peut-être découvert de nouveaux traits de personnalité. Avec les nouveautés de la rentrée et le retour des vacances, parfois, on ne voit pas immédiatement les changements chez nos enfants. Mais qu’importe, quand ça arrive, c’est souvent une belle découverte. Parce que, des fois, ce l’est moins. La relation que l’on développe avec les gens travaillant avec nos enfants peut aider à faire avancer les choses si le besoin se fait sentir. Surtout dans les premières années de vie, entre 0 et 5 ans, l’identité se développe à la vitesse grand V. Dans le premier texte, il était question du développement de l’identité. Je vous expliquais les grandes lignes des standards universels. La semaine dernière, on parlait des enfants issus de l’immigration. Mais quand est-il du lien avec les intervenant·e·s qui travaillent avec nos enfants ?

La relation entre l’intervenant·e et l’enfant : les bases pour construire une identité

La relation entre un enfant et l’adulte qui partage son quotidien est importante. Surtout quand, en tant que parent, on confie nos bébés à des inconnus. Le lien de confiance est primordial, surtout dans un contexte interculturel. Le fait de tisser des liens avec un adulte qui connaît la société d’accueil facilite l’intégration de l’enfant. Cela permet à ce dernier de connaître les codes sociaux, les règles et la langue. Le plus important, c’est que l’enfant peut développer un sentiment de sécurité avec l’adulte en question. Lorsque la famille vient d’immigrer dans sa nouvelle société, l’enfant a peu de contacts seuls auprès des natifs. Sa première vraie expérience est lorsqu’il met les pieds à la garderie ou à l’école. Et c’est un gros choc. Il est donc nécessaire de lui permettre de créer des liens avec une personne significative dans son nouvel environnement. Même si la personne ne connaît ni la culture de l’enfant ni sa langue.

Quel style d’intervention privilégier ?

En fait, le meilleur style d’intervention permet à l’enfant de s’intégrer à son groupe et à la société. L’intervenant·e le stimule à apprendre une nouvelle langue et de nouvelles règles.  Soutenir l’enfant lors de difficultés est aussi important. En fait, trois types d’intervention existent. L’autoritarisme qui préconise l’obéissance à l’autorité. On peut le comparer à l’assimilationnisme. Ce, qui pour moi, n’était pas l’idéal, car l’enfant doit s’effacer et renier une partie de son identité. Le deuxième est l’intervention permissive. On respecter l’enfant et ses décisions. L’enfant à tous les pouvoirs. On peut comparer cela au culturalisme. Ce n’est pas mieux, car les comportements inacceptables le deviennent. Le type d’intervention idéal est le type démocratique. Pourquoi ? Parce que tout le monde décide ensemble de ce qu’il faut faire tout en respectant autrui. Ainsi l’enfant connaît les limites à respecter et sait exprimer ses besoins s’il en ressent la nécessité.

Quels sont les facteurs qui influencent les relations ?

Il y en a plusieurs et peuvent venir autant de l’enfant que de l’adulte. D’un côté comme de l’autre, l’origine culturelle influence grandement, mais n’est pas le seul facteur. Les caractéristiques personnelles ont aussi une incidence sur la relation entre les deux parties. On parle aussi du nombre d’années passées dans la nouvelle société, du sexe de l’enfant, de son tempérament ou de son état de santé. En effet, les idées reçues varient d’une culture à l’autre et se transposent dans les relations que l’on a avec l’autre. Les facteurs économiques ont aussi un impact sur ce que transmet la famille à l’enfant. Du côté de l’intervenant·e, son éducation, ses expériences ou sa formation se répercutent sur les enfants côtoyés au quotidien. La personnalité, l’humeur ou la santé de l’intervenant·e a des répercussions sur la dynamique de groupe.

Le milieu de garde dans tout ça ?

L’aménagement physique a son importance. Si le local n’est pas propice à ce que l’éducatrice ait l’œil sur tout le monde ou qu’il y a trop d’enfants, personne ne sera à l’aise dans le groupe. Mais le plus important est le programme éducatif. S’il n’est pas adapté aux enfants du groupe, le lien de confiance entre l’enfant et l’intervenant·e en sera affecté. Aussi, il ne faut pas oublier que l’enfant tisse des liens avec la première personne qu’il voit dans le service de garde. Il est donc important de lui permettre de la voir régulièrement dans la journée. Cela stimulera son sentiment d’appartenance à son nouvel environnement. Aussi, la personne qui crée un lien avec un enfant ne maîtrisant pas la langue doit surveiller le non verbal, car beaucoup de choses peuvent être dites malgré tout. Si quelqu’un parle la langue de l’enfant ou peut l’apprendre, c’est le jackpot !

Les actes discriminatoires… quoi faire avec ça ?

Évidemment, dans une vie de groupe, il y a souvent des discordes. On ne peut pas faire sans. Par contre, dans un contexte interculturel, il faut savoir faire attention. Car même si on dit qu’il n’y a pas de discrimination ou de racisme à un très jeune âge, cela ne veut pas dire qu’il faut laisser en passer. Dès que l’on voit qu’un comportement n’est pas approprié, il faut intervenir. Comment ? En montrant l’exemple, car l’influence la plus importante pour les enfants est celle des adultes. Celles des autres enfants de son groupe viennent par la suite. Il faut savoir faire la distinction entre curiosité et discrimination, car il est normal de poser des questions. Il faut donner une réponse juste, honnête et facile à comprendre pour l’enfant. Par contre, ce l’est moins de ridiculiser un enfant en raison de sa différence. Axée sur les similitudes est une belle option.

L’adaptation, oui, c’est parfois difficile ?

Pour certains enfants, l’adaptation à un nouvel environnement est plus difficile. Surtout quand il y a beaucoup d’éléments et que tout ce fait rapidement. Évidemment, l’enfant envoie des signaux d’alarme. D’où le fait de surveiller le non verbal, si nécessaire. Mais bref, si on remarque que l’enfant a certaines habitudes qui changent, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche. Eh oui, il se peut qu’au début, l’enfant soit agressif ou être malade tous les matins. Mais avec le temps, de la patience, il finira par s’habituer et tout rentrera dans l’ordre. Le meilleur truc à donner aux intervenant·e·s, c’est de prendre le temps d’observer l’enfant en question. Cela permet de comprendre pourquoi il a ce comportement et quand. Cela donnera des réponses et aidera l’intégration de l’enfant par la suite. La collaboration avec les parents reste aussi une clé importante dans l’adaptation de l’enfant dans son nouveau monde.

Bref, c’était le dernier texte sur le développement identitaire de l’enfant. J’avoue que dans ce texte, je parlais surtout aux professionnel·le·s. Mais si vous êtes parents, cela peut vous intéresser. Cela vous permettra peut-être de comprendre le travail des gens qui sont auprès de vos petits, mais aussi de bien choisir le milieu qui vous ressemble. Et si vous voyez qu’un enfant a de la difficulté à s’intégrer en raison de sa différence identitaire, soyez présent auprès de lui. Si ça se trouve, vous aurez un impact positif sur lui durant toute sa vie.

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Le développement de l’identité chez l’enfant. Partie 2 : l’enfant issu de l’immigration.

Vos enfants sont il issus de l’immigration ? Est-ce leur première fois en garderie ou à l’école ?  Le retour à la routine est parfois difficile et amène aussi son lot de surprises et d’imprévus. Surtout quand on est enfant. Quand on est adulte, aussi parfois. Mais comme partout ailleurs, de nouveaux groupes se forment, les ami·e·s partent et vont et la rencontre d’un nouvel adulte qui s’occupe de l’enfant. Bref, septembre est un gros mois pour les familles surtout si on est nouveau au Québec. Les enfants en particulier, je dirais. Le début d’une nouvelle vie apporte son lot de stress. Surtout quand on est dans un contexte où l’on vient d’arriver dans un nouveau pays. Déjà que dans les premières années de vie, entre 0 et 5 ans, l’identité se développe à la vitesse grand V. La semaine dernière, il était question du développement de l’identité. Je vous expliquais les grandes lignes des standards universels. Mais quand est-il quand on est issus de l’immigration ?

À quoi ressemble le développement identitaire d’un enfant issu de l’immigration ?

En fait, il y a beaucoup de variables. Le moment d’arrivée dans sa nouvelle société, s’il a connu son pays d’origine ou non, de son lieu de naissance, etc. Si je prends en exemple certains enfants autour de moi, ceux issus de couples mixtes. Beaucoup sont nés ici. Donc, forcément, leur pays est le Canada, qu’importe l’origine des parents. Mais ce n’est pas le cas de tous les enfants. Par contre, un point similaire, ils vivent d’une manière à la maison et d’une autre lors qu’ils sont dans la société. J’ai même connu, lorsque j’étais éducatrice, un enfant d’origine asiatique qui a été adopté par des Français vivant au Québec. L’histoire familiale est ce qui influence le plus l’identité de l’enfant. Tout comme la langue parlée à la maison aussi et les facteurs socio-économiques. Donc, chaque cas est unique. Mais les enfants se retrouvent avec un mélange de cultures qu’il doit apprendre à gérer.

L’enfant de famille mixte

Il a un double héritage culturel, soit la culture des deux parents. Parfois s’ajoute la culture de la société d’accueil. Il y a de quoi à être confus si on n’a pas le soutien nécessaire. Je connais un Algérien marié avec une Vietnamienne et une Algérienne mariée avec un Libanais. Aucune de ces personnes sont nées au Québec. Alors les enfants ont à gérer entre un mélange d’identité qui les caractérisent qu’eux. Par exemple, dans ce genre de cas, l’éducatrice tentera de faire en sorte que l’enfant sera aimé des deux parents en dépit des préjugés culturels qu’ils peuvent avoir.

L’enfant adopté

L’adoption au Québec a une histoire particulière. À ma connaissance, il y en a eu beaucoup à l’époque de Duplessis. Il y en a sûrement aussi avant, car lorsque l’église et la politique étaient encore qu’une seule tête dirigeante de la Province, les filles-mères étaient mal vues. Certaines partaient aider subitement une tante malade et revenaient au bout de neuf ou dix mois. Mais depuis quelques années, l’adoption internationale a son importance. En fait, à ma connaissance, cela a débuté dans les années 70. Mais je me trompe peut-être. Reste que l’enfant fait partie d’une famille qui n’est pas la sienne. Les deux parties doivent s’adapter l’une à l’autre. Mais l’ensemble familial doit aussi s’ajuster aux regards et aux préjugés de la société envers eux. Par contre, en tant qu’intervenant·e, la première chose à faire avec ces familles est de les questionner à savoir comment on traite, culturellement, leur enfant. Ce dernier peut, ou non, avoir conscience d’être né ailleurs et il est important de faire attention à ce point.

Le prénom de l’enfant : marqueur de l’identité

Le choix du prénom est une manière que les parents ont de marquer l’identité de leur progéniture. Si on ne sait pas comment le prononcer, questionner le parent reste la meilleure option. Ça aidera ainsi l’enfant à mieux s’intégrer dans le groupe. Ainsi, il ne passera pas sa journée à se demander pourquoi un adulte le regarde en prononçant un nom étrange. Le choix d’un nom n’est jamais neutre. Les parents l’ont pris pour des raisons précises, surtout en contexte migratoire. Par contre, pour faciliter la tâche, certains d’entre eux accepteront de changer le prénom de l’enfant. Ou certains prendront un nom qui se dit bien dans plusieurs langues. Évidemment, cela a un impact sur le développement identitaire de l’enfant. Et comme au Québec on peut choisir le nom de famille, père ou mère ou les deux, il s’agit aussi d’une manière de transmettre plusieurs cultures. Ce qui n’est pas le cas dans toutes les cultures.

Ainsi se termine le deuxième texte de la série. Même si je ne fais qu’effleurer le sujet, mais le but est de sensibiliser à ce que vit l’autre. Et je ne souhaite pas vous charger d’informations, car parfois, cela peut paraître beaucoup. Dans le prochain texte, je parlerais principalement aux intervenant·e·s qui travaillent auprès des enfants d’âge préscolaire. De la manière d’adapter leurs interventions auprès d’une clientèle issue de l’immigration. Ce n’est pas toujours évident, surtout quand on est peu habitué à fréquenter des immigrants.

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LE DÉVELOPPEMENT DE L’IDENTITÉ CHEZ L’ENFANT. PARTIE 1 : LES STANDARDS UNIVERSELS

L’été tire à sa fin et vos enfants semblent avoir changé d’identité, tellement ils ne s’endurent plus. Bonne nouvelle ! Septembre est commencé et la routine revient graduellement. Ce qui est une bonne chose en soi, car vos enfants vont se retrouver. Mais qui dit retour à un quotidien plus régulier amène aussi son lot de nouveautés qui nous paraissent énormes quand on est enfant. Quand on est adulte, aussi parfois. De nouveaux groupes se forment, les ami·e·s partent et vont et la rencontre d’un nouvel adulte qui s’occupe de l’enfant. Bref, septembre est un gros mois pour les familles. Les enfants en particulier, je dirais. Le début d’une nouvelle vie apporte son lot de stress. Surtout quand on est dans un contexte où l’on vient d’arriver dans un nouveau pays. Déjà que dans les premières années de vie, entre 0 et 5 ans, l’identité se développe à la vitesse grand V.

Développement de l’identité chez l’enfant : moi versus les autres

La première étape du développement de l’identité chez l’enfant

L’enfant a conscience de qui il est avant de voir qu’il est différent des autres. Il commence graduellement en se distinguant des gens autour de lui, mais aussi de l’environnement dans lequel il baigne. Quand j’étais plus jeune, on disait qu’autour de huit mois, l’enfant était sauvage. Un peu étrange comme expression, mais c’est justement parce qu’il commence à faire la distinction entre l’être qu’il est et l’être qu’est sa mère. Avant cet âge, dans sa tête, le bébé n’est qu’un avec sa mère. Pour lui, il s’agit d’une seule et même entité. C’est la première étape du développement identitaire de l’enfant. Et on est tous passés par là. C’est en vieillissant que l’image de l’enfant se construit, tout dépendant de l’estime qu’il a de lui-même. Cette estime de soi est primordiale, surtout quand un enfant est en situation minoritaire. C’est ce qui influence son déroulement à long terme.

La deuxième étape du développement de l’identité chez l’enfant

C’est vers deux ans que la perception que l’enfant a de lui change. Il est capable de voir qu’il est différent de l’autre, et surtout, qu’il soit capable de beaucoup de chose tout seul… ou presque. Comme il apprend l’autonomie, sa technique n’est pas toujours au point. Mais l’intention est là 😊 C’est aussi vers les deux ou trois ans que l’enfant découvre les gens comme des entités à part entière. Que chacun d’entre eux a des besoins, mais pas toujours au même moment que lui le voudrait.

La troisième étape du développement de l’identité chez l’enfant

En ce qui concerne l’identité de genre, ethnique ou culturelle, ce n’est pas avant trois ans que l’enfant en a vraiment conscience. Avant cet âge, tout le monde est pareil, un peu comme une poupée Barbie, asexué et malléable à souhait. Mais à partir de trois ans, l’enfant est capable de voir que les autres ont des habitudes que lui n’a pas. Le rejet des amis et l’approbation d’un adulte sont donc susceptibles de l’influencer dans sa quête identitaire. C’est l’âge où l’enfant peut changer d’amis rapidement selon les événements de la journée. Lucky Luke a côté, ce n’est rien 😂 Mais tout se stabilise vers 4 ans.

Comment l’enfant voit la différence d’identité chez l’autre ?

Principalement par ce qui est visible. L’enfant vit tout au premier degré. Alors ce qui se voit est souvent ce qui le frappe le plus chez l’autre. Donc, une des premières choses qu’il remarque, c’est ce qui est physique, la couleur de la peau, les cheveux, les yeux, etc. Par la suite vient ce qui est plus culturel, comme l’habillement ou le langage. Il ne faut pas oublier qu’avant de constater qu’il fait partie d’un groupe dont l’identité est similaire à la sienne ou non, l’enfant fait partie d’une famille. C’est là qu’il fait ses premiers apprentissages liés à l’identité. Cela peut être variable d’un enfant à l’autre. Si l’enfant est né d’une union mixte ou est adopté, sa réalité n’est pas la même que si les deux parents ont la même identité culturelle. Dans le premier cas, il n’est pas comme papa ni comme maman. Ce qui n’est pas le cas du deuxième.

La couleur de peau et l’identité chez l’enfant

Plusieurs études états-uniennes estiment que l’âge vers laquelle les enfants sont capables de faire la différence entre deux couleurs de peau est vers trois ans. Les premiers préjugés viennent aussi vers cet âge. Certains enfants, surtout des minorités visibles, en ont plus envers leur propre communauté que les blancs envers les mêmes groupes. Bref, les enfants issus des minorités sont souvent plus sévères envers eux-mêmes et les enfants blancs, selon les études, envers les minorités. Il faut donc faire attention avant de crier au racisme avec un enfant ! Ce dernier peut être en train d’apprendre les différents concepts de race. Il se peut qu’il soit en train de répéter ce qu’il a entendu ailleurs. Ou bien, il agit de la sorte parce qu’il est curieux et manifeste sa curiosité en l’exprimant en mots ou en geste. Cela dépend du stade d’apprentissage où l’enfant se situe.

Comme le sujet du développement de l’enfant est un sujet qui est complexe et long à expliquer, je vous laisse digérer les informations que je viens de vous transmettre. Ce qui a été expliqué ici s’adresse à tous les enfants du monde. Évidemment, il se peut qu’il y ait des différences culturelles sur certains aspects, mais l’être humain étant ce qu’il est, on peut dire qu’il s’agit de standards universels. Dans un prochain texte, j’aborderais le développement de l’identité chez les enfants issus de l’immigration. On se revoit donc bientôt pour la suite du sujet.

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Éducation interculturelle et petite enfance

Comme vous le savez peut-être, j’ai travaillé avec les enfants du préscolaire (0-5 ans) quelques années. J’ai étudié dans le domaine lorsque j’étais au Cégep. À Québec, pour être précise. À une époque où le visage de la Ville était encore très blanc, mais avec beaucoup de jeunes issus de l’adoption internationale. Ceux de ma génération étaient surtout noirs, mais dans les années 90, elle était surtout asiatique. Alors, la question de l’interculturalité dans les cours n’était pas abordée. Ou du moins, peu parlée. Je peux vous dire que lorsque je suis arrivée à Montréal et que j’ai rencontré mon premier groupe en garderie, j’ai été très surprise de sa constitution. Sur six enfants de moins de 2 ans, j’avais 3 Arabes, 1 haïtien, 1 asiatique et 1 québécois. Seul le dernier me comprenait lorsque je parlais. J’ai passé une très belle journée (not) 😂 Je suis revenue à la maison complètement vidée ma journée.

Manquement dans la formation en éducation à la petite enfance?

Tout ça pour dire qu’en fait je n’étais pas préparé à cette réalité. J’étais dans une période un peu floue de ma vie, lorsque je faisais cette formation. Je la faisais à contrecœur, car ce n’était pas ce qui m’intéressait. C’est peut-être une des raisons pour laquelle j’ai quitté rapidement la profession d’éducatrice. Mais bref de bavardages, un des manquements qu’il y avait dans ma formation est l’aspect de l’éducation interculturelle et de la petite enfance. J’ai eu comme formation une technique en éducation en service de garde. Aujourd’hui appelé éducation en petite enfance. Mais dernièrement, j’ai trouvé un livre sur le sujet. J’avoue que sa lecture me ramène en arrière de plus ou moins 20 ans et que cela me rappelle de beaux souvenirs. Mais c’est ce type d’information que j’aurais aimé avoir que j’ai étudié pour être éducatrice.

Mais de quel livre je parle ?

En fait, je parle du livre Éducation interculturelle et petite enfance de Carole Lavallée et de Micheline Marquis. La première a été professeure en techniques en service de garde au Cégep du Vieux-Montréal et la deuxième directrice d’un Centre de la petite enfance à Montréal. Donc, très ancrée de la réalité montréalaise. À ma connaissance, il n’y a qu’une seule édition qui a été publiée en 1999 sous Les Presses de l’Université Laval. Je vous dirais que cela paraît qu’il n’y a pas eu de réédition, car certaines informations ne tiennent plus la route vingt ans plus tard. Mais bon la base du livre est quand même bien. Et si quelqu’un de la maison d’édition lit l’article, on ne sait jamais 😉, une mise à jour de certains chapitres ne ferait pas de tort.

Et qui s’intéresse à l’éducation interculturelle de la petite enfance ?

Ceux et celles qui devraient lire ce livre ? Les éducateur·trice·s à l’enfance, évidemment. Mais à toutes personnes qui travaillent de près ou de loin avec les enfants. Surtout si ces dernières sont en contact direct avec des jeunes issus de l’immigration. En fait, comme l’immigration est de plus en plus présente au Québec, principalement dans les grands centres urbains, tous ceux qui travaillent auprès de cette clientèle devraient posséder ce livre. Que ce soit aussi les intervenant·e·s sociaux, les éducateur·trice·s spécialisé·e·s, travailleur·euse·s sociaux, médiateur·trice·s interculturel·lle·s, etc. Oui, même des gens ayant ma formation, s’ils ont à travailler auprès d’enfants, devraient avoir ce livre. Mais des gens travaillant à la D.P.J, devraient l’avoir. Pourquoi ? Parce qu’il est reconnu que l’organisme à des problèmes à gérer la diversité interculturelle. Et vu qu’ils travaillent directement avec les enfants, il va de soi qu’ils doivent l’avoir.

Ce que j’aime de ce livre Éducation interculturelle et petite enfance ?

Chaque chapitre est clairement bien divisé. Dans le premier, on aborde les notions en lien avec les centres de la petite enfance et l’éducation interculturelle. Comme les C.P.E. venaient de naître, on y explique ce que c’est. Mais bon 20 ans plus tard, je ne sais pas si c’est toujours pertinent. Les notions en lien avec l’immigration sont aussi abordées. Mais encore là, certains aspects ont changé en deux décennies. Dans les autres chapitres, on parle du développement socioaffectif de l’enfant, d’interventions, de pédagogies, des choix d’activités, d’apprentissages linguistiques, de la relation avec les parents et de la gestion des ressources humaines. Bref tout ce qu’un milieu de garde devrait savoir pour bien accueillir les enfants. À la fin de chaque chapitre, des pistes de réflexion sont lancées. Elles peuvent autant faire réfléchir individuellement, qu’en groupe. Des activités sont aussi au menu.

Comment faire l’éducation interculturelle à la petite enfance ?

L’éducation interculturelle des moins de 5 ans est particulière sans l’être vraiment. Un enfant reste un enfant qu’importe l’endroit d’où il vient. La conscience de la différence n’existe pas avant l’âge de 5 ans. Ce qui est dit ou fait avant cet âge l’est par curiosité ou par répétition. Ainsi, lorsqu’un enfant dit des gros mots, c’est parce qu’il les a entendus ailleurs. Souvent, il s’en sert pour exprimer sa peur ou sa colère contre une situation. Pas contre une personne. Mais pas l’enfant qui reçoit les mots ou les gestes. Ne pas oublier que les enfants sont dans le moment présent. Cela doit teinter la préparation des activités. Il est difficile de résumer en peu de mots toute l’information du livre sur le sujet, mais la diversité et l’interculturalité doivent être présentes au quotidien. Surtout si l’on veut favoriser l’inclusion des enfants. Pas seulement une journée thématique par mois.

L’éducation interculturelle en petite enfance…

Ça commence en très jeune âge. Il est certain qu’à la pouponnière, les enfants s’en aperçoivent moins, mais elle demeure quand même présente. L’enfant qui intègre un service de garde aura des réactions qu’importe l’âge où il arrive. Si l’enfant ne comprend pas la langue, il réagira d’une manière différente d’un autre qui la comprend. Si la nourriture n’est pas comme à la maison, aussi. Il faut donc, en tant qu’intervenant trouver des astuces pour faire en sorte que la transition soit le plus facile pour tout le monde. C’est ce qui ressort du livre lorsqu’on le lit.

Si vous avez vécu des situations semblables, quels ont été vos trucs pour faciliter l’intégration des petits ?

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Les mythes dans le domaine de la santé

* Les mythes en santé Avertissement*

 Vous pouvez lire La notion de santé selon la culture, document d’accompagnement de la conférence d’avril qui a pour thème la santé.

Ce texte en est extrait.

Il y a plusieurs mythes concernant la santé. Que ce soit individuelle ou sociale. Cela touche les politiques, les systèmes de santé, la prévention, les soins, les maladies infantiles et maternelles, les populations que la recherche. En fait, les mythes sont partout. Le livre Des idées reçues en santé mondiale, sous la direction de Valéry Ridde et Fatoumata Ouattara, aborde justement ces mythes sur la santé mondiale. J’y en ai ressorti quelques-un, question de vous permettre de comprendre l’aspect culturel de la santé.

Des idées reçcues en santé mondiale
Capture d’écran du livre (c) Myrianne Lemay 2018

Les mythes en santé no 1 : Les médecines traditionnelles ne valent rien

Oui, les médecines locales sont souvent mal perçues par la médecine occidentale. Les Occidentaux·les pensent qu’en instaurant leurs structures médicales aux endroits où la médecine traditionnelle est plus tôt encouragée seront bénéfiques aux communautés qui les utilisent. Pourquoi ces préjugés ? Parce qu’elles utilisent peu la modernité que la médecine occidentale préconise. Pourtant, selon Nicolas Vornax, l’auteur du chapitre, l’occidentalisation des soins aura un impact sur la relation praticien·ne/patient·e, car pour certain·e·s, la médecine occidentale est perçue comme plus efficace par rapport à la médecine locale. En gros, les praticien·ne·s occidentaux·les sont ceux·celles qui sont dans le droit chemin tandis que les professionnl·le·s plus traditionnel·le·s sont perçus comme des arnaqueur·euse·s.

(c) Pixabay Pixel

Pourtant, ce n’est pas forcément le cas. En Asie, par exemple, la médecine traditionnelle est complémentaire aux services biomédicaux. En effet, la présence d’une médecine plus locale est importante dans les pays moins à l’aise financièrement. Et elles savent tirer leur épingle du jeu. Même en Occident, les médecines alternatives ont aussi la côte auprès d’une population qui peut se le payer. Une étude canadienne sur le sujet, datant de 2006, a révélé que sur 2000 répondant·e·s, 70% avaient eu recours à une médecine alternative au cours de leur vie. La moitié d’entre eux·elles l’avaient fait dans l’année précédente à celle de l’étude.

Il semble aussi que les différentes médecines dites locales, complémentaires ou alternatives sont là pour rester malgré la pression du biomédical. La raison est simple. Ces médecines sont plus accessibles en raison des horaires disponibles, de la situation géographique ou pour des raisons financières. Évidemment, c’est selon le contexte culturel. Par contre, elle ne remplace pas complètement la médecine occidentale. Une opération à cœur ouvert restera toujours dans le domaine de la médecine conventionnelle. Par contre, lors d’une blessure musculaire ou osseuse, il est possible de trouver son compte. L’OMS reste ouverte aux différentes médecines alternatives, car elle suggère même une étroite collaboration entre les deux types de médecine. Ce qui n’est pas fou comme idée.

Les mythes en santé no 2 : Les Africain·ne·s ne sont pas assidu·e·s à la prise des médicaments

On le sait, une des maladies les plus répandues dans le monde est le VIH/Sida. En Afrique, actuellement, 26.3 millions de personnes en sont atteintes.  L’apparition des antirétroviraux en 1996 a permis des changements dans les traitements concernant cette maladie. Au point qu’aujourd’hui, il s’agit d’une normalité à l’échelle mondiale. À long terme, une possible guérison de la maladie. Par contre, ce traitement demande une surveillance élevée afin d’y parvenir. Ce qui fait qu’il y a eu de nombreux débats sur le sujet notamment avec l’organisme USAID et la Banque mondiale qui n’étaient pas favorables à ces traitements auprès des populations sans défense. Le point névralgique de ces discussions est que le soutien financier pour assurer l’accès aux traitements est un pur gaspillage ! Les organismes en santé locaux sont prétendument incapables d’administrer le traitement par manque de personnel ou par des infrastructures inefficaces. Le facteur culturel est aussi invoqué, notamment en raison de la gestion du temps. En fait, plusieurs études ont démenti ces préjugés et ont démontré qu’au contraire, les pays africains sont égaux ou même supérieurs aux pays occidentaux. En fait, les contraintes ne sont pas dues aux patient·e·s, mais plutôt aux manques de ressources financières ou de médicaments et aux conditions sociales (guerre) ou naturelles (inondations) des pays africains.

Les mythes en santé no 3 : Les accouchements à domicile sont le résultat de l’ignorance des femmes

En Afrique Subsaharienne, le taux de mortalité lié à la grossesse ou à l’accouchement est important. Pourtant, tout est en place pour les femmes puissent bénéficier d’un·e profesionnel·le de la santé. Par contre, les mères en devenir, autant celles en ville que celles à la campagne, n’y vont pas. Les préjugés qui courent à ce sujet parlent de l’aspect culturel ou éducationnel de la situation. Selon les Occidentaux, les mères préfèrent accoucher à la maison parce qu’elles ne connaissent pas le bonheur que procure un accouchement à l’hôpital… Bien que cela réduise les taux de mortalité maternelle, le fait d’accoucher à l’hôpital ne l’efface pas totalement. Cela a un impact sur la manière dont les soignant·e·s traitent leurs patientes. On constate d’ailleurs des reproches ou un ton infantilisant à leur égard.

Dans bien des cas, il existe une culturalisation des faits sociaux, dans ce cas-ci, le fait d’accoucher à la maison. En résumé, le personnel soignant voit le phénomène avec des préjugés et passe sous silence la réalité du terrain. Donc, la situation qui semble figée dans le passé, comme si les femmes ne voulaient pas de la modernité. Ou laisse croire que pour bien des femmes, la grossesse et l’accouchement sont un cycle de vie qui ne nécessite pas de suivi particulier et typiquement féminin. Les choses changent, car les femmes enceintes sont conscientes qu’elles doivent aller à un établissement de santé pour l’accouchement. Mais il existe des contraintes économiques, matérielles ou autres. En gros, les intervenant·e·s font une mauvaise lecture de la réalité sociale de leur pays.

Les mythes en santé no 4 : Favoriser les actions auprès des moins nantis réduit l’iniquité sociale

Selon Éric Breton, de l’École des hautes études en santé publique (EHESP), en occident, un discours est ancré dans les discours politiques et sociaux. Celui de favoriser les actions auprès d’une clientèle plus vulnérable que les autres. Pour Breton, les actions doivent être ciblée toute la population et non qu’une partie. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de frontières dans le domaine de la santé. Tout le monde est vulnérable à un moment ou l’autre. Donc, en ciblant une partie de la population, on discrimine les autres. Entre autres dans la répartition des ressources. Il va sans dire qu’il est injuste que quelqu’un ait plus ou moins accès aux mêmes ressources à cause de l’argent. En d’autres mots, il existe une hiérarchisation d’accès à la ressource en raison du fait qu’il y ait une catégorisation de gens selon le secteur d’emplois.

(c) Pixabay ptrabattoni

En effet, Breton mentionne quatre points qu’il juge critiques en matière d’intervention dans le domaine de la santé. Premièrement, en ciblant les plus vulnérables, on cerne que les symptômes. On ne voit donc pas entièrement la problématique, parce que les causes sont absentes. Deuxièmement, on risque de chambouler l’ordre social parce qu’on ne cible qu’une partie des plus faibles et non à sa totalité de la communauté. Troisièmement, les organismes aidant cette clientèle sont sujets aux flux économiques et politiques de leur société. En terminant, les programmes stigmatisent les gens en les catégorisant.

Pour ces raisons, l’ensemble de la population doit être ciblé dans les interventions liées à la santé.  Car en créant des programmes que pour une clientèle donnée, on ne règle pas le problème, on le déplace. Breton suggère les mesures universelles proportionnées. Ce qui a un impact sur l’ensemble de la population, mais selon un pourcentage précis selon le cas.

Les mythes en santé no 5: Si les traitements ne sont pas bien suivis par certain·e·s patient·e·s, c’est à cause de leur culture

 

En fait, pendant longtemps, la culture n’était pas prise en compte dans le domaine médical. Les choses sont tranquillement en train de changer, mais il y a encore du chemin à faire.  La culture est de moins en moins homogène en raison des rencontres culturelles de plus en plus fréquentes. Donc, nous sommes toujours en mouvance et en train de s’adapter. Dans le milieu hospitalier comme dans le reste de la société, c’est une réalité qui est en train de se structurer, non sans difficultés.

 

Lorsque l’on perçoit que l’autre est différent, on croit qu’il ne vient pas de notre culture. Une distance se crée entre l’intervenant·e et le·la patient·e. Ainsi, la proposition d’un traitement peut être écartée parce que le spécialiste le croit inconciliable avec la culture du·de la patient·e. Ce qui peut nuire à la relation entre les deux parties, c’est lorsque les patient·e·s s’éloignent du comportement habituel auquel l’intervenant·e s’attend. Le mieux, lorsque l’on travaille auprès de communautés culturelles minoritaires, s’est de s’adapter à elles. Que ce soit au niveau du langage ou de l’attitude positive. Cela aura des conséquences importantes sur le comportement des patient·e·s et de leur entourage, car ils se sentiront pris en considération. Il a été recommandé de réfléchir à ce que le philosophe Paul Ricœur préconise, soit de reconnaître le fait que l’on ne connaît pas quelque chose. L’auteure fait le lien avec ce qu’elle appelle l’humilité culturelle. Évidemment, les compétences interculturelles sont nombreuses. Et cela peut qu’être bénéfique à la relation intervenant·e/patient·e.

Les mythes en santé no 6 : L’Occident teste ses médicaments dangereux en Afrique

La recherche médicale en Afrique est contestée, car dans la tête de bien des gens, les entreprises pharmaceutiques profiteraient des plus vulnérables. Pourtant, ce n’est pas le cas. Comme ailleurs dans le monde, il y a bien des essais cliniques et elles sont très variées. Ces essais sont divisés en quatre phases bien différentes et qui impliquent des divers risques pour les participant·e·s. Les phases 2 et 3 sont en Afrique et autres pays émergents depuis plus ou moins trente ans. Cela se fait souvent dans le cadre de partenariat privé/public. Ce type de partenariat permet aux pays émergents de profiter de médicaments à bas prix. De plus, ceux testés dans ces pays ont déjà été autorisés à la vente ailleurs dans le monde. Ce qui représente très peu de risques pour les participant·e·s. Au contraire, cela permet une accessibilité médicale efficace à peu de frais.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de recherches controversées. Car il en existe. Ce qui diffère du premier cas, c’est que les organisations comme l’Organisation mondiale de la santé et Unicef sont d’importants partenaires dans le domaine de la santé. Par contre, les pays ne sont souvent pas en mesure de négocier quoi que ce soit au sujet des recherches médicales. Ces dernières sont en quelque sorte imposées aux pays participants. Mais d’autres organismes, comme Médecins sans frontières, militent vigoureusement pour le droit à l’accès aux médicaments pour les plus pauvres. C’est ce qui peut faire penser que l’Afrique est une victime. Mais ce n’est pas le cas. En fait, des études anthropologiques démontrent que les médecins africains tirent avantage de la situation pour stimuler les développements en santé.

En fait, les recherches médicales permettent de pallier les erreurs présentes dans le système de santé, comme l’accessibilité des traitements et aux soins de qualité, de payer les employé·e·s et ainsi éviter la fuite des cerveaux africains dans les pays occidentaux. Mais cela fait en sorte que les frontières peuvent être de vraies passoires entre la recherche et les soins, ce qui peut soulever des questions en ce qui a trait aux limites des recherches en Afrique.

En conclusion

Bien sûr, il y a une multitude de mythes et de fausses idées qui règnent au sujet de la santé. Ici, ce n’était qu’un survol. À la lecture du livre susmentionné, il est possible de mieux comprendre les conséquences économiques, culturelles et sociales liées à la santé. Vous pouvez trouver le livre en libre accès sur le site Équité santé